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Auteurs et illustrateurs répondent à nos questions autour de leur dernier livre. Découvrez leurs livres de chevet, leurs conseils de lectures, et plongez dans les coulisses de leur travail.

Entretiens

Corinne Dreyfuss - Je t'attends, éditions Thierry Magnier

À propos de l'autrice : Corinne Dreyfuss est autrice illustratrice. Elle a surtout publié des livres de littérature jeunesse. Elle aime jouer avec la musicalité du texte le rythme des mots et des images qui se répondent. Dans ses livres à destination des plus petits, elle s'exerce à l'épure. A tous petits et grands, elle parle de la vie de la mort, du rire et des larmes, du temps qui passe et des traces qu'il laisse.   À propos de l'ouvrage : Léopold attend sa maman. Celle-ci s’est absentée pour très peu de temps. Il doit compter jusqu’à dix avant son retour. Alors Léopold patiente et commence à compter mais l’inquiétude grandit, les questions se bousculent et la panique devient incontrôlable… Ouf la voilà ! Un livre haletant pour apprivoiser les notions de séparation et de retrouvailles.     Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à écrire pour la jeunesse et particulièrement pour les tout-petits. C.D - Après des études aux beaux-arts j’ai longtemps vogué entre peinture, motifs textiles, décoration, écriture et narration. Et puis, pour la naissance d’une de mes nièces, je ne sais trop ce qui m’est passé par la tête, mais j’ai eu envie de lui faire un livre. C’est alors que j’ai découvert le travail d’Olivier Douzou et ça a été pour moi une révélation. Ma rencontre avec Thierry Magnier a aussi été déterminante et mon premier album est sorti très rapidement (en 1998) aux éditions du même nom. Mon travail à destination des tout-petits s’est construit petit à petit. Si à mes débuts on m’avait dit que je pourrais faire avec tant de plaisir et de passion des livres pour des enfants de moins de trois ans, j’aurais sans doute été très étonnée. Mais on m’a invitée en crèche autour de mes livres, j’ai rencontré les tout-petits, je les ai observés et ils m’ont souvent étonnée par leur attention vivante, leur pertinence, leur capacité à faire des liens, des associations, à être sensibles à l’image comme au texte, à débusquer ce qui est caché et aussi à saisir avec beaucoup de finesse, rythme et musicalité de la langue. Ces observations m’ont beaucoup inspirée. J’ai une grande confiance dans ce tout-petit public et quand je le dis, ce n’est pas une formule en l’air, je crois vraiment que l’on n’a pas fini d’explorer ce que l’on peut leur proposer. [SPLIT_CONTENT] Pouvez-vous nous présenter Je t’attends qui vient de paraître aux éditions Thierry Magnier et comment vous avez travaillé sur cet album et sur le thème de la séparation mais aussi de l’inquiétude, voire de la peur. C.D - « Je t’attends » est un projet qui a mûri lentement. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire qui faisait TRÈS, TRÈS peur, mais je ne trouvais pas laquelle. J’aime bien aussi me pencher sur un genre littéraire et me demander comment cela peut se transposer dans un livre pour tout-petits, je l’ai déjà fait pour « Caché ! »  un « roman » pour les bébés sans aucune image. Je suis une grande lectrice de thriller et je me suis questionnée sur ce que pourrait être un thriller (qui peut se traduire si joliment en français par : livre à frissonner) pour des tout-petits. J’ai aussi beaucoup pensé cinéma, plans, cadrages, pour l’illustration. Dans « Je t’attends » il ne se passe rien. C’est un plan fixe, au début assez serré, sur un petit garçon qui attend sa maman puis un effet de zoom pour être au plus près de l’émotion de Léopold (le petit héros du livre) et de dézoomage quand l’arrivée de la maman rouvre le monde et éclaircit l’horizon. Il y a un narrateur dont le récit s’écrit sur des pages noires à part et qui s’adresse directement au petit lecteur en l’interrogeant sur ce qu’il voit, ce qui se passe. Léopold, lui, attend et, bien sûr, s’inquiète. Ce sont ses pensées, ses questionnements, la petite voix qui parle dans sa tête qui nous est donnée à lire. Ce thème de la séparation et de la peur est venu comme une évidence, quoique, les évidences qui viennent après des mois de travail et de questionnements n’en sont peut-être pas... En tout cas lorsque je l’ai trouvé, il s’est imposé à moi comme tel. Quoi de plus inquiétant et de plus universel que de se demander si sa maman va revenir ? Quel meilleur suspense ? Avez-vous abordé ce livre différemment des précédents ? Je pense que « Je t’attends » est un livre dans la continuité de « Caché ! » j’y poursuis mon travail sur l’écriture dans un livre pour tout-petit, j’expérimente comment le texte et l’image peuvent y être séparés ou s’entremêler mais aussi je questionne ce dispositif qu’est le livre pour tout-petit et ses particularités : lu à voix haute par une tierce personne. Ce trio livre, médiateur(trice) (la voix du livre), petit lecteur m’intéresse tout particulièrement. Et la voix du narrateur dans « Je t’attends » est un rôle sur mesure pour que ce(tte) médiateur(trice) s’adresse au tout-petit lecteur, le questionne.   Comment choisissez-vous de vous adresser aux très jeunes enfants pour concevoir vos albums ? Qu’est ce qui est important dans l’écriture et l’illustration ? C.D -  Au début je ne pense pas au lecteur, j’ai une idée et si elle a décidé de ne pas me lâcher je m’y mets (puisque je n’ai pas le choix). Après vient le travail qui peut être long même pour un livre très court. Je n’ai pas de recettes, à chaque nouveau projet il faut trouver de nouvelles solutions. Bien sûr, l’histoire et son sens sont primordiaux mais je suis convaincue que la musicalité et le rythme du texte le sont tout autant. Je suis de plus en plus attentive et sensible au rythme, un rythme de phrase raté c’est du sens perdu. J’aime bien aussi essayer de faire au plus simple dans le texte comme dans l’illustration, me séparer de tout ce qui n’est pas indispensable, j’ai l’impression que plus c’est simple (mais pas simpliste) plus cela peut être juste et efficace. Quel rôle à la personne qui lit un livre à un bébé dans cet instant de partage? C.D -  Primordial ! d’abord un livre pour tout-petit n’existe pas sans un(e) médiateur(trice) (celui/celle qui lit avec le petit lecteur). En petite enfance, on écrit pour un public qui ne sait pas lire, du moins pas le texte. Il faut impérativement que quelqu’un lise avec le tout-petit au moins une fois et souvent (on le sait) de nombreuses fois. Il/elle est la voix du livre, un interprète à part entière. Il/elle fait passer du sens mais aussi du son, des regards, des sensations, des émotions. Lorsqu’on lit avec un tout petit, on est souvent dans une grande proximité physique (sur les genoux, dans les bras…) et c’est pour chacun une expérience multi-sensorielle, un moment intense à partager, c’est cela un livre pour tout-petit pas seulement une histoire, des dessins et du carton et/ou du papier. Le(la) médiateur(trice) peut aussi être attentif(ve) au tout-petit, savoir quand il peut jouer le texte avec emphase, y mettre le ton et saisir quand c’est trop, quand il faut baisser l’intensité, « calmer » le jeu moduler, rassurer. Avez-vous des souvenirs de vos lectures d’enfant que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Ou des livres récemment parus dont vous aimeriez nous parler ? C.D -  J’ai une passion de longue date et non assouvie pour les livres d’Iela et Enzo Mari « L’œuf et la poule », « La pomme et le papillon », qui sont d’une simplicité et d’une force incroyables. Ces livres datent des années 70 mais ils sont intemporels et toujours édités. « Les animaux dans le pré », d’Iela Mari, paru en 2011 est aussi un petit bijou à mettre entre toutes les mains.   [ean13_auteur | 9791035204723] [ean13_conseils | 9782211011129,9782211021838,9782211204965]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr

