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Carte blanche à Lilya Aït Menguellet - librairie Meura

La librairie Meura est la plus vieille librairie indépendante de Lille. Spécialisée en littérature et en sciences humaines, elle a été fondée en 1946. Lilya Aït Menguellet a repris la librairie avec son associée en mai 2009. Depuis novembre 2018, la librairie organise un atelier d’écriture qui accueille une douzaine de personnes en visioconférence et, parfois, en présentiel. Il est animé depuis le début par l’écrivain Roberto Ferrucci.    La Machine à écrire Entre cinq et dix têtes s'affichent sur l’écran. La même scène se répète pendant deux heures chaque dimanche depuis le 29 mars 2020, depuis que l’atelier d’écriture de la librairie a pris une forme dématérialisée. Un atelier né de l’idée qu’écrire est plus une question de travail que de talent ou d’intuition.  Un écrivain est un artisan, qui connaît les techniques tout en sachant pertinemment que sa connaissance théorique se heurtera à la réalité de la matière première. Certains peuvent se rassurer en suivant les recettes décrites étapes par étapes par les manuels ou les masterclass.  Pas sûre que nous aurions le plaisir d’écouter Cécile nous raconter sa maison-palimpseste si elle avait suivi ces méthodes stéréotypées. Elle qui a commencé à nous charmer à coup de récits en trois lignes. On n’apprend pas à écrire. On écrit et on se lance dans une longue course émaillée d’obstacles qu’il faut franchir les uns après les autres.   Rien de tel pour lever les difficultés que la lecture d’autres artisans, d’écrivains chevronnés. Lire Milan Kundera si on se demande ce qu’est un roman européen. Ou Annie Ernaux, la transfuge de classes, pour comprendre comment les mots sont ses outils pour parler d’un monde ouvrier qu’elle connaît bien et dont elle ne fait plus partie. Patrick Deville est passionnant pour découvrir ce qu’est un roman sans fiction et pour arriver à mêler les temps et les espaces. On pourrait multiplier ainsi les références, du Journal de l’écrivain de Virginia Woolf au Diable par la queue de Paul Auster, en passant par l’inévitable L’Urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint. L’expérience des autres est autrement plus enrichissante que la consultation systématique d’ouvrages théoriques. Aujourd’hui, C’est Marie-Dominique qui ouvre le bal des lectures commentées, avec trois pages où, enfin, son grand-père est dans les tranchées. Elle nous prévient qu’elle n’est pas à l’aise : elle n’arrive pas à écrire le combat et puis, à quoi bon, il y a tant de belles pages. Mathilde est toujours la première à prendre la parole. Elle a adoré le détail des pieds douloureux et n’a pas été gênée par l’absence de scènes de bataille détaillées. Elle enchaîne avec ses souvenirs de lecture sur le sujet. David embraye, enthousiasmé par certaines phrases qui lui rappellent d’autres auteurs dont il conseille la lecture. Parce qu’un écrivain, c’est également un lecteur. Il est inconcevable d’imaginer écrire si on n’aime pas lire. Pour former sa plume ou pour créer sa famille littéraire, il existe quantité de raisons de lire. Italo Calvino ou Julien Gracq sont deux parmi de très nombreux auteurs qui dévoilent leurs lectures.    Au fil des semaines, amener chacun à trouver sa voix, en partant des difficultés réelles rencontrées par les ateliéristes, comme les appelle Roberto Ferrucci, à qui j’ai confié l’atelier créé à la librairie il y a quatre ans. Il est lui-même une illustration parfaite du paradoxe de l’écrivain : seul devant sa page mais accompagné par ses maîtres et amis. Dans Ces histoires qui arrivent, sous couvert de nous raconter le plus européen des écrivains italiens, Antonio Tabucchi, Roberto Ferrucci nous raconte la manière dont cette amitié littéraire et plus l’a portée dans son écriture. De la même façon, il est passionnant de lire le portrait que Jean Echenoz fait de son éditeur, Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit. Un chemin original pour en apprendre beaucoup sur le monde de l’édition et sur la relation particulière qui relie un écrivain à celui qui va l’aider à faire vivre son texte.   S’il ne fallait conseiller qu’un seul titre, j’inciterais l’apprenti-écrivain ou l’autrice-en-devenir à se jeter sur le dernier livre de Jean-Philippe Toussaint, C’est vous l’écrivain (éditions Le Robert). Loin d’être une méthode désincarnée et théorique, l’auteur réussit avec brio la synthèse de tous les types de livres qu’on peut et doit lire pour écrire. Une expérience personnelle, avec ses faits d’armes et ses difficultés, des conseils de lecture, une plongée dans la vie d’écrivain. Le tout dans la langue si caractéristique de l’auteur. Même dans un livre prétendument pratique, on peut travailler son écriture !   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782070440085,9782070451159,9782917817704,9782021490671,9782321016786,9782070328017]  
Entretiens
7 juillet 2022 11:26

