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Alias Caracalla

Alias Caracalla

Daniel Cordier

Gallimard

  • 16 mai 2020

    Quel destin!

    C’est l’histoire d’un jeune homme qui voulait « tuer du boche » et qui se retrouve secrétaire de Jean Moulin. Il a subi une préparation militaire durant deux ans en Angleterre pour aller se battre et le destin en a voulu autrement. Il fut le spectateur privilégié des difficultés de la Résistance à s’unir autour du gal de gaulle. Nous comprenons mieux à quel point le général de Gaulle fut un fin stratège pour réussir à s’imposer comme le représentant légitime de la résistance, mais aussi à quel point Jean moulin était détesté par certains mouvements de la résistance qui voulaient sa place et enfin que la France Libre (ceux de Londres) et la Résistance avaient du mal à se comprendre et à travailler ensemble. Daniel Cordier a décidé d’écrire tous ces ouvrages après les attaques calomnieuses qu’Henri Frenay (chef du mouvement Combat) avait porté contre Jean Moulin en 1977 dans l’émission « les dossiers de l’écran ». Depuis lors il est sorti de son silence et consacre la fin de sa vie à honorer la mémoire de Jean Moulin.Même si j'ai un peu de mal à définir le genre littéraire de ce document, j'ai apprécié le caractère singulier de ce témoignage. Il s'agit en réalité d'un journal de bord écrit comme un roman reconstitué bien après les évènements. Le témoignage de Daniel cordier est néanmoins essentiel à lire car il permet de mieux comprendre les rouages complexes de la Résistance et les forces contraires qui la parcouraient. Daniel Cordier en est un exemple vivant puisque militant d'extrême droite : maurassien, antisémite et antirépublicain, il devient gaulliste. On voit s'effriter les certitudes culturelles du personnage au fil de ses rencontres privilégiées (Raymond Aron, Jean Moulin, Georges Bidault'). Cette plongée dans l'abime au travers des yeux de son auteur nous permet de mieux saisir la société française de ce milieu de ce XXe siècle qui reste très clivée entre une attirance forte pour un régime politique autoritaire et un désir de démocratie, deux tendances peu conciliables.