Entretiens
18/10/2021

Craig Johnson - Western Star, éditions Gallmeister

À propos de l'auteur : Craig Johnson naît en 1961 à Huntington, en Virginie-Occidentale. Son premier roman, Little Bird (The Cold Dish en VO), paraît en 2005 aux États-Unis. Il met en scène le shérif Walt Longmire et constitue le premier volet d’une saga qui compte à ce jour douze titres et fait régulièrement partie des listes de best-sellers aux États-Unis. La série Longmire, adaptation télévisée de l’univers de Craig Johnson, a connu un immense succès aux États-Unis. Elle est diffusée en France sur la chaîne D8.   À propos de l'ouvrage : Tout juste rentré du Vietnam, le jeune adjoint Walt Longmire participe pour la première fois à l’excursion de l’Association des shérifs du Wyoming à bord du Western Star, train à vapeur légendaire de la conquête de l’Ouest. Une bonne occasion de resserrer les liens entre collègues en buvant du bourbon. Très vite, les langues se délient et Walt a vent de meurtres non-élucidés. Elément troublant, certains shérifs manifestent une mauvaise volonté évidente à répondre à ses questions. Walt ne se doute évidemment pas qu’il est sur le point de faire l’une des rencontres les plus dangereuses de sa vie. Et voilà que quarante ans plus tard, les échos de cette ancienne affaire résonnent de la plus terrifiante des manières.   Vous évoquez dans Western Star un moment particulièrement important et marquant du passé de Walt Longmire (Shériff du Comté d’Absaroka et héros de tous vos romans) : connaissez-vous déjà sa vie ou bien la construisez-vous au fur et à mesure que vous écrivez ?   C.J - J’ai une connaissance précise des arcs narratifs de la vie de Walt, mais le plus souvent, des détails viennent s’ajouter tous seuls au fil de l’écriture. J’essaie de me laisser des marque-pages pour me rappeler les idées dont j’aurai besoin pour les futurs romans. Il y a des intrigues et des sous-intrigues qui se révèlent au fil du temps — j’espère simplement que je pourrai toutes les écrire. Je savais que Western Star allait être un défi et il fallait que j’attende un moment avant de pouvoir le tenter, mais ce défi m’a donné de nombreuses opportunités de faire des choses que je n’avais jamais été capable de faire jusque-là. Si on revient à Litlle Bird [le premier roman de la série], on apprend que Martha est enceinte au moment où Lucian engage Walt comme adjoint, mais cet enfant serait trop vieux pour être Cady. Alors qui est-il ?   La construction narrative de Western Star est très différente de vos précédents romans : Le lecteur fait en permanence des allers-retours entre passé et présent au détour d’une phrase. Le livre est aussi très rythmé, loin du rythme plus contemplatif et fantastique de plusieurs de vos romans (faisant appel à la mythologie indienne, notamment). Est-ce la thématique très forte de ce roman qui vous a poussé à changer votre façon d’écrire ?   C.J - Je ne sais pas si c’est une décision consciente d’écrire un livre plus orienté action, c’est juste ce que l’intrigue demandait, et puis avec Walt un peu plus jeune pendant la moitié du livre, j’ai saisi une opportunité qui ne m’est pas souvent accordée. J’ai déjà utilisé une narration circulaire dans mes précédents livres, notamment pour celui qui se passe au Vietnam, Enfants de poussière et Dark Horse. J’aime créer ces intrigues circulaires et observer non seulement Walt mais aussi de nombreux autres personnages de mes livres durant différentes périodes de leur vie, je trouve ça très révélateur. L’un des nombreux thèmes du livre serait que nous ne sommes pas seulement qui nous sommes maintenant.   [SPLIT_CONTENT] Vous avez construit un whodunit (« who has done it », roman où le lecteur découvre les indices en même temps que la narrateur et cherche à découvrir le coupable avant le narrateur) à la manière d’Agatha Christie. Est-ce une manière de lui rendre hommage ?   C.J - Eh bien il est impossible d’avoir une intrigue policière à bord d’un train sans rendre hommage à son inventeur originel. Le fait que Walt prenne avec lui Le Crime de l’Orient-Express en poche était une façon de saluer cette bonne vieille Agatha Christie. C’est un maître, elle expose les vraies limites du genre dans le sens où, avec un whodunit, les permutations sont innombrables. C’est lui le coupable, en fait c’est elle et en fait personne n’est coupable. C’est vraiment tout ce qu’il y a, ce qui me met dans une position où je dois essayer quelque chose de différent, quelque chose dont elle n’aurait pas pu se tirer à l’époque.   Le meurtrier que Walt essaie de surprendre (et dont je tairai le nom) m’a fait penser à cette citation de Shakespeare (auteur que vous citez souvent) « Il n’est pas de bête si féroce qu’elle ne connaisse quelque pitié. Mais je n’en connais aucune, et donc ne suis pas une bête. » L’épilogue semble confirmer cette phrase, qu’en pensez-vous ? "No beast so fierce but knows some touch of pity." "But I know none, and therefore am no beast." (Richard III – Acte I, scène 2)   C.J - C’est marrant, j’utilise Richard III comme exemple lorsque j’enseigne dans des ateliers d’écriture, un exemple pour parler de la motivation à proprement parler de l’antagoniste. Richard ne se voit pas comme un méchant, mais comme un homme qui a été trompé, abusé, au point de ne pas avoir d’autre choix que de répondre par la violence. Parfois on peut voir une part d’humanité en cela, parfois non. Le mal qui est fait à Walt et sa famille dans Western Star résonne dans tous les romans encore maintenant. [ean13_auteur | 9782351781852] [ean13_conseils | 9782351780251,9782351781845,9782351780848,9782351785362]   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr

