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À la une

Agnès Hurstel : Copier coller

Agnès Hurstel est comédienne et humoriste. Elle est la créatrice de la série Jeune et Golri visible actuellement sur OCS. Dans cet épisode du Book Club, elle recommande un livre qui, à sa lecture, a résonné comme un véritable écho à sa vie. Il s’agit du roman autobiographique Le coût de la vie de Deborah Levy : “ C’est trop bien quand tu lis un livre et tout d’un coup on est dans ton cerveau et c’est toi qui parle. C’est pas possible quoi, l’auteure elle a eu accès à ton intimité.” Le coût de la vie raconte l’histoire de l’autrice britannique Deborah Levy qui, à 50 ans, va vivre un divorce difficile. Elle change de vie et passe d’une grande maison Victorienne à un petit appartement au sixième étage dans le nord de Londres, seule avec ses deux filles :   “ Elle va s’acheter un vélo électrique et réfléchir à la liberté, l’écriture, la féminité, ce que c’est que d’être auteure, ce que c’est l’auto-fiction et comment on fait quand on change de vie”.  Une ode à la solitude choisie, qui a inspiré Agnès Hurstel dans son écriture, mais qui l’a aussi encouragée à embrasser la liberté : “ C’est vraiment hyper intéressant sur ce que ça raconte de ce qu’est être une femme aujourd’hui et sur la quête d’une vie à soi quand tu es dans un endroit qui ne t’appartient plus. “ Dans Le coût de la vie, Deborah Levy questionne la féminité et le rapport à la maternité. Des réflexions émancipatrices que partage Agnès Hurstel : “ Elle dit un truc incroyable sur les mères, elle dit que sa mère a été super libre et dans le livre je trouve que par pointillés Deborah Levy nous indique ce qu’est être une mère qui est avant tout une femme, pas juste une mère. J’adore ce qu’elle dit sur la féminité ”. 
Podcasts
13 septembre 2021 14:33

Mariette Navarro - Ultramarins, Quidam éditeur

À propos de l'autrice : Mariette Navarro est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d'art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne. Ultramarins est son premier roman. À propos de l'ouvrage : A bord d'un cargo de marchandises qui traverse l'Atlantique, l'équipage décide un jour, d'un commun accord, de s'offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n'est-il pas en train de prendre son indépendance ? Ultramarins sacre l'irruption du mystère dans la routine et l'ivresse de la dérive.   Ultramarins est né d’une traversée de l’Atlantique en cargo effectuée en 2012. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a donné envie d’écrire ce récit original et le cheminement qui vous a conduit à écrire un roman, vous qui écrivez habituellement pour le théâtre ? M.N - Au départ d’Ultramarins, il y avait plusieurs fragments plus poétiques, et notamment la longue scène de baignade inaugurale: pendant tout le voyage réel, effectué avec d’autres écrivains pendant huit jours à travers l’Atlantique, j’ai pris des notes, non pas seulement documentaires, mais aussi ce qui me traversait en termes de sensations, d’images, de rêveries, de vertiges. Petit à petit, la forme du roman s’est imposée, parce qu’elle est celle qui me permettait de déployer une atmosphère, un paysage, un temps suspendu. Le déclencheur peut être similaire quand j’écris du théâtre: par exemple, j’ai eu l’envie d’écrire une pièce qui se passait en forêt, comme a pu le faire Shakespeare, et ça a été le point de départ de Zone à étendre (éditions Quartett). On me pose souvent la question du genre littéraire, et j’aime qu’il n’y ait pas d’évidence à cet endroit, que les lignes, là aussi, puissent être floues. Il n’y a pas pour moi de différence de nature dans l’écriture des différents textes. Certains appellent plus le corps ou l’adresse à un public et deviennent du théâtre, d’autres échappent au récit, comme ceux qui sont publiés chez Cheyne, en poésie (mais dans une collection de textes inclassables !). A chaque nouveau texte, j’ai envie de trouver la forme adéquate, la juste variation de format, de couleur. Le théâtre est peut-être plus tendu vers l’extérieur que ne l’est le roman. Ultramarins m’a permis de travailler quelque chose de plus silencieux, de plus secret. Je n’abandonne pas l’écriture de théâtre pour autant, même s’il y a quelque chose de plus satisfaisant pour moi aujourd’hui à déployer un univers romanesque, là où le théâtre oblige beaucoup à travailler en creux.   