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Trafiquants et associés

Sebastian Rotella

10-18

  • 26 mai 2019

    Action et émotion

    Pas de préliminaires superflus pour le retour de Valentin Pescatore. C'est en
    pleine jungle guatémaltèque, infiltrant un réseau de passeurs de migrants, que
    le trouvent les premières pages de " Trafiquants & associés " . Chaleur moite
    et tension à couper à la machette. D'emblée, ce troisième volet de la série
    nous replonge dans l'atmosphère de " Triple Crossing " (2012) et du " Chant du
    converti " (2014). L'attente n'est pas déçue.
    Car on s'est langui de l'attachant duo de baroudeurs que le jeune ex-policier
    des frontières US forme avec l'ex-journaliste mexicain Leo Mendez. Mais leur
    créateur Sebastian Rotella a fort à faire, lui-même, à enquêter pour le site
    Pro-Publica, qu'il a rejoint au moment où leurs aventures prenaient forme dans
    son imagination, en 2010. Et s'il n'était pas ce journaliste d'investigation
    passé, dans sa carrière, de l'ébullition de la zone frontalière à celle des
    banlieues françaises, des tueurs des cartels aux filières djihadistes, ses
    romans n'auraient ni la même profondeur, ni le même parfum de vérité.
    Quand Valentin traque un témoin du massacre de dix migrantes africaines, on
    est donc avec lui sur le terrain. On sent que l'auteur s'est mis à la fiction
    pour donner davantage de sens et de relief à un matériau qui reste, à la base,
    journalistique : lieux, personnages, méthodes. Et cette zone grise où il fait
    évoluer son héros, en marge d'une enquête officielle, rappelle ces coulisses
    du pouvoir où se troquent les confidences " off the record " . Léo n'est pas
    en reste et nage dans des eaux tout aussi troubles, tuyauté par un
    intermédiaire mexicain douteux sur une holding new yorkaise soupçonnée de
    blanchiment.
    Les deux affaires vont rebondir du Chiapas jusqu'à Rio de Janeiro, via l'île
    italienne de Lampedusa, pour finalement s'imbriquer. Sebastian Rotella y fait
    défiler un véritable carnet d'adresses de grand reporter : tueurs à gage ou
    criminels en col blanc, réfugiés plongés dans la clandestinité ou
    fonctionnaires rescapés de la jungle bureaucratique. Ses méchants sont aussi
    violents que ceux de Don Winslow dans " Cartel " , ses héros aussi superbement
    inconscients. L'action, même à coup de gros calibre, n'empêche pas l'émotion.
    Le duo Valentin-Léo garde jusqu'au bout cette touche d'humanité et d'optimisme
    qui nous fait espérer de nouvelles retrouvailles.

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