Entretiens
18 octobre 2021 15:25

Mariette Navarro - Ultramarins, Quidam éditeur

À propos de l'autrice : Mariette Navarro est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d'art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne. Ultramarins est son premier roman. À propos de l'ouvrage : A bord d'un cargo de marchandises qui traverse l'Atlantique, l'équipage décide un jour, d'un commun accord, de s'offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n'est-il pas en train de prendre son indépendance ? Ultramarins sacre l'irruption du mystère dans la routine et l'ivresse de la dérive.   Ultramarins est né d’une traversée de l’Atlantique en cargo effectuée en 2012. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a donné envie d’écrire ce récit original et le cheminement qui vous a conduit à écrire un roman, vous qui écrivez habituellement pour le théâtre ? M.N - Au départ d’Ultramarins, il y avait plusieurs fragments plus poétiques, et notamment la longue scène de baignade inaugurale: pendant tout le voyage réel, effectué avec d’autres écrivains pendant huit jours à travers l’Atlantique, j’ai pris des notes, non pas seulement documentaires, mais aussi ce qui me traversait en termes de sensations, d’images, de rêveries, de vertiges. Petit à petit, la forme du roman s’est imposée, parce qu’elle est celle qui me permettait de déployer une atmosphère, un paysage, un temps suspendu. Le déclencheur peut être similaire quand j’écris du théâtre: par exemple, j’ai eu l’envie d’écrire une pièce qui se passait en forêt, comme a pu le faire Shakespeare, et ça a été le point de départ de Zone à étendre (éditions Quartett). On me pose souvent la question du genre littéraire, et j’aime qu’il n’y ait pas d’évidence à cet endroit, que les lignes, là aussi, puissent être floues. Il n’y a pas pour moi de différence de nature dans l’écriture des différents textes. Certains appellent plus le corps ou l’adresse à un public et deviennent du théâtre, d’autres échappent au récit, comme ceux qui sont publiés chez Cheyne, en poésie (mais dans une collection de textes inclassables !). A chaque nouveau texte, j’ai envie de trouver la forme adéquate, la juste variation de format, de couleur. Le théâtre est peut-être plus tendu vers l’extérieur que ne l’est le roman. Ultramarins m’a permis de travailler quelque chose de plus silencieux, de plus secret. Je n’abandonne pas l’écriture de théâtre pour autant, même s’il y a quelque chose de plus satisfaisant pour moi aujourd’hui à déployer un univers romanesque, là où le théâtre oblige beaucoup à travailler en creux.   Votre livre est inclassable, il est une expérience pour le lecteur, à l’image de l’expérience vécue par les personnages, entre réel et imaginaire. Pourquoi avoir choisi cette dimension fantastique qui fait basculer le récit à un moment donné ?   M.N - Pour moi, en tant que lectrice, dans un livre, l’intrigue est secondaire. J’aime être surprise par un monde, une atmosphère et surtout une langue. J’aime ne pas savoir d’avance sur quels rails je me trouve. Je crois que le recours au fantastique et à l’étrangeté permet ça… C’est pour cela que je n’ai pas commencé par « scénariser » le livre, mais au contraire, ça a été un long travail pour faire émerger des images et des situations. Les mystères et leurs résolutions se sont révélés dans un sens presque photographique, sur un temps très long, à force de travailler sur mes sensations et intuitions de la mer, à force de reprendre et de préciser la même matière de départ. Cela a beaucoup à voir avec l’inconscient, sans doute, et le plus gros travail a été, pour moi, que justement cela ne repasse pas « par la tête » et la rationalité. J’ai cherché une très grande maîtrise dans la forme mais il me fallait du mystère pour continuer à désirer écrire ce livre. [SPLIT_CONTENT]   Tout le récit repose essentiellement sur une femme, commandante de bord. Comment est né ce personnage féminin ?   M.N - D’abord elle était un personnage témoin, en marge du groupe. Elle a finalement pris une place centrale au fil de l’écriture. C’était sans doute une manière de la rapprocher de moi, mais aussi, de façon très volontariste à un moment, une envie de m’éloigner du documentaire et de la réalité - exclusivement masculine - que j’avais observée, de décaler l’image convenue, de travailler avec le trouble que ça pouvait produire.   Votre histoire n’aurait pas pu se situer ailleurs qu’au milieu de l’océan, cadre idéal pour installer le mystère et la perte de repères, symbole ultime de liberté. Est-ce la mer qui a été votre première source d’inspiration pour écrire ce récit ?   M.N - Pour écrire, je m’oblige à puiser dans les sensations plus que dans les idées. Je me méfie de moi-même et d’une tendance que je pourrais avoir à « vouloir dire quelque chose ». Passer toujours par le corps, les sensations physiques, m’oblige à trouver une autre dynamique d’écriture, plus proche de ce que je recherche. En ce sens, l’image de la mer et ce qu’elle peut faire au corps, a été centrale. Au- delà de la fascination, de la beauté, il y a sa violence.   Quels genres de romans lisez-vous ? Y a-t-il des livres qui vous ont inspirés pour écrire ? Quels sont ceux que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   M.N - Je lis d’abord beaucoup de théâtre ! Je voudrais insister sur le fait que le théâtre se lit, que le théâtre contemporain, qu’on voit peu sur les scènes, est extrêmement vivant et divers en terme d’édition, et que, contrairement aux appréhensions de certains lecteurs, il n’est pas plus difficile de se plonger dans certaines pièces que dans un roman. Lisez par exemple les excellents livres du catalogue d’Espaces 34, parfois à la frontière de la poésie ou du récit ! (Magali Mougel, Samuel Gallet, Claudine Galea, Philippe Malone, Michel Simonot…). Dans la continuité de ça, j’aime les œuvres qui me proposent une grande liberté d’écriture. Les romanciers que je lis viennent souvent de la poésie. Je suis avant tout curieuse d’écritures d’aujourd’hui, j’achète principalement des auteurs contemporains. Je conseillerais de découvrir quelques auteurs de ma génération avec qui je me sens une grande proximité : Antoine Wauters, Benoît Reiss, Antoine Mouton, Antoinette Rychner, Marie Cosnay pour sa langue somptueuse ou Marie Ndiaye pour l’étrangeté si singulière de son univers. Parmi mes « classiques », Hélène Bessette a été un grand choc, et je n’ai pas encore fini de découvrir son œuvre…   Copyright photo © Philippe Malone [ean13_auteur | 9782374912158] [ean13_conseils | 9782378561123,9782283031971,9782267030327,9782283033258,9791095244332,9782072841941]   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr  