Votre livre est inclassable, il est une expérience pour le lecteur, à l’image de l’expérience vécue par les personnages, entre réel et imaginaire. Pourquoi avoir choisi cette dimension fantastique qui fait basculer le récit à un moment donné ?   M.N - Pour moi, en tant que lectrice, dans un livre, l’intrigue est secondaire. J’aime être surprise par un monde, une atmosphère et surtout une langue. J’aime ne pas savoir d’avance sur quels rails je me trouve. Je crois que le recours au fantastique et à l’étrangeté permet ça… C’est pour cela que je n’ai pas commencé par « scénariser » le livre, mais au contraire, ça a été un long travail pour faire émerger des images et des situations. Les mystères et leurs résolutions se sont révélés dans un sens presque photographique, sur un temps très long, à force de travailler sur mes sensations et intuitions de la mer, à force de reprendre et de préciser la même matière de départ. Cela a beaucoup à voir avec l’inconscient, sans doute, et le plus gros travail a été, pour moi, que justement cela ne repasse pas « par la tête » et la rationalité. J’ai cherché une très grande maîtrise dans la forme mais il me fallait du mystère pour continuer à désirer écrire ce livre. [SPLIT_CONTENT]   Tout le récit repose essentiellement sur une femme, commandante de bord. Comment est né ce personnage féminin ?   M.N - D’abord elle était un personnage témoin, en marge du groupe. Elle a finalement pris une place centrale au fil de l’écriture. C’était sans doute une manière de la rapprocher de moi, mais aussi, de façon très volontariste à un moment, une envie de m’éloigner du documentaire et de la réalité - exclusivement masculine - que j’avais observée, de décaler l’image convenue, de travailler avec le trouble que ça pouvait produire.   Votre histoire n’aurait pas pu se situer ailleurs qu’au milieu de l’océan, cadre idéal pour installer le mystère et la perte de repères, symbole ultime de liberté. Est-ce la mer qui a été votre première source d’inspiration pour écrire ce récit ?   M.N - Pour écrire, je m’oblige à puiser dans les sensations plus que dans les idées. Je me méfie de moi-même et d’une tendance que je pourrais avoir à « vouloir dire quelque chose ». Passer toujours par le corps, les sensations physiques, m’oblige à trouver une autre dynamique d’écriture, plus proche de ce que je recherche. En ce sens, l’image de la mer et ce qu’elle peut faire au corps, a été centrale. Au- delà de la fascination, de la beauté, il y a sa violence.   Quels genres de romans lisez-vous ? Y a-t-il des livres qui vous ont inspirés pour écrire ? Quels sont ceux que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   M.N - Je lis d’abord beaucoup de théâtre ! Je voudrais insister sur le fait que le théâtre se lit, que le théâtre contemporain, qu’on voit peu sur les scènes, est extrêmement vivant et divers en terme d’édition, et que, contrairement aux appréhensions de certains lecteurs, il n’est pas plus difficile de se plonger dans certaines pièces que dans un roman. Lisez par exemple les excellents livres du catalogue d’Espaces 34, parfois à la frontière de la poésie ou du récit ! (Magali Mougel, Samuel Gallet, Claudine Galea, Philippe Malone, Michel Simonot…). Dans la continuité de ça, j’aime les œuvres qui me proposent une grande liberté d’écriture. Les romanciers que je lis viennent souvent de la poésie. Je suis avant tout curieuse d’écritures d’aujourd’hui, j’achète principalement des auteurs contemporains. Je conseillerais de découvrir quelques auteurs de ma génération avec qui je me sens une grande proximité : Antoine Wauters, Benoît Reiss, Antoine Mouton, Antoinette Rychner, Marie Cosnay pour sa langue somptueuse ou Marie Ndiaye pour l’étrangeté si singulière de son univers. Parmi mes « classiques », Hélène Bessette a été un grand choc, et je n’ai pas encore fini de découvrir son œuvre…   Copyright photo © Philippe Malone [ean13_auteur | 9782374912158] [ean13_conseils | 9782378561123,9782283031971,9782267030327,9782283033258,9791095244332,9782072841941]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr  
Entretiens
31 août 2021 11:26

