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À la une

Cécile Coulon: sortir du gouffre

Cécile Coulon est écrivaine. Son dernier roman, “Seule en sa demeure”, est paru en août aux éditions de l'Iconoclaste. Au sein de cette même maison, elle co-dirige l’iconopop, une collection de textes courts et poétiques.  Dans ce nouvel épisode du Book Club, Cécile Coulon compare ses livres à “ses professeurs”, indispensables chez elle, semblables à des “lumières”. “Ma bibliothèque dit beaucoup de choses de moi puisqu'elle renferme tout ce qui me touche intimement, tout ce qui m’émeut, tout ce qui m’éduque”.  Elle a choisi de nous parler d'un livre qui l'a particulièrement bouleversée alors qu'elle sortait de l'écriture de son roman "Trois saisons d'orage". Courte fable en huis clos, Le Puits, signé par l'écrivain espagnol Iván Repila, raconte l'histoire de deux frères, le Grand et le Petit, qui se retrouvent au fond d’un puits et essayent de s’en sortir.  Ce conte cruel les observe sortir de l’enfance malgré eux, en découvrant les désirs de haine et de vengeance. Unis par leur fraternité, l’amour seul résiste à l’épreuve qu’ils doivent surmonter. En se replongeant dans cette lecture, l’écrivaine nous confie l’écho qu’a eu cette “œuvre complète” dans sa vie.    “J’étais à une période où j'essayais de me hisser hors d’un lieu ou je me sentais un petit peu pétrifiée et immobile, comme ces deux enfants dans le livre, essayent à de nombreuses reprises de se hisser hors de ce puits.”  Une lecture physique et sensorielle qui a accompagné Cécile Coulon, dans un nouveau moment de vie. “Lorsque j’ai terminé j’étais dans un état second. Je savais que je venais de lire un grand livre, un ouvrage important. Je savais que ce texte allait avoir des répercussions sur moi, sur ma façon d’écrire, sur ma façon de penser.”
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21 octobre 2021 11:23

Anne Berest : L’amour à trois

Anne Berest est écrivaine. Dans son dernier roman, “La Carte Postale”, publié aux Éditions Grasset, elle reconstitue l’histoire de ses aïeux qui ont trouvé la mort en camps de concentration.   Lectrice compulsive depuis son plus jeune âge, l’écrivaine nous explique qu’elle voit dans sa bibliothèque les différentes couches géologiques d’une roche. “C’est comme si je regardais les différents appartements dans lesquels j’ai habités, comme si je revoyais les différentes amours que j’ai eues dans ma vie, les anniversaires, les voyages, parce que chaque objet-livre, renvoie à un moment, à un lieu, à un appartement, à quelqu’un.”  Dans ce nouvel épisode du Book Club, Anne Berest se remémore sa rencontre avec Marguerite Yourcenar lors du confinement, devenue relation passionnelle de lectrice à autrice. “Dans cette période difficile, j’ai eu la sensation de vivre un miracle, comme de rencontrer une amie incroyable”. Le roman qui a bouleversé Anne Berest c’est “Le coup de grâce”, dans lequel se tisse une histoire tragique de triangle amoureux, au cœur des pays Baltes, ravagés par la guerre.  “Dans ces histoires d’amour éconduit, on est souvent focalisé sur le personnage de celui qui souffre, celui qui aime sans retour. Alors que là, ce que je trouve très intéressant, c’est qu’on est dans l’intimité, dans le regard, non pas de la victime mais du bourreau, de celui qui n’aime pas.”  Un livre qui a déclenché chez Anne Berest une passion et une admiration pour Marguerite Yourcenar, “romancière historienne”, avec qui elle partage une même démarche d’écriture. “Depuis plusieurs livres je me plonge dans des figures du passé, j’essaye d’entrer en elles, pour à la fois éclairer leur regard avec mes yeux d’aujourd’hui, et inversement, faire venir leur culture passée sur notre époque. Ce double mouvement, dans lequel j’inscris mon écriture, correspond à son sillage.”
Podcasts
21 octobre 2021 11:19