Entretiens
31 août 2021 11:26

Théo Grosjean - Le Spectateur, Editions Soleil

À propos de l'auteur : Théo Grosjean est étudiant à l’école d’art d’Emile Cohl. C’est là-bas qu’il a fait la rencontre de Lewis Trondheim, son professeur, qui a tout de suite remarqué ses talents graphiques et scénaristiques. Il se fait remarquer en 2018 avec Un gentil orc sauvage  (Delcourt) qui reçoit la Pépite Bande Dessinée au Salon du livre et la presse jeunesse 2018. En 2020, il publie le premier tome de L’Homme le plus flippé du monde (Delcourt), issu de ses réflexions Instagram autour de ses peurs et ses angoisses. À propos de l'ouvrage : Samuel naît muet, du moins c’est ce que pensent ses parents. Et c’est à travers ce prisme et son regard que le fil de sa vie se déroule, autour d’un sentiment étrange : celui de n'être que le spectateur de sa propre existence. En effet, du fait de son mutisme, Samuel ne parvient ni à interagir, ni à influer sur les événements auxquels il est confronté… Un subtil délice doux-amer.   D’où est née l’idée de votre personnage, Samuel ?   T.G - L'idée du personnage de Samuel m'est venue après l'envie de raconter cette impression de ne pas vraiment faire partie du monde, d'en être un simple spectateur. Il est construit pour et par cette idée de récit. Le fait qu'il soit muet et inexpressif donnait, selon moi, plus de relief à cette idée d'impuissance et de passivité. Ce n'est pas à proprement parler un personnage construit puisque la lectrice ou le lecteur complète la personnalité de Samuel avec ses propres ressentis, ses propres émotions, un petit peu à la manière d'un jeu vidéo dans lequel le personnage principal ne parle pas et ne donne pas vraiment son avis sur l'histoire, pour permettre une meilleur identification du joueur ou de la joueuse. Je pense par exemple au personnage de Link dans Zelda. C'est un procédé qui m'a toujours fasciné.    Votre bande-dessinée a un vrai parti-pris d’un point de vue graphique mais aussi narratif. Vous mettez le lecteur à la place du personnage principal qui suit l’histoire de sa vie à travers ses yeux. Pourquoi ce choix de point de vue ? Cela a-t-il été un défi dans la construction ?   T.G - J'avais très envie de parler de ce sentiment du spectateur, car c'est un sentiment extrêmement déstabilisant qui m'obsède depuis tout petit, mais j'ai longtemps cherché un moyen de l'exprimer sans avoir à le décrire, à l'expliquer. J'ai un peu de mal avec les choses trop didactiques, je n'aime pas trop avoir l'impression que je suis en train de lire un manuel scolaire. Je préfère avoir l'impression de comprendre moi-même ce que l'auteur ou l'autrice essaye d'exprimer, quitte à rester parfois un peu dans le flou. Le point de vue subjectif me permet d'immerger la lectrice ou le lecteur dans la peau de Samuel, et lui transmettre un sentiment de malaise perpétuel. J'aime beaucoup l'idée que les personnages de la bande-dessinée regardent souvent vers le cadre des cases, comme si il nous fixait en lisant. Je trouve que ça donne du relief à la lecture. En termes de difficulté, ça pose effectivement quelques questions notamment de perspective ou de point de vue, mais qui ne sont largement pas insurmontables. Le plus compliqué selon moi était la gestion du rythme de l'histoire, qui se passe sur toute une vie. Il faut arriver à ne pas ennuyer le lecteur ou la lectrice tout en donnant le sentiment d'un temps long et étiré, de moment de silence et d'ennui. [SPLIT_CONTENT] T.G - Oui, c'était important pour moi. J'avais envie que la personne qui lise se sente à fleur de peau, dans l'appréhension perpétuelle des évènements qui allaient advenir en tournant les pages. J'espérais aussi créer un sentiment de chaos. Les événements dramatiques ou heureux arrivent souvent de manière chaotique et ne peuvent souvent pas être anticipés par des ficelles scénaristiques comme ça peut être le cas dans un récit structuré. Pour moi l'émotion vient en grande partie de la surprise. On se fait "avoir" par le récit et cela nous met au pied du mur. On est piégé, obligé de ressentir une émotion. Je ne dit pas que j'ai réussi, mais c'est ce que je cherchais à faire en tout cas, haha. Je trouve ça intéressant que ce sentiment d'impuissance soit à la fois lié à la condition de Samuel et à son handicap, mais aussi à la condition même du statut de lecteur, qui est contraint de subir le récit et ne peut pas interagir avec les événements.   Votre BD est très sombre, sur le monde qui entoure votre personnage mais aussi sur son rapport aux autres. Il y a peu de moments de réjouissances. Pourquoi ce choix de ne rien lui épargner ?   T.G - Je n'ai pas particulièrement l'impression d'avoir assombri le tableau, en fait Samuel a une vie relativement banale, un parent décédé, un père qui n'arrive pas à aimer, des problèmes à l'école, une rencontre amoureuse qui le bouleverse, une amitié forte, des angoisses de mort... C'est surtout le fait qu'il ne puisse pas communiquer ses émotions qui rendent le récit si lourd, je crois. Je trouvais ça intéressant de montrer que sans pouvoir communiquer, la vie devenait soudainement très violente.   L’univers graphique de cette bande-dessinée lui confère une véritable ambiance dans laquelle le lecteur est plongé dès les premières pages. Celle-ci est très différente de votre précédente BD “L’Homme le plus flippé du monde”. Vous aviez envie de changement tant dans la forme que dans le fond ?   T.G - En fait, les deux BD ont été écrites simultanément. J'avais juste envie d'approfondir un sentiment en particulier, de l'illustrer le plus fidèlement possible, alors qu'avec L'homme le plus flippé du monde, l'idée est plus de faire un dictionnaire de l'anxiété sur un ton plus humoristique. Le fait de travailler ces deux récits en parallèle me permettait d'avoir plus de recul sur l'un et sur l'autre, et donc plus de points de vue sur un même sujet (l'angoisse). J'aime aussi l'idée de sortir un peu de ma, mes zones de confort.   Pourriez-nous vous parler de quelques lectures (BD ou autres) qui vous ont marquées et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ?   T.G - Récemment, j'ai lu beaucoup de bande-dessinée indépendante américaine. j'ai énormément aimé "Les intrus" d'Adrian Tomine, qui raconte la vie de personnages coincés dans une routine, un quotidien dont ils essayent de s'extraire, en vain. C'est extrêmement puissant, je trouve, et très drôle en plus. Il y a également "Rusty Brown", de Chris Ware, qui est une des meilleures bande-dessinées que je n'ai jamais lue. C'est un incroyable récit choral, se déroulant dans une ville américaine paumée, avec des histoires qui se croisent et s'entrecroisent, s'influencent sans le savoir. C'est extrêmement riche et Chris Ware a vraiment un sens du détail ahurissant. J'ai également lu beaucoup de livres de Stephen King récemment (je suis un peu monomaniaque, donc je lis toute la biblio d'un auteur/autrice a chaque fois que je commence)  et j'ai beaucoup aimé Simetierre. C'est bien plus qu'un simple récit d'horreur je trouve, puisque ça interroge la question du vivant : Qu'est-ce qui permet de nous dire qu'un être est vivant ou mort ? Je trouve cette question fascinante.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr Copyright photo : Chloé Vollmer-Lo [ean13_auteur | 9782302090446] [ean13_conseils |9782413022602,9782360811045,9782226024824]      