Entretien avec Charlotte Desmousseaux - librairie La Vie devant soi

Vous avez ouvert votre librairie La Vie devant soi en 2015. Pouvez-vous nous raconter le chemin qui vous a mené à cette ouverture ?    Passionnée par la littérature depuis toute petite, une fois mes études en sociologie terminées, je ne savais pas comment entrer dans la vie active sachant que la seule chose qui me parlait vraiment était le rapport à la lecture. Issue d’un milieu populaire, je ne connaissais pas le métier de libraire. Je vivais à la campagne et les rares librairies où j’étais entrée, enfant et adolescente, m’avaient paru un autre monde, presque un endroit qui n’était pas fait pour moi. J’ai fait mes premiers stages en librairie à Marseille. En 2005, j’ai effectué une formation professionnelle puis j’ai fait mes premières armes dans une librairie à Nantes. J’ai pu apprendre le métier et toute la gestion d’une librairie de A à Z. Parallèlement, j’ai commencé à chercher un local, jusqu’à ce que je quitte cette entreprise en 2013, que j’intègre ensuite la librairie spécialisée jeunesse Les Enfants Terribles, à Nantes, pour une année, et que je tombe par le plus grand des hasards sur le local qui allait devenir La Vie devant soi. Quand Etienne, mon compagnon, et moi avons lu ce livre de Romain Gary, nous avons eu un déclic : il correspondait vraiment au quartier où s’est montée la librairie, populaire, plein de vie, de tolérance et de liberté.   D’où vient votre amour des livres et votre passion de le partager avec les autres ?    D’aussi loin que je me souvienne, la littérature a toujours fait partie de ma vie. Elle était ce qui me permettait de me raccrocher au monde, ce qui me permettait de Voir le monde. Atteinte d’un handicap visuel, les choses à plus de deux ou trois mètres de mon regard sont floues, voire irréelles, et font souvent appel à mon imaginaire pour exister. Cet imaginaire, je l’ai puisé dans la littérature. La langue, l’écriture, les descriptions sont ce qui ont construit mon rapport au monde, et je ne me voyais pas faire autre chose que de transmettre le travail des autres pour le rendre visible aux lecteurs. J’aime rencontrer les gens et trouver le bon livre pour la bonne personne. C’est ce que j’aime le plus dans ce métier : le conseil, le rapport à l’intimité de chaque lecteur. Créer des liens, des passerelles, des rencontres.  Ce que j’aime aussi, c’est rendre démocratique le rapport à la littérature, que les gens n’aient pas peur d’entrer dans notre librairie, qu’ils ne se sentent pas écrasés par un lieu, mais qu’au contraire, notre sourire, notre générosité, notre chaleur leur donne envie de venir, de revenir et de nous faire confiance.    Être libraire, c’est faire des choix en fonction de nombreux critères. Ce sont en grande partie ces choix, qui définissent une librairie. Comment s’organise cette partie de votre activité ?   La majeure partie des choix se fait lors des rendez-vous avec les représentants et en consultant les services de presse (que nous avons à cœur de tous ouvrir !). Nous cherchons aussi à répondre aux attentes de notre clientèle. Il faut bien cerner ce que les lecteurs attendent, au-delà de nos goûts. Nous avons également réussi à fidéliser les gens autour de nos coups de cœur, à être des dénicheurs et des passeurs de livres qui ne seront pas obligatoirement les plus représentés dans les médias. Les gens ont confiance en nous et c’est une grande partie de notre travail. La partie la plus périlleuse et la plus difficile est celle de pouvoir anticiper les quantités sur les titres qui seront les plus commentés dans les médias ou les plus attendus. Parfois nous ratons des choses, mais pour moi le cœur du métier est de défendre et suivre le travail d’auteurs émergeants. Je pense à Thomas Giraud qui est un auteur nantais dont nous défendons le travail depuis son premier livre en 2015, et qui est l’une des meilleures ventes de librairie.    Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782070111435,9782070385799,9782234075351]
Entretiens
7 juillet 2022 11:06