Corinne Dreyfuss - Je t'attends, éditions Thierry Magnier

À propos de l'autrice : Corinne Dreyfuss est autrice illustratrice. Elle a surtout publié des livres de littérature jeunesse. Elle aime jouer avec la musicalité du texte le rythme des mots et des images qui se répondent. Dans ses livres à destination des plus petits, elle s'exerce à l'épure. A tous petits et grands, elle parle de la vie de la mort, du rire et des larmes, du temps qui passe et des traces qu'il laisse.   À propos de l'ouvrage : Léopold attend sa maman. Celle-ci s’est absentée pour très peu de temps. Il doit compter jusqu’à dix avant son retour. Alors Léopold patiente et commence à compter mais l’inquiétude grandit, les questions se bousculent et la panique devient incontrôlable… Ouf la voilà ! Un livre haletant pour apprivoiser les notions de séparation et de retrouvailles.     Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à écrire pour la jeunesse et particulièrement pour les tout-petits. C.D - Après des études aux beaux-arts j’ai longtemps vogué entre peinture, motifs textiles, décoration, écriture et narration. Et puis, pour la naissance d’une de mes nièces, je ne sais trop ce qui m’est passé par la tête, mais j’ai eu envie de lui faire un livre. C’est alors que j’ai découvert le travail d’Olivier Douzou et ça a été pour moi une révélation. Ma rencontre avec Thierry Magnier a aussi été déterminante et mon premier album est sorti très rapidement (en 1998) aux éditions du même nom. Mon travail à destination des tout-petits s’est construit petit à petit. Si à mes débuts on m’avait dit que je pourrais faire avec tant de plaisir et de passion des livres pour des enfants de moins de trois ans, j’aurais sans doute été très étonnée. Mais on m’a invitée en crèche autour de mes livres, j’ai rencontré les tout-petits, je les ai observés et ils m’ont souvent étonnée par leur attention vivante, leur pertinence, leur capacité à faire des liens, des associations, à être sensibles à l’image comme au texte, à débusquer ce qui est caché et aussi à saisir avec beaucoup de finesse, rythme et musicalité de la langue. Ces observations m’ont beaucoup inspirée. J’ai une grande confiance dans ce tout-petit public et quand je le dis, ce n’est pas une formule en l’air, je crois vraiment que l’on n’a pas fini d’explorer ce que l’on peut leur proposer. [SPLIT_CONTENT] Pouvez-vous nous présenter Je t’attends qui vient de paraître aux éditions Thierry Magnier et comment vous avez travaillé sur cet album et sur le thème de la séparation mais aussi de l’inquiétude, voire de la peur. C.D - « Je t’attends » est un projet qui a mûri lentement. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire qui faisait TRÈS, TRÈS peur, mais je ne trouvais pas laquelle. J’aime bien aussi me pencher sur un genre littéraire et me demander comment cela peut se transposer dans un livre pour tout-petits, je l’ai déjà fait pour « Caché ! »  un « roman » pour les bébés sans aucune image. Je suis une grande lectrice de thriller et je me suis questionnée sur ce que pourrait être un thriller (qui peut se traduire si joliment en français par : livre à frissonner) pour des tout-petits. J’ai aussi beaucoup pensé cinéma, plans, cadrages, pour l’illustration. Dans « Je t’attends » il ne se passe rien. C’est un plan fixe, au début assez serré, sur un petit garçon qui attend sa maman puis un effet de zoom pour être au plus près de l’émotion de Léopold (le petit héros du livre) et de dézoomage quand l’arrivée de la maman rouvre le monde et éclaircit l’horizon. Il y a un narrateur dont le récit s’écrit sur des pages noires à part et qui s’adresse directement au petit lecteur en l’interrogeant sur ce qu’il voit, ce qui se passe. Léopold, lui, attend et, bien sûr, s’inquiète. Ce sont ses pensées, ses questionnements, la petite voix qui parle dans sa tête qui nous est donnée à lire. Ce thème de la séparation et de la peur est venu comme une évidence, quoique, les évidences qui viennent après des mois de travail et de questionnements n’en sont peut-être pas... En tout cas lorsque je l’ai trouvé, il s’est imposé à moi comme tel. Quoi de plus inquiétant et de plus universel que de se demander si sa maman va revenir ? Quel meilleur suspense ? Avez-vous abordé ce livre différemment des précédents ? Je pense que « Je t’attends » est un livre dans la continuité de « Caché ! » j’y poursuis mon travail sur l’écriture dans un livre pour tout-petit, j’expérimente comment le texte et l’image peuvent y être séparés ou s’entremêler mais aussi je questionne ce dispositif qu’est le livre pour tout-petit et ses particularités : lu à voix haute par une tierce personne. Ce trio livre, médiateur(trice) (la voix du livre), petit lecteur m’intéresse tout particulièrement. Et la voix du narrateur dans « Je t’attends » est un rôle sur mesure pour que ce(tte) médiateur(trice) s’adresse au tout-petit lecteur, le questionne.   Comment choisissez-vous de vous adresser aux très jeunes enfants pour concevoir vos albums ? Qu’est ce qui est important dans l’écriture et l’illustration ? C.D -  Au début je ne pense pas au lecteur, j’ai une idée et si elle a décidé de ne pas me lâcher je m’y mets (puisque je n’ai pas le choix). Après vient le travail qui peut être long même pour un livre très court. Je n’ai pas de recettes, à chaque nouveau projet il faut trouver de nouvelles solutions. Bien sûr, l’histoire et son sens sont primordiaux mais je suis convaincue que la musicalité et le rythme du texte le sont tout autant. Je suis de plus en plus attentive et sensible au rythme, un rythme de phrase raté c’est du sens perdu. J’aime bien aussi essayer de faire au plus simple dans le texte comme dans l’illustration, me séparer de tout ce qui n’est pas indispensable, j’ai l’impression que plus c’est simple (mais pas simpliste) plus cela peut être juste et efficace. Quel rôle à la personne qui lit un livre à un bébé dans cet instant de partage? C.D -  Primordial ! d’abord un livre pour tout-petit n’existe pas sans un(e) médiateur(trice) (celui/celle qui lit avec le petit lecteur). En petite enfance, on écrit pour un public qui ne sait pas lire, du moins pas le texte. Il faut impérativement que quelqu’un lise avec le tout-petit au moins une fois et souvent (on le sait) de nombreuses fois. Il/elle est la voix du livre, un interprète à part entière. Il/elle fait passer du sens mais aussi du son, des regards, des sensations, des émotions. Lorsqu’on lit avec un tout petit, on est souvent dans une grande proximité physique (sur les genoux, dans les bras…) et c’est pour chacun une expérience multi-sensorielle, un moment intense à partager, c’est cela un livre pour tout-petit pas seulement une histoire, des dessins et du carton et/ou du papier. Le(la) médiateur(trice) peut aussi être attentif(ve) au tout-petit, savoir quand il peut jouer le texte avec emphase, y mettre le ton et saisir quand c’est trop, quand il faut baisser l’intensité, « calmer » le jeu moduler, rassurer. Avez-vous des souvenirs de vos lectures d’enfant que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Ou des livres récemment parus dont vous aimeriez nous parler ? C.D -  J’ai une passion de longue date et non assouvie pour les livres d’Iela et Enzo Mari « L’œuf et la poule », « La pomme et le papillon », qui sont d’une simplicité et d’une force incroyables. Ces livres datent des années 70 mais ils sont intemporels et toujours édités. « Les animaux dans le pré », d’Iela Mari, paru en 2011 est aussi un petit bijou à mettre entre toutes les mains.   [ean13_auteur | 9791035204723] [ean13_conseils | 9782211011129,9782211021838,9782211204965]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr
Entretiens
19 octobre 2021 13:55

