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Auteurs et illustrateurs répondent à nos questions autour de leur dernier livre. Découvrez leurs livres de chevet, leurs conseils de lectures, et plongez dans les coulisses de leur travail.

Entretiens

Théo Grosjean - Le Spectateur, Editions Soleil

À propos de l'auteur : Théo Grosjean est étudiant à l’école d’art d’Emile Cohl. C’est là-bas qu’il a fait la rencontre de Lewis Trondheim, son professeur, qui a tout de suite remarqué ses talents graphiques et scénaristiques. Il se fait remarquer en 2018 avec Un gentil orc sauvage  (Delcourt) qui reçoit la Pépite Bande Dessinée au Salon du livre et la presse jeunesse 2018. En 2020, il publie le premier tome de L’Homme le plus flippé du monde (Delcourt), issu de ses réflexions Instagram autour de ses peurs et ses angoisses. À propos de l'ouvrage : Samuel naît muet, du moins c’est ce que pensent ses parents. Et c’est à travers ce prisme et son regard que le fil de sa vie se déroule, autour d’un sentiment étrange : celui de n'être que le spectateur de sa propre existence. En effet, du fait de son mutisme, Samuel ne parvient ni à interagir, ni à influer sur les événements auxquels il est confronté… Un subtil délice doux-amer.   D’où est née l’idée de votre personnage, Samuel ?   T.G - L'idée du personnage de Samuel m'est venue après l'envie de raconter cette impression de ne pas vraiment faire partie du monde, d'en être un simple spectateur. Il est construit pour et par cette idée de récit. Le fait qu'il soit muet et inexpressif donnait, selon moi, plus de relief à cette idée d'impuissance et de passivité. Ce n'est pas à proprement parler un personnage construit puisque la lectrice ou le lecteur complète la personnalité de Samuel avec ses propres ressentis, ses propres émotions, un petit peu à la manière d'un jeu vidéo dans lequel le personnage principal ne parle pas et ne donne pas vraiment son avis sur l'histoire, pour permettre une meilleur identification du joueur ou de la joueuse. Je pense par exemple au personnage de Link dans Zelda. C'est un procédé qui m'a toujours fasciné.    Votre bande-dessinée a un vrai parti-pris d’un point de vue graphique mais aussi narratif. Vous mettez le lecteur à la place du personnage principal qui suit l’histoire de sa vie à travers ses yeux. Pourquoi ce choix de point de vue ? Cela a-t-il été un défi dans la construction ?   T.G - J'avais très envie de parler de ce sentiment du spectateur, car c'est un sentiment extrêmement déstabilisant qui m'obsède depuis tout petit, mais j'ai longtemps cherché un moyen de l'exprimer sans avoir à le décrire, à l'expliquer. J'ai un peu de mal avec les choses trop didactiques, je n'aime pas trop avoir l'impression que je suis en train de lire un manuel scolaire. Je préfère avoir l'impression de comprendre moi-même ce que l'auteur ou l'autrice essaye d'exprimer, quitte à rester parfois un peu dans le flou. Le point de vue subjectif me permet d'immerger la lectrice ou le lecteur dans la peau de Samuel, et lui transmettre un sentiment de malaise perpétuel. J'aime beaucoup l'idée que les personnages de la bande-dessinée regardent souvent vers le cadre des cases, comme si il nous fixait en lisant. Je trouve que ça donne du relief à la lecture. En termes de difficulté, ça pose effectivement quelques questions notamment de perspective ou de point de vue, mais qui ne sont largement pas insurmontables. Le plus compliqué selon moi était la gestion du rythme de l'histoire, qui se passe sur toute une vie. Il faut arriver à ne pas ennuyer le lecteur ou la lectrice tout en donnant le sentiment d'un temps long et étiré, de moment de silence et d'ennui. [SPLIT_CONTENT] T.G - Oui, c'était important pour moi. J'avais envie que la personne qui lise se sente à fleur de peau, dans l'appréhension perpétuelle des évènements qui allaient advenir en tournant les pages. J'espérais aussi créer un sentiment de chaos. Les événements dramatiques ou heureux arrivent souvent de manière chaotique et ne peuvent souvent pas être anticipés par des ficelles scénaristiques comme ça peut être le cas dans un récit structuré. Pour moi l'émotion vient en grande partie de la surprise. On se fait "avoir" par le récit et cela nous met au pied du mur. On est piégé, obligé de ressentir une émotion. Je ne dit pas que j'ai réussi, mais c'est ce que je cherchais à faire en tout cas, haha. Je trouve ça intéressant que ce sentiment d'impuissance soit à la fois lié à la condition de Samuel et à son handicap, mais aussi à la condition même du statut de lecteur, qui est contraint de subir le récit et ne peut pas interagir avec les événements.   Votre BD est très sombre, sur le monde qui entoure votre personnage mais aussi sur son rapport aux autres. Il y a peu de moments de réjouissances. Pourquoi ce choix de ne rien lui épargner ?   T.G - Je n'ai pas particulièrement l'impression d'avoir assombri le tableau, en fait Samuel a une vie relativement banale, un parent décédé, un père qui n'arrive pas à aimer, des problèmes à l'école, une rencontre amoureuse qui le bouleverse, une amitié forte, des angoisses de mort... C'est surtout le fait qu'il ne puisse pas communiquer ses émotions qui rendent le récit si lourd, je crois. Je trouvais ça intéressant de montrer que sans pouvoir communiquer, la vie devenait soudainement très violente.   L’univers graphique de cette bande-dessinée lui confère une véritable ambiance dans laquelle le lecteur est plongé dès les premières pages. Celle-ci est très différente de votre précédente BD “L’Homme le plus flippé du monde”. Vous aviez envie de changement tant dans la forme que dans le fond ?   T.G - En fait, les deux BD ont été écrites simultanément. J'avais juste envie d'approfondir un sentiment en particulier, de l'illustrer le plus fidèlement possible, alors qu'avec L'homme le plus flippé du monde, l'idée est plus de faire un dictionnaire de l'anxiété sur un ton plus humoristique. Le fait de travailler ces deux récits en parallèle me permettait d'avoir plus de recul sur l'un et sur l'autre, et donc plus de points de vue sur un même sujet (l'angoisse). J'aime aussi l'idée de sortir un peu de ma, mes zones de confort.   Pourriez-nous vous parler de quelques lectures (BD ou autres) qui vous ont marquées et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   T.G - Récemment, j'ai lu beaucoup de bande-dessinée indépendante américaine. j'ai énormément aimé "Les intrus" d'Adrian Tomine, qui raconte la vie de personnages coincés dans une routine, un quotidien dont ils essayent de s'extraire, en vain. C'est extrêmement puissant, je trouve, et très drôle en plus. Il y a également "Rusty Brown", de Chris Ware, qui est une des meilleures bande-dessinées que je n'ai jamais lue. C'est un incroyable récit choral, se déroulant dans une ville américaine paumée, avec des histoires qui se croisent et s'entrecroisent, s'influencent sans le savoir. C'est extrêmement riche et Chris Ware a vraiment un sens du détail ahurissant. J'ai également lu beaucoup de livres de Stephen King récemment (je suis un peu monomaniaque, donc je lis toute la biblio d'un auteur/autrice a chaque fois que je commence)  et j'ai beaucoup aimé Simetierre. C'est bien plus qu'un simple récit d'horreur je trouve, puisque ça interroge la question du vivant : Qu'est-ce qui permet de nous dire qu'un être est vivant ou mort ? Je trouve cette question fascinante.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr Copyright photo : Chloé Vollmer-Lo [ean13_auteur | 9782302090446] [ean13_conseils |9782413022602,9782360811045,9782226024824]      

