www.leslibraires.fr

Les échoués

Pascal Manoukian

Don Quichotte

  • par (Librairie Page 36)
    14 avril 2016

    Vies de migrants

    Ils sont trois migrants, trois échoués : Virgil, le Moldave, Chancal, le Bangladais et Assan, le Somalien. Ils sont partis de leur pays pour des questions de survie (économique ou guerre...).
    A travers le douloureux voyage et l'arrivée en France, endettés mais vivants, Pascal Manoukian fait le récit brûlant d’actualité des migrants. Sans pathos mais vibrant d’humanité.


  • 26 février 2016

    réfugiés

    Une lecture qui commençait bien : des analyses intéressantes sur le sujet des réfugiés, les conditions de leur arrivée en Europe, leurs conditions de vie. Et même si les histoires de chacun débutent quand ils se font pisser dessus, baste, j’ai continué ma lecture.

    Et puis est arrivé le moment « Disney » tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et là, le récit s’est enlisé façon conte de fées. Dommage.

    Une lecture qui reste intéressante toutefois pour les éclairage qu’elle propose sur le phénomène migratoire.

    L’image que je retiendrai :

    Celle de Virgil et Assan mangeant sur une poutrelle d’un immeuble façon gratte-ciel américain.

    http://alexmotamots.wordpress.com/2016/02/26/les-echoues-pascal-manoukian


  • 21 octobre 2015

    « Même ce qui semble terne chez vous brille à nos yeux ! Plus vous vous rendez la vie belle et plus vous nous attirez comme des papillons. Et ça ne fait que commencer, nous sommes les pionniers, les plus courageux. Vous verrez, bientôt des milliers d’autres suivront notre exemple et se mettront en marche de partout où l’on traite les hommes comme des bêtes. Il n’y aura aucun mur assez haut, aucune mer assez déchainée pour les contenir. Parce qu’il y a de pire chez vous est encore mieux que ce qu’il y a de meilleur chez nous. » Ces paroles de Vigil un des principaux personnages de ce roman résument à elles seules pourquoi lui et tant d’autres ont fui leur pays d’origine. Nous sommes au début des années 1990, Virgil, Chanchal, Assan et sa fille ont fui la Moldavie, le Bangladesh et la Somalie. Fuyant des guerres civiles, la dictature, la pauvreté pour la France. Ils ont survécu à des milliers de kilomètres de transport dans des conditions inhumaines, ont frôlé la mort de peu. Ils survivent dans des squats, dans la forêt, dans des campements de fortune avec d’autres frères d’infortune. Être clandestin c’est être à la merci des requins qui se font d’argent sur votre dos : des passeurs aux employeurs pour qui cette main d’œuvre est une manne. Tous sont en région parisienne et leurs chemins vont se croiser.
    Ce premier roman est absolument terrible ! Car avec justesse, Pascal Manoukian nous décrit l’horreur du quotidien des clandestins. Pas de pathos mais cette vérité qui existe bel et bien. Les mains tendues sont rares et quelquefois la solidarité s’érige au delà du pays d’origine entre ces clandestins. Une lecture émouvante, bouleversante et qui marque son lecteur profondément.


  • 3 septembre 2015

    Un monde comme un souvenir, dans un monde sans mémoire.

    Ils sont des milliers, condamnés à errer sans fin sur la mer inféconde ou les déserts sournois. Les joues creuses, les regards vides… ceux qui demandent l’asile sont torturés, violés, rançonnés par ceux auxquels « manquait quelque chose dans le regard, quelques grammes d’humanité peut-être ». Dans cette oblique, les corps penchés, ils avancent courbés sous un poids, parfois visible, parfois non.

    « Au moment où Assan et Iman avaient traversé les déserts, nul n’imaginait le danger que représentaient ces abcès entrain de grossir aux portes de l’Europe. »

    Pascal Manoukian évoque des scènes glanées, des vies d’hommes derrière des frontières dérisoires, renforcées à chaque nouvel assaut par d’inutiles barbelés. Ces émotions collectives donnent voix au lyrisme d’un individu à l’écoute de ses semblables, incarné par Julien.