Craig Johnson - Western Star, éditions Gallmeister

À propos de l'auteur : Craig Johnson naît en 1961 à Huntington, en Virginie-Occidentale. Son premier roman, Little Bird (The Cold Dish en VO), paraît en 2005 aux États-Unis. Il met en scène le shérif Walt Longmire et constitue le premier volet d’une saga qui compte à ce jour douze titres et fait régulièrement partie des listes de best-sellers aux États-Unis. La série Longmire, adaptation télévisée de l’univers de Craig Johnson, a connu un immense succès aux États-Unis. Elle est diffusée en France sur la chaîne D8.   À propos de l'ouvrage : Tout juste rentré du Vietnam, le jeune adjoint Walt Longmire participe pour la première fois à l’excursion de l’Association des shérifs du Wyoming à bord du Western Star, train à vapeur légendaire de la conquête de l’Ouest. Une bonne occasion de resserrer les liens entre collègues en buvant du bourbon. Très vite, les langues se délient et Walt a vent de meurtres non-élucidés. Elément troublant, certains shérifs manifestent une mauvaise volonté évidente à répondre à ses questions. Walt ne se doute évidemment pas qu’il est sur le point de faire l’une des rencontres les plus dangereuses de sa vie. Et voilà que quarante ans plus tard, les échos de cette ancienne affaire résonnent de la plus terrifiante des manières.   Vous évoquez dans Western Star un moment particulièrement important et marquant du passé de Walt Longmire (Shériff du Comté d’Absaroka et héros de tous vos romans) : connaissez-vous déjà sa vie ou bien la construisez-vous au fur et à mesure que vous écrivez ?   C.J - J’ai une connaissance précise des arcs narratifs de la vie de Walt, mais le plus souvent, des détails viennent s’ajouter tous seuls au fil de l’écriture. J’essaie de me laisser des marque-pages pour me rappeler les idées dont j’aurai besoin pour les futurs romans. Il y a des intrigues et des sous-intrigues qui se révèlent au fil du temps — j’espère simplement que je pourrai toutes les écrire. Je savais que Western Star allait être un défi et il fallait que j’attende un moment avant de pouvoir le tenter, mais ce défi m’a donné de nombreuses opportunités de faire des choses que je n’avais jamais été capable de faire jusque-là. Si on revient à Litlle Bird [le premier roman de la série], on apprend que Martha est enceinte au moment où Lucian engage Walt comme adjoint, mais cet enfant serait trop vieux pour être Cady. Alors qui est-il ?   La construction narrative de Western Star est très différente de vos précédents romans : Le lecteur fait en permanence des allers-retours entre passé et présent au détour d’une phrase. Le livre est aussi très rythmé, loin du rythme plus contemplatif et fantastique de plusieurs de vos romans (faisant appel à la mythologie indienne, notamment). Est-ce la thématique très forte de ce roman qui vous a poussé à changer votre façon d’écrire ?   C.J - Je ne sais pas si c’est une décision consciente d’écrire un livre plus orienté action, c’est juste ce que l’intrigue demandait, et puis avec Walt un peu plus jeune pendant la moitié du livre, j’ai saisi une opportunité qui ne m’est pas souvent accordée. J’ai déjà utilisé une narration circulaire dans mes précédents livres, notamment pour celui qui se passe au Vietnam, Enfants de poussière et Dark Horse. J’aime créer ces intrigues circulaires et observer non seulement Walt mais aussi de nombreux autres personnages de mes livres durant différentes périodes de leur vie, je trouve ça très révélateur. L’un des nombreux thèmes du livre serait que nous ne sommes pas seulement qui nous sommes maintenant.   [SPLIT_CONTENT] Vous avez construit un whodunit (« who has done it », roman où le lecteur découvre les indices en même temps que la narrateur et cherche à découvrir le coupable avant le narrateur) à la manière d’Agatha Christie. Est-ce une manière de lui rendre hommage ?   C.J - Eh bien il est impossible d’avoir une intrigue policière à bord d’un train sans rendre hommage à son inventeur originel. Le fait que Walt prenne avec lui Le Crime de l’Orient-Express en poche était une façon de saluer cette bonne vieille Agatha Christie. C’est un maître, elle expose les vraies limites du genre dans le sens où, avec un whodunit, les permutations sont innombrables. C’est lui le coupable, en fait c’est elle et en fait personne n’est coupable. C’est vraiment tout ce qu’il y a, ce qui me met dans une position où je dois essayer quelque chose de différent, quelque chose dont elle n’aurait pas pu se tirer à l’époque.   Le meurtrier que Walt essaie de surprendre (et dont je tairai le nom) m’a fait penser à cette citation de Shakespeare (auteur que vous citez souvent) « Il n’est pas de bête si féroce qu’elle ne connaisse quelque pitié. Mais je n’en connais aucune, et donc ne suis pas une bête. » L’épilogue semble confirmer cette phrase, qu’en pensez-vous ? "No beast so fierce but knows some touch of pity." "But I know none, and therefore am no beast." (Richard III – Acte I, scène 2)   C.J - C’est marrant, j’utilise Richard III comme exemple lorsque j’enseigne dans des ateliers d’écriture, un exemple pour parler de la motivation à proprement parler de l’antagoniste. Richard ne se voit pas comme un méchant, mais comme un homme qui a été trompé, abusé, au point de ne pas avoir d’autre choix que de répondre par la violence. Parfois on peut voir une part d’humanité en cela, parfois non. Le mal qui est fait à Walt et sa famille dans Western Star résonne dans tous les romans encore maintenant. [ean13_auteur | 9782351781852] [ean13_conseils | 9782351780251,9782351781845,9782351780848,9782351785362]   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr
Entretiens
18 octobre 2021 15:25