Entretiens
23/07/2021

Catherine Mavrikakis - L'absente de tous bouquets, Sabine Wespieser Éditeur

À propos de l'autrice : Catherine Mavrikakis est née à Chicago, en 1961, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Son enfance se déroule entre le Québec, les États-Unis et la France. Elle choisit Montréal pour suivre des études de lettres et devenir professeur de littérature à l’université de Concordia pendant dix ans, puis à l’université de Montréal où elle enseigne toujours. Depuis la parution de son premier essai, La Mauvaise Langue (Champ Vallon, 1996), Catherine Mavrikakis construit une œuvre littéraire de premier plan. Elle est l’auteur d’une pièce de théâtre, Omaha Beach (Héliotrope, 2008), et de huit romans, tous parus au Canada. À propos du livre : « Tu n’as jamais cultivé ton jardin. » C’est avec ces mots adressés à sa mère récemment disparue que l’écrivaine ouvre ce journal de deuil. Arrivée au Québec en 1957, pour épouser un Grec fantasque qu’elle passera sa vie à attendre, madame Mavrikakis n’a jamais voulu prendre racine dans le nouveau monde. Repliée sur elle-même et sur ses enfants – qu’elle aurait rêvé de garder sous cloche jusqu’à la fin de sa vie –, elle n’a cultivé que la nostalgie de la France, son pays natal.   Nous avons lu plusieurs de vos livres, et sommes toujours surpris du renouvellement des « genres ». Le ciel de Bay City est un roman sur l’adolescence et le difficile passage à l’âge adulte, Oscar de Profundis revisite le post-apocalyptique ; L’absente de tous bouquets, votre nouveau livre, est un récit intime et biographique. Ce renouvellement est-il un choix délibéré ou un « hasard » de votre travail d’auteure ? C.M -  Je me dis souvent que je n’ai de style particulier et je le regrette un peu.  On rêve d’avoir une signature, une musique reconnaissable, une façon de faire à soi. Mais je vois les livres comme des lieux expérimentaux où le propos décide de la forme. J’aime travailler sur des formes qui  me sont étrangères et me les approprier.Je lis beaucoup de livres et je ne privilégie pas une genre. En fait, j’aime les auteurs qui réinventent ou inventent les genres. pour L’absente de tous bouquets, je voulais recréer la voix d’une femme ( qui est moi) lorsqu’elle s’adresse ou pense à sa mère. Je passe pour parler de cette mère morte du tu ou elle. Elle me semble être à la  fois proche et lointaine, L,alternance des pronoms  personnels permet ce jeu.    De nombreuses thématiques sont communes à vos romans, malgré la diversité de vos textes : les fantômes (de la famille, de la Shoah notamment), les rêves aussi et toute la dimension symbolique qu’on peut leur accorder. Tous ces thèmes semblent trouver leurs racines dans le rapport très particulier que vous avez eu – que vous avez – avec votre mère. A la lecture de L’absente de tout bouquets, on a l’impression de pénétrer dans l’intimité de votre vie, mais aussi un peu dans le creuset de votre œuvre. C.M - Oui, c’est très, très juste… Il y a un jeu de dévoilement dans ce livre, je raconte comment ma mère me faisait vivre avec sa nostalgie, la Deuxième Guerre mondiale, les spectres du passé et comment ses traumatismes à elle ont bercé mon enfance,  Ma mère, loin de toute sa famille, a voulu dévorer ses enfants, les garder pour elle. Elle y a en partie réussi... [SPLIT_CONTENT] Vous dites à propos de votre mère « Je m’assure que tu es morte, j’apprivoise la terre que tu es devenue. Je salis mes mains pour t’enterrer encore et davantage ». Est-ce la raison d’être de ce texte : tenter d’apprivoiser un deuil impossible ?  C.M - Oui, il y a dans ce texte, un travail fait contre la grande peine que constitue pour moi la mort de ma mère. Je me surprends encore à me dire: je vais l’appeler et je m’aperçois que ce n’est pas possible. Oui, j’apprivoise cette disparition, ce manque. Je le décline. Tout deuil par contre est impossible. Il est très difficile pour la psyché de comprendre que l’on ne verra plus ceux et celles que nous avons aimés. Les rêves témoignent souvent de cette impossibilité.ils ne tiennent pas compte de la mort et font en sorte que l’on parle par intermittence  avec ceux qui se sont tus.    Vous expliquez aller, dès que vous le pouvez au jardin d’hiver du Centre Canadien d’architecture pour avoir l’impression de vivre à une autre époque, au milieu des fleurs, et dans le même temps ; vous considérez avoir été « la fleur vénéneuse » de votre mère. Vous avez un rapport singulier aux fleurs ? C.M - J’aime beaucoup les fleurs, J’aime ce qui pousse sans trop de soin, contre toute attente. Au Québec où j’habite, après des mois de gel, de stérilité en quelque sorte , la nature devient folle, luxuriante. C’est toujours très étonnant. Ma mère aimait les fleurs et cultivait  une nostalgie des bouquets à la française. j’aime le côté éphémère des fleurs, cette beauté qui ne dure pas, cette fragilité qui s’offre.  