Entretiens
31 août 2021 10:00

Catherine Mavrikakis - L'absente de tous bouquets, Sabine Wespieser Éditeur

À propos de l'autrice : Catherine Mavrikakis est née à Chicago, en 1961, d’une mère française et d’un père grec qui a grandi en Algérie. Son enfance se déroule entre le Québec, les États-Unis et la France. Elle choisit Montréal pour suivre des études de lettres et devenir professeur de littérature à l’université de Concordia pendant dix ans, puis à l’université de Montréal où elle enseigne toujours. Depuis la parution de son premier essai, La Mauvaise Langue (Champ Vallon, 1996), Catherine Mavrikakis construit une œuvre littéraire de premier plan. Elle est l’auteur d’une pièce de théâtre, Omaha Beach (Héliotrope, 2008), et de huit romans, tous parus au Canada. À propos du livre : « Tu n’as jamais cultivé ton jardin. » C’est avec ces mots adressés à sa mère récemment disparue que l’écrivaine ouvre ce journal de deuil. Arrivée au Québec en 1957, pour épouser un Grec fantasque qu’elle passera sa vie à attendre, madame Mavrikakis n’a jamais voulu prendre racine dans le nouveau monde. Repliée sur elle-même et sur ses enfants – qu’elle aurait rêvé de garder sous cloche jusqu’à la fin de sa vie –, elle n’a cultivé que la nostalgie de la France, son pays natal.   Nous avons lu plusieurs de vos livres, et sommes toujours surpris du renouvellement des « genres ». Le ciel de Bay City est un roman sur l’adolescence et le difficile passage à l’âge adulte, Oscar de Profundis revisite le post-apocalyptique ; L’absente de tous bouquets, votre nouveau livre, est un récit intime et biographique. Ce renouvellement est-il un choix délibéré ou un « hasard » de votre travail d’auteure ? C.M -  Je me dis souvent que je n’ai de style particulier et je le regrette un peu.  On rêve d’avoir une signature, une musique reconnaissable, une façon de faire à soi. Mais je vois les livres comme des lieux expérimentaux où le propos décide de la forme. J’aime travailler sur des formes qui  me sont étrangères et me les approprier.Je lis beaucoup de livres et je ne privilégie pas une genre. En fait, j’aime les auteurs qui réinventent ou inventent les genres. pour L’absente de tous bouquets, je voulais recréer la voix d’une femme ( qui est moi) lorsqu’elle s’adresse ou pense à sa mère. Je passe pour parler de cette mère morte du tu ou elle. Elle me semble être à la  fois proche et lointaine, L,alternance des pronoms  personnels permet ce jeu.    De nombreuses thématiques sont communes à vos romans, malgré la diversité de vos textes : les fantômes (de la famille, de la Shoah notamment), les rêves aussi et toute la dimension symbolique qu’on peut leur accorder. Tous ces thèmes semblent trouver leurs racines dans le rapport très particulier que vous avez eu – que vous avez – avec votre mère. A la lecture de L’absente de tout bouquets, on a l’impression de pénétrer dans l’intimité de votre vie, mais aussi un peu dans le creuset de votre œuvre. C.M - Oui, c’est très, très juste… Il y a un jeu de dévoilement dans ce livre, je raconte comment ma mère me faisait vivre avec sa nostalgie, la Deuxième Guerre mondiale, les spectres du passé et comment ses traumatismes à elle ont bercé mon enfance,  Ma mère, loin de toute sa famille, a voulu dévorer ses enfants, les garder pour elle. Elle y a en partie réussi... [SPLIT_CONTENT] Vous dites à propos de votre mère « Je m’assure que tu es morte, j’apprivoise la terre que tu es devenue. Je salis mes mains pour t’enterrer encore et davantage ». Est-ce la raison d’être de ce texte : tenter d’apprivoiser un deuil impossible ?  C.M - Oui, il y a dans ce texte, un travail fait contre la grande peine que constitue pour moi la mort de ma mère. Je me surprends encore à me dire: je vais l’appeler et je m’aperçois que ce n’est pas possible. Oui, j’apprivoise cette disparition, ce manque. Je le décline. Tout deuil par contre est impossible. Il est très difficile pour la psyché de comprendre que l’on ne verra plus ceux et celles que nous avons aimés. Les rêves témoignent souvent de cette impossibilité.ils ne tiennent pas compte de la mort et font en sorte que l’on parle par intermittence  avec ceux qui se sont tus.    Vous expliquez aller, dès que vous le pouvez au jardin d’hiver du Centre Canadien d’architecture pour avoir l’impression de vivre à une autre époque, au milieu des fleurs, et dans le même temps ; vous considérez avoir été « la fleur vénéneuse » de votre mère. Vous avez un rapport singulier aux fleurs ? C.M - J’aime beaucoup les fleurs, J’aime ce qui pousse sans trop de soin, contre toute attente. Au Québec où j’habite, après des mois de gel, de stérilité en quelque sorte , la nature devient folle, luxuriante. C’est toujours très étonnant. Ma mère aimait les fleurs et cultivait  une nostalgie des bouquets à la française. j’aime le côté éphémère des fleurs, cette beauté qui ne dure pas, cette fragilité qui s’offre.  Là encore, je dois dire que les paysages ici sont très peu divers, selon mes goûts.  Beaucoup de vert, beaucoup de forêts, à perte de vue. Une force dans cette monotonie, dans cet entêtement monochrome de la nature.  Les fleurs  et leurs couleurs  quand elles sont là nous renvoient à une surprise, à une étonnement. Vous l’aurez compris, j’aime les surprises.   Vous citez de nombreux auteurs dans votre livre (Jarman, Tariq Ali. Avez-vous des lectures « coups de cœur » à nous proposer ? Quels sont vos livres de chevet ? C.M - En ce moment, je lis un très beau livre de Vinciane Despret, Au bonheur des morts. Ce livre m’arrive très longtemps après la fin de l’Absente, mais il y est question de la nécessité de continuer à parler ou faire vivre nos morts. Il côtoie bien sûr l’extraordinaire livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts… Dans un tout  autre ordre d’idées, Je lis Ida d’Hélène Bessette que j’aime beaucoup, beaucoup  J’aime aussi un livre de Nathalie Léger La robe blanche que je n’avais pas encore lu. Superbe livre et  je suis une fan de Nathalie Léger. Enfin, j’ai à côté de mon livre le dernier livre de Bruce Bégout: Le concept d’ambiance, livre philosophique d’un grand penseur  qui réfléchit à une notion inédite : l’ambiance. Tout est une question d’ambiance, n’est-ce pas? même dans les livres.   Entretien réalisé par Olivier Soumagne, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782707194084,9782246826941,9782757886991,9782072883149,9782021432671] [ean13_auteur | 9782848053967]        