Entretien avec Thomas Giraud

Thomas Giraud est né en 1976 à Paris. Docteur en droit public, il vit et travaille à Nantes. Avec Bas Yan Ader est son quatrième roman.   Dans votre dernier roman, Avec Bas Jan Ader (2021), vous vous intéressez à nouveau à un personnage réel au destin singulier. Tout en vous documentant beaucoup sur la vie de vos héros, vous vous affranchissez de leur biographie pour construire une fiction. Comment définiriez-vous le fil qui relie tous vos romans ?    T.G - Il existe plusieurs fils. Certains m’apparaissent aujourd’hui, a posteriori, après quatre livres. Je réalise que mes livres ne sont tenus par la disparition de quelque chose, l’enfance, la musique, un projet de ville, un homme. L’intérêt que j’ai pu porter à ces figures, à ces vies, a été saisi par ce prisme de la disparition, de ce que l’on ne voit plus et de ce que l’on voit apparaître une fois la disparition constatée. Un autre fil qui relie mes textes est celui des marges. M’intéressent fort peu ceux qui ont le succès et la lumière. Tous ceux qui occupent mes livres sont restés un peu à côté de l’Histoire, ont parfois raté, raté plusieurs fois, raté mieux, comme dirait Beckett.   Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans ces vies étonnantes et comment choisissez-vous vos personnages ?   T.G - Ce qui m’émeut dans ces vies, du moins dans ce que je perçois de celles-ci, c’est le cheminement vers leur projet, j’aime approcher cet instant fugace où dans ces vies quelque chose s’est accompli ou a été sur le point de l’être : cette somme des détails minuscules côtoyant des choses immenses qui laisse tout le monde un peu sidéré quand quelque chose arrive ou est sur le point de l’être. Écrire sur eux est un choix mais il se fait silencieusement, de manière souterraine, pendant des années ; à un moment, c’est presque eux qui me signifient qu’ils sont là, qu’ils sont la bonne personne pour écrire ce qui me taraude, ce qui m’occupe, mes propres inquiétudes. Ils sont disponibles pour que je puisse les endosser avec mon écriture et mes pensées. J’aime penser que c’est un choix réciproque…    Quel lecteur êtes-vous ? Pourriez-vous nous parler des livres qui vous ont marqué ?   T.G - Le lecteur que je suis aujourd’hui n’est plus tout à fait celui d’il y a cinq ou six ans, ni bien entendu celui d’il y a vingt ans. Je continue à lire autant, mais surtout je relis beaucoup. Beaucoup trop de livres m’ont marqué, ceux que je retiens, ceux que je relis, sont ceux où je me suis dit en les lisant « ah oui, on peut faire comme ça ». Ce sont les livres de Giono, la partie du catalogue des éditions Verdier que j’appelle « Verdier canal historique » et où je mets Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Mathieu Riboulet, les livres de Marie-Hélène Lafon, Maryline Desbiolles, Claude Simon, Faulkner et Lobo Antunes.   Quelle place ont les libraires dans votre parcours d’écrivain ? Y a t-il des librairies que vous fréquentez régulièrement ?   T.G - Les librairies ont une place essentielle. J’aime celles où l’on sent « la patte » du libraire, où on repart avec beaucoup plus de livres et d’envies qu’en entrant. C’est d’ailleurs cela qui me fait entrer dans une librairie : le choix du fond et des quelques livres mis en avant. Je côtoie toutes les semaines les librairies nantaises La vie devant soi, Les nuits blanches, Vent d’Ouest. Et puis quelques librairies m’ont marqué profondément : la Petite Égypte, Texture, Charybde et L'Arbre du voyageur à Paris, Le Livre à Tours. Je parle de librairies mais ce sont les libraires qui sont, souvent, devenus des camarades, des amis de grande importance.    Credits photo Solenn Morel Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782864320661,9782757888131,9782070757008]
Entretiens
7 juillet 2022 10:52

Les Editions Mémoire d'encrier - Une fenêtre où lire le monde.

Fondée en mars 2003 par l’écrivain Rodney Saint-Éloi, Mémoire d’encrier rassemble des voix venant de tous les continents. Raconter ce qui n’a pas été raconté, éclairer ce qui a été longtemps silencié, tels en sont les enjeux. Se tissent rencontres, dialogues pour célébrer l’humain et le vivant. La maison publie de la fiction, de la poésie et des essais, accueillant les paroles rares : littératures des peuples autochtones, textes d’auteurs écrits en français, premiers livres bousculant les idées toutes faites ; des œuvres traduites qui font la part belle à une humanité , trop souvent invisibilisée. Le désir est l’invention d’un monde neuf, avec de nouveaux narratifs. Mémoire d’encrier ose… déplace les notions de centre et de périphérie, refusant injonctions, modèles et certitudes.   Rencontre avec Rodney Saint-Éloi   Quelle est l’histoire de la maison ?    Cela a commencé par le besoin d’imaginer le monde. Pour qu’une chose existe, il faut la rêver, puis la faire advenir. C’est cette magie qui donne sens à la littérature comme à l’édition. Au début, dans les années 1990, c’était Mémoire à Port-au-Prince. Puis Mémoire d’encrier (2003) à Montréal, avec l’exil.   Mémoire d’encrier publie la « littérature-monde ». Pouvez-vous nous en dire plus ?    Nous sommes engagés, indépendants et attentifs au monde. Nous publions des œuvres de tous horizons. C’est en articulant ces langages et visions que nous parvenons à faire altérité et communauté. Nous cherchons à révéler les angles morts. La littérature facilite ces inventaires-là. Je veux aussi souligner le travail de traduction, qui occupe une grosse part du catalogue. La plupart des œuvres écrites en français sont mélangées avec d’autres langues en amont (créole, innu, wolof, cri, etc.) ; ce souci de renversement caractérise la maison, avec notamment la Sud-Africaine Sindiwe Magona, l’Haïtienne Emmelie Prophète, la Française Catherine Blondeau, le Sénégalais Felwine Sarr... Ou encore pensons à la reprise de l’œuvre de Jean-Claude Charles. Je voudrais aussi faire place à la poésie en citant deux premiers livres de : Lorrie Jean-Louis, La Femme cent couleurs, Prix des libraires 2021 (Québec) et Emné Nasereddine, La Danse du figuier, Prix Émile-Nelligan, 2022.    Quel est votre engagement vis-à-vis de la littérature autochtone ?    Mémoire d’encrier a accueilli, dès ses débuts, les œuvres des Autochtones dont An Antane Kapesh, Thomas King, Joséphine Bacon, Virginia Pesémapéo Bordeleau, Leanne Betasamosake Simpson, Naomi Fontaine, Lee Maracle, Joshua Whitehead, Norma Dunning… La littérature a réussi le travail d’émancipation qu’on lui reconnaît. En lisant ces femmes et ces hommes, nous ne pouvons plus continuer à brimer leur peuple et leur culture. La littérature donne ainsi rendez-vous à la justice et à la beauté. Ces œuvres ont révélé une histoire qui n’a pas été racontée.    Que veut dire éditer chez Mémoire d’encrier ?    Nous sommes deux éditeurs-écrivains, moi-même, Rodney Saint-Éloi, écrivain d’origine haïtienne, et la romancière palestinienne Yara El-Ghadban. Éditer, pour nous, est un acte de résistance, une manière de subvertir le langage et le regard. Une manière de diversifier les perspectives et les récits. Question de placer des voix nouvelles, singulières, sans hiérarchiser. Nous guettons des paroles neuves pour construire de nouveaux narratifs. Pour changer le monde, tout au moins, pour le garder vivant, il nous faut la lumière d’un récit complexe et fécond.       Crédit photo Martine Doyon Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782897128401,9782897128289,9782897128593]
Entretiens
7 juillet 2022 10:13