    Ces regards de réfugiés, ceux de Virgil et Chanchal, ces silences d’Iman, cette dignité résignée chez Assan, celle des hommes accablés deviennent visibles sous la plume du journaliste qui a témoigné dans de nombreuses zones de conflits. Leur pire ennemi n’est ni le froid, ni les maladies mais le silence. Un Eurovision de la solitude et du mensonge. Au milieu de la barbarie, subsistent des moments de grâce, sursauts de dignité, des petits miracles comme Chanchal, prénom bangladais qui signifie « sans repos ». Chez les hindous, le prénom « éclaire et balise la vie de celui qui le porte. Il définit son destin, ses forces et ses faiblesses. »

    La défaite est omniprésente pour ceux qui s’amoncellent entre les bâches sales. La défaite d’un espoir d’une vie heureuse pour ceux qui ont tout perdu. Une longue liste de souffrances et pas un seul mot du dictionnaire, appris tout au long de la traversée pour qualifier l’ignominie sur le radeau , semblable à la défaite prémonitoire de Géricault. Les camps de réfugiés sont la preuve de la défaillance de l’homme. Mais la force de la volonté humaine prédomine au fatalisme. Les hommes avancent, fléchis, contre le vent de la détresse. Le clandestin possède cette volonté farouche de vivre, celle de l’endetté, du sacrifié, le porteur d’espoir d’une famille laissée ailleurs.

    Le camp de réfugiés nécessite la mobilisation et la volonté politique qui laissent entrevoir la possibilité d’une fraternité, comme celle incarnée par les trois lettres CGT sur le t-shirt d'un réfugié.

    Les raisons de la détresse nous les connaissons : la guerre, la famine, les dictatures, les cataclysmes naturels. Et puis ces belles pages métaphoriques où les princesses Disney accomplissent la natation synchronisée avec les jeunes femmes violées, la confrontation de deux mondes où la petite Sirène échappe au requin mais les sans-papiers comme les fruits et les légumes ont leur saison.

    Pascal Manoukian est de ceux qui osent regarder en face les camps de réfugiés, connaître leur nombre, suivre leur devenir, pour que l’Histoire n’oublie pas les nombreux trous noirs au cœur des forêts ou au fond des mers couleur sang, où gisent les corps des échoués. Une course d’obstacles entre désespérés où règnent les nombreuses injustices, trop nombreuses pour accorder de l’importance à chacune d’entre elles. La clandestinité c’est être prêt à « tout arracher au plus misérable, plus fragile, plus découragé que soi ».

    Le flux migratoire des oiseaux ne s’arrête jamais, « la horde et la nuée priment, rien ne peut les endiguer, il faut survivre ». Ils espèrent tous renaître, rebâtir une vie, reprendre forme humaine. « Les animaux et les clandestins ont des besoins communs : vivre cachés au milieu des vivants, à proximité d’une source d’eau et de deux lignes de fuite. »

    La société capitaliste nous rend imperméables à la détresse des autres. Nos bulles de confort sont illusoires et mènent à la mondialisation de l’indifférence cependant « il n’y aura aucun mur assez haut, aucune mer assez déchaînée pour les contenir ».

    Autrefois, les tentes invitaient au voyage. Longtemps représentantes de la liberté, elles ont migré vers le macadam. Les voilà échouées. Elles sont tellement visibles qu’on préfère ne pas les voir, elles laissent place à la misère, l’abandon et la régression.

    Je vous laisse apprécier la beauté du texte de Pascal Manoukian au rythme d' Olélé Moliba Makasi, ce chant léger et hypnotisant que chantent les piroguiers pour rythmer leurs coups de pagaie en remontant le fleuve.