Théo Grosjean - Le Spectateur, Editions Soleil

À propos de l'auteur : Théo Grosjean est étudiant à l’école d’art d’Emile Cohl. C’est là-bas qu’il a fait la rencontre de Lewis Trondheim, son professeur, qui a tout de suite remarqué ses talents graphiques et scénaristiques. Il se fait remarquer en 2018 avec Un gentil orc sauvage  (Delcourt) qui reçoit la Pépite Bande Dessinée au Salon du livre et la presse jeunesse 2018. En 2020, il publie le premier tome de L’Homme le plus flippé du monde (Delcourt), issu de ses réflexions Instagram autour de ses peurs et ses angoisses. À propos de l'ouvrage : Samuel naît muet, du moins c’est ce que pensent ses parents. Et c’est à travers ce prisme et son regard que le fil de sa vie se déroule, autour d’un sentiment étrange : celui de n'être que le spectateur de sa propre existence. En effet, du fait de son mutisme, Samuel ne parvient ni à interagir, ni à influer sur les événements auxquels il est confronté… Un subtil délice doux-amer.   D’où est née l’idée de votre personnage, Samuel ?   T.G - L'idée du personnage de Samuel m'est venue après l'envie de raconter cette impression de ne pas vraiment faire partie du monde, d'en être un simple spectateur. Il est construit pour et par cette idée de récit. Le fait qu'il soit muet et inexpressif donnait, selon moi, plus de relief à cette idée d'impuissance et de passivité. Ce n'est pas à proprement parler un personnage construit puisque la lectrice ou le lecteur complète la personnalité de Samuel avec ses propres ressentis, ses propres émotions, un petit peu à la manière d'un jeu vidéo dans lequel le personnage principal ne parle pas et ne donne pas vraiment son avis sur l'histoire, pour permettre une meilleur identification du joueur ou de la joueuse. Je pense par exemple au personnage de Link dans Zelda. C'est un procédé qui m'a toujours fasciné.    Votre bande-dessinée a un vrai parti-pris d’un point de vue graphique mais aussi narratif. Vous mettez le lecteur à la place du personnage principal qui suit l’histoire de sa vie à travers ses yeux. Pourquoi ce choix de point de vue ? Cela a-t-il été un défi dans la construction ?   T.G - J'avais très envie de parler de ce sentiment du spectateur, car c'est un sentiment extrêmement déstabilisant qui m'obsède depuis tout petit, mais j'ai longtemps cherché un moyen de l'exprimer sans avoir à le décrire, à l'expliquer. J'ai un peu de mal avec les choses trop didactiques, je n'aime pas trop avoir l'impression que je suis en train de lire un manuel scolaire. Je préfère avoir l'impression de comprendre moi-même ce que l'auteur ou l'autrice essaye d'exprimer, quitte à rester parfois un peu dans le flou. Le point de vue subjectif me permet d'immerger la lectrice ou le lecteur dans la peau de Samuel, et lui transmettre un sentiment de malaise perpétuel. J'aime beaucoup l'idée que les personnages de la bande-dessinée regardent souvent vers le cadre des cases, comme si il nous fixait en lisant. Je trouve que ça donne du relief à la lecture. En termes de difficulté, ça pose effectivement quelques questions notamment de perspective ou de point de vue, mais qui ne sont largement pas insurmontables. Le plus compliqué selon moi était la gestion du rythme de l'histoire, qui se passe sur toute une vie. Il faut arriver à ne pas ennuyer le lecteur ou la lectrice tout en donnant le sentiment d'un temps long et étiré, de moment de silence et d'ennui. [SPLIT_CONTENT] T.G - Oui, c'était important pour moi. J'avais envie que la personne qui lise se sente à fleur de peau, dans l'appréhension perpétuelle des évènements qui allaient advenir en tournant les pages. J'espérais aussi créer un sentiment de chaos. Les événements dramatiques ou heureux arrivent souvent de manière chaotique et ne peuvent souvent pas être anticipés par des ficelles scénaristiques comme ça peut être le cas dans un récit structuré. Pour moi l'émotion vient en grande partie de la surprise. On se fait "avoir" par le récit et cela nous met au pied du mur. On est piégé, obligé de ressentir une émotion. Je ne dit pas que j'ai réussi, mais c'est ce que je cherchais à faire en tout cas, haha. Je trouve ça intéressant que ce sentiment d'impuissance soit à la fois lié à la condition de Samuel et à son handicap, mais aussi à la condition même du statut de lecteur, qui est contraint de subir le récit et ne peut pas interagir avec les événements.   Votre BD est très sombre, sur le monde qui entoure votre personnage mais aussi sur son rapport aux autres. Il y a peu de moments de réjouissances. Pourquoi ce choix de ne rien lui épargner ?   T.G - Je n'ai pas particulièrement l'impression d'avoir assombri le tableau, en fait Samuel a une vie relativement banale, un parent décédé, un père qui n'arrive pas à aimer, des problèmes à l'école, une rencontre amoureuse qui le bouleverse, une amitié forte, des angoisses de mort... C'est surtout le fait qu'il ne puisse pas communiquer ses émotions qui rendent le récit si lourd, je crois. Je trouvais ça intéressant de montrer que sans pouvoir communiquer, la vie devenait soudainement très violente.   L’univers graphique de cette bande-dessinée lui confère une véritable ambiance dans laquelle le lecteur est plongé dès les premières pages. Celle-ci est très différente de votre précédente BD “L’Homme le plus flippé du monde”. Vous aviez envie de changement tant dans la forme que dans le fond ?   T.G - En fait, les deux BD ont été écrites simultanément. J'avais juste envie d'approfondir un sentiment en particulier, de l'illustrer le plus fidèlement possible, alors qu'avec L'homme le plus flippé du monde, l'idée est plus de faire un dictionnaire de l'anxiété sur un ton plus humoristique. Le fait de travailler ces deux récits en parallèle me permettait d'avoir plus de recul sur l'un et sur l'autre, et donc plus de points de vue sur un même sujet (l'angoisse). J'aime aussi l'idée de sortir un peu de ma, mes zones de confort.   Pourriez-nous vous parler de quelques lectures (BD ou autres) qui vous ont marquées et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   T.G - Récemment, j'ai lu beaucoup de bande-dessinée indépendante américaine. j'ai énormément aimé "Les intrus" d'Adrian Tomine, qui raconte la vie de personnages coincés dans une routine, un quotidien dont ils essayent de s'extraire, en vain. C'est extrêmement puissant, je trouve, et très drôle en plus. Il y a également "Rusty Brown", de Chris Ware, qui est une des meilleures bande-dessinées que je n'ai jamais lue. C'est un incroyable récit choral, se déroulant dans une ville américaine paumée, avec des histoires qui se croisent et s'entrecroisent, s'influencent sans le savoir. C'est extrêmement riche et Chris Ware a vraiment un sens du détail ahurissant. J'ai également lu beaucoup de livres de Stephen King récemment (je suis un peu monomaniaque, donc je lis toute la biblio d'un auteur/autrice a chaque fois que je commence)  et j'ai beaucoup aimé Simetierre. C'est bien plus qu'un simple récit d'horreur je trouve, puisque ça interroge la question du vivant : Qu'est-ce qui permet de nous dire qu'un être est vivant ou mort ? Je trouve cette question fascinante.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr Copyright photo : Chloé Vollmer-Lo [ean13_auteur | 9782302090446] [ean13_conseils |9782413022602,9782360811045,9782226024824]      
Entretiens
31 août 2021 10:00