Entretien croisé - Être libraire

Rachel Dionnet, librairie Libr'Enfant à Tours Elise Guillaume, librairie Arborescence à Massy Xavier Wacogne, librairie La Pensée sauvage à Metz   Comment et pourquoi êtes-vous devenus libraires ?      Rachel - J’ai un parcours atypique, j’ai fait une maîtrise en psychologie de l’enfant. Après avoir obtenu l’écrit, j’ai réalisé que je ne voulais pas faire ça et j’ai tout planté !  A ce moment-là, je travaillais dans une Maison de la Presse. C’est là que j’ai découvert le rayon jeunesse dans lequel j’ai travaillé pendant quatre ans. Sur mon chemin, j’ai rencontré l’association Livre Passerelle, qui lutte contre l’illettrisme et utilise le livre comme moyen principal de prévention. En parallèle, j’ai repris des études et j’ai obtenu un Master en littérature jeunesse. A l’époque, le gérant de la librairie Libr’enfant souhaitait vendre. Malgré l’envie, j’étais un peu jeune pour acheter. L’amie avec laquelle je voulais m’associer a racheté avec une ancienne salariée. Je suis devenue libraire dans cette librairie, que je rachète cette année. J’essaye toujours de rassurer les étudiants en leur disant qu’il n’y a pas que les études qui comptent, mais qu’il y a d’autres moyens d’y arriver, et que les rencontres humaines sont très importantes. Elise - J’ai un parcours plus classique. J’adorais lire. Après le lycée, j’ai donc fait un DUT Métiers du livre à Nancy. J’ai fait mon stage de fin d’études à Paris dans une librairie Procure, puis j’ai travaillé à L’Emile, une librairie jeunesse du 15ème arrondissement et à Ars Una, une librairie généraliste dans le 17ème. En 2017, j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la librairie dans laquelle je travaillais. J’ai contacté la Mairie de ma ville, Massy, pour savoir ce que devenait l’ancienne Maison de la presse, un local vide à l’époque. Personne n’avait de projet pour ce lieu, j’ai donc monté un projet pour une librairie qui a ouvert en 2018. Travailler dans des structures très différentes m’a permis d’avoir une idée plus précise du lieu que je voulais ouvrir.      Xavier - Je suis libraire depuis vingt ans. J’ai fait des études de lettres et de philosophie et, en parallèle, je travaillais dans le commerce. J’ai eu l’opportunité à un moment de travailler à la Fnac en région parisienne, ce qui faisait la jonction entre le plaisir que j’avais à travailler dans le commerce et le plaisir que j’avais à partager mes lectures. J’ai ensuite travaillé chez Decitre puis de nouveau à la Fnac en tant que responsable de librairie dans un magasin à Metz.   Après ça, j’ai créé avec ma compagne une maison d’édition de livres pour enfants et j’ai pris un congé parental pendant quatre ans pour m’occuper de mes trois enfants. J’ai travaillé par la suite durant huit ans dans une librairie spécialisée BD, manga et comics. Au moment du premier confinement, je suis passé devant un local en périphérie de Metz, j’ai eu un flash, j’ai contacté la propriétaire. En un mois et demi j’avais monté la librairie !   Quel moment de votre journée préférez-vous ?        Rachel - Ce que j’aime particulièrement, c’est la rencontre avec un client, quand on réussit à le convaincre. C’est la satisfaction de construire une autre relation avec la personne. Certaines arrivent avec des idées bien précises et repartent avec tout autre chose. C’est arriver à toucher les gens qui est important pour moi. J’aime aussi le moment après une rencontre, quand le stress retombe, même si, avec le temps, j’ai de plus en plus confiance en ce que je fais. Maintenant, je prépare moins les rencontres avec les auteurs pour ne pas m’enfermer dans quelque chose et donner plus de place à la liberté.     Elise - Sans hésiter, je préfère le matin, quand on a encore tous les possibles devant nous. J’adore les réceptions, c’est un peu Noël ! J’aime aussi prendre le temps de ranger la librairie, d’être plongée dans les livres.   Et, depuis peu, j’apprécie particulièrement le moment qui succède à une rencontre. Nous avons maintenant une base de clients habitués et j’apprécie cet espace de discussion que nous avons avec eux après un événement.    Xavier - J’adore le matin, sauf en début de mois, quand arrivent tous les offices. Il faut chercher de la place, chasser d’autres titres que nous n’avons pas eu le temps d’exploiter à fond, et parfois on se mord les doigts d’en avoir pris autant ! Mais j’ai un plaisir fou à ouvrir les cartons, j’aime prendre le temps d’organiser la journée. J’aime aussi l’adrénaline qui précède une rencontre. Avec l’expérience, on apprend à lâcher prise, à se faire confiance, et on laisse la place à l’improvisation. J’aime aussi lorsqu’il y a plein de monde dans la librairie, le samedi après-midi par exemple. J’adore être débordé !      Si vous deviez choisir un seul livre à relire dans votre bibliothèque, quel serait-il ?      Rachel - L’Enfant du dimanche, de Gudrun Mebs. C’est ce livre qui a tout déclenché pour moi. Il est indétrônable devant l’éternel !      Elise - Il y en a beaucoup ! Mais si je devais choisir, ce serait Just Kids, de Patti Smith, que je relis toujours parce que c’est beau, facile, agréable.     Xavier - C’est un beau jour pour ne pas mourir, de Thomas Vinaud. Ce sont 365 poèmes. Je me soigne avec ça tous les jours, c’est un bonheur !      Racontez-nous une anecdote avec vos clients.      Xavier - Je travaillais à la Fnac et un client me dit : “Je voudrais du Chatterton”. Moi j’ai tout de suite pensé à Chesterton et j’ai commencé à chercher dans tous les sens pour lui trouver quelque chose, et  il finit par me dire : “Mais vous savez, le scotch noir, le Chatterton !”      Rachel - Un jour, un tout-petit vient me voir et me dit : “Je voudrais du mou !  Je veux du mou !”. Je lui ai fait répéter plusieurs fois, et j’ai fini par comprendre que ce qu’il voulait, c’était un livre mou pour mettre dans son sac à dos !      Elise - C’est plutôt un moment qui me vient à l’esprit. Un jour nous avions organisé une soirée-lecture en pyjama pour les enfants. Les voir tous débarquer dans leurs pyjamas à la librairie, c’était vraiment très drôle !      Qu’auriez-vous envie de dire à un libraire qui débute sa carrière ?      Rachel - Qu’il n’arrivera pas forcément à tout ce qu’il veut dès le début, qu’il faut du courage, et que si son souhait est de créer sa propre librairie, c’est possible. Si on regarde notre parcours à tous les trois, nous sommes passés par différents types de structures pour arriver finalement à créer notre propre librairie indépendante.     Elise - Moi, je dirais de faire les choses à fond. Défendre ses goûts et croire en ses choix.      Xavier - Je dirais d’écouter. C’est un métier de connexions. Il faut être connecté au monde et surtout aux gens. C’est le vrai enrichissement de ce métier. Il faut aimer les gens avant d’aimer les livres. Tout est basé sur l’écoute, c’est comme ça qu’on avance.     Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782070514069,9782070453603,9791027802074]
Entretiens
7 juillet 2022 10:23

