www.leslibraires.fr

Auteurs et illustrateurs répondent à nos questions autour de leur dernier livre. Découvrez leurs livres de chevet, leurs conseils de lectures, et plongez dans les coulisses de leur travail.

Entretien avec...

Thomas Giraud est né en 1976 à Paris. Docteur en droit public, il vit et travaille à Nantes. Avec Bas Yan Ader est son quatrième roman.

 

Dans votre dernier roman, Avec Bas Jan Ader (2021), vous vous intéressez à nouveau à un personnage réel au destin singulier. Tout en vous documentant beaucoup sur la vie de vos héros, vous vous affranchissez de leur biographie pour construire une fiction. Comment définiriez-vous le fil qui relie tous vos romans ? 

 

T.G - Il existe plusieurs fils. Certains m’apparaissent aujourd’hui, a posteriori, après quatre livres. Je réalise que mes livres ne sont tenus par la disparition de quelque chose, l’enfance, la musique, un projet de ville, un homme. L’intérêt que j’ai pu porter à ces figures, à ces vies, a été saisi par ce prisme de la disparition, de ce que l’on ne voit plus et de ce que l’on voit apparaître une fois la disparition constatée. Un autre fil qui relie mes textes est celui des marges. M’intéressent fort peu ceux qui ont le succès et la lumière. Tous ceux qui occupent mes livres sont restés un peu à côté de l’Histoire, ont parfois raté, raté plusieurs fois, raté mieux, comme dirait Beckett.

 

Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans ces vies étonnantes et comment choisissez-vous vos personnages ?

 

T.G - Ce qui m’émeut dans ces vies, du moins dans ce que je perçois de celles-ci, c’est le cheminement vers leur projet, j’aime approcher cet instant fugace où dans ces vies quelque chose s’est accompli ou a été sur le point de l’être : cette somme des détails minuscules côtoyant des choses immenses qui laisse tout le monde un peu sidéré quand quelque chose arrive ou est sur le point de l’être. Écrire sur eux est un choix mais il se fait silencieusement, de manière souterraine, pendant des années ; à un moment, c’est presque eux qui me signifient qu’ils sont là, qu’ils sont la bonne personne pour écrire ce qui me taraude, ce qui m’occupe, mes propres inquiétudes. Ils sont disponibles pour que je puisse les endosser avec mon écriture et mes pensées. J’aime penser que c’est un choix réciproque… 

 

Quel lecteur êtes-vous ? Pourriez-vous nous parler des livres qui vous ont marqué ?

 

T.G - Le lecteur que je suis aujourd’hui n’est plus tout à fait celui d’il y a cinq ou six ans, ni bien entendu celui d’il y a vingt ans. Je continue à lire autant, mais surtout je relis beaucoup. Beaucoup trop de livres m’ont marqué, ceux que je retiens, ceux que je relis, sont ceux où je me suis dit en les lisant « ah oui, on peut faire comme ça ». Ce sont les livres de Giono, la partie du catalogue des éditions Verdier que j’appelle « Verdier canal historique » et où je mets Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Mathieu Riboulet, les livres de Marie-Hélène Lafon, Maryline Desbiolles, Claude Simon, Faulkner et Lobo Antunes.

 

Quelle place ont les libraires dans votre parcours d’écrivain ? Y a t-il des librairies que vous fréquentez régulièrement ?

 

T.G - Les librairies ont une place essentielle. J’aime celles où l’on sent « la patte » du libraire, où on repart avec beaucoup plus de livres et d’envies qu’en entrant. C’est d’ailleurs cela qui me fait entrer dans une librairie : le choix du fond et des quelques livres mis en avant. Je côtoie toutes les semaines les librairies nantaises La vie devant soi, Les nuits blanches, Vent d’Ouest. Et puis quelques librairies m’ont marqué profondément : la Petite Égypte, Texture, Charybde et L'Arbre du voyageur à Paris, Le Livre à Tours. Je parle de librairies mais ce sont les libraires qui sont, souvent, devenus des camarades, des amis de grande importance. 

 

Credits photo Solenn Morel

Entretien réalisé par Maya Albert, Leslibraires.fr