Le camp des autres

Le camp des autres

Thomas Vinau

Alma Editeur

  • par (Librairie Coiffard)
    8 septembre 2017

    Conseillé par Stéphanie, Carole, Agathe et Rémy

    Un enfant fuit. Il se sent traqué. Il s'appelle Gaspard.
    Gaspard fuit la violence, l'acte irrémédiable, un foyer qui n'en était pas un.
    Et la forêt enlace l'enfant et son chien blessé. Une forêt à la fois protectrice, rassurante, hostile et effrayante. Une nature comme seul Thomas Vinau est capable de nous la transmettre car le poète n'est jamais loin avec sa langue douce, minimaliste et précise.
    Et le roman enfle, mûrit, grandit en puissance avec les rencontres de l'enfant. En effet Gaspard va faire connaissance avec "un autre" et puis "des autres", et enfin avec "le camp des autres". Et les yeux de l'enfant s'ouvrent, méfiants d'abord, sur un monde nouveau, à la fois miséreux et généreux, tandis que ceux du lecteur, eux, se ferment. Et ça picote derrière les paupières, c'est comme un murmure sylvestre, une chanson d'enfance tendre mais rugueuse tout de même, qui se mêlent à quelque chose de sauvage, de sans-pitié, réveillant une indignation cachée pas si loin de notre inconscient.


  • par (Librairie Obliques)
    24 août 2017

    Des fuyards debout

    C'est un virage dans l'oeuvre de Thomas Vinau, comme un horizon qui s'ouvre après trois romans centrés sur notre époque contemporaine, mettant en scène des personnages qu'on devinait proches de l'auteur, marginaux oui, mais marginaux clandestins, poétiquement décalés, monsieur et madame tout le monde qui dissimulaient au fond d'eux une sensibilité explosive, un regard sur le monde singulier, comme un secret.

    Dans le Camp des autres, changement de décor, changement d'époque, les marginaux sont bels et bien planqués dans la forêt, habitant des cabanes que des enfants rêveraient de construire, vivant de rapines et de braconnage, dans un XXe siècle naissant qui n'avait pas encore oublié sa nature et ses sous-bois.

    La plume de Thomas Vinau est là, familière, faite de simplicité et d'éclats, qui cette fois se met au service d'un récit initiatique aux accents libertaires, pour donner une voix aux moins-que-rien de l'Histoire, aux rejetés de partout, aux "fuyards debout", aux exilés du normal, à ceux au fond qui n'ont que la qualité d'être humains.

    Il y a de l'amour, de l'espoir, de la rage dans cette histoire et peut-être pour la première fois chez Vinau, une lame de fond militante qui point pour lui faire dire, dans l'un des plus beaux passages du livre, que "si nous marchons ensemble, nous sommes assez de rats pour conquérir cette terre de damnés."
    Voilà.


  • par (47° Nord)
    12 août 2017

    Vous allez adorer!

    Gaspard fuit dans la forêt, portant son bâtard blessé. Après une mauvaise rencontre avec un loup, il se réveille chez un homme, Jean-le-blanc, qui va prendre soin de lui et de son chien, les nourrir et les soigner. Il va rencontrer chez le vieil homme une bande de saltimbanques qu'il va avoir envie de suivre.
    "Jean-le-blanc a utilisé des mots simples pour dire des choses simples. Il a dit, j'ai choisi un camp. Le camp de ceux dont on ne veut pas, le camp des nuisibles, des renards, des furets, des serpents, des hérissons. Le camp de la forêt. Le camp de la route et des chemins aussi."
    Thomas Vinau revient sur l'histoire de la caravane à Pépère, voleurs et bohémiens réunis sous la bannière de Capello, arrêté en 1907 par les Brigades du Tigres créés par Georges Clemenceau pour en finir avec "ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins, qui font la terreur de nos campagnes".
    "Ne te laisse jamais enfermer petit. Si quelqu'un par un beau jour te dit que tu ne vaux rien dis-toi qu'il te veut à son service et quand tu le croiras tu seras son esclave."
    Un bel hymne à la liberté.

    Marie Nawrot


  • par (Librairie La Buissonnière)
    31 juillet 2017

    L'appel de la forêt

    À travers six tableaux taillés comme des diamants, Thomas Vinau raconte le destin d'un jeune garçon qui, au début du XXIème siècle, tue le père avant de trouver refuge dans la forêt. Des rencontres décisives baliseront son parcours sauvage : celle d'un ermite mi-sorcier mi-savant puis celle d'une caravane composée d'anarchistes, d'apatrides, de bandits, d’asociaux, de voleurs, de déserteurs, de braconniers, de bagnards en fuite, de gitans... En somme le grand peuple de ceux et celles qui éprouvent la liberté avec toute la dose de dissidence qu'elle contient nécessairement. À bonne école, celle de la marge, il fera ses gammes avant d'obéir à son appel sauvage, celui qui mène aux bêtes, aux bois et à la sagesse.

    Thomas Vinau possède un style d'une beauté brute, animale, qui est comme un retour aux sources de l'écriture. Les passages sur la forêt, sur la nature et sur les animaux se lisent comme des odes aux éléments. De surcroît, il parvient dans ce superbe roman à parler du monde actuel, du sort que l'on réserve aux étrangers et à tous ceux qui se trouvent en dehors de la norme en imaginant une histoire qui se déroule il y a plus d'un siècle. Toutes ces qualités, remarquables, font du « Camp des autres » un livre qui pourra se lire dans 10 ans, dans 20 ans, et même plus, sans avoir vieilli et sans s’être aucunement dévitalisé.