La lettre
des libraires

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Le Book Club des libraires : Fabienne Boidot Forget - Le plaisir de la transmission

Fabienne Boidot Forget dirige la librairie Gibier à Pithivier. Dans cet épisode du Book Club, elle s’enregistre en note vocale chez elle, un lundi matin où les oiseaux chantent : “J’avais envie de parler d’un livre qui, pour moi, était extrêmement important dans ma nouvelle vie de libraire”. Fabienne Boidot Forget nous présente le premier roman de l’autrice Alexandra Koszelyk, qu’elle a choisi de mettre en avant pendant la rentrée littéraire 2019 : À crier dans les ruines. : “Quand j’ai refermé le livre, je me suis dit que c’est ce que je cherchais. C’était ma signature, la signature de ma librairie”.  Cet ouvrage raconte l’histoire d’amour de deux adolescents, à l’aube de l’incendie de la centrale nucléaire de Tchernobyl : “J’ai vraiment ce sentiment que j’ai vécu l’histoire”. Et son amour pour ce livre est devenu celui de ses clients : “On avait vraiment très bien vendu le livre. En fait, c’était notre best seller. Et on pouvait être très fièr.e.s de nous”.  Ces prochaines semaines, vos épisodes du Book Club donnent la parole à des femmes libraires. Ces épisodes sont en partenariat avec le site Leslibraires.fr, réseau de libraires indépendants. Plus que jamais aujourd’hui, il est important de soutenir la culture. Comme le dit Fabienne Boidot Forget : “Lire, pour moi, c’est aussi important que respirer. C’est aussi important que boire. C’est une vraie nécessité”.
Podcasts
20 mai 2021 10:01

Le Book Club des libraires : Hélène Woodhouse - la mémoire d’une nuit

C’est par hasard que “le syndrôme du libraire est entré dans les veines” d’Hélène Woodhouse : “Il y avait de la lumière sous la porte et j’ai frappé”. Une heureuse coïncidence qui l’a poussée à tout arrêter pour s’y consacrer : “ J’étais bien. J’étais peut-être enfin à ma place, à une place où je n’avais plus rien à prouver”. Dans cet épisode du Book Club, Hélène Woodhouse nous parle du roman sous forme de récit choral : Le livre que je ne voulais pas écrire, de son ami Erwan Larher : “Je ne l’ai pas découvert. C’était plus une attente, une sorte de soulagement”. Survivant du Bataclan, il raconte l’horreur de cette nuit du 13 novembre 2015 : “Je l’ai lu d’une traite même si, de temps en temps, il fallait que je le repose”.  Une lecture éprouvante pour Hélène Woodhouse, mais surtout salvatrice et aussi surprenante : “Il y a vraiment des passages d’anthologies où je me demandais comment je pouvais être en train de rire alors que l’on parle de ça”. 
Podcasts
20 mai 2021 09:59