Agnès Hurstel : Copier coller

Agnès Hurstel est comédienne et humoriste. Elle est la créatrice de la série Jeune et Golri visible actuellement sur OCS. Dans cet épisode du Book Club, elle recommande un livre qui, à sa lecture, a résonné comme un véritable écho à sa vie. Il s’agit du roman autobiographique Le coût de la vie de Deborah Levy : “ C’est trop bien quand tu lis un livre et tout d’un coup on est dans ton cerveau et c’est toi qui parle. C’est pas possible quoi, l’auteure elle a eu accès à ton intimité.” Le coût de la vie raconte l’histoire de l’autrice britannique Deborah Levy qui, à 50 ans, va vivre un divorce difficile. Elle change de vie et passe d’une grande maison Victorienne à un petit appartement au sixième étage dans le nord de Londres, seule avec ses deux filles :   “ Elle va s’acheter un vélo électrique et réfléchir à la liberté, l’écriture, la féminité, ce que c’est que d’être auteure, ce que c’est l’auto-fiction et comment on fait quand on change de vie”.  Une ode à la solitude choisie, qui a inspiré Agnès Hurstel dans son écriture, mais qui l’a aussi encouragée à embrasser la liberté : “ C’est vraiment hyper intéressant sur ce que ça raconte de ce qu’est être une femme aujourd’hui et sur la quête d’une vie à soi quand tu es dans un endroit qui ne t’appartient plus. “ Dans Le coût de la vie, Deborah Levy questionne la féminité et le rapport à la maternité. Des réflexions émancipatrices que partage Agnès Hurstel : “ Elle dit un truc incroyable sur les mères, elle dit que sa mère a été super libre et dans le livre je trouve que par pointillés Deborah Levy nous indique ce qu’est être une mère qui est avant tout une femme, pas juste une mère. J’adore ce qu’elle dit sur la féminité ”. 
Podcasts
13 septembre 2021 14:33

La lettre
des libraires

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Cécile Coulon: sortir du gouffre

Cécile Coulon est écrivaine. Son dernier roman, “Seule en sa demeure”, est paru en août aux éditions de l'Iconoclaste. Au sein de cette même maison, elle co-dirige l’iconopop, une collection de textes courts et poétiques.  Dans ce nouvel épisode du Book Club, Cécile Coulon compare ses livres à “ses professeurs”, indispensables chez elle, semblables à des “lumières”. “Ma bibliothèque dit beaucoup de choses de moi puisqu'elle renferme tout ce qui me touche intimement, tout ce qui m’émeut, tout ce qui m’éduque”.  Elle a choisi de nous parler d'un livre qui l'a particulièrement bouleversée alors qu'elle sortait de l'écriture de son roman "Trois saisons d'orage". Courte fable en huis clos, Le Puits, signé par l'écrivain espagnol Iván Repila, raconte l'histoire de deux frères, le Grand et le Petit, qui se retrouvent au fond d’un puits et essayent de s’en sortir.  Ce conte cruel les observe sortir de l’enfance malgré eux, en découvrant les désirs de haine et de vengeance. Unis par leur fraternité, l’amour seul résiste à l’épreuve qu’ils doivent surmonter. En se replongeant dans cette lecture, l’écrivaine nous confie l’écho qu’a eu cette “œuvre complète” dans sa vie.    “J’étais à une période où j'essayais de me hisser hors d’un lieu ou je me sentais un petit peu pétrifiée et immobile, comme ces deux enfants dans le livre, essayent à de nombreuses reprises de se hisser hors de ce puits.”  Une lecture physique et sensorielle qui a accompagné Cécile Coulon, dans un nouveau moment de vie. “Lorsque j’ai terminé j’étais dans un état second. Je savais que je venais de lire un grand livre, un ouvrage important. Je savais que ce texte allait avoir des répercussions sur moi, sur ma façon d’écrire, sur ma façon de penser.”
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21 octobre 2021 11:23

Anne Berest : L’amour à trois

Anne Berest est écrivaine. Dans son dernier roman, “La Carte Postale”, publié aux Éditions Grasset, elle reconstitue l’histoire de ses aïeux qui ont trouvé la mort en camps de concentration.   Lectrice compulsive depuis son plus jeune âge, l’écrivaine nous explique qu’elle voit dans sa bibliothèque les différentes couches géologiques d’une roche. “C’est comme si je regardais les différents appartements dans lesquels j’ai habités, comme si je revoyais les différentes amours que j’ai eues dans ma vie, les anniversaires, les voyages, parce que chaque objet-livre, renvoie à un moment, à un lieu, à un appartement, à quelqu’un.”  Dans ce nouvel épisode du Book Club, Anne Berest se remémore sa rencontre avec Marguerite Yourcenar lors du confinement, devenue relation passionnelle de lectrice à autrice. “Dans cette période difficile, j’ai eu la sensation de vivre un miracle, comme de rencontrer une amie incroyable”. Le roman qui a bouleversé Anne Berest c’est “Le coup de grâce”, dans lequel se tisse une histoire tragique de triangle amoureux, au cœur des pays Baltes, ravagés par la guerre.  “Dans ces histoires d’amour éconduit, on est souvent focalisé sur le personnage de celui qui souffre, celui qui aime sans retour. Alors que là, ce que je trouve très intéressant, c’est qu’on est dans l’intimité, dans le regard, non pas de la victime mais du bourreau, de celui qui n’aime pas.”  Un livre qui a déclenché chez Anne Berest une passion et une admiration pour Marguerite Yourcenar, “romancière historienne”, avec qui elle partage une même démarche d’écriture. “Depuis plusieurs livres je me plonge dans des figures du passé, j’essaye d’entrer en elles, pour à la fois éclairer leur regard avec mes yeux d’aujourd’hui, et inversement, faire venir leur culture passée sur notre époque. Ce double mouvement, dans lequel j’inscris mon écriture, correspond à son sillage.”
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21 octobre 2021 11:19