    Roman publié chez Don Quichotte, Août 2015.


  • par
    31 août 2015

    Bouleversant ai-je lu sur un réseau social avec un petit oiseau bleu. Que dire de plus ? Ce roman est véritablement bouleversant. Il se passe en 1992, on est donc encore très loin des bateaux qui s'échouent au large de Lampedusa ou des migrants qui siègent à Calais en espérant un passage vers l'Angleterre, mais chaque histoire est individuelle et ressemble sans doute à beaucoup de titres à celles des quatre clandestins de ce livre. Je ne vais pas raconter ici ce qui les a menés à quitter leurs pays, la misère, la guerre, les massacres, tout cela P. Manoukian le fait très bien et c'est poignant parfois même à la limite du soutenable, mais c'est malheureusement le quotidien de certains. Tous sont attirés par l'occident, par nos richesses et nos facilités de vie, Virgil le dit très bien à un syndicaliste venu leur expliquer le droit du travail français : "Même ce qui semble terne chez vous brille à nos yeux ! Plus vous vous rendez la vie belle et plus vous nous attirez comme des papillons. Et ça ne fait que commencer, nous sommes les pionniers, les plus courageux. Vous verrez, bientôt des milliers d'autres suivront notre exemple et se mettront en marche de partout où l'on traite les hommes comme des bêtes. Il n'y aura aucun mur assez haut, aucune mer assez déchaînée pour les contenir. Parce que ce qu'il y a de pire chez vous est encore mieux que ce qu'il y a de meilleur chez nous. Vous n'y pouvez rien, croyez-moi, ce qui vous gratte aujourd'hui n'est rien à côté de ce qui vous démangera demain." (p.268)

    Après la lecture de ce roman, on ne peut plus croire si tant est qu'on y croyait avant, que c'est par plaisir que les candidats à l'exil viennent clandestinement en occident. Lorsqu'on lit le calvaire de leur voyage, les méthodes inhumaines employées par les passeurs qui se font payer cher, et le cauchemar de leurs conditions de vie et de travail lorsqu'ils en trouvent : les employeurs des clandestins sont de véritables négriers et leur manière de choisir tel ou tel ouvrier se rapproche des marchés aux esclaves.

    Ce n'est pas un roman que l'on lit pour se détendre, néanmoins, parce qu'il ne peut pas ne pas y avoir une once d'espoir, un minuscule ilot de bonheur dans un tel malheur, Pascal Manoukian ose intégrer une famille de Français pleine d'amour et d'envie d'aider son prochain. Cela ne suffira peut-être pas, mais Virgil, Assan, Iman et Chanchal profitent de toutes les minutes, de chaque seconde d'icelles, comme si elles ne devaient pas se renouveler.

    Un roman magnifique, fort et poignant. Bouleversant disais-je en entrée d'article. Je confirme, bouleversant.

    A rapprocher de l'excellent film passé récemment sur Arte je crois, La pirogue, de Moussa Touré.

    A noter pour finir que Pascal Manoukian est un journaliste, spécialiste des zones de conflits et qu'il a déjà écrit un témoignage sur ses années de guerre : Le diable au creux de la main, paru en 2013 chez Don Quichotte.


  • par (Fontaine Haussmann)
    27 août 2015

    Un des sujets les plus préoccupant pour les Français selon les sondages de cet été, l'immigration est le thème central du roman de Pascal Manoukian. 1992, trois hommes, Virgile moldave, Chanchal bangalais et Assan et sa fille Iman sommaliens. Chacun fuit la misère, la guerre ou l'atrocité de son pays. Nous suivons le destin de ces quatre personnages de l'intérieur, leurs courage, détermination, espoirs, la rudesse et la barbarie de leur condition de vie en France. Vie organisée dans un monde parallèle et clandestin. Plein d'humanité, de solidarité, Pascal Manoukian nous livre un roman criant d'actualité.