Agnès Martin-Lugand : conte d'été

Agnès Martin-Lugand est autrice. Son dernier roman, La Datcha, est paru en mars 2021 chez Michel Lafon.  Dans cet épisode du Book Club, Agnès Martin-Lugand recommande Gabrielle, le premier tome de la série Le goût du bonheur, signé par Marie Laberge : “Ce roman est la synthèse de ce que je recherche en tant que lectrice et de ce à quoi j’aspire en tant qu’auteure”. Il raconte l’histoire de l’émancipation de Gabrielle, une femme dans les années 30 au Québec : “Elle est le point de bascule entre deux époques et c’est ça qui me fascine”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe Le Taillandier. Agnès Martin-Lugand répond aux questions de la journaliste Raphaële Kranjcevic. Soukaïna Qabbal est à l’édition et à la coordination du Book Club. Florence Epandi a fait le montage de cet épisode et Jean-Baptiste Aubonnet a réalisé le mixage. 
Podcasts
19 juillet 2021 13:35

Colombe Schneck : comme à la maison

Colombe Schneck est journaliste, réalisatrice de documentaires et autrice. Elle a publié son dernier roman, Deux petites bourgeoises, il y a moins d’un mois.   Dans cet épisode du Book Club, Colombe Schneck présente le roman Portnoy et son complexe, de Philip Roth, auteur à qui elle voue une réelle obsession : “Une fois qu’on a lu Philip Roth, et ce livre en particulier, ce n’est pas facile de trouver aussi bien”.  C’est ainsi qu’adolescente et avec un plaisir non-coupable, elle a scruté à travers les pages Portnoy et son complexe, la sexualité d’Alex, un jeune homme juif américain dont la parole s’échappe du cabinet de son psychanalyste : “Il n’y a aucun maquillage, aucun travestissement. Il y a toutes ces choses qu’on ne peut pas raconter, toutes ces choses honteuses”.  “ Et puis il parlait d’un autre sujet dont on ne parlait jamais dans la littérature, il parlait de transit”. Une sincérité brute, presque familière qui passionne Colombe Schneck : “Je ne suis aucunement choquée et au contraire, j’en veux davantage”. 
Podcasts
6 juillet 2021 14:29

La lettre
des libraires

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Agnès Hurstel : Copier coller

Agnès Hurstel est comédienne et humoriste. Elle est la créatrice de la série Jeune et Golri visible actuellement sur OCS. Dans cet épisode du Book Club, elle recommande un livre qui, à sa lecture, a résonné comme un véritable écho à sa vie. Il s’agit du roman autobiographique Le coût de la vie de Deborah Levy : “ C’est trop bien quand tu lis un livre et tout d’un coup on est dans ton cerveau et c’est toi qui parle. C’est pas possible quoi, l’auteure elle a eu accès à ton intimité.” Le coût de la vie raconte l’histoire de l’autrice britannique Deborah Levy qui, à 50 ans, va vivre un divorce difficile. Elle change de vie et passe d’une grande maison Victorienne à un petit appartement au sixième étage dans le nord de Londres, seule avec ses deux filles :   “ Elle va s’acheter un vélo électrique et réfléchir à la liberté, l’écriture, la féminité, ce que c’est que d’être auteure, ce que c’est l’auto-fiction et comment on fait quand on change de vie”.  Une ode à la solitude choisie, qui a inspiré Agnès Hurstel dans son écriture, mais qui l’a aussi encouragée à embrasser la liberté : “ C’est vraiment hyper intéressant sur ce que ça raconte de ce qu’est être une femme aujourd’hui et sur la quête d’une vie à soi quand tu es dans un endroit qui ne t’appartient plus. “ Dans Le coût de la vie, Deborah Levy questionne la féminité et le rapport à la maternité. Des réflexions émancipatrices que partage Agnès Hurstel : “ Elle dit un truc incroyable sur les mères, elle dit que sa mère a été super libre et dans le livre je trouve que par pointillés Deborah Levy nous indique ce qu’est être une mère qui est avant tout une femme, pas juste une mère. J’adore ce qu’elle dit sur la féminité ”. 
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13 septembre 2021 14:33

Agnès Martin-Lugand : conte d'été

Agnès Martin-Lugand est autrice. Son dernier roman, La Datcha, est paru en mars 2021 chez Michel Lafon.  Dans cet épisode du Book Club, Agnès Martin-Lugand recommande Gabrielle, le premier tome de la série Le goût du bonheur, signé par Marie Laberge : “Ce roman est la synthèse de ce que je recherche en tant que lectrice et de ce à quoi j’aspire en tant qu’auteure”. Il raconte l’histoire de l’émancipation de Gabrielle, une femme dans les années 30 au Québec : “Elle est le point de bascule entre deux époques et c’est ça qui me fascine”. Le Book Club est un podcast présenté par Agathe Le Taillandier. Agnès Martin-Lugand répond aux questions de la journaliste Raphaële Kranjcevic. Soukaïna Qabbal est à l’édition et à la coordination du Book Club. Florence Epandi a fait le montage de cet épisode et Jean-Baptiste Aubonnet a réalisé le mixage. 
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19 juillet 2021 13:35

