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  • 9 août 2014

    En prenant ses fonctions de commissaire adjoint à la Section n°1 du Département des enquêtes criminelles de Pékin, Li Yan ne se doute pas qu'il aura pas moins de trois meurtres à résoudre le jour même : un petit dealer poignardé en plein coeur, un ouvrier du bâtiment au chômage retrouvé le cou brisé et un conseiller scientifique du Ministère de l'agriculture à la retraite brûlé vif dans un parc de la ville. Trois crimes très différents mais qui ont en commun un indice : un mégot de Marlboro laissé sur place par le tueur. Ce qu'il ne sait pas non plus, c'est que son chef va lui mettre dans les pattes un médecin légiste de sa connaissance, Margaret Campbell, une américaine tout juste débarquée à Pékin pour une série de cours à l'Université de la Sécurité publique. Leur rencontre est explosive. Elle le trouve laid, froid et psychorigide. Il pense qu'elle est agaçante, arrogante et insolente. Pourtant, leur collaboration sera des plus efficaces, mettant à jour une terrible affaire qui menacera leurs vies et celles de millions de personnes. Entre incompréhension et attirance, répulsion et désir, prises de bec et confidences, leur relation en dents de scie les mènera jusqu'au bout d'eux-mêmes.

    Dans ce premier opus de la série chinoise de Peter MAY, il y a du bon et du moins bon.
    Le bon d'abord avec le total dépaysement en République Populaire de Chine. Au fil des pages on découvre Pékin, ses rues encombrées de voitures, trolleys, vélos, sa place Tiananmen, sa cité interdite, ses jardins, sa gastronomie. Mais a-delà de l'exotisme, l'auteur s'attache aussi à évoquer une société réglementée qui prône le collectif au détriment de l'individu mais pour le bien de tous. Un rappel historique de la terrible révolution culturelle et de ses séquelles dans chaque famille, une subtile allusion à la Politique de l'enfant unique complètent cette peinture intéressante et bien documentée de l'Empire du Milieu.
    Le côté moins réussi du roman vient des personnalités trop caricaturales des personnages principaux : l'américaine et son complexe de supériorité et l'énigmatique asiatique. On voit bien que l'opposition de leurs caractères, de leurs visions du monde et le véritable choc culturel qui en découle est le ressort de leur collaboration professionnelle et de leur future histoire d'amour mais le trait est un peu gros et finit par lasser. Un peu de nuances dans le comportement de la belle légiste à la critique facile, qui ne sait pas s'ouvrir aux autres, agit en conquérante et ne respecte pas la sensibilité de ses hôtes aurait été bienvenue. L'ignorance n'excuse pas l'irrespect. Le flic chinois est plus touchant, surtout dans sa relation avec l'oncle qui l'a élevé et qui lui sert de modèle.
    En dehors de la visite touristique et des atermoiements amoureux de nos deux tourtereaux, il y a bien sûr aussi une enquête. Elle met un certain temps à prendre son allant et on s'ennuie un peu à chercher le lien entre les trois crimes mais Peter MAY égratigne au passage les multinationales occidentales qui profitent de la déréglementation et du laxisme de certains états pour procéder à des tests sans précaution aucune et s'en mettre plein les poches, au détriment de la santé et parfois même de la vie des populations locales ; une critique des scientifiques, des politiques et des milieux d'affaires très politiquement correcte mais qui a le mérite d'exister.
    Une bonne lecture, facile et divertissante qui n'évite pas les clichés, sombre parfois dans la mièvrerie mais propose une sympathique immersion dans les mœurs et la mentalité chinoise.