www.leslibraires.fr
Je ne retrouve personne

Je ne retrouve personne

Arnaud Cathrine

Verticales

  • 16 mars 2014

    C'est le premier roman d'Arnaud Cathrine que je lis. Il émane de ce roman une mélancolie qui n'est en rien un regret du temps passé. J'ai aimé l'écriture de cet auteur, ses thèmes aussi, notamment les liens fraternels être un thème récurrent chez lui. Arnaud Cathrine décrit très bien les liens entre les différents membres de la famille qui finalement évoluent peu entre l'enfance et l'âge adulte : cet aîné qui donne des ordres et juge son frère, ces parents qui ne savent pas résister à ce frère parfois tyrannique. Il y aussi le regard des autres sur les trentenaires sans enfants et une belle relation avec une petite fille. Il parle très bien de ces romans inspirés du réel mais pas autobiographiques et de la façon dont ils sont perçus par votre entourage qui a peur d'être jugé par le lectorat, l'entourage qui ne réagit pas comme l'écrivain le souhaiterait mais dont on découvre tout de même la fierté d'avoir un fils qui écrit. L'opposition entre ces villes côtières de Normandie et Nice où vivent désormais les parents d'Aurélien m'a aussi intéressée. Même si je trouve que la fin n'est pas à la hauteur du reste, j'ai découvert un auteur que je prendrai plaisir à relire.


  • 16 janvier 2014

    Incertitudes

    Aurélien, trentenaire parisien, retourne pour quelques jours dans la maison familiale, en Normandie. Cette villa face à la mer, cossue mais décatie, il y a vécu jusqu’à l’âge adulte, avec son frère Cyrille et ses parents qui tenaient la pharmacie du bourg. Aujourd’hui retraités, ils se sont installés à Nice et ont décidé de vendre la maison. Cyrille et Aurélien l’avaient quittée avec soulagement pour partir faire leurs études, ils y revenaient pour les vacances, en week-end, de moins en moins souvent. Cyrille est aujourd’hui documentariste, Aurélien est écrivain. C’est lui qu’on a chargé de se rendre en Normandie pour rencontrer l’agent immobilier

    Ce qui n’aurait pu être qu’un aller-retour va s’éterniser. Aurélien s’accorde une trêve qui lui permet de fuir la promo de son dernier livre, qu’il juge mauvais, et finalement s’enterre en Normandie durant plusieurs semaines. Entre fantômes, réminiscences, anciens camarades de classe qui surgissent inopinément et une belle inconnue qui s’intéresse à lui, Aurélien réfléchit à sa vie, qui semble parfois s’être déroulée hors de sa volonté. Il s’interroge sur sa relation avec son frère, sur la façon dont les rôles entre eux ont été distribués très tôt, se souvient de son adolescence, de sa fascination pour l’un de ses copains d’alors dont il apprend la disparition. Il pense à Junon, sa compagne qui l’a quitté il y a quelques années parce qu’il ne voulait pas d’enfant. Junon justement le contacte et lui confie pour quelques jours la petite fille qu’elle a eue sans lui.

    Bien sûr, la sensibilité d’Arnaud Cathrine est là. On retrouve dans ce roman son talent, cette faculté d’aller au plus profond des êtres, à petits pas, de dénouer les relations humaines, de parler d’amour avec modernité. Ce talent, on a pu le voir à l’œuvre dans ses précédents romans, notamment son admirable " Journal de Benjamin Lorca " (2010) ou " La disparition de richard Taylor " ((2007), ou même son tout premier texte, " Les yeux secs ", qui en 1998 le classait d’emblée parmi les auteurs très prometteurs du nouveau siècle. Ici, les questions sont nombreuses et toutes sonnent justes : qu’est-ce qu’un frère ? Pourquoi s’attache-t-on à un enfant qui n’est pas le sien ? Pourquoi peut-on être marqué durablement par un camarade de classe ?  Y a-t-il un sens à chercher la femme de sa vie ? Mais aussi qu’est-ce qui, dans une structure familiale, déterminera le cœur de la vie d’un adulte, son métier et ses défaites ?

