L'homme qui avait vu l'homme

L'homme qui avait vu l'homme

Marin Ledun

Ombres Noires

  • 16 février 2014

    Pays basque, janvier 2009. La côte atlantique est secouée par la tempête Klaus et Iban Urtiz, journaliste à Larruma, assiste à la conférence de presse organisée par la famille Sasko qui s'inquiète de la disparition d'un des leurs. Jokin n'a plus donné signe de vie depuis trois semaines, volatilisé alors qu'il se rendait à Bordeaux pour un entretien d'embauche. La police ne semble pas pressée de retrouver ce militant indépendantiste fraîchement sorti des geôles espagnoles. Peu au fait des agissements de l'ETA et de sa guerre contre les autorités françaises et espagnoles, le jeune journaliste décide d'enquêter dans un monde où ses certitudes vont être mises à mal. Qui ment ? Qui sait ? Qui sont les victimes ? Qui sont les bourreaux ? Où est la Vérité ? Quand le terrorisme d’État répond aux revendications séparatistes, il n'y a plus ni gentils ni méchants.

    Perdu en terre étrangère, sans en connaitre ni les codes ni la langue, Iban se heurte au silence, celui de la famille, des militants, mais aussi celui des autorités, de la presse, de ses collègues. Pourtant devant sa persévérance, certaines langues se délient, des rumeurs se font jour, des indices apparaissent mais Jokin reste introuvable. Enlevé avec la complicité de l’État comme l'affirme sa famille ? Traître à la cause comme voudrait le faire croire les autorités ? Iban s'accroche, veut savoir coûte que coûte, emporté dans un tourbillon de violence et de haine où tous les coups sont permis.
    Faut-il, pour arrêter les voyous, employer des méthodes de voyou ? Faut-il répondre au terrorisme par la terreur ? Dans les années 80 l'Espagne répond oui à ces deux questions et crée les GAL, Groupes Antiterroristes de Libération, composés de barbouzes, policiers et repris de justice et chargés de faire la chasse à ETA en faisant feu de tout bois, pratiquant allègrement attentats, assassinats et enlèvements, aussi bien sur le sol espagnol que français. Emportés par leur élan -et leur impunité - les GAL sont allés plus loin que leur cahier des charges, si loin qu'ils ont été dissous en 1987 et leurs membres et commanditaires punis par la justice.
    Quand commence l'enquête d'Iban Urtiz, les GAL ne sont plus qu'un lointain et mauvais souvenir. Pourtant, une rumeur persistante évoque de jeunes militants nationalistes enlevés, soumis à la question, torturés puis relâchés, selon les anciennes méthodes. Mais Jokin, lui, n'a pas refait surface. Le commando chargé de l'interroger est-il allé trop loin ? Mort sous leurs coups, Jokin, devenu un cadavre gênant, a-t-il été enterré quelque part dans le plus grand secret ? Officiellement, il n'existe aucun commando de ce genre la version qu'on voudrait vendre à la presse est celle d'un Joskin transportant une grosse somme d'argent pour l'organisation indépendantiste et décidant d'aller refaire sa vie ailleurs avec le magot. Le journaliste, encouragé par le regard de braise de la belle Eztia, sœur du disparu, remonte la piste des jeunes gens enlevés et des kidnappeurs. Sans le soutien de sa hiérarchie, moqué par le journaliste local, le très basque Marko Elizabe, menacé de mort et molesté par des inconnus cagoulés, Iban ne lâche pas prise et nage dans les eaux opaques du secret d’État et de la lutte clandestine, pensant naïvement pouvoir faire éclater la vérité.
    Si Marin LEDUN tente de rester impartial dans ce roman inspiré de l'histoire vraie de l'étarra Jon Anza, on peut lui reprocher son quasi silence sur les exactions du mouvement séparatiste en se focalisant surtout sur la réponse ultra-violente de l'Espagne et la complicité silencieuse de la France. Quoi qu'il en soit, son roman est passionnant de bout en bout, même si la problématique basque reste un sujet épineux et souvent incompréhensible en dehors de ses frontières. A l'heure de l'union européenne et de la mondialisation, les velléités indépendantistes du groupe peuvent paraître d'un autre temps. D'ailleurs il a abandonné la lutte armée en 2011. Quelques zones d'ombre s'éclairent grâce à ce thriller politique sombre et angoissant qui veut rendre justice aux victimes d'un état bandit qui n'a rien à envier aux plus abjects des terroristes.


  • 3 février 2014

    Pays Basque, policier

    Cette fois-ci, l'auteur nous emmène dans le Pays basque. Mais pas de plages sublimes avec des surfeurs aux poitrines bronzées et salées ; pas de Bixente courant dans les vagues.
    Voici le pays basque côté enlèvements et pains d'explosif sous les voitures, la côte côté intimidations.
    Au départ, on est comme Iban Urtiz, parachuté dans une région dont on ne connait pas les codes, ni la langue. Mais on apprend peu à peu. Comme le personnage principal, on décrypte, on apprend à lire entre les silences.
    Et ce que l'on découvre n'est pas très reluisant. Les anciens commandos n'ont pas toujours besoin de se reconvertir dans une guerre sale en Afrique, il y en a également chez nous. Idéal pour le suivi de carrière.

    Ce qui m'a gêné, en revanche, c'est la place des femmes dans le récit : silencieuses. Elles savent tout mais ne peuvent rien dire ; elles ne sont jamais en première ligne, seuls les hommes participent à l'action. Elles ne peuvent que pleurer leur mort. Triste destinée.
    Un polar rondement mené ; le suspens nous prend de court et la tension monte au fil des pages. Pas le temps de s'ennuyer jusqu'à la fin, terrible.
    L'image que je retiendrai :
    Celle de la manifestation devant le commissariat. Les manifestants jettent des fruits et légumes sur le bâtiment mais les forces de l'ordre ne bougent pas.
    Une citation qui revient comme un leitmotiv :
    "Les gardes à vue rendent les filles dures et silencieuses".