Homo sapienne

Homo sapienne

Niviaq Korneliussen

La Peuplade

  • par (Fontaine Victor Hugo)
    10 avril 2018

    "Homo Sapienne" n'est pas un énième roman des grands espaces ; c'est un roman coup de poing sur la crise identitaire que vit la génération actuelle des 18-30 ans. C'est particulièrement vrai au Groenland (appelé « île de la colère » dans le livre) où les jeunes ne se reconnaissent pas dans cette société pleine de tabous qui les étouffe.
    Pour briser ces interdits, l'autrice fait parler cinq jeunes qui questionnent leur sexualité et plus globalement, leur place dans le monde. Elle utilise trois langues, et jamais de manière anodine : le groenlandais est la langue du colonisé, le danois celle du colonisateur et l'anglais permet d'affirmer sa liberté hors des deux langues précédentes. Notons au passage la traduction d'Inès Jorgensen qui retranscrit à merveille ce passage d'une langue à l'autre.
    Porté par un style hypnotisant et cru, "Homo Sapienne" est un texte important ; peut-être même LE livre de cette génération que les médias aiment appeler « la génération Y ».


  • Nous sommes à Nuuk (Groenland) mais nous pourrions tout aussi bien être à Paris, Madrid ou Quiberon...
    Au travers de ces 5 personnages vivant de profonds changements, Korneliussen nous parle d'amour, de désir... De la vie.
    Une écriture brute et poétique, incisive et belle. Sentiment d'un texte écrit dans l'urgence mais totalement maitrisé qui donne à ce récit une incroyable universalité. Superbe !


  • par (Librairie Coiffard)
    12 mars 2018

    Conseillé par Marie-Laure

    Un titre intrigant, une couverture légèrement provocatrice, une maison d’édition québécoise qui débarque en France, il ne m’en fallait pas plus pour que je me jette sur ce premier roman. Que se passe-t-il chez nos compatriotes groenlandais ? Nous avons toujours cette impression qu’ils vivent sur un énorme iceberg, entre rites et légendes du grand Nord. L’auteur casse les codes. Elle décrit la ville, la fête, l’alcool, le sexe, l’amitié et l’amour. Véritable phénomène dans son pays, le roman de Nivaq Korneliussen est à la fois universel et intimiste. Sans concession, avec une langue crue, féroce et assurément moderne (intégration de textos et de pages Facebook), elle raconte cinq jeunes gens dans la ville de Nuuk. Le livre est divisé en cinq parties, chaque personnage est associé à une chanson. Fia découvre qu’elle s’ennuie profondément dans son couple, et pour cause elle préfère les femmes. Ivik se sent prisonnière d’un corps qui n’est pas le sien. Arnak noie sa solitude dans le sexe et l’alcool. Inuk rejette son pays et Sara cache une profonde noirceur. Mais un autre personnage se cache en filigrane, c’est l’Espoir… Car chacun fait de son mieux pour être heureux. Un texte exalté, vivant, féministe et punk !


  • par (Librairie Obliques)
    1 mars 2018

    Pas pour les touristes.

    "Ce livre n'est pas pour les touristes" a dit un journaliste à propos d'Homo sapienne, et c'est tout à fait vrai. Parce que si en achetant ce livre groenlandais, vous vous attendez à voyager dans de grands espaces enneigés, à chasser le phoque en tapant sur des tambours rituels, vous allez être déçu.

    Ici, c'est une romancière qui n'a pas trente ans qui vous parle. Et être jeune et vivre au Groenland, ça n'est finalement pas très différent que partout ailleurs. On aime, on souffre, on rit, on cherche sa place dans un monde dont on commence à peine à saisir les contours et qu'on explore par réseaux sociaux interposés. Et si Homo sapienne est un livre stupéfiant, ça n'est pas parce qu'il est groenlandais, c'est surtout parce qu'il réussit à mettre le doigt sur ce doux malaise d'une génération, à l'identité floue, aux désirs sexuels contradictoires. On y parle du Groenland bien sûr, car avoir un pays, c'est aussi savoir qui on est, et ces considérations ont nécessairement une place dans l'imaginaire en construction de ces jeunes, mais cette incertitude se mêle à toutes les autres, et vous ne trouverez aucune thèse dans ce livre trop sensible pour être politique, ou trop politique pour être vraiment militant.

    Roman choral qui nous place au plus près des sentiments et des douleurs de ces jeunes en quête, Homo sapienne est aussi une prouesse stylistique, innovante, qui fait feu de tout bois, de toutes les formes littéraires disponibles, lesquelles répondent aux multiples moyens de communication de cette génération née avec Internet et la discussion permanente. C'est expérimental parfois, poétique souvent, on y parle anglais, groenlandais, danois. Ca ne ressemble en tout cas à pas grand chose que vous ayez déjà lu et rien que pour ça, ça mérite le détour.