    Bien sûr, on s’attache à ces personnages si réels, cet Aurélien qui est notre contemporain et qui a fait de l’incertitude un principe de vie. Bien sûr, on a lu ce livre jusqu’au bout sans se lasser.

    Et pourtant.

    Peut-être la situation –un homme en crise sur les traces de son passé- est- elle un peu convenue. Tout comme le décor : une maison de famille en Normandie, un narrateur écrivain parisien, tant de romans ces dernières années se sont déroulés dans de tels lieux, avec de tels personnages. Toujours est-il qu’on en sort perplexe. Ce nouveau roman n’est pas raté, loin de là, il est juste un peu décevant pour les fans de Cathrine.

    D’ailleurs, à un moment donné, le narrateur se plaint par courriel à son éditeur : « Je n’ai pas envie de défendre ce livre. […] A présent je vois clair. Je t’en veux de ne pas m’avoir dit que ce livre méritait de rester au fond d’un tiroir ».

    Quelques phrases qui résonnent étrangement lorsqu’on referme le nouveau Arnaud Cathrine.

    Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u


  • par (Librairie L'Armitière)
    24 août 2013

    Vivre avec la Vie...

    Retrouver l'écriture, le style d'Arnaud Cathrine dans ce huitième roman est un ravissement !

    Aurélien Delamare, trentenaire en "crise", écrivain, sensible, quitte provisoirement, Paris pour aller à Villerville, en Normandie - contraint et forcé par les siens - régler la vente de la maison familiale. La maison de l'enfance, des souvenirs, des rencontres, des histoires. Une contrainte dont il faut s'acquitter dans les plus brefs délais.

    Le provisoire souvent dure et Aurélien, reste, comme guidé par quelque chose de profond qui le dépasse. La recherche de traces? Un Retour aux sources? Une quête de personnes? De voix? De fantômes ? Le sentiment d'exister? Rompre la solitude? Tout simplement vivre peut être ?

    Le doute, l'incertitude. Etat des lieux.

    Douce mélancolie enivrante et sournoise aussi qu'il s'agit de dépasser...

    Ne retrouver personne -logique implacable du Temps et des jeux de la Mémoire déformante - mais bien plutôt, peut être, se Trouver, enfin,un peu.

    Un roman comme une balade en bord de mer, sous un ciel gris : moment de lecture saisissant et frappant de force, d'énergie, de vérité...


  • par (Librairie Dialogues)
    21 août 2013

    Gracieux et poignant

    "- [...] On ne sait jamais pourquoi on revient, n'est-ce pas ? On se noie dans tout ce qui est perdu et puis on s'en va.
    Je devais la fixer avec un drôle d'air. Elle venait de résumer avec une exactitude troublante ce que je vis ici depuis mon arrivée." (p.61)

    Aurélien Delamarre est romancier. Alors que paraît son sixième roman et qu'il devrait se prêter au jeu de la promotion, il accepte de mauvaise grâce, à la demande de ses parents et de son frère aîné, de se rendre en Normandie, à Villerville précisément. Sa mission : ouvrir les portes de la maison familiale à l'agent immobilier mandaté pour la vendre, puisque plus personne ne l'occupe désormais, ni à l'année, ni en vacances. Son séjour, qui ne devait pas durer plus de deux jours, se prolonge. Exilé dans ce lieu du passé, Aurélien est rattrapé par son enfance, son adolescence, et se livre à un état des lieux intime et personnel, jalonné par les deux livres qu'il s'offre dans la librairie locale : "Ecrire", de Marguerite Duras, et le premier tome des "Papiers collés" de Perros.
    Un journal d'un trentenaire en crise gracieux et poignant.

    "À propos de son roman Détours, René Crevel écrit cette phrase modeste : "J'ai déposé mon bilan". Telle est sans doute la vocation de ma petite entreprise normande : déposer mon bilan. Le premier." (p.179)