Colombe Schneck : comme à la maison

Colombe Schneck est journaliste, réalisatrice de documentaires et autrice. Elle a publié son dernier roman, Deux petites bourgeoises, il y a moins d’un mois.   Dans cet épisode du Book Club, Colombe Schneck présente le roman Portnoy et son complexe, de Philip Roth, auteur à qui elle voue une réelle obsession : “Une fois qu’on a lu Philip Roth, et ce livre en particulier, ce n’est pas facile de trouver aussi bien”.  C’est ainsi qu’adolescente et avec un plaisir non-coupable, elle a scruté à travers les pages Portnoy et son complexe, la sexualité d’Alex, un jeune homme juif américain dont la parole s’échappe du cabinet de son psychanalyste : “Il n’y a aucun maquillage, aucun travestissement. Il y a toutes ces choses qu’on ne peut pas raconter, toutes ces choses honteuses”.  “ Et puis il parlait d’un autre sujet dont on ne parlait jamais dans la littérature, il parlait de transit”. Une sincérité brute, presque familière qui passionne Colombe Schneck : “Je ne suis aucunement choquée et au contraire, j’en veux davantage”. 
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6 juillet 2021 14:29

Mariette Navarro - Ultramarins, Quidam éditeur

À propos de l'autrice : Mariette Navarro est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d'art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne. Ultramarins est son premier roman. À propos de l'ouvrage : A bord d'un cargo de marchandises qui traverse l'Atlantique, l'équipage décide un jour, d'un commun accord, de s'offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n'est-il pas en train de prendre son indépendance ? Ultramarins sacre l'irruption du mystère dans la routine et l'ivresse de la dérive.   Ultramarins est né d’une traversée de l’Atlantique en cargo effectuée en 2012. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a donné envie d’écrire ce récit original et le cheminement qui vous a conduit à écrire un roman, vous qui écrivez habituellement pour le théâtre ? M.N - Au départ d’Ultramarins, il y avait plusieurs fragments plus poétiques, et notamment la longue scène de baignade inaugurale: pendant tout le voyage réel, effectué avec d’autres écrivains pendant huit jours à travers l’Atlantique, j’ai pris des notes, non pas seulement documentaires, mais aussi ce qui me traversait en termes de sensations, d’images, de rêveries, de vertiges. Petit à petit, la forme du roman s’est imposée, parce qu’elle est celle qui me permettait de déployer une atmosphère, un paysage, un temps suspendu. Le déclencheur peut être similaire quand j’écris du théâtre: par exemple, j’ai eu l’envie d’écrire une pièce qui se passait en forêt, comme a pu le faire Shakespeare, et ça a été le point de départ de Zone à étendre (éditions Quartett). On me pose souvent la question du genre littéraire, et j’aime qu’il n’y ait pas d’évidence à cet endroit, que les lignes, là aussi, puissent être floues. Il n’y a pas pour moi de différence de nature dans l’écriture des différents textes. Certains appellent plus le corps ou l’adresse à un public et deviennent du théâtre, d’autres échappent au récit, comme ceux qui sont publiés chez Cheyne, en poésie (mais dans une collection de textes inclassables !). A chaque nouveau texte, j’ai envie de trouver la forme adéquate, la juste variation de format, de couleur. Le théâtre est peut-être plus tendu vers l’extérieur que ne l’est le roman. Ultramarins m’a permis de travailler quelque chose de plus silencieux, de plus secret. Je n’abandonne pas l’écriture de théâtre pour autant, même s’il y a quelque chose de plus satisfaisant pour moi aujourd’hui à déployer un univers romanesque, là où le théâtre oblige beaucoup à travailler en creux.   Votre livre est inclassable, il est une expérience pour le lecteur, à l’image de l’expérience vécue par les personnages, entre réel et imaginaire. Pourquoi avoir choisi cette dimension fantastique qui fait basculer le récit à un moment donné ?   