Agnès Hurstel : Copier coller

Agnès Hurstel est comédienne et humoriste. Elle est la créatrice de la série Jeune et Golri visible actuellement sur OCS. Dans cet épisode du Book Club, elle recommande un livre qui, à sa lecture, a résonné comme un véritable écho à sa vie. Il s’agit du roman autobiographique Le coût de la vie de Deborah Levy : “ C’est trop bien quand tu lis un livre et tout d’un coup on est dans ton cerveau et c’est toi qui parle. C’est pas possible quoi, l’auteure elle a eu accès à ton intimité.” Le coût de la vie raconte l’histoire de l’autrice britannique Deborah Levy qui, à 50 ans, va vivre un divorce difficile. Elle change de vie et passe d’une grande maison Victorienne à un petit appartement au sixième étage dans le nord de Londres, seule avec ses deux filles :   “ Elle va s’acheter un vélo électrique et réfléchir à la liberté, l’écriture, la féminité, ce que c’est que d’être auteure, ce que c’est l’auto-fiction et comment on fait quand on change de vie”.  Une ode à la solitude choisie, qui a inspiré Agnès Hurstel dans son écriture, mais qui l’a aussi encouragée à embrasser la liberté : “ C’est vraiment hyper intéressant sur ce que ça raconte de ce qu’est être une femme aujourd’hui et sur la quête d’une vie à soi quand tu es dans un endroit qui ne t’appartient plus. “ Dans Le coût de la vie, Deborah Levy questionne la féminité et le rapport à la maternité. Des réflexions émancipatrices que partage Agnès Hurstel : “ Elle dit un truc incroyable sur les mères, elle dit que sa mère a été super libre et dans le livre je trouve que par pointillés Deborah Levy nous indique ce qu’est être une mère qui est avant tout une femme, pas juste une mère. J’adore ce qu’elle dit sur la féminité ”. 
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13 septembre 2021 14:33