Entretiens
16 juillet 2021 16:00

Cassandre Lambert - L'Antidote mortel, Didier jeunesse

À propos de l'autrice : Cassandre Lambert est née en 2000 et a grandi en campagne lyonnaise dans une famille nombreuse. Etudiante à la faculté de Droit, elle aime relever les défis sportifs et pratique la gymnastique en compétition depuis l’âge de 10 ans. Fan de comédies musicales, d’Audrey Hepburn et des romans de Pierre Bottero, elle est aussi bookstagrameuse sous le pseudo @Cassynerverland. À propos du livre : Trois adolescents, trois destins liés par leur désir de rébellion et de vengeance.   Votre premier livre est une œuvre foisonnante aux multiples détails. D’où vient cette imagination ? C.L - J’écris depuis que je suis toute petite, avant même d’aimer la lecture. C’est presque devenu un automatisme : chaque fois que je m’ennuie, pendant les trajets en transport en commun ou dans les salles d’attentes, j’invente des univers et imagine des personnages.   D’où vient cette envie d’écrire ? Activité qu’on imagine plutôt chronophage et difficile à caser dans l’emploi du temps d’une jeune femme de 20 ans ? C.L - Je l’ai toujours eu ! J’ai écrit ma première histoire en primaire, à l’âge de 9 ans. Je n’ai jamais considéré l’écriture comme une activité chronophage, bien au contraire. Même s’il est parfois difficile de concilier études et écriture, je libère quelques heures dans la journée quand je ressens le besoin d’écrire. C’est presque vital : quand je ne le fais pas, je me sens mal. C’est mon défouloir intérieur, exactement comme une séance de sport ! Si je suis vraiment trop occupée, j’écris la nuit. L’Antidote Mortel a d’ailleurs été rédigé presque intégralement pendant la nuit.   Diriez-vous que votre livre est générationnel ? Et pourquoi ? C.L -L’Antidote Mortel est destiné principalement aux ados à partir de 12 ans. Mais je pense que tous les lecteurs, peu importe l’âge, peuvent l’apprécier. Ma maman a été ma première lectrice et elle adoré, même si elle n’est pas la tranche d’âge ciblée ! [SPLIT_CONTENT] Pourquoi avoir choisi la fantasy pour ce premier roman ? Pour moi, la fantasy est le genre littéraire synonyme de liberté. Tout est à construire : l’univers, la carte, les règles de magie, le régime politique… C’est grisant, on se sent vraiment libre dans l’écriture.   Quelles sont vos sources d’inspiration ? C.L -Principalement les séries, les films et surtout les livres que je lis. Mais tout ce qui m’entoure est susceptible d’être une source d’inspiration : une image, un tableau, une musique, un mot…Même les gens que je croise dans la rue peuvent déclencher une idée !    Quels sont les livres qui vous ont marqués et que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Tant de livres ont marqué ma vie de lectrice ! Il serait très dur de n’en choisir qu’un seul. Déjà, la trilogie le Pacte des Marchombres de Pierre Bottero. C’est lui qui m’a initié à la fantasy. Mais aussi le Faiseur de Rêves de Laini Taylor. L’univers qu’elle a construit est vraiment incroyable. Je recommande aussi la saga Phobos de Victor Dixen, pour ses personnages forts et sa maîtrise du scénario.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782700256505,9782075145121,9782221146637] [ean13_auteur | 9782278100507]

Entretiens
16 juillet 2021 16:01

Estérelle Payany - La cuisine des beaux restes, Flammarion

À propos de l'autrice : Estérelle Payany est une journaliste indépendante active pour de nombreux magazines. Elle intervient également sur la radio France Inter dans l’émission « On va déguster », ainsi qu’à la télévision sur France 2. Elle est l’auteure d’un bestseller de cuisine, L’Encyclopédie de la cuisine végétarienne (Flammarion, 2015) qui lui a valu le « Gourmand World Award » en 2016. À propos du livre : L'autrice, Estérelle Payany, nous invite à adopter une démarche écoresponsable en arrêtant de nourrir nos poubelles !   