Le Book Club des libraires : Géraldine Delauney - De la fiction pour ouvrir les esprits

Géraldine Delauney est libraire à Morlaix. Une vocation qui s’est présentée comme une évidence après sa lecture du livre de John Irving : Le Monde selon Garp, dont elle nous parle dans cet épisode du Book Club : “Je me suis dit que je voulais travailler dans les livres. C’est magique. C’est un univers qui est merveilleux, qu’il faut partager absolument”. Le Monde selon Garp raconte l’histoire abracadabrante de S.T. Garp, le fils que réussit à avoir Jenny, une femme qui voulait d’un enfant, mais surtout pas d’un homme : “À dix-neuf ans, c’était vraiment un univers tellement différent de ce que j’avais pu lire avant, qu’il m’avait ouvert des portes et fait découvrir plein de choses”. Un roman que Géraldine Delauney a compris d’une autre manière en le relisant, près de dix ans plus tard : “Quand je l’ai relu, j’avais trois enfants, et évidemment il y a d’autres aspects du livre qui m’ont touchée différemment". Elle s’est aussi rendue compte de sa notion avant-gardiste : “Il parlait de sujets qui sont dans l’air du temps aujourd’hui”.
Podcasts
2 mai 2022 11:29

Carte blanche à Lilya Aït Menguellet - librairie Meura

La librairie Meura est la plus vieille librairie indépendante de Lille. Spécialisée en littérature et en sciences humaines, elle a été fondée en 1946. Lilya Aït Menguellet a repris la librairie avec son associée en mai 2009. Depuis novembre 2018, la librairie organise un atelier d’écriture qui accueille une douzaine de personnes en visioconférence et, parfois, en présentiel. Il est animé depuis le début par l’écrivain Roberto Ferrucci.    La Machine à écrire Entre cinq et dix têtes s'affichent sur l’écran. La même scène se répète pendant deux heures chaque dimanche depuis le 29 mars 2020, depuis que l’atelier d’écriture de la librairie a pris une forme dématérialisée. Un atelier né de l’idée qu’écrire est plus une question de travail que de talent ou d’intuition.  Un écrivain est un artisan, qui connaît les techniques tout en sachant pertinemment que sa connaissance théorique se heurtera à la réalité de la matière première. Certains peuvent se rassurer en suivant les recettes décrites étapes par étapes par les manuels ou les masterclass.  Pas sûre que nous aurions le plaisir d’écouter Cécile nous raconter sa maison-palimpseste si elle avait suivi ces méthodes stéréotypées. Elle qui a commencé à nous charmer à coup de récits en trois lignes. On n’apprend pas à écrire. On écrit et on se lance dans une longue course émaillée d’obstacles qu’il faut franchir les uns après les autres.   Rien de tel pour lever les difficultés que la lecture d’autres artisans, d’écrivains chevronnés. Lire Milan Kundera si on se demande ce qu’est un roman européen. Ou Annie Ernaux, la transfuge de classes, pour comprendre comment les mots sont ses outils pour parler d’un monde ouvrier qu’elle connaît bien et dont elle ne fait plus partie. Patrick Deville est passionnant pour découvrir ce qu’est un roman sans fiction et pour arriver à mêler les temps et les espaces. On pourrait multiplier ainsi les références, du Journal de l’écrivain de Virginia Woolf au Diable par la queue de Paul Auster, en passant par l’inévitable L’Urgence et la patience de Jean-Philippe Toussaint. L’expérience des autres est autrement plus enrichissante que la consultation systématique d’ouvrages théoriques. Aujourd’hui, C’est Marie-Dominique qui ouvre le bal des lectures commentées, avec trois pages où, enfin, son grand-père est dans les tranchées. Elle nous prévient qu’elle n’est pas à l’aise : elle n’arrive pas à écrire le combat et puis, à quoi bon, il y a tant de belles pages. Mathilde est toujours la première à prendre la parole. Elle a adoré le détail des pieds douloureux et n’a pas été gênée par l’absence de scènes de bataille détaillées. Elle enchaîne avec ses souvenirs de lecture sur le sujet. David embraye, enthousiasmé par certaines phrases qui lui rappellent d’autres auteurs dont il conseille la lecture. Parce qu’un écrivain, c’est également un lecteur. Il est inconcevable d’imaginer écrire si on n’aime pas lire. Pour former sa plume ou pour créer sa famille littéraire, il existe quantité de raisons de lire. Italo Calvino ou Julien Gracq sont deux parmi de très nombreux auteurs qui dévoilent leurs lectures.    Au fil des semaines, amener chacun à trouver sa voix, en partant des difficultés réelles rencontrées par les ateliéristes, comme les appelle Roberto Ferrucci, à qui j’ai confié l’atelier créé à la librairie il y a quatre ans. Il est lui-même une illustration parfaite du paradoxe de l’écrivain : seul devant sa page mais accompagné par ses maîtres et amis. Dans Ces histoires qui arrivent, sous couvert de nous raconter le plus européen des écrivains italiens, Antonio Tabucchi, Roberto Ferrucci nous raconte la manière dont cette amitié littéraire et plus l’a portée dans son écriture. De la même façon, il est passionnant de lire le portrait que Jean Echenoz fait de son éditeur, Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit. Un chemin original pour en apprendre beaucoup sur le monde de l’édition et sur la relation particulière qui relie un écrivain à celui qui va l’aider à faire vivre son texte.   S’il ne fallait conseiller qu’un seul titre, j’inciterais l’apprenti-écrivain ou l’autrice-en-devenir à se jeter sur le dernier livre de Jean-Philippe Toussaint, C’est vous l’écrivain (éditions Le Robert). Loin d’être une méthode désincarnée et théorique, l’auteur réussit avec brio la synthèse de tous les types de livres qu’on peut et doit lire pour écrire. Une expérience personnelle, avec ses faits d’armes et ses difficultés, des conseils de lecture, une plongée dans la vie d’écrivain. Le tout dans la langue si caractéristique de l’auteur. Même dans un livre prétendument pratique, on peut travailler son écriture !   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782070440085,9782070451159,9782917817704,9782021490671,9782321016786,9782070328017]  
Entretiens
7 juillet 2022 11:26