Corinne Dreyfuss - Je t'attends, éditions Thierry Magnier

À propos de l'autrice : Corinne Dreyfuss est autrice illustratrice. Elle a surtout publié des livres de littérature jeunesse. Elle aime jouer avec la musicalité du texte le rythme des mots et des images qui se répondent. Dans ses livres à destination des plus petits, elle s'exerce à l'épure. A tous petits et grands, elle parle de la vie de la mort, du rire et des larmes, du temps qui passe et des traces qu'il laisse.   À propos de l'ouvrage : Léopold attend sa maman. Celle-ci s’est absentée pour très peu de temps. Il doit compter jusqu’à dix avant son retour. Alors Léopold patiente et commence à compter mais l’inquiétude grandit, les questions se bousculent et la panique devient incontrôlable… Ouf la voilà ! Un livre haletant pour apprivoiser les notions de séparation et de retrouvailles.     Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à écrire pour la jeunesse et particulièrement pour les tout-petits. C.D - Après des études aux beaux-arts j’ai longtemps vogué entre peinture, motifs textiles, décoration, écriture et narration. Et puis, pour la naissance d’une de mes nièces, je ne sais trop ce qui m’est passé par la tête, mais j’ai eu envie de lui faire un livre. C’est alors que j’ai découvert le travail d’Olivier Douzou et ça a été pour moi une révélation. Ma rencontre avec Thierry Magnier a aussi été déterminante et mon premier album est sorti très rapidement (en 1998) aux éditions du même nom. Mon travail à destination des tout-petits s’est construit petit à petit. Si à mes débuts on m’avait dit que je pourrais faire avec tant de plaisir et de passion des livres pour des enfants de moins de trois ans, j’aurais sans doute été très étonnée. Mais on m’a invitée en crèche autour de mes livres, j’ai rencontré les tout-petits, je les ai observés et ils m’ont souvent étonnée par leur attention vivante, leur pertinence, leur capacité à faire des liens, des associations, à être sensibles à l’image comme au texte, à débusquer ce qui est caché et aussi à saisir avec beaucoup de finesse, rythme et musicalité de la langue. Ces observations m’ont beaucoup inspirée. J’ai une grande confiance dans ce tout-petit public et quand je le dis, ce n’est pas une formule en l’air, je crois vraiment que l’on n’a pas fini d’explorer ce que l’on peut leur proposer. [SPLIT_CONTENT] Pouvez-vous nous présenter Je t’attends qui vient de paraître aux éditions Thierry Magnier et comment vous avez travaillé sur cet album et sur le thème de la séparation mais aussi de l’inquiétude, voire de la peur. C.D - « Je t’attends » est un projet qui a mûri lentement. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire qui faisait TRÈS, TRÈS peur, mais je ne trouvais pas laquelle. J’aime bien aussi me pencher sur un genre littéraire et me demander comment cela peut se transposer dans un livre pour tout-petits, je l’ai déjà fait pour « Caché ! »  un « roman » pour les bébés sans aucune image. Je suis une grande lectrice de thriller et je me suis questionnée sur ce que pourrait être un thriller (qui peut se traduire si joliment en français par : livre à frissonner) pour des tout-petits. J’ai aussi beaucoup pensé cinéma, plans, cadrages, pour l’illustration. Dans « Je t’attends » il ne se passe rien. C’est un plan fixe, au début assez serré, sur un petit garçon qui attend sa maman puis un effet de zoom pour être au plus près de l’émotion de Léopold (le petit héros du livre) et de dézoomage quand l’arrivée de la maman rouvre le monde et éclaircit l’horizon. Il y a un narrateur dont le récit s’écrit sur des pages noires à part et qui s’adresse directement au petit lecteur en l’interrogeant sur ce qu’il voit, ce qui se passe. Léopold, lui, attend et, bien sûr, s’inquiète. Ce sont ses pensées, ses questionnements, la petite voix qui parle dans sa tête qui nous est donnée à lire. Ce thème de la séparation et de la peur est venu comme une évidence, quoique, les évidences qui viennent après des mois de travail et de questionnements n’en sont peut-être pas... En tout cas lorsque je l’ai trouvé, il s’est imposé à moi comme tel. Quoi de plus inquiétant et de plus universel que de se demander si sa maman va revenir ? Quel meilleur suspense ? Avez-vous abordé ce livre différemment des précédents ? Je pense que « Je t’attends » est un livre dans la continuité de « Caché ! » j’y poursuis mon travail sur l’écriture dans un livre pour tout-petit, j’expérimente comment le texte et l’image peuvent y être séparés ou s’entremêler mais aussi je questionne ce dispositif qu’est le livre pour tout-petit et ses particularités : lu à voix haute par une tierce personne. Ce trio livre, médiateur(trice) (la voix du livre), petit lecteur m’intéresse tout particulièrement. Et la voix du narrateur dans « Je t’attends » est un rôle sur mesure pour que ce(tte) médiateur(trice) s’adresse au tout-petit lecteur, le questionne.   Comment choisissez-vous de vous adresser aux très jeunes enfants pour concevoir vos albums ? Qu’est ce qui est important dans l’écriture et l’illustration ? C.D -  Au début je ne pense pas au lecteur, j’ai une idée et si elle a décidé de ne pas me lâcher je m’y mets (puisque je n’ai pas le choix). Après vient le travail qui peut être long même pour un livre très court. Je n’ai pas de recettes, à chaque nouveau projet il faut trouver de nouvelles solutions. Bien sûr, l’histoire et son sens sont primordiaux mais je suis convaincue que la musicalité et le rythme du texte le sont tout autant. Je suis de plus en plus attentive et sensible au rythme, un rythme de phrase raté c’est du sens perdu. J’aime bien aussi essayer de faire au plus simple dans le texte comme dans l’illustration, me séparer de tout ce qui n’est pas indispensable, j’ai l’impression que plus c’est simple (mais pas simpliste) plus cela peut être juste et efficace. Quel rôle à la personne qui lit un livre à un bébé dans cet instant de partage? C.D -  Primordial ! d’abord un livre pour tout-petit n’existe pas sans un(e) médiateur(trice) (celui/celle qui lit avec le petit lecteur). En petite enfance, on écrit pour un public qui ne sait pas lire, du moins pas le texte. Il faut impérativement que quelqu’un lise avec le tout-petit au moins une fois et souvent (on le sait) de nombreuses fois. Il/elle est la voix du livre, un interprète à part entière. Il/elle fait passer du sens mais aussi du son, des regards, des sensations, des émotions. Lorsqu’on lit avec un tout petit, on est souvent dans une grande proximité physique (sur les genoux, dans les bras…) et c’est pour chacun une expérience multi-sensorielle, un moment intense à partager, c’est cela un livre pour tout-petit pas seulement une histoire, des dessins et du carton et/ou du papier. Le(la) médiateur(trice) peut aussi être attentif(ve) au tout-petit, savoir quand il peut jouer le texte avec emphase, y mettre le ton et saisir quand c’est trop, quand il faut baisser l’intensité, « calmer » le jeu moduler, rassurer. Avez-vous des souvenirs de vos lectures d’enfant que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Ou des livres récemment parus dont vous aimeriez nous parler ? C.D -  J’ai une passion de longue date et non assouvie pour les livres d’Iela et Enzo Mari « L’œuf et la poule », « La pomme et le papillon », qui sont d’une simplicité et d’une force incroyables. Ces livres datent des années 70 mais ils sont intemporels et toujours édités. « Les animaux dans le pré », d’Iela Mari, paru en 2011 est aussi un petit bijou à mettre entre toutes les mains.   [ean13_auteur | 9791035204723] [ean13_conseils | 9782211011129,9782211021838,9782211204965]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr
Entretiens
19 octobre 2021 13:55

