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Auteurs et illustrateurs répondent à nos questions autour de leur dernier livre. Découvrez leurs livres de chevet, leurs conseils de lectures, et plongez dans les coulisses de leur travail.

Entretien avec...

À propos de l'autrice :

Corinne Dreyfuss est autrice illustratrice. Elle a surtout publié des livres de littérature jeunesse. Elle aime jouer avec la musicalité du texte le rythme des mots et des images qui se répondent.

Dans ses livres à destination des plus petits, elle s'exerce à l'épure. A tous petits et grands, elle parle de la vie de la mort, du rire et des larmes, du temps qui passe et des traces qu'il laisse.

 

À propos de l'ouvrage :

Léopold attend sa maman. Celle-ci s’est absentée pour très peu de temps. Il doit compter jusqu’à dix avant son retour. Alors Léopold patiente et commence à compter mais l’inquiétude grandit, les questions se bousculent et la panique devient incontrôlable… Ouf la voilà !

Un livre haletant pour apprivoiser les notions de séparation et de retrouvailles.

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduit à écrire pour la jeunesse et particulièrement pour les tout-petits.


C.D - Après des études aux beaux-arts j’ai longtemps vogué entre peinture, motifs textiles, décoration, écriture et narration. Et puis, pour la naissance d’une de mes nièces, je ne sais trop ce qui m’est passé par la tête, mais j’ai eu envie de lui faire un livre. C’est alors que j’ai découvert le travail d’Olivier Douzou et ça a été pour moi une révélation. Ma rencontre avec Thierry Magnier a aussi été déterminante et mon premier album est sorti très rapidement (en 1998) aux éditions du même nom. Mon travail à destination des tout-petits s’est construit petit à petit. Si à mes débuts on m’avait dit que je pourrais faire avec tant de plaisir et de passion des livres pour des enfants de moins de trois ans, j’aurais sans doute été très étonnée. Mais on m’a invitée en crèche autour de mes livres, j’ai rencontré les tout-petits, je les ai observés et ils m’ont souvent étonnée par leur attention vivante, leur pertinence, leur capacité à faire des liens, des associations, à être sensibles à l’image comme au texte, à débusquer ce qui est caché et aussi à saisir avec beaucoup de finesse, rythme et musicalité de la langue. Ces observations m’ont beaucoup inspirée. J’ai une grande confiance dans ce tout-petit public et quand je le dis, ce n’est pas une formule en l’air, je crois vraiment que l’on n’a pas fini d’explorer ce que l’on peut leur proposer.

Pouvez-vous nous présenter Je t’attends qui vient de paraître aux éditions Thierry Magnier et comment vous avez travaillé sur cet album et sur le thème de la séparation
mais aussi de l’inquiétude, voire de la peur.


C.D - « Je t’attends » est un projet qui a mûri lentement. Cela faisait très longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire qui faisait TRÈS, TRÈS peur, mais je ne trouvais pas laquelle. J’aime bien aussi me pencher sur un genre littéraire et me demander comment cela peut se transposer dans un livre pour tout-petits, je l’ai déjà fait pour « Caché ! »  un « roman » pour les bébés sans aucune image. Je suis une grande lectrice de thriller et je me suis questionnée sur ce que pourrait être un thriller (qui peut se traduire si joliment en français par : livre à frissonner) pour des tout-petits. J’ai aussi beaucoup pensé cinéma, plans, cadrages, pour l’illustration. Dans « Je t’attends » il ne se passe rien. C’est un plan fixe, au début assez serré, sur un petit garçon qui attend sa maman puis un effet de zoom pour être au plus près de l’émotion de Léopold (le petit héros du livre) et de dézoomage quand l’arrivée de la maman rouvre le monde et éclaircit l’horizon. Il y a un narrateur dont le récit s’écrit sur des pages noires à part et qui s’adresse directement au petit lecteur en l’interrogeant sur ce qu’il voit, ce qui se passe. Léopold, lui, attend et, bien sûr, s’inquiète. Ce sont ses pensées, ses questionnements, la petite voix qui parle dans sa tête qui nous est donnée à lire. Ce thème de la séparation et de la peur est venu comme une évidence, quoique, les évidences qui viennent après des mois de travail et de questionnements n’en sont peut-être pas... En tout cas lorsque je l’ai trouvé, il s’est imposé à moi comme tel. Quoi de plus inquiétant et de plus universel que de se demander si sa maman va revenir ? Quel meilleur suspense ? Avez-vous abordé ce livre différemment des précédents ? Je pense que « Je t’attends » est un livre dans la continuité de « Caché ! » j’y poursuis mon travail sur l’écriture dans un livre pour tout-petit, j’expérimente comment le texte et l’image peuvent y être séparés ou s’entremêler mais aussi je questionne ce dispositif qu’est le livre pour tout-petit et ses particularités : lu à voix haute par une tierce personne. Ce trio livre, médiateur(trice) (la voix du livre), petit lecteur m’intéresse tout particulièrement. Et la voix du narrateur dans « Je t’attends » est un rôle sur mesure pour que ce(tte) médiateur(trice) s’adresse au tout-petit lecteur, le questionne.