Là encore, je dois dire que les paysages ici sont très peu divers, selon mes goûts.  Beaucoup de vert, beaucoup de forêts, à perte de vue. Une force dans cette monotonie, dans cet entêtement monochrome de la nature.  Les fleurs  et leurs couleurs  quand elles sont là nous renvoient à une surprise, à une étonnement. Vous l’aurez compris, j’aime les surprises.   Vous citez de nombreux auteurs dans votre livre (Jarman, Tariq Ali. Avez-vous des lectures « coups de cœur » à nous proposer ? Quels sont vos livres de chevet ? C.M - En ce moment, je lis un très beau livre de Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Ce livre m’arrive très longtemps après la fin de l’Absente, mais il y est question de la nécessité de continuer à parler ou faire vivre nos morts. Il côtoie bien sûr l’extraordinaire livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts… Dans un tout  autre ordre d’idées, Je lis Ida d’Hélène Bessette que j’aime beaucoup, beaucoup  J’aime aussi un livre de Nathalie Léger La robe blanche que je n’avais pas encore lu. Superbe livre et  je suis une fan de Nathalie Léger. Enfin, j’ai à côté de mon livre le dernier livre de Bruce Bégout: Le concept d’ambiance, livre philosophique d’un grand penseur  qui réfléchit à une notion inédite : l’ambiance. Tout est une question d’ambiance, n’est-ce pas? même dans les livres.   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782707194084,9782246826941,9782757886991,9782072883149,9782021432671] [ean13_auteur | 9782848053967]        

Entretiens
16 juillet 2021 16:00

Cassandre Lambert - L'Antidote mortel, Didier jeunesse

À propos de l'autrice : Cassandre Lambert est née en 2000 et a grandi en campagne lyonnaise dans une famille nombreuse. Etudiante à la faculté de Droit, elle aime relever les défis sportifs et pratique la gymnastique en compétition depuis l’âge de 10 ans. Fan de comédies musicales, d’Audrey Hepburn et des romans de Pierre Bottero, elle est aussi bookstagrameuse sous le pseudo @Cassynerverland. À propos du livre : Trois adolescents, trois destins liés par leur désir de rébellion et de vengeance.   Votre premier livre est une œuvre foisonnante aux multiples détails. D’où vient cette imagination ? C.L - J’écris depuis que je suis toute petite, avant même d’aimer la lecture. C’est presque devenu un automatisme : chaque fois que je m’ennuie, pendant les trajets en transport en commun ou dans les salles d’attentes, j’invente des univers et imagine des personnages.   D’où vient cette envie d’écrire ? Activité qu’on imagine plutôt chronophage et difficile à caser dans l’emploi du temps d’une jeune femme de 20 ans ? C.L - Je l’ai toujours eu ! J’ai écrit ma première histoire en primaire, à l’âge de 9 ans. Je n’ai jamais considéré l’écriture comme une activité chronophage, bien au contraire. Même s’il est parfois difficile de concilier études et écriture, je libère quelques heures dans la journée quand je ressens le besoin d’écrire. C’est presque vital : quand je ne le fais pas, je me sens mal. C’est mon défouloir intérieur, exactement comme une séance de sport ! Si je suis vraiment trop occupée, j’écris la nuit. L’Antidote Mortel a d’ailleurs été rédigé presque intégralement pendant la nuit.   Diriez-vous que votre livre est générationnel ? Et pourquoi ? C.L -L’Antidote Mortel est destiné principalement aux ados à partir de 12 ans. Mais je pense que tous les lecteurs, peu importe l’âge, peuvent l’apprécier. Ma maman a été ma première lectrice et elle adoré, même si elle n’est pas la tranche d’âge ciblée ! [SPLIT_CONTENT] Pourquoi avoir choisi la fantasy pour ce premier roman ? Pour moi, la fantasy est le genre littéraire synonyme de liberté. Tout est à construire : l’univers, la carte, les règles de magie, le régime politique… C’est grisant, on se sent vraiment libre dans l’écriture.   Quelles sont vos sources d’inspiration ? C.L -Principalement les séries, les films et surtout les livres que je lis. Mais tout ce qui m’entoure est susceptible d’être une source d’inspiration : une image, un tableau, une musique, un mot…Même les gens que je croise dans la rue peuvent déclencher une idée !    Quels sont les livres qui vous ont marqués et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Tant de livres ont marqué ma vie de lectrice ! Il serait très dur de n’en choisir qu’un seul. Déjà, la trilogie le Pacte des Marchombres de Pierre Bottero. C’est lui qui m’a initié à la fantasy. Mais aussi le Faiseur de Rêves de Laini Taylor. L’univers qu’elle a construit est vraiment incroyable. Je recommande aussi la saga Phobos de Victor Dixen, pour ses personnages forts et sa maîtrise du scénario.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782700256505,9782075145121,9782221146637] [ean13_auteur | 9782278100507]

Entretiens
16 juillet 2021 16:01

Estérelle Payany - La cuisine des beaux restes, Flammarion

À propos de l'autrice : Estérelle Payany est une journaliste indépendante active pour de nombreux magazines. Elle intervient également sur la radio France Inter dans l’émission « On va déguster », ainsi qu’à la télévision sur France 2. Elle est l’auteure d’un bestseller de cuisine, L’Encyclopédie de la cuisine végétarienne (Flammarion, 2015) qui lui a valu le « Gourmand World Award » en 2016. À propos du livre : L'autrice, Estérelle Payany, nous invite à adopter une démarche écoresponsable en arrêtant de nourrir nos poubelles !   Dans l'introduction de votre livre, vous dites que cuisiner les restes est avant tout une question de point de vue. Faut-il beaucoup d'imagination pour cuisiner avec ce que nous jetterions sans réfléchir ? E.P -  Plus que de l'imagination, c'est de changement de regard dont nous avons besoin sur les aliments, pour les considérer comme un ensemble dont on peut tirer plusieurs préparations : exception faite de certaines parties de végétaux qui ne doivent pas être consommées (ex : les feuillages toxiques des solanacées, comme la tomate ou la pomme de terre) on peut trouver beaucoup de choses à mieux utiliser ! C'est plus satisfaisant de se nourrir soi que son compost ou sa poubelle. Ensuite, l'imagination vient avec la pratique, et un certain nombre de préparations de base dans lesquelles on peut inclure facilement des restes : pesto, gratins, boulettes, blinis...    Il y a quelques années encore, les épluchures de légumes n'étaient pas autant à la mode qu’aujourd’hui. Quel a été le ou les tournants, selon vous ? E.P - La consommation de produits bio a dû jouer, puisqu'il vaut mieux qu'un produit ne soit pas traité pour en consommer la peau. Plusieurs lois ont été votées, les sujets du gaspillage alimentaire notamment dans les supermarchés, les applications antigaspi, la prise de conscience que tout le monde avait sa part à jouer... C'est devenu un enjeu de société car, comme on mange 3 fois par jour, on a l'occasion de se préoccuper de ça plusieurs fois dans la journée :)  Et les épluchures de légumes, c'est aussi un gain de temps : pourquoi peler les courgettes puisque c'est délicieux avec ? Je crois qu'on en produit aussi moins...   Vous invitez plusieurs cheffes à nous donner une recette anti-gaspi. Est-ce une pratique répandue dans les cuisines des restaurants ou y a-t’il encore du chemin à faire ? E.P -  Les pratiques sont très variables d'un endroit à l'autre. Mais plus on respecte un produit et le travail d'un producteur, moins on a envie d'en mettre à la poubelle ! En revanche, cela a un vrai impact sur ce que les restaurants proposent et le look de l'assiette : si on ne coupe pas tout au cordeau pour éviter les parures, cela a un impact sur le dressage des assiettes.  [SPLIT_CONTENT] Vous considérez-vous comme une cuisinière engagée ? E.P - C'est un mot qui m'est assez étranger. Ce sont les autres qui peuvent l'utiliser en considérant le travail de quelqu'un, mais pas un terme à revendiquer. On est engagée sur un sujet ou par une entreprise, mais pas dans l'absolu. Vouloir faire son travail du mieux possible et inciter les gens à cuisiner et à faire leur part me semble une évidence, alors si c'est ça être engagée... Je crois aussi qu'à force de vouloir mettre les gens dans des cases, on oublie que beaucoup de choses sont liées. Respect de l'environnement, féminisme, autant de choses qui me sont chères et qui font partie de ma réflexion.    Qu’est ce qui fait, selon vous, un bon livre de cuisine, et lesquels aimeriez-vous conseiller à nos lecteurs ? E.P - J'ai une règle assez simple : un bon livre de cuisine, vous faites et réussissez 2 à 3 recettes, dont avec le temps une seule va persister dans votre répertoire. Un livre excellentissime, vous allez en faire 5 ou plus, et la façon de cuisiner de l'auteur va vous apprendre des choses et s'infiltrer dans votre cuisine, s'intégrer à d'autres recettes de votre répertoire. J'ai des piles impressionnantes d'ouvrages et des post it et si je n'étais pas devenue autrice et journaliste, je serai libraire ! Parmi les mines d'or que l'on devrait tous avoir chez soi : les ouvrages de Claudia Roden, hélas pas tous traduits en français, comme "Le Grand Livre de la cuisine juive" paru chez Flammarion, mais aussi "The New Book of Middle Eastern cooking". Elle a sauvé de l'oubli un patrimoine culturel mondial et montré que les recettes voyageuses et métissées d'influences racontaient beaucoup de choses. Pas une semaine non plus sans que j'ouvre "Histoire naturelle et morale de la nourriture" de Maguelonne Toussaint-Sammat, qui a grandement alimenté ma passion pour le domaine culinaire. Il faut qu'il y ait des recettes mais aussi des histoires !   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr   [ean13_conseils | 9782081412194] [ean13_auteur | 9782080243331]    