Craig Johnson - Western Star, éditions Gallmeister

À propos de l'auteur : Craig Johnson naît en 1961 à Huntington, en Virginie-Occidentale. Son premier roman, Little Bird (The Cold Dish en VO), paraît en 2005 aux États-Unis. Il met en scène le shérif Walt Longmire et constitue le premier volet d’une saga qui compte à ce jour douze titres et fait régulièrement partie des listes de best-sellers aux États-Unis. La série Longmire, adaptation télévisée de l’univers de Craig Johnson, a connu un immense succès aux États-Unis. Elle est diffusée en France sur la chaîne D8.   À propos de l'ouvrage : Tout juste rentré du Vietnam, le jeune adjoint Walt Longmire participe pour la première fois à l’excursion de l’Association des shérifs du Wyoming à bord du Western Star, train à vapeur légendaire de la conquête de l’Ouest. Une bonne occasion de resserrer les liens entre collègues en buvant du bourbon. Très vite, les langues se délient et Walt a vent de meurtres non-élucidés. Elément troublant, certains shérifs manifestent une mauvaise volonté évidente à répondre à ses questions. Walt ne se doute évidemment pas qu’il est sur le point de faire l’une des rencontres les plus dangereuses de sa vie. Et voilà que quarante ans plus tard, les échos de cette ancienne affaire résonnent de la plus terrifiante des manières.   Vous évoquez dans Western Star un moment particulièrement important et marquant du passé de Walt Longmire (Shériff du Comté d’Absaroka et héros de tous vos romans) : connaissez-vous déjà sa vie ou bien la construisez-vous au fur et à mesure que vous écrivez ?   C.J - J’ai une connaissance précise des arcs narratifs de la vie de Walt, mais le plus souvent, des détails viennent s’ajouter tous seuls au fil de l’écriture. J’essaie de me laisser des marque-pages pour me rappeler les idées dont j’aurai besoin pour les futurs romans. Il y a des intrigues et des sous-intrigues qui se révèlent au fil du temps — j’espère simplement que je pourrai toutes les écrire. Je savais que Western Star allait être un défi et il fallait que j’attende un moment avant de pouvoir le tenter, mais ce défi m’a donné de nombreuses opportunités de faire des choses que je n’avais jamais été capable de faire jusque-là. Si on revient à Litlle Bird [le premier roman de la série], on apprend que Martha est enceinte au moment où Lucian engage Walt comme adjoint, mais cet enfant serait trop vieux pour être Cady. Alors qui est-il ?   La construction narrative de Western Star est très différente de vos précédents romans : Le lecteur fait en permanence des allers-retours entre passé et présent au détour d’une phrase. Le livre est aussi très rythmé, loin du rythme plus contemplatif et fantastique de plusieurs de vos romans (faisant appel à la mythologie indienne, notamment). Est-ce la thématique très forte de ce roman qui vous a poussé à changer votre façon d’écrire ?   C.J - Je ne sais pas si c’est une décision consciente d’écrire un livre plus orienté action, c’est juste ce que l’intrigue demandait, et puis avec Walt un peu plus jeune pendant la moitié du livre, j’ai saisi une opportunité qui ne m’est pas souvent accordée. J’ai déjà utilisé une narration circulaire dans mes précédents livres, notamment pour celui qui se passe au Vietnam, Enfants de poussière et Dark Horse. J’aime créer ces intrigues circulaires et observer non seulement Walt mais aussi de nombreux autres personnages de mes livres durant différentes périodes de leur vie, je trouve ça très révélateur. L’un des nombreux thèmes du livre serait que nous ne sommes pas seulement qui nous sommes maintenant.   [SPLIT_CONTENT] Vous avez construit un whodunit (« who has done it », roman où le lecteur découvre les indices en même temps que la narrateur et cherche à découvrir le coupable avant le narrateur) à la manière d’Agatha Christie. Est-ce une manière de lui rendre hommage ?   C.J - Eh bien il est impossible d’avoir une intrigue policière à bord d’un train sans rendre hommage à son inventeur originel. Le fait que Walt prenne avec lui Le Crime de l’Orient-Express en poche était une façon de saluer cette bonne vieille Agatha Christie. C’est un maître, elle expose les vraies limites du genre dans le sens où, avec un whodunit, les permutations sont innombrables. C’est lui le coupable, en fait c’est elle et en fait personne n’est coupable. C’est vraiment tout ce qu’il y a, ce qui me met dans une position où je dois essayer quelque chose de différent, quelque chose dont elle n’aurait pas pu se tirer à l’époque.   Le meurtrier que Walt essaie de surprendre (et dont je tairai le nom) m’a fait penser à cette citation de Shakespeare (auteur que vous citez souvent) « Il n’est pas de bête si féroce qu’elle ne connaisse quelque pitié. Mais je n’en connais aucune, et donc ne suis pas une bête. » L’épilogue semble confirmer cette phrase, qu’en pensez-vous ? "No beast so fierce but knows some touch of pity." "But I know none, and therefore am no beast." (Richard III – Acte I, scène 2)   C.J - C’est marrant, j’utilise Richard III comme exemple lorsque j’enseigne dans des ateliers d’écriture, un exemple pour parler de la motivation à proprement parler de l’antagoniste. Richard ne se voit pas comme un méchant, mais comme un homme qui a été trompé, abusé, au point de ne pas avoir d’autre choix que de répondre par la violence. Parfois on peut voir une part d’humanité en cela, parfois non. Le mal qui est fait à Walt et sa famille dans Western Star résonne dans tous les romans encore maintenant. [ean13_auteur | 9782351781852] [ean13_conseils | 9782351780251,9782351781845,9782351780848,9782351785362]   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr
Entretiens
18 octobre 2021 15:25