Dans l'introduction de votre livre, vous dites que cuisiner les restes est avant tout une question de point de vue. Faut-il beaucoup d'imagination pour cuisiner avec ce que nous jetterions sans réfléchir ? E.P -  Plus que de l'imagination, c'est de changement de regard dont nous avons besoin sur les aliments, pour les considérer comme un ensemble dont on peut tirer plusieurs préparations : exception faite de certaines parties de végétaux qui ne doivent pas être consommées (ex : les feuillages toxiques des solanacées, comme la tomate ou la pomme de terre) on peut trouver beaucoup de choses à mieux utiliser ! C'est plus satisfaisant de se nourrir soi que son compost ou sa poubelle. Ensuite, l'imagination vient avec la pratique, et un certain nombre de préparations de base dans lesquelles on peut inclure facilement des restes : pesto, gratins, boulettes, blinis...    Il y a quelques années encore, les épluchures de légumes n'étaient pas autant à la mode qu’aujourd’hui. Quel a été le ou les tournants, selon vous ? E.P - La consommation de produits bio a dû jouer, puisqu'il vaut mieux qu'un produit ne soit pas traité pour en consommer la peau. Plusieurs lois ont été votées, les sujets du gaspillage alimentaire notamment dans les supermarchés, les applications antigaspi, la prise de conscience que tout le monde avait sa part à jouer... C'est devenu un enjeu de société car, comme on mange 3 fois par jour, on a l'occasion de se préoccuper de ça plusieurs fois dans la journée :)  Et les épluchures de légumes, c'est aussi un gain de temps : pourquoi peler les courgettes puisque c'est délicieux avec ? Je crois qu'on en produit aussi moins...   Vous invitez plusieurs cheffes à nous donner une recette anti-gaspi. Est-ce une pratique répandue dans les cuisines des restaurants ou y a-t’il encore du chemin à faire ? E.P -  Les pratiques sont très variables d'un endroit à l'autre. Mais plus on respecte un produit et le travail d'un producteur, moins on a envie d'en mettre à la poubelle ! En revanche, cela a un vrai impact sur ce que les restaurants proposent et le look de l'assiette : si on ne coupe pas tout au cordeau pour éviter les parures, cela a un impact sur le dressage des assiettes.  [SPLIT_CONTENT] Vous considérez-vous comme une cuisinière engagée ? E.P - C'est un mot qui m'est assez étranger. Ce sont les autres qui peuvent l'utiliser en considérant le travail de quelqu'un, mais pas un terme à revendiquer. On est engagée sur un sujet ou par une entreprise, mais pas dans l'absolu. Vouloir faire son travail du mieux possible et inciter les gens à cuisiner et à faire leur part me semble une évidence, alors si c'est ça être engagée... Je crois aussi qu'à force de vouloir mettre les gens dans des cases, on oublie que beaucoup de choses sont liées. Respect de l'environnement, féminisme, autant de choses qui me sont chères et qui font partie de ma réflexion.    Qu’est ce qui fait, selon vous, un bon livre de cuisine, et lesquels aimeriez-vous conseiller à nos lecteurs ? E.P - J'ai une règle assez simple : un bon livre de cuisine, vous faites et réussissez 2 à 3 recettes, dont avec le temps une seule va persister dans votre répertoire. Un livre excellentissime, vous allez en faire 5 ou plus, et la façon de cuisiner de l'auteur va vous apprendre des choses et s'infiltrer dans votre cuisine, s'intégrer à d'autres recettes de votre répertoire. J'ai des piles impressionnantes d'ouvrages et des post it et si je n'étais pas devenue autrice et journaliste, je serai libraire ! Parmi les mines d'or que l'on devrait tous avoir chez soi : les ouvrages de Claudia Roden, hélas pas tous traduits en français, comme "Le Grand Livre de la cuisine juive" paru chez Flammarion, mais aussi "The New Book of Middle Eastern cooking". Elle a sauvé de l'oubli un patrimoine culturel mondial et montré que les recettes voyageuses et métissées d'influences racontaient beaucoup de choses. Pas une semaine non plus sans que j'ouvre "Histoire naturelle et morale de la nourriture" de Maguelonne Toussaint-Sammat, qui a grandement alimenté ma passion pour le domaine culinaire. Il faut qu'il y ait des recettes mais aussi des histoires !   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr   [ean13_conseils | 9782081412194] [ean13_auteur | 9782080243331]    