Entretien avec Charlotte Desmousseaux - librairie La Vie devant soi

Vous avez ouvert votre librairie La Vie devant soi en 2015. Pouvez-vous nous raconter le chemin qui vous a mené à cette ouverture ?    Passionnée par la littérature depuis toute petite, une fois mes études en sociologie terminées, je ne savais pas comment entrer dans la vie active sachant que la seule chose qui me parlait vraiment était le rapport à la lecture. Issue d’un milieu populaire, je ne connaissais pas le métier de libraire. Je vivais à la campagne et les rares librairies où j’étais entrée, enfant et adolescente, m’avaient paru un autre monde, presque un endroit qui n’était pas fait pour moi. J’ai fait mes premiers stages en librairie à Marseille. En 2005, j’ai effectué une formation professionnelle puis j’ai fait mes premières armes dans une librairie à Nantes. J’ai pu apprendre le métier et toute la gestion d’une librairie de A à Z. Parallèlement, j’ai commencé à chercher un local, jusqu’à ce que je quitte cette entreprise en 2013, que j’intègre ensuite la librairie spécialisée jeunesse Les Enfants Terribles, à Nantes, pour une année, et que je tombe par le plus grand des hasards sur le local qui allait devenir La Vie devant soi. Quand Etienne, mon compagnon, et moi avons lu ce livre de Romain Gary, nous avons eu un déclic : il correspondait vraiment au quartier où s’est montée la librairie, populaire, plein de vie, de tolérance et de liberté.   D’où vient votre amour des livres et votre passion de le partager avec les autres ?    D’aussi loin que je me souvienne, la littérature a toujours fait partie de ma vie. Elle était ce qui me permettait de me raccrocher au monde, ce qui me permettait de Voir le monde. Atteinte d’un handicap visuel, les choses à plus de deux ou trois mètres de mon regard sont floues, voire irréelles, et font souvent appel à mon imaginaire pour exister. Cet imaginaire, je l’ai puisé dans la littérature. La langue, l’écriture, les descriptions sont ce qui ont construit mon rapport au monde, et je ne me voyais pas faire autre chose que de transmettre le travail des autres pour le rendre visible aux lecteurs. J’aime rencontrer les gens et trouver le bon livre pour la bonne personne. C’est ce que j’aime le plus dans ce métier : le conseil, le rapport à l’intimité de chaque lecteur. Créer des liens, des passerelles, des rencontres.  Ce que j’aime aussi, c’est rendre démocratique le rapport à la littérature, que les gens n’aient pas peur d’entrer dans notre librairie, qu’ils ne se sentent pas écrasés par un lieu, mais qu’au contraire, notre sourire, notre générosité, notre chaleur leur donne envie de venir, de revenir et de nous faire confiance.    Être libraire, c’est faire des choix en fonction de nombreux critères. Ce sont en grande partie ces choix, qui définissent une librairie. Comment s’organise cette partie de votre activité ?   La majeure partie des choix se fait lors des rendez-vous avec les représentants et en consultant les services de presse (que nous avons à cœur de tous ouvrir !). Nous cherchons aussi à répondre aux attentes de notre clientèle. Il faut bien cerner ce que les lecteurs attendent, au-delà de nos goûts. Nous avons également réussi à fidéliser les gens autour de nos coups de cœur, à être des dénicheurs et des passeurs de livres qui ne seront pas obligatoirement les plus représentés dans les médias. Les gens ont confiance en nous et c’est une grande partie de notre travail. La partie la plus périlleuse et la plus difficile est celle de pouvoir anticiper les quantités sur les titres qui seront les plus commentés dans les médias ou les plus attendus. Parfois nous ratons des choses, mais pour moi le cœur du métier est de défendre et suivre le travail d’auteurs émergeants. Je pense à Thomas Giraud qui est un auteur nantais dont nous défendons le travail depuis son premier livre en 2015, et qui est l’une des meilleures ventes de librairie.    Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782070111435,9782070385799,9782234075351]
Entretiens
7 juillet 2022 11:06