Mariette Navarro - Ultramarins, Quidam éditeur

À propos de l'autrice : Mariette Navarro est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d'art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne. Ultramarins est son premier roman. À propos de l'ouvrage : A bord d'un cargo de marchandises qui traverse l'Atlantique, l'équipage décide un jour, d'un commun accord, de s'offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n'est-il pas en train de prendre son indépendance ? Ultramarins sacre l'irruption du mystère dans la routine et l'ivresse de la dérive.   Ultramarins est né d’une traversée de l’Atlantique en cargo effectuée en 2012. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a donné envie d’écrire ce récit original et le cheminement qui vous a conduit à écrire un roman, vous qui écrivez habituellement pour le théâtre ? M.N - Au départ d’Ultramarins, il y avait plusieurs fragments plus poétiques, et notamment la longue scène de baignade inaugurale: pendant tout le voyage réel, effectué avec d’autres écrivains pendant huit jours à travers l’Atlantique, j’ai pris des notes, non pas seulement documentaires, mais aussi ce qui me traversait en termes de sensations, d’images, de rêveries, de vertiges. Petit à petit, la forme du roman s’est imposée, parce qu’elle est celle qui me permettait de déployer une atmosphère, un paysage, un temps suspendu. Le déclencheur peut être similaire quand j’écris du théâtre: par exemple, j’ai eu l’envie d’écrire une pièce qui se passait en forêt, comme a pu le faire Shakespeare, et ça a été le point de départ de Zone à étendre (éditions Quartett). On me pose souvent la question du genre littéraire, et j’aime qu’il n’y ait pas d’évidence à cet endroit, que les lignes, là aussi, puissent être floues. Il n’y a pas pour moi de différence de nature dans l’écriture des différents textes. Certains appellent plus le corps ou l’adresse à un public et deviennent du théâtre, d’autres échappent au récit, comme ceux qui sont publiés chez Cheyne, en poésie (mais dans une collection de textes inclassables !). A chaque nouveau texte, j’ai envie de trouver la forme adéquate, la juste variation de format, de couleur. Le théâtre est peut-être plus tendu vers l’extérieur que ne l’est le roman. Ultramarins m’a permis de travailler quelque chose de plus silencieux, de plus secret. Je n’abandonne pas l’écriture de théâtre pour autant, même s’il y a quelque chose de plus satisfaisant pour moi aujourd’hui à déployer un univers romanesque, là où le théâtre oblige beaucoup à travailler en creux.   Votre livre est inclassable, il est une expérience pour le lecteur, à l’image de l’expérience vécue par les personnages, entre réel et imaginaire. Pourquoi avoir choisi cette dimension fantastique qui fait basculer le récit à un moment donné ?   M.N - Pour moi, en tant que lectrice, dans un livre, l’intrigue est secondaire. J’aime être surprise par un monde, une atmosphère et surtout une langue. J’aime ne pas savoir d’avance sur quels rails je me trouve. Je crois que le recours au fantastique et à l’étrangeté permet ça… C’est pour cela que je n’ai pas commencé par « scénariser » le livre, mais au contraire, ça a été un long travail pour faire émerger des images et des situations. Les mystères et leurs résolutions se sont révélés dans un sens presque photographique, sur un temps très long, à force de travailler sur mes sensations et intuitions de la mer, à force de reprendre et de préciser la même matière de départ. Cela a beaucoup à voir avec l’inconscient, sans doute, et le plus gros travail a été, pour moi, que justement cela ne repasse pas « par la tête » et la rationalité. J’ai cherché une très grande maîtrise dans la forme mais il me fallait du mystère pour continuer à désirer écrire ce livre. [SPLIT_CONTENT]   Tout le récit repose essentiellement sur une femme, commandante de bord. Comment est né ce personnage féminin ?   M.N - D’abord elle était un personnage témoin, en marge du groupe. Elle a finalement pris une place centrale au fil de l’écriture. C’était sans doute une manière de la rapprocher de moi, mais aussi, de façon très volontariste à un moment, une envie de m’éloigner du documentaire et de la réalité - exclusivement masculine - que j’avais observée, de décaler l’image convenue, de travailler avec le trouble que ça pouvait produire.   Votre histoire n’aurait pas pu se situer ailleurs qu’au milieu de l’océan, cadre idéal pour installer le mystère et la perte de repères, symbole ultime de liberté. Est-ce la mer qui a été votre première source d’inspiration pour écrire ce récit ?   M.N - Pour écrire, je m’oblige à puiser dans les sensations plus que dans les idées. Je me méfie de moi-même et d’une tendance que je pourrais avoir à « vouloir dire quelque chose ». Passer toujours par le corps, les sensations physiques, m’oblige à trouver une autre dynamique d’écriture, plus proche de ce que je recherche. En ce sens, l’image de la mer et ce qu’elle peut faire au corps, a été centrale. Au- delà de la fascination, de la beauté, il y a sa violence.   Quels genres de romans lisez-vous ? Y a-t-il des livres qui vous ont inspirés pour écrire ? Quels sont ceux que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   M.N - Je lis d’abord beaucoup de théâtre ! Je voudrais insister sur le fait que le théâtre se lit, que le théâtre contemporain, qu’on voit peu sur les scènes, est extrêmement vivant et divers en terme d’édition, et que, contrairement aux appréhensions de certains lecteurs, il n’est pas plus difficile de se plonger dans certaines pièces que dans un roman. Lisez par exemple les excellents livres du catalogue d’Espaces 34, parfois à la frontière de la poésie ou du récit ! (Magali Mougel, Samuel Gallet, Claudine Galea, Philippe Malone, Michel Simonot…). Dans la continuité de ça, j’aime les œuvres qui me proposent une grande liberté d’écriture. Les romanciers que je lis viennent souvent de la poésie. Je suis avant tout curieuse d’écritures d’aujourd’hui, j’achète principalement des auteurs contemporains. Je conseillerais de découvrir quelques auteurs de ma génération avec qui je me sens une grande proximité : Antoine Wauters, Benoît Reiss, Antoine Mouton, Antoinette Rychner, Marie Cosnay pour sa langue somptueuse ou Marie Ndiaye pour l’étrangeté si singulière de son univers. Parmi mes « classiques », Hélène Bessette a été un grand choc, et je n’ai pas encore fini de découvrir son œuvre…   Copyright photo © Philippe Malone [ean13_auteur | 9782374912158] [ean13_conseils | 9782378561123,9782283031971,9782267030327,9782283033258,9791095244332,9782072841941]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr  
Entretiens
31 août 2021 11:26

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