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  • 1 décembre 2020

    Quand il arrive à Calcutta en avril 1919, le capitaine Sam Wyndham, vétéran de la Grande-Guerre, veuf inconsolable et accroc à l’opium, n’a pas le temps de s’habituer à la chaleur étouffante de la capitale du Bengale. Très vite, il est plongé dans le bain de ses nouvelles fonctions d’enquêteur de la police du Raj. Un de ses compatriotes, haut fonctionnaire, proche du Vice-gouverneur, a été sauvagement assassiné dans un quartier mal famé, tout à côté d’un bordel. Le meurtre fait frémir en haut lieu et le policier doit trouver un coupable dans les plus brefs délais. Secondé par l’inspecteur Didby, expatrié pur jus, raciste et condescendant et l’agent Banerjee, indien à la mode british, éduqué, brillant, oxfordien, Sam s’attelle à la tâche avec la conscience professionnelle acquise à Scotland Yard et sa méconnaissance des mœurs de la colonie britannique. Car là-bas, un coupable n’est pas forcément LE coupable. Quand on lui livre sur un plateau, un dissident, combattant de l’indépendance de l’Inde, Sam est circonspect et décide de continuer l’enquête envers et contre tous.

    Gros coup de cœur pour ce polar qui nous emmène à Calcutta, moite, grouillante, étouffante ville du Bengale, fleuron de l’Empire colonial britannique. Dans le rôle du candide, Sam Wyndham découvre l’Inde, son climat, son racisme ordinaire, ses inégalités et la colère sourde d’un peuple qui aspire à l’indépendance. Dans le rôle du colon, son adjoint Didby, arrogant comme celui qui ne doute pas de sa supériorité sur des indiens ignorants, mal dégrossis, indolents, inférieurs en tous points aux blancs. Et dans le rôle du bon indien, Banerjee, éduqué, obéissant, fidèle au Raj, mais moins lisse qu’il n’y paraît quant à ses convictions et objectifs. À charge pour ce trio de débusquer celui qui a osé assassiner un sahib.
    Si l’enquête reste classique, le livre est surtout un fabuleux polar historique qui raconte les velléités d’indépendance des indiens, les lois iniques que leur imposent les anglais, les massacres qui en résultent et un empire colonial qui entame sa lente déliquescence, gangréné par la corruption et trop sûr de sa supériorité pour s’inquiéter ou se réformer.
    S’ajoute à ce passionnant contexte historique, un enquêteur à multiples facettes. Mélange réjouissant de naïveté et de cynisme, Sam Wyndham, à l’humour pince-sans-rire, s’accommode tant bien que mal d’un climat très différent de la bruine londonienne, de la nourriture épicée, d’un système de classe dont il ignore tout, sans oublier les fumeries d’opium qu’il apprécie à leur juste valeur. Imperméable au racisme et à la soi-disant supériorité des colons, saura-t-il se faire une place, et surtout la garder, dans la police du Raj ? À suivre avec bonheur dans ses prochaines enquêtes.


  • par (le Carnet à spirales)
    14 novembre 2020

    Calcutta, 1919, Alexandre MacAuley, haut fonctionnaire anglais est retrouvé assassiné dans une rue pauvre, sous les fenêtres d’un bordel, avec dans la bouche un papier froissé qui invite, bien « gentiment » les colonisateurs à foutre le camp de l’Inde sous peine de… Un joli cadeau de bienvenue pour le capitaine Wyndham, écossais, veuf, ancien de Scotland Yard, qui devra mener l’enquête en compagnie de l’inspecteur adjoint Digby et de Sat, jeune Brahmane instruit. Enquête à tiroir sur fond de manipulations, de projets terroristes d’indépendantistes acharnés, ce livre est également intéressant sur les relations entre colonisateurs et indigents, sur ce souhait de maintenir la population sous l’éteignoir afin de profiter encore et encore des richesses du pays. Dans la moiteur de la ville, Wyndham va découvrir ce double-jeu, en devenir parfois victime, et peu à peu se rapprocher de Sat tout en surveillant l’ambivalent Digby. C’est absolument passionnant avec cette petite touche d’humour british, ces clins d’œil appuyés à l’Ecosse, cette description de Calcutta sous emprise britannique. Abir Mukherjee, élevé en Ecosse mais d’origine Bengali, promet d’autres aventures, et cela constitue une excellente nouvelle.
    In "Le Bruit qui court" - décembre 2019