Entretiens
19 juillet 2021 12:14

Olivier Bourdeaut - Florida, Editions Finitude

À propos du livre : « Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. » Florida est le troisième roman d'Olivier Bourdeaut   Comment est née l’idée de votre roman ? O. B. - En regardant bêtement un documentaire sur les mini-miss à la télévision. Dans un premier temps, il y a le divertissement, c'est clownesque, puis au bout de vingt minutes cela devient grotesque. Et lorsque le documentaire s'est arrêté, j'ai ressenti un léger malaise et une immense compassion pour ces jeunes filles. C'est en conservant ce malaise que j'ai décidé, il y a sept ans, de consacrer un roman à ce phénomène.   Lorsque l’on évoque le phénomène des “mini-miss” aux États-Unis, on pense forcément au film “Little miss sunshine” sorti en 2006. Qu’avez-vous pensé de ce film et vous a-t-il influencé ? O. B. - Pour être honnête, j'ai vu ce film il y a bien longtemps. Je n'en garde pas un souvenir précis. Je crois me souvenir néanmoins que les concours de mini-miss y étaient évoqués avec tendresse. Il ne m'a absolument pas inspiré pour le roman. [SPLIT_CONTENT] Vous décrivez un monde cruel, fermé, dans lequel les enfants sont sacrifiés et subissent les “rêves” que leurs parents ont projetés sur eux. C’est aussi un livre sur la vacuité, on ne ressort pas indemne de cette lecture. Comment vous êtes-vous senti en terminant ce livre et en quittant ce personnage d’Elisabeth ? O. B. - J'ai ressenti un immense vide en achevant ce roman. J'ai fait grandir Elizabeth dans ma tête pendant sept ans. C'est beaucoup. J'ai vécu avec elle, je lui ai parlé, je l'ai aimée. Jamais un de mes personnages n'avait autant existé. Je suis heureux de la retrouver pour la promotion. Désormais elle n'existe plus seulement dans ma tête mais dans celles des lecteurs.   Le style de ce roman est très différent de celui de votre grand succès “En attendant Bojangles”. Était-ce pour coller à votre personnage ? Aviez-vous envie de vous renouveler ? O. B. - Je pense que c'est le sujet qui détermine le style. La poésie rimée, l'élégance convenaient parfaitement au début de la folie douce de Bojangles. Pour Florida il s'agit d'un univers poisseux, violent, dérangeant, le style devait s'adapter. C'est le carnet intime d'une jeune fille qui est mal dans sa peau. Elle y crache tout ce qu'elle a sur le cœur, sur le corps.   Quelles sont vos lectures du moment que vous pourriez conseiller à nos lecteurs ? Ainsi que votre ou vos livres de chevet ? O. B. - J'ai lu dernièrement la Maison d'Emma Becker, j'ai beaucoup aimé ce texte. J'ai adoré Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, c'est un roman brillant. Pour les romans que je relis régulièrement il y a Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde. Il y a également Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote.   Quel rôle ont les libraires dans votre parcours de lecteur puis d'écrivain ? O. B. - Et bien, c'est une excellente question. J'ai vécu un phénomène étrange avec les librairies lorsque j'étais jeune. Peut-être était-ce dû à mon statut de cancre, mais quand je rentrais dans une librairie j'avais le sentiment de ne pas être à ma place, d'être un usurpateur qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas. Je lisais énormément pourtant. Je me rendais souvent chez Coiffard à Nantes, une grande librairie, un lieu superbe avec des boiseries et j'avais le sentiment de rentrer dans un musée ou une cathédrale. J'ai le souvenir, et c'est encore le cas parfois, que je marchais religieusement les mains derrière le dos. Bref tout cela est assez étrange. Désormais mes romans sont en vitrine chez Coiffard, j'ai toujours du mal à y croire.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782072898785,978207036364,9782081470408,9782253053408,9782070363643] [ean13_auteur | 9782363391469]  

Entretiens
16 juillet 2021 16:02

Anne Montel et Loic Clément - Professeur Goupil et les rires qui s’envolent, Editions Little Urban