Entretiens
19 juillet 2021 12:14

Olivier Bourdeaut - Florida, Editions Finitude

À propos du livre : « Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. » Florida est le troisième roman d'Olivier Bourdeaut   Comment est née l’idée de votre roman ? O. B. - En regardant bêtement un documentaire sur les mini-miss à la télévision. Dans un premier temps, il y a le divertissement, c'est clownesque, puis au bout de vingt minutes cela devient grotesque. Et lorsque le documentaire s'est arrêté, j'ai ressenti un léger malaise et une immense compassion pour ces jeunes filles. C'est en conservant ce malaise que j'ai décidé, il y a sept ans, de consacrer un roman à ce phénomène.   Lorsque l’on évoque le phénomène des “mini-miss” aux États-Unis, on pense forcément au film “Little miss sunshine” sorti en 2006. Qu’avez-vous pensé de ce film et vous a-t-il influencé ? O. B. - Pour être honnête, j'ai vu ce film il y a bien longtemps. Je n'en garde pas un souvenir précis. Je crois me souvenir néanmoins que les concours de mini-miss y étaient évoqués avec tendresse. Il ne m'a absolument pas inspiré pour le roman. [SPLIT_CONTENT] Vous décrivez un monde cruel, fermé, dans lequel les enfants sont sacrifiés et subissent les “rêves” que leurs parents ont projetés sur eux. C’est aussi un livre sur la vacuité, on ne ressort pas indemne de cette lecture. Comment vous êtes-vous senti en terminant ce livre et en quittant ce personnage d’Elisabeth ? O. B. - J'ai ressenti un immense vide en achevant ce roman. J'ai fait grandir Elizabeth dans ma tête pendant sept ans. C'est beaucoup. J'ai vécu avec elle, je lui ai parlé, je l'ai aimée. Jamais un de mes personnages n'avait autant existé. Je suis heureux de la retrouver pour la promotion. Désormais elle n'existe plus seulement dans ma tête mais dans celles des lecteurs.   Le style de ce roman est très différent de celui de votre grand succès “En attendant Bojangles”. Était-ce pour coller à votre personnage ? Aviez-vous envie de vous renouveler ? O. B. - Je pense que c'est le sujet qui détermine le style. La poésie rimée, l'élégance convenaient parfaitement au début de la folie douce de Bojangles. Pour Florida il s'agit d'un univers poisseux, violent, dérangeant, le style devait s'adapter. C'est le carnet intime d'une jeune fille qui est mal dans sa peau. Elle y crache tout ce qu'elle a sur le cœur, sur le corps.   Quelles sont vos lectures du moment que vous pourriez conseiller à nos lecteurs ? Ainsi que votre ou vos livres de chevet ? O. B. - J'ai lu dernièrement la Maison d'Emma Becker, j'ai beaucoup aimé ce texte. J'ai adoré Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, c'est un roman brillant. Pour les romans que je relis régulièrement il y a Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde. Il y a également Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote.   Quel rôle ont les libraires dans votre parcours de lecteur puis d'écrivain ? O. B. - Et bien, c'est une excellente question. J'ai vécu un phénomène étrange avec les librairies lorsque j'étais jeune. Peut-être était-ce dû à mon statut de cancre, mais quand je rentrais dans une librairie j'avais le sentiment de ne pas être à ma place, d'être un usurpateur qui se fait passer pour ce qu'il n'est pas. Je lisais énormément pourtant. Je me rendais souvent chez Coiffard à Nantes, une grande librairie, un lieu superbe avec des boiseries et j'avais le sentiment de rentrer dans un musée ou une cathédrale. J'ai le souvenir, et c'est encore le cas parfois, que je marchais religieusement les mains derrière le dos. Bref tout cela est assez étrange. Désormais mes romans sont en vitrine chez Coiffard, j'ai toujours du mal à y croire.   Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr [ean13_conseils |9782072898785,978207036364,9782081470408,9782253053408,9782070363643] [ean13_auteur | 9782363391469]  

Entretiens
16 juillet 2021 16:02
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