 

Comment choisissez-vous de vous adresser aux très jeunes enfants pour concevoir vos albums ? Qu’est ce qui est important dans l’écriture et l’illustration ?


C.D -  Au début je ne pense pas au lecteur, j’ai une idée et si elle a décidé de ne pas me lâcher je m’y mets (puisque je n’ai pas le choix). Après vient le travail qui peut être long même pour un livre très court. Je n’ai pas de recettes, à chaque nouveau projet il faut trouver de nouvelles solutions. Bien sûr, l’histoire et son sens sont primordiaux mais je suis convaincue que la musicalité et le rythme du texte le sont tout autant. Je suis de plus en plus attentive et sensible au rythme, un rythme de phrase raté c’est du sens perdu. J’aime bien aussi essayer de faire au plus simple dans le texte comme dans l’illustration, me séparer de tout ce qui n’est pas indispensable, j’ai l’impression que plus c’est simple (mais pas simpliste) plus cela peut être juste et efficace.


Quel rôle à la personne qui lit un livre à un bébé dans cet instant de partage?


C.D -  Primordial ! d’abord un livre pour tout-petit n’existe pas sans un(e) médiateur(trice) (celui/celle qui lit avec le petit lecteur). En petite enfance, on écrit pour un public qui ne sait pas lire, du moins pas le texte. Il faut impérativement que quelqu’un lise avec le tout-petit au moins une fois et souvent (on le sait) de nombreuses fois. Il/elle est la voix du livre, un interprète à part entière. Il/elle fait passer du sens mais aussi du son, des regards, des sensations, des émotions. Lorsqu’on lit avec un tout petit, on est souvent dans une grande proximité physique (sur les genoux, dans les bras…) et c’est pour chacun une expérience multi-sensorielle, un moment intense à partager, c’est cela un livre pour tout-petit pas seulement une histoire, des dessins et du carton et/ou du papier. Le(la) médiateur(trice) peut aussi être attentif(ve) au tout-petit, savoir quand il peut jouer le texte avec emphase, y mettre le ton et saisir quand c’est trop, quand il faut baisser l’intensité, « calmer » le jeu moduler, rassurer.


Avez-vous des souvenirs de vos lectures d’enfant que vous aimeriez conseiller à nos lecteurs ? Ou des livres récemment parus dont vous aimeriez nous parler ?


C.D -  J’ai une passion de longue date et non assouvie pour les livres d’Iela et Enzo Mari « L’œuf et la poule », « La pomme et le papillon », qui sont d’une simplicité et d’une force incroyables. Ces livres datent des années 70 mais ils sont intemporels et toujours édités. « Les animaux dans le pré », d’Iela Mari, paru en 2011 est aussi un petit bijou à mettre entre toutes les mains.

 

 

Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr