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Hommes à la mer

Hommes à la mer

REB'S Riff

Soleil

  • par
    11 février 2020

    Deux albums qui font partie d'une trilogie consacrée à l’adaptation en bande dessinée de récits de mer. Hommes à la mer est un recueil de nouvelles de William Hope Hodgson, Pierre Mac Orlan, Marcel Schwob, Joseph Conrad, Edgar Allan Poe avec des extraits illustrés de grands auteurs. A bord de l’Étoile Matutine est une adaptation de Pierre Mac Orlan. Manque dans cet article, parce que je ne l'ai pas lu, Le loup des mers adapté de Jack London.

    Riff Reb's ce sont d'abord des gueules incroyables, des marins burinés, des fortes têtes. Ce sont aussi des planches monochromes, jaunes ou vertes ou bleues ou rouges ou grises. Deux histoires dans Hommes à la mer bénéficient d'une colorisation plus variée (noire et rouge et noire et jaune), La Chiourme de Mac Orlan et Les trois gabelous de Marcel Schwob. Le résultat est bluffant et enthousiasmant. Je ne suis pas un homme de la mer, je ne sais pas nager et ai le mal de mer -et vice-versa-, mais j'ai été captivé par ces histoires et le dessin de Riff Reb's. Dans Hommes à la mer, il ne se contente pas d'adapter, il change sa manière de dessiner les personnages à chaque nouvelle, un peu comme un écrivain qui changerait de style à chaque histoire, ce que j'aime beaucoup.

    A bord de l’Étoile Matutine est plus linéaire, mais quelle histoire ! Et encore une fois le dessinateur force le respect avec des cases incroyables, parfois muettes, et la description de la vie à bord d'un bateau de pirates. Je n'ai sans doute pas bien regardé dans les rayonnages de la bibliothèque, parce que je n'ai pas vu le troisième titre de la trilogie, mais dès que je le vois, je prends. Se priver d'un tel plaisir ce serait péché.


  • 26 janvier 2015

    Chronique

    « Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. » Cette citation liminaire et les récits qui suivent engendrent une série d’interrogations.

    Ainsi, la première histoire (les Chevaux marins, W.H. Hodgson), poignante, conduit à se demander ce qu’il advient de ceux qui vont sous la mer. La suivante (La Chiourme, P. Mac Orlan) donne à ce questionnement un autre éclairage, quand un « bonnet rouge » (rien à voir avec les activistes actuels) entraîne par le fond une belle aristocrate.

    La deuxième adaptation de Mac Orlan pose une nouvelle question : qu’en est-il de ceux qui marchent sur la mer, autrement dit de ceux qui osent s’aventurer sur la plaine marine quand elle se solidifie sous l’effet du froid et devient banquise ?

    L’album présente une alternance d’extraits de classiques illustrés en noir et blanc et d’adaptations de nouvelles en quelques planches. Les époques et les ambiances abordées sont diverses, le trait varie en conséquence : strié et dru comme un grain sur une planche, il prend de la rondeur et de l’ampleur sur une autre, au gré des flots décrits et des aventures qui s’y déroulent. Les couleurs sont au diapason de la dramaturgie, clignotant comme les lumières d’un phare, d’un feu d’artifice ou d’un orage.

    Le Floc’h, Chabouté, Flao, Lepage… Ces dernières années, des dessinateurs de grand talent se sont confrontés au thème de la mer. La singularité de Riff Reb’s réside dans ce style proche par certains aspects du cartoon (cela n’a rien de péjoratif) auquel il insuffle un impact émotionnel explosif. A cet égard, le point paradoxalement culminant de l’album se situe peut-être dans Le Naufrage (d’après Stevenson), modèle de strip mariant humour noir et philosophie pour le meilleur et pour le pire.

    A l’heure où des pilotes de course régatent en Atlantique comme s’ils se tiraient la bourre dans une simple baie ou en rade de Brest, le pouvoir de fascination qu’exerce la mer sur l’homme est-il intact ? Recèle-t-elle toujours en son sein une énigme fondamentale, mélange d’attraction et de répulsion, pour ce mammifère que l’évolution a rendu essentiellement terrien ? La réponse que livre Riff Reb’s dans ce troisième volume consacré à l’adaptation – libre, comme il se doit sur ce thème – de récits de grands écrivains, est sans ambiguïté ; et il est peu probable que Loïck Peyron le démente.

    Malo.

    Lire la chronique illustrée : http://www.brestenbulle.fr/?p=19583