Entretien avec Thomas Giraud

Thomas Giraud est né en 1976 à Paris. Docteur en droit public, il vit et travaille à Nantes. Avec Bas Yan Ader est son quatrième roman.   Dans votre dernier roman, Avec Bas Jan Ader (2021), vous vous intéressez à nouveau à un personnage réel au destin singulier. Tout en vous documentant beaucoup sur la vie de vos héros, vous vous affranchissez de leur biographie pour construire une fiction. Comment définiriez-vous le fil qui relie tous vos romans ?    T.G - Il existe plusieurs fils. Certains m’apparaissent aujourd’hui, a posteriori, après quatre livres. Je réalise que mes livres ne sont tenus par la disparition de quelque chose, l’enfance, la musique, un projet de ville, un homme. L’intérêt que j’ai pu porter à ces figures, à ces vies, a été saisi par ce prisme de la disparition, de ce que l’on ne voit plus et de ce que l’on voit apparaître une fois la disparition constatée. Un autre fil qui relie mes textes est celui des marges. M’intéressent fort peu ceux qui ont le succès et la lumière. Tous ceux qui occupent mes livres sont restés un peu à côté de l’Histoire, ont parfois raté, raté plusieurs fois, raté mieux, comme dirait Beckett.   Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans ces vies étonnantes et comment choisissez-vous vos personnages ?   T.G - Ce qui m’émeut dans ces vies, du moins dans ce que je perçois de celles-ci, c’est le cheminement vers leur projet, j’aime approcher cet instant fugace où dans ces vies quelque chose s’est accompli ou a été sur le point de l’être : cette somme des détails minuscules côtoyant des choses immenses qui laisse tout le monde un peu sidéré quand quelque chose arrive ou est sur le point de l’être. Écrire sur eux est un choix mais il se fait silencieusement, de manière souterraine, pendant des années ; à un moment, c’est presque eux qui me signifient qu’ils sont là, qu’ils sont la bonne personne pour écrire ce qui me taraude, ce qui m’occupe, mes propres inquiétudes. Ils sont disponibles pour que je puisse les endosser avec mon écriture et mes pensées. J’aime penser que c’est un choix réciproque…    Quel lecteur êtes-vous ? Pourriez-vous nous parler des livres qui vous ont marqué ?   T.G - Le lecteur que je suis aujourd’hui n’est plus tout à fait celui d’il y a cinq ou six ans, ni bien entendu celui d’il y a vingt ans. Je continue à lire autant, mais surtout je relis beaucoup. Beaucoup trop de livres m’ont marqué, ceux que je retiens, ceux que je relis, sont ceux où je me suis dit en les lisant « ah oui, on peut faire comme ça ». Ce sont les livres de Giono, la partie du catalogue des éditions Verdier que j’appelle « Verdier canal historique » et où je mets Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Mathieu Riboulet, les livres de Marie-Hélène Lafon, Maryline Desbiolles, Claude Simon, Faulkner et Lobo Antunes.   Quelle place ont les libraires dans votre parcours d’écrivain ? Y a t-il des librairies que vous fréquentez régulièrement ?   T.G - Les librairies ont une place essentielle. J’aime celles où l’on sent « la patte » du libraire, où on repart avec beaucoup plus de livres et d’envies qu’en entrant. C’est d’ailleurs cela qui me fait entrer dans une librairie : le choix du fond et des quelques livres mis en avant. Je côtoie toutes les semaines les librairies nantaises La vie devant soi, Les nuits blanches, Vent d’Ouest. Et puis quelques librairies m’ont marqué profondément : la Petite Égypte, Texture, Charybde et L'Arbre du voyageur à Paris, Le Livre à Tours. Je parle de librairies mais ce sont les libraires qui sont, souvent, devenus des camarades, des amis de grande importance.    Credits photo Solenn Morel Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782864320661,9782757888131,9782070757008]
Entretiens
7 juillet 2022 10:52

Librairie La Géosphère, Montpellier

La Géosphère est une librairie dédiée au voyage et aux littératures étrangères. Vous y trouverez des cartes topographiques et des guides pour visiter tous les pays du monde, y compris la France. Côté fiction, Magali et Anne sélectionnent en permanence des romans français et étrangers permettant de découvrir le monde. Sans oublier les récits, les beaux-livres de photos et de dessins, les ouvrages jeunesse, les BD, ainsi qu’une offre ludique de papeterie, globes terrestres et jeux ! Magali Brieussel gère La Géosphère depuis 2020. La librairie est membre du réseau leslibraires.fr. Réalisation : Guilherme Ringuenet   Création graphique : Ronan Loup   Musique : Francis Le Bras  
Vidéos
9 mai 2022 11:24

Librairie La Rose des Vents, Dreux

La librairie La Rose des Vents est située dans les rues piétonnes de Dreux, sur un espace de 480m². Fondée en 1953,cette librairie généraliste et indépendante est dirigée par Aurélia Licatezi. Dans cette vidéo, retrouvez les conseils de lecture d'Aurélia et de Theo et découvrez l'ambiance de cette librairie membre du réseau leslibraires.fr depuis 2012.   Réalisation : Guilherme Ringuenet, Habillage graphique : Ronan Loup,  Musique : Francis Le Bras
Vidéos
23 mars 2022 10:52

Librairie de l'Angle Rouge, Douarnenez

Ce mois-ci, nous vous emmenons découvrir la formidable librairie de L'Angle rouge à Douarnenez, dans le Finistère. Fruit d'un travail collectif initié en janvier 2020, la Librairie a ouvert ses portes le 15 septembre 2020. Elle a été créée sous la forme juridique d'une SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production) par quatre libraires-associé.es et un associé extérieur. Librairie indépendante et généraliste, l'Angle rouge est membre du réseau leslibraires.fr depuis 2020. Réalisation et conception graphique : Ronan Loup Musique : Francis Le Bras
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18 janvier 2022 10:38

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