À propos du livre : Professeur Goupil et Akiko attendent un heureux évènement. Lui qui a toujours eu la tête dans la lune semble de plus en plus avoir les pieds sur terre. À l'instant même où il voit son enfant, minuscule, avec les yeux qui pétillent la magie, Goupil sait qu'il pourrait gravir les montagnes. Mais Akiko, elle, semble triste. Désespérément.   Ce quatrième tome des aventures du Professeur Goupil aborde un sujet très rare en littérature jeunesse, l’état dans lequel peut se retrouver une femme qui vient d’accoucher, à savoir, la tristesse, l’épuisement voire le désespoir. Pourquoi avoir choisi ce sujet ? L. C. - Je préfère nommer vraiment les choses et le sujet c'est la dépression post-partum. Nommons-la. Et donc, le point de départ est très personnel, avec du vécu très intime en guise de prémisse de projet. A ce moment-là de la gestation, je m'interroge en effet sur l'intérêt du sujet et je me pose une question toute simple : pourquoi n'en parlerait t-on pas aux enfants ? Je n'ai trouvé aucune bonne raison de ne pas le faire. Avec le feu vert d'Anne et celui d'Audrey, notre éditrice, j'ai été conforté dans cet élan (rien à voir avec l'animal). A.M. -  Lorsqu'on est auteurs et qu'on produit des livres tout au long de sa vie, on est sans cesse en train de réfléchir, plus ou moins consciemment, à ce qu'on a envie d'exprimer dans le prochain. Quand l'idée d'une nouvelle aventure du Professeur Goupil est venue sur la table, c'est un sujet qui nous est naturellement apparu, ayant 2 enfants en bas âge et ayant pu traverser une expérience similaire. On s'est dit que le thème était rarement abordé et que nous avions des choses à dire là-dessus.   Vous décrivez cette période avec beaucoup de réalisme mais aussi avec beaucoup d’humour. Avez-vous pensé ce livre comme pouvant être une aide pour les enfants qui seraient confrontés à cette situation et ne comprenant pas l’état de leur mère ? L. C. -  L'humour c'est inhérent à la série Goupil donc même (surtout ?) quand on aborde un sujet triste, il doit être présent. Concernant l'aide aux enfants pour comprendre l'état de leur mère, sans faire un manuel de quoi que ce soit puisqu'il s'agit avant tout d'une fiction, je dois bien avouer que j'avais ça en tête, oui. J'avais à cœur de dépeindre les mille et une nuances de sentiments d'une maman en plein post-partum avec subtilité. Je voulais aussi montrer comment le papa vit cette période. Le rapport texte – image a donc été plus important que jamais sur ce titre car l'indicible se passe de mot. A. M. -  Nous voulions que tout le monde puisse y trouver quelque chose, peut-être du soulagement pour une maman de lire un témoignage extérieur de son état, peut-être un éclairage pour un papa sur la situation qui se déroule sous ses yeux, et peut-être des réponses pour un grand frère ou une grande soeur qui observerait une situation similaire à la maison. Nous avons essayé de ne pas mettre de gros sabots, donc tout cela reste sous forme de perche tendue que chacun peut saisir au vol ou non.   Dans le premier tome, le Professeur Goupil est seul mais bientôt rejoint par ses petites créatures. Dans le deuxième, il tombe amoureux, dans le troisième il voyage. Celui-ci tranche un peu avec les précédents. Était-ce important pour vous de parler d’un sujet qui casse le mythe de la maternité facile et heureuse et surtout instinctive ? L. C. - En vérité celui-ci est la continuité logique du parcours du personnage. Dans le tome 1, le Professeur Goupil apprend que le bonheur ne vaut que s'il est partagé. Dans le tome 2 il découvre que c'est quand même pas plus mal dans la vie si on aime. Dans le tome 3, il réalise qu'au-delà de ses quatre murs, le vaste monde ne demande qu'à être exploré. Ainsi, la paternité (et la maternité) du tome 4 s'inscrit dans ce chemin, ce parcours initiatique.Quant à casser le mythe, il doit y avoir un peu de ça, en effet. Je me rappelle comme on prenait comme un uppercut les gens bien intentionnés qui nous disaient à la naissance « c'est que du bonheur », « vous allez vivre les plus beaux moments de votre vie ». Les études montrent que la dépression post-partum touche près de 7 % des mères au cours des trois premiers mois suivant l’accouchement. J'avais envie de contribuer à leur désinvisibilisation. A. M. -  Comme le dit Loïc, je n'ai pas l'impression que nous avons tranché avec ce tome, mais que nous sommes plutôt dans une progression. De mon côté, ayant assez mal vécu mon début de maternité sans jamais avoir eu de témoignages en ce sens à l'époque, j'ai eu l'impression que ce serait une bonne chose de participer à la mise en lumière de ces sentiments très sombres qui peuvent vous tomber dessus lorsque vous devenez mère. On est suffisamment culpabilisées par tout un tas de choses à cette période de nos vies, si on peut alléger un peu le poids de tout ça, je tente l'expérience volontiers ! [SPLIT_CONTENT] Quels livres jeunesse aimez-vous particulièrement et auriez-vous envie de conseiller à nos jeunes lecteurs ou à leurs parents ? L. C. - Le catalogue Little Urban est merveilleux ! (oui je touche des pots-de-vin pour cette déclaration). Pour le bien-être, je recommande une prise de Sidonie Souris de Clothilde Delacroix le matin, trois doses de Gilles Bachelet et de son chat le plus bête du monde l'après-midi, et une inhalation des Bartok de Lola Séchan le soir. Naturellement en traitement de fond, il y a ma trinité classique (Tomi Ungerer Les Trois Brigands – Sendak Max et les Maximonstres – Leo Lionni Petit Bleu petit jaune) et L'Île des Zertes de Claude Ponti. A. M. -  Les choses qui s'en vont, de Beatrice Alemagna, qui me fait frissonner chaque fois que je le referme. Un thé à l'eau de parapluie, de Karen Hottois et Chloé Mallard, à lire sous un plaid avec une assiette de bichons au citron, et Le dégât des eaux de Pauline Delabroy-Allard avec les magnifiques illustrations de Camille Jourdy, pour tous les enfants qui vont devenir grand frère ou grande sœur, et même pour les autres.   Quelles librairies jeunesse aimez-vous fréquenter ? L. C. et A. M. -  La librairie M'Lire à Laval car notre copain Simon Roguet est un libraire magicien. La légende prétend qu'il réussit à donner le goût de la lecture même à une poule. Et sinon on y va pas autant qu'on souhaiterait mais La Courte Echelle à Rennes me plaît bien. J'aimais beaucoup Comptines à Bordeaux, aussi quand on y habitait. Nous visitons les librairies chaque fois que nous nous promenons dans un nouvel endroit, c'est plus fort que nous.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782211308502,9782020660495,9782330113971,9782330124465,979102351411,9791035203863] [ean13_auteur | 9782374081694]  