M.N - Pour moi, en tant que lectrice, dans un livre, l’intrigue est secondaire. J’aime être surprise par un monde, une atmosphère et surtout une langue. J’aime ne pas savoir d’avance sur quels rails je me trouve. Je crois que le recours au fantastique et à l’étrangeté permet ça… C’est pour cela que je n’ai pas commencé par « scénariser » le livre, mais au contraire, ça a été un long travail pour faire émerger des images et des situations. Les mystères et leurs résolutions se sont révélés dans un sens presque photographique, sur un temps très long, à force de travailler sur mes sensations et intuitions de la mer, à force de reprendre et de préciser la même matière de départ. Cela a beaucoup à voir avec l’inconscient, sans doute, et le plus gros travail a été, pour moi, que justement cela ne repasse pas « par la tête » et la rationalité. J’ai cherché une très grande maîtrise dans la forme mais il me fallait du mystère pour continuer à désirer écrire ce livre. [SPLIT_CONTENT]   Tout le récit repose essentiellement sur une femme, commandante de bord. Comment est né ce personnage féminin ?   M.N - D’abord elle était un personnage témoin, en marge du groupe. Elle a finalement pris une place centrale au fil de l’écriture. C’était sans doute une manière de la rapprocher de moi, mais aussi, de façon très volontariste à un moment, une envie de m’éloigner du documentaire et de la réalité - exclusivement masculine - que j’avais observée, de décaler l’image convenue, de travailler avec le trouble que ça pouvait produire.   Votre histoire n’aurait pas pu se situer ailleurs qu’au milieu de l’océan, cadre idéal pour installer le mystère et la perte de repères, symbole ultime de liberté. Est-ce la mer qui a été votre première source d’inspiration pour écrire ce récit ?   M.N - Pour écrire, je m’oblige à puiser dans les sensations plus que dans les idées. Je me méfie de moi-même et d’une tendance que je pourrais avoir à « vouloir dire quelque chose ». Passer toujours par le corps, les sensations physiques, m’oblige à trouver une autre dynamique d’écriture, plus proche de ce que je recherche. En ce sens, l’image de la mer et ce qu’elle peut faire au corps, a été centrale. Au- delà de la fascination, de la beauté, il y a sa violence.   Quels genres de romans lisez-vous ? Y a-t-il des livres qui vous ont inspirés pour écrire ? Quels sont ceux que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   M.N - Je lis d’abord beaucoup de théâtre ! Je voudrais insister sur le fait que le théâtre se lit, que le théâtre contemporain, qu’on voit peu sur les scènes, est extrêmement vivant et divers en terme d’édition, et que, contrairement aux appréhensions de certains lecteurs, il n’est pas plus difficile de se plonger dans certaines pièces que dans un roman. Lisez par exemple les excellents livres du catalogue d’Espaces 34, parfois à la frontière de la poésie ou du récit ! (Magali Mougel, Samuel Gallet, Claudine Galea, Philippe Malone, Michel Simonot…). Dans la continuité de ça, j’aime les œuvres qui me proposent une grande liberté d’écriture. Les romanciers que je lis viennent souvent de la poésie. Je suis avant tout curieuse d’écritures d’aujourd’hui, j’achète principalement des auteurs contemporains. Je conseillerais de découvrir quelques auteurs de ma génération avec qui je me sens une grande proximité : Antoine Wauters, Benoît Reiss, Antoine Mouton, Antoinette Rychner, Marie Cosnay pour sa langue somptueuse ou Marie Ndiaye pour l’étrangeté si singulière de son univers. Parmi mes « classiques », Hélène Bessette a été un grand choc, et je n’ai pas encore fini de découvrir son œuvre…   Copyright photo © Philippe Malone [ean13_auteur | 9782374912158] [ean13_conseils | 9782378561123,9782283031971,9782267030327,9782283033258,9791095244332,9782072841941]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr  
Entretiens
31 août 2021 11:26