Entretiens
16 juillet 2021 16:02

Xavier Coste - 1984, Editions Sarbacane

À propos de l'auteur : Né en 1989 en Normandie, Xavier Coste est auteur de bande dessinée et illustrateur. Après une licence en Arts Graphiques à Paris, il sort son premier album de bande dessinée en 2012, Egon Schiele, vivre et mourir, paru chez Casterman et traduit en plusieurs langues. En tant qu’illustrateur il collabore régulièrement avec la presse et l’édition. À propos du livre : Une adaptation à la puissance évocatrice terrifiante dans laquelle Xavier Coste parvient à donner à un monument de la littérature, des images aussi fortes que les mots d’Orwell.   Qu’est ce qui vous a intéressé dans cette histoire pour avoir envie de l’adapter ? X. C. - 1984 est mon plus grand choc littéraire, et j'ai tout de suite eu envie de l'adapter en bande dessinée dès ma première lecture du roman, alors que j'étais adolescent. L'ambiance très particulière, très lourde, m'a toujours marqué et appelait des images. Je n'ai jamais ressenti ça avec un autre roman. Evidemment le fond politique très fort résonnait en moi, mais c'est vrai que c'est surtout l'ambiance qui m'a interpellé au départ.   Quel a été votre parti-pris en concevant cette adaptation ? X. C. - Je voulais rester le plus fidèle possible au texte d'Orwell, tout en essayant d'apporter ma touche personnelle à travers le dessin et la mise en scène. Pour le texte, je suis d'ailleurs parti de la version originale, en anglais, que j'ai retraduite avec l'aide de l'éditeur.Je me suis autorisé des libertés, notamment en ce qui concerne les décors et les costumes des personnages. J'ai fait une proposition plus moderne que ce qui est décrit dans le roman, où tous les personnages sont en bleus de travail. Dans ma version, ils sont tous en costume et on se rapproche parfois d'une ambiance proche de celle de la Défense à Paris. Je voulais conserver l'essence du roman et l'amener vers un peu plus de modernité, afin de questionner notre époque. [SPLIT_CONTENT]   Comment avez-vous procédé pour retranscrire en dessin ce roman ? X. C. - J'ai fait beaucoup de recherches pour essayer de trouver des couleurs fortes, et je souhaitais régulièrement avoir des pleines pages illustratives qui posent l'ambiance. Dès le début du projet j'ai vu cet album en format carré, et c'était important pour moi d'avoir ce format atypique car il participe de l'immersion du lecteur, et renforce l'impression d'enfermement.Le plus difficile a été de trouver le bon dosage entre le texte et le dessin, car 1984 est un roman très riche en informations, et je voulais que dans mon adaptation, on y retrouve un maximum de choses. Pour incarner l'univers du roman et la domination de Big Brother, j'ai beaucoup joué sur les architectures, les environnements autour des personnages, afin de créer des rapports d'échelle et de représenter les personnages comme des fourmis face à l'immensité des bâtiments.   Y a-t-il des livres ou des bandes-dessinées qui ont pu vous influencer pendant la conception de ce travail ? X. C. - Graphiquement j'ai eu du mal au début à trouver le rendu que je souhaitais, et mes influences ont plutôt été le cinéma et l'architecture. Une fois que j'ai fait des recherches sur l'architecture brutaliste, tout s'est déclenché et le dessin est venu assez facilement. J'ai aussi puisé des choses dans l'imagerie de propagande d'Europe de l'Est, et aussi dans les films en noir et blanc.   Quelles BD pourriez-vous conseiller à nos lecteurs ? X. C. - Dernièrement, j'ai beaucoup aimé relire les BD "Moi, assassin" d'Altarriba et Keko, "Le Joueur d'échec" adapté par David Sala, qui est magnifique, et "Patience" de Daniel Clowes dont j'adore les ambiances.   Quel rapport entretenez-vous avec les libraires et les librairies ? Y a-t-il des adresses que vous fréquentez régulièrement ? X. C. - J'y vais régulièrement, presque toutes les semaines, à la fois pour me tenir au courant des sorties et aussi pour y trouver l'inspiration. J'adore y entrer sans aucune idée de ce que je vais y acheter, et repartir avec un livre qui va faire naître une idée de projet ou nourrir une histoire qui est en cours.Et les libraires comptent beaucoup pour moi aussi, car sans leur mise en avant, certains de mes livres n'auraient eu que très peu de visibilité. J'ai plaisir à aller dédicacer chez eux pour rencontrer les lecteurs au moment de la sortie d'un livre.A Paris j'adore l'ambiance de la librairie L'écume des pages ou encore de la librairie du Bon Marché, que j'ai plaisir à arpenter. Je fais beaucoup de déplacements au moment de la sortie d'un album et j'ai récemment découvert la librairie Bulle au Mans qui m'a impressionné.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782207116883, 9782203093478, 9782360811267] [ean13_auteur | 9782377315116]    