Théo Grosjean - Le Spectateur, Editions Soleil

À propos de l'auteur : Théo Grosjean est étudiant à l’école d’art d’Emile Cohl. C’est là-bas qu’il a fait la rencontre de Lewis Trondheim, son professeur, qui a tout de suite remarqué ses talents graphiques et scénaristiques. Il se fait remarquer en 2018 avec Un gentil orc sauvage  (Delcourt) qui reçoit la Pépite Bande Dessinée au Salon du livre et la presse jeunesse 2018. En 2020, il publie le premier tome de L’Homme le plus flippé du monde (Delcourt), issu de ses réflexions Instagram autour de ses peurs et ses angoisses. À propos de l'ouvrage : Samuel naît muet, du moins c’est ce que pensent ses parents. Et c’est à travers ce prisme et son regard que le fil de sa vie se déroule, autour d’un sentiment étrange : celui de n'être que le spectateur de sa propre existence. En effet, du fait de son mutisme, Samuel ne parvient ni à interagir, ni à influer sur les événements auxquels il est confronté… Un subtil délice doux-amer.   D’où est née l’idée de votre personnage, Samuel ?   T.G - L'idée du personnage de Samuel m'est venue après l'envie de raconter cette impression de ne pas vraiment faire partie du monde, d'en être un simple spectateur. Il est construit pour et par cette idée de récit. Le fait qu'il soit muet et inexpressif donnait, selon moi, plus de relief à cette idée d'impuissance et de passivité. Ce n'est pas à proprement parler un personnage construit puisque la lectrice ou le lecteur complète la personnalité de Samuel avec ses propres ressentis, ses propres émotions, un petit peu à la manière d'un jeu vidéo dans lequel le personnage principal ne parle pas et ne donne pas vraiment son avis sur l'histoire, pour permettre une meilleur identification du joueur ou de la joueuse. Je pense par exemple au personnage de Link dans Zelda. C'est un procédé qui m'a toujours fasciné.    Votre bande-dessinée a un vrai parti-pris d’un point de vue graphique mais aussi narratif. Vous mettez le lecteur à la place du personnage principal qui suit l’histoire de sa vie à travers ses yeux. Pourquoi ce choix de point de vue ? Cela a-t-il été un défi dans la construction ?   T.G - J'avais très envie de parler de ce sentiment du spectateur, car c'est un sentiment extrêmement déstabilisant qui m'obsède depuis tout petit, mais j'ai longtemps cherché un moyen de l'exprimer sans avoir à le décrire, à l'expliquer. J'ai un peu de mal avec les choses trop didactiques, je n'aime pas trop avoir l'impression que je suis en train de lire un manuel scolaire. Je préfère avoir l'impression de comprendre moi-même ce que l'auteur ou l'autrice essaye d'exprimer, quitte à rester parfois un peu dans le flou. Le point de vue subjectif me permet d'immerger la lectrice ou le lecteur dans la peau de Samuel, et lui transmettre un sentiment de malaise perpétuel. J'aime beaucoup l'idée que les personnages de la bande-dessinée regardent souvent vers le cadre des cases, comme si il nous fixait en lisant. Je trouve que ça donne du relief à la lecture. En termes de difficulté, ça pose effectivement quelques questions notamment de perspective ou de point de vue, mais qui ne sont largement pas insurmontables. Le plus compliqué selon moi était la gestion du rythme de l'histoire, qui se passe sur toute une vie. Il faut arriver à ne pas ennuyer le lecteur ou la lectrice tout en donnant le sentiment d'un temps long et étiré, de moment de silence et d'ennui. [SPLIT_CONTENT] T.G - Oui, c'était important pour moi. J'avais envie que la personne qui lise se sente à fleur de peau, dans l'appréhension perpétuelle des évènements qui allaient advenir en tournant les pages. J'espérais aussi créer un sentiment de chaos. Les événements dramatiques ou heureux arrivent souvent de manière chaotique et ne peuvent souvent pas être anticipés par des ficelles scénaristiques comme ça peut être le cas dans un récit structuré. Pour moi l'émotion vient en grande partie de la surprise. On se fait "avoir" par le récit et cela nous met au pied du mur. On est piégé, obligé de ressentir une émotion. Je ne dit pas que j'ai réussi, mais c'est ce que je cherchais à faire en tout cas, haha. Je trouve ça intéressant que ce sentiment d'impuissance soit à la fois lié à la condition de Samuel et à son handicap, mais aussi à la condition même du statut de lecteur, qui est contraint de subir le récit et ne peut pas interagir avec les événements.   Votre BD est très sombre, sur le monde qui entoure votre personnage mais aussi sur son rapport aux autres. Il y a peu de moments de réjouissances. Pourquoi ce choix de ne rien lui épargner ?   T.G - Je n'ai pas particulièrement l'impression d'avoir assombri le tableau, en fait Samuel a une vie relativement banale, un parent décédé, un père qui n'arrive pas à aimer, des problèmes à l'école, une rencontre amoureuse qui le bouleverse, une amitié forte, des angoisses de mort... C'est surtout le fait qu'il ne puisse pas communiquer ses émotions qui rendent le récit si lourd, je crois. Je trouvais ça intéressant de montrer que sans pouvoir communiquer, la vie devenait soudainement très violente.   L’univers graphique de cette bande-dessinée lui confère une véritable ambiance dans laquelle le lecteur est plongé dès les premières pages. Celle-ci est très différente de votre précédente BD “L’Homme le plus flippé du monde”. Vous aviez envie de changement tant dans la forme que dans le fond ?   T.G - En fait, les deux BD ont été écrites simultanément. J'avais juste envie d'approfondir un sentiment en particulier, de l'illustrer le plus fidèlement possible, alors qu'avec L'homme le plus flippé du monde, l'idée est plus de faire un dictionnaire de l'anxiété sur un ton plus humoristique. Le fait de travailler ces deux récits en parallèle me permettait d'avoir plus de recul sur l'un et sur l'autre, et donc plus de points de vue sur un même sujet (l'angoisse). J'aime aussi l'idée de sortir un peu de ma, mes zones de confort.   Pourriez-nous vous parler de quelques lectures (BD ou autres) qui vous ont marquées et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   T.G - Récemment, j'ai lu beaucoup de bande-dessinée indépendante américaine. j'ai énormément aimé "Les intrus" d'Adrian Tomine, qui raconte la vie de personnages coincés dans une routine, un quotidien dont ils essayent de s'extraire, en vain. C'est extrêmement puissant, je trouve, et très drôle en plus. Il y a également "Rusty Brown", de Chris Ware, qui est une des meilleures bande-dessinées que je n'ai jamais lue. C'est un incroyable récit choral, se déroulant dans une ville américaine paumée, avec des histoires qui se croisent et s'entrecroisent, s'influencent sans le savoir. C'est extrêmement riche et Chris Ware a vraiment un sens du détail ahurissant. J'ai également lu beaucoup de livres de Stephen King récemment (je suis un peu monomaniaque, donc je lis toute la biblio d'un auteur/autrice a chaque fois que je commence)  et j'ai beaucoup aimé Simetierre. C'est bien plus qu'un simple récit d'horreur je trouve, puisque ça interroge la question du vivant : Qu'est-ce qui permet de nous dire qu'un être est vivant ou mort ? Je trouve cette question fascinante.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr Copyright photo : Chloé Vollmer-Lo [ean13_auteur | 9782302090446] [ean13_conseils |9782413022602,9782360811045,9782226024824]      
Entretiens
31 août 2021 10:00