Entretiens
16 juillet 2021 16:03

Dimitri Rouchon-Borie - Le Démon de la colline aux loups, Editions du Tripode

À propos de l'auteur : Dimitri Rouchon-Borie est né en 1977 à Nantes. Il est journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire et le fait divers. Il est l’auteur de Au tribunal, chroniques judiciaires (La Manufacture de livres, 2018). Le Démon de la Colline aux Loups est son premier roman. À propos du livre : Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C’est surtout un flot ininterrompu d’images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.   On imagine que l’histoire que vous racontez dans ce livre trouve sa source dans les chroniques judiciaires que vous écrivez pour “Le Télégramme”. Pourquoi avez-vous décidé de raconter cette histoire ? D. R. B. - C’est peut-être le fruit de la rencontre entre une part d’inconscient et cette empathie que je m’efforce de mettre au service des chroniques judiciaires, depuis de nombreuses années. Ce livre se nourrit forcément également de toutes les émotions, les silences, toutes les nuances perçues dans les salles d’audience, sans que l’exercice journalistique ne permette vraiment de les restituer avec justesse. C’est sans doute ce manque-là que j’ai cherché à combler en écrivant le livre. Je suis parti à la rencontre d’un enfant, qui exprimerait pour tous les autres, ce que c’est que d’être un humain malmené, toujours au bord de l’asphyxie intérieure.   Votre roman raconte l’horreur, il n’est pas que cela, mais comment expliquez-vous un tel succès auprès des lecteurs et des libraires pour un roman si sombre ? D. R. B. - Le Démon de la Colline aux loups n’est pas un récit gratuit de violence. C’est la confession d’un personnage absolument candide, qui ne cherche pas à faire d’effet. Ni à faire trembler, ni à émouvoir. Il est naturellement dans une inconscience déstabilisante. Et son langage particulier emmène le lecteur au plus près de ce qu’il vit. On n’a donc pas affaire à une violence banalisée, mise à distance. On a affaire à une horreur incarnée, et qui nous cueille alors qu’on a déjà installé une empathie forte pour ce personnage. Parce qu’au fond, les faits divers, les séries, ou des polars, sont beaucoup plus violents que ça. La violence du Démon, c’est celle d’une lutte à mort contre le mal absolu. [SPLIT_CONTENT] Quels genres de livres lisez-vous ? Pensez-vous que certains ont pu vous influencer dans votre écriture ? D. R. B. - Je me rends compte que je lis peu, depuis que j’écris. Il y a une question de disponibilité, de manque de temps, mais aussi d’état d’esprit. Je n’arrive pas à me concentrer sur la lecture parce que j’ai envie d’écrire. En revanche, j’ai beaucoup lu. Des classiques, qui m’ont ouvert les portes de la littérature, enfant. De la poésie et du théâtre. Et puis de la philosophie, pour mes études. Et enfin du roman noir.   Quels sont les livres qui vous ont le plus marqués ? J’ai repensé il y a peu aux chocs que j’ai eu en lisant Atala de Chateaubriand, Phèdre de Racine et la trilogie LLoyd Hopkins de James Ellroy. J’ai aussi un souvenir ému de l’Enéide. J’ai adoré la littérature japonaise de Abé Kôbô.   Quel rapport entretenez-vous avec les libraires et les librairies ? Y a-t-il des adresses que vous fréquentez régulièrement ? D. R. B. - Quand j’étais tout petit, j’allais avec mes parents à la librairie Coiffard de Nantes. Cette librairie a nourri mon imaginaire autour du livre de façon incroyable. Les boiseries, l’éclairage… Je me souviens de la collection Les cahiers rouges, chez Grasset, que je ne me lassais pas de contempler. Etudiant, à Nantes également, je suis allé aussi chez Vent d’Ouest, une caverne d’Ali Baba pour mes livres de philo. Puis à Paris, chez Gibert, à Besançon aux Sandales d’Empédocles. En Bretagne, je suis impressionné par ces libraires qui s’installent parfois dans de toutes petites communes, et qui font un travail incroyable. Le bel Aujourd’hui, à Tréguier, ou le Marque page à Quintin sont de beaux exemples. Je dois aussi dire que je lis régulièrement des Mangas, et j’ai la chance de profiter d’une excellente librairie à Saint-Brieuc !   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils | 9782253160915,9782081415959,9782070383450,9782253059950] [ean13_auteur | 9782370552570]  

Entretiens
16 juillet 2021 16:03