Catherine Mavrikakis - L'absente de tous bouquets, Sabine Wespieser Éditeur

À propos de l'autrice : Catherine Mavrikakis est née à Chicago, en 1961, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Son enfance se déroule entre le Québec, les États-Unis et la France. Elle choisit Montréal pour suivre des études de lettres et devenir professeur de littérature à l’université de Concordia pendant dix ans, puis à l’université de Montréal où elle enseigne toujours. Depuis la parution de son premier essai, La Mauvaise Langue (Champ Vallon, 1996), Catherine Mavrikakis construit une œuvre littéraire de premier plan. Elle est l’auteur d’une pièce de théâtre, Omaha Beach (Héliotrope, 2008), et de huit romans, tous parus au Canada. À propos du livre : « Tu n’as jamais cultivé ton jardin. » C’est avec ces mots adressés à sa mère récemment disparue que l’écrivaine ouvre ce journal de deuil. Arrivée au Québec en 1957, pour épouser un Grec fantasque qu’elle passera sa vie à attendre, madame Mavrikakis n’a jamais voulu prendre racine dans le nouveau monde. Repliée sur elle-même et sur ses enfants – qu’elle aurait rêvé de garder sous cloche jusqu’à la fin de sa vie –, elle n’a cultivé que la nostalgie de la France, son pays natal.   Nous avons lu plusieurs de vos livres, et sommes toujours surpris du renouvellement des « genres ». Le ciel de Bay City est un roman sur l’adolescence et le difficile passage à l’âge adulte, Oscar de Profundis revisite le post-apocalyptique ; L’absente de tous bouquets, votre nouveau livre, est un récit intime et biographique. Ce renouvellement est-il un choix délibéré ou un « hasard » de votre travail d’auteure ? C.M -  Je me dis souvent que je n’ai de style particulier et je le regrette un peu.  On rêve d’avoir une signature, une musique reconnaissable, une façon de faire à soi. Mais je vois les livres comme des lieux expérimentaux où le propos décide de la forme. J’aime travailler sur des formes qui  me sont étrangères et me les approprier.Je lis beaucoup de livres et je ne privilégie pas une genre. En fait, j’aime les auteurs qui réinventent ou inventent les genres. pour L’absente de tous bouquets, je voulais recréer la voix d’une femme ( qui est moi) lorsqu’elle s’adresse ou pense à sa mère. Je passe pour parler de cette mère morte du tu ou elle. Elle me semble être à la  fois proche et lointaine, L,alternance des pronoms  personnels permet ce jeu.    De nombreuses thématiques sont communes à vos romans, malgré la diversité de vos textes : les fantômes (de la famille, de la Shoah notamment), les rêves aussi et toute la dimension symbolique qu’on peut leur accorder. Tous ces thèmes semblent trouver leurs racines dans le rapport très particulier que vous avez eu – que vous avez – avec votre mère. A la lecture de L’absente de tout bouquets, on a l’impression de pénétrer dans l’intimité de votre vie, mais aussi un peu dans le creuset de votre œuvre. C.M - Oui, c’est très, très juste… Il y a un jeu de dévoilement dans ce livre, je raconte comment ma mère me faisait vivre avec sa nostalgie, la Deuxième Guerre mondiale, les spectres du passé et comment ses traumatismes à elle ont bercé mon enfance,  Ma mère, loin de toute sa famille, a voulu dévorer ses enfants, les garder pour elle. Elle y a en partie réussi... [SPLIT_CONTENT] Vous dites à propos de votre mère « Je m’assure que tu es morte, j’apprivoise la terre que tu es devenue. Je salis mes mains pour t’enterrer encore et davantage ». Est-ce la raison d’être de ce texte : tenter d’apprivoiser un deuil impossible ?  C.M - Oui, il y a dans ce texte, un travail fait contre la grande peine que constitue pour moi la mort de ma mère. Je me surprends encore à me dire: je vais l’appeler et je m’aperçois que ce n’est pas possible. Oui, j’apprivoise cette disparition, ce manque. Je le décline. Tout deuil par contre est impossible. Il est très difficile pour la psyché de comprendre que l’on ne verra plus ceux et celles que nous avons aimés. Les rêves témoignent souvent de cette impossibilité.ils ne tiennent pas compte de la mort et font en sorte que l’on parle par intermittence  avec ceux qui se sont tus.    Vous expliquez aller, dès que vous le pouvez au jardin d’hiver du Centre Canadien d’architecture pour avoir l’impression de vivre à une autre époque, au milieu des fleurs, et dans le même temps ; vous considérez avoir été « la fleur vénéneuse » de votre mère. Vous avez un rapport singulier aux fleurs ? C.M - J’aime beaucoup les fleurs, J’aime ce qui pousse sans trop de soin, contre toute attente. Au Québec où j’habite, après des mois de gel, de stérilité en quelque sorte , la nature devient folle, luxuriante. C’est toujours très étonnant. Ma mère aimait les fleurs et cultivait  une nostalgie des bouquets à la française. j’aime le côté éphémère des fleurs, cette beauté qui ne dure pas, cette fragilité qui s’offre.  Là encore, je dois dire que les paysages ici sont très peu divers, selon mes goûts.  Beaucoup de vert, beaucoup de forêts, à perte de vue. Une force dans cette monotonie, dans cet entêtement monochrome de la nature.  Les fleurs  et leurs couleurs  quand elles sont là nous renvoient à une surprise, à une étonnement. Vous l’aurez compris, j’aime les surprises.   Vous citez de nombreux auteurs dans votre livre (Jarman, Tariq Ali. Avez-vous des lectures « coups de cœur » à nous proposer ? Quels sont vos livres de chevet ? C.M - En ce moment, je lis un très beau livre de Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Ce livre m’arrive très longtemps après la fin de l’Absente, mais il y est question de la nécessité de continuer à parler ou faire vivre nos morts. Il côtoie bien sûr l’extraordinaire livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts… Dans un tout  autre ordre d’idées, Je lis Ida d’Hélène Bessette que j’aime beaucoup, beaucoup  J’aime aussi un livre de Nathalie Léger La robe blanche que je n’avais pas encore lu. Superbe livre et  je suis une fan de Nathalie Léger. Enfin, j’ai à côté de mon livre le dernier livre de Bruce Bégout: Le concept d’ambiance, livre philosophique d’un grand penseur  qui réfléchit à une notion inédite : l’ambiance. Tout est une question d’ambiance, n’est-ce pas? même dans les livres.   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782707194084,9782246826941,9782757886991,9782072883149,9782021432671] [ean13_auteur | 9782848053967]        
Entretiens
16 juillet 2021 16:00

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