Conseils de lecture

FIANCEE DU FANTOME (LA) NOUVELLE EDITION
8,20
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

De cousine Olivia et de son goût pour les fantômes

Après vérification, La fiancée du fantôme n’est pas une nouveauté. Mais qu’importe ! Déjà paru en 1990 chez Syros sous le titre du fantôme de Forest Lodge, ce roman est un pur plaisir. L’année dernière, Aggie change de vie publié dans la collection Neuf était déjà à sa manière un hommage à certains classiques de la littérature anglo-saxonne. Malika Ferdjoukh est une grande lectrice et c’est avec beaucoup de malice et d’intelligence qu’elle donne ici à lire sa fiancée qui n’aurait pas dépareillé dans un recueil de nouvelles de Wilde. Il y est question d’un manoir hanté, d’un amoureux inconsolable et d’une cousine douée à la harpe. Le tout est très enlevé, presque trop court (une édition revue et augmentée pour une publication en Neuf n’était-elle pas justifiée ?) et devrait plaire aux amateurs de mystères gothiques et d’histoires d’amour.


NOEL DU CHAT ASSASSIN (LE)
9,20
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

Affreux Noël !

Depuis le fameux « lapin de trop », Tuffy est entré dans notre coeur. C’est bien simple, plus il est détestable, plus on l’adore, plus il est de mauvaise foi, plus on lui trouve des circonstances atténuantes. Tuffy a écrit son journal, est revenu, s’est vengé et a fêté son anniversaire. Il participe aujourd’hui opportunément au spectacle de Noël mis en scène par Ellie, Lucille et Lancelot. Mais la tâche n’est absolument pas à la portée de ces dramaturges débutants : Tuffy est une véritable diva et la représentation va naturellement tourner à la catastrophe. Comme Anne Fine a du savoir faire et toujours autant d’humour on se laisse faire de bonne grâce (l’esprit de Noël que voulez-vous !). Il n’en demeure pas moins qu’arrivé au 5ème épisode des aventures du chat en question, on est à deux doigts de soupçonner la « recette » et de souhaiter à Tuffy de prendre sa retraite. Enfin, je dis ça, c’est pour son bien. En attendant, qu’est-ce qu’il est mignon en Petit Jésus !


Le bal d'anniversaire
11,20
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

La vocation de la princesse Patricia Priscilla

La princesse Patricia Priscilla (oui ce n’est effectivement pas très heureux) a à peu près tout ce qu’elle désire mais ça ne lui suffit pas. Elle s’ennuie au point de vouloir se faire passer pour « une pauvre petite manante » pour pimenter son quotidien à l’instar de la jolie petite princesse de Nadja (à qui on pense beaucoup). Comme c’est amusant ! Elle peut ainsi intégrer ni vue ni connue la classe de Rafe, un jeune maître d’école dont l’ambition principale est de passer pour plus sévère qu’il ne l’est en réalité.« Nom d’une pipe ! » , c’est que le courant passe bien entre cette manante décidément très douée et le séduisant jeune homme. Seulement, la princesse va avoir 16 ans et à l’occasion de son anniversaire, elle va devoir choisir un prétendant. Ils sont au nombre de 3 (enfin je devrais dire 4) et se préparent déjà au grand événement.

Le bal d’anniversaire est un conte. Sur une structure très normée, Lois LOWRY déploie une fantaisie avec un vrai talent burlesque. Tous les archétypes sont bien là mais l’auteur se joue de tout : la princesse n’est pas complètement sympathique sans être horrible pour autant (scène irrésistible où elle rencontre pour la première fois une orpheline), le maître d’école est un brin trop fataliste, la reine mère est carrément sourde et les prétendants sont tous plus gratinés les uns que les autres. Ce jeu sur le genre se double d’un jeu sur la langue où l’absurde est maître. Contresens, déformations, changements de registres : on ne s’ennuie pas et on rigole même assez souvent de bon coeur même si parfois on souhaite que Lois Lowry pousse le bouchon encore un peu plus loin. Une réussite mineure pour un auteur phare du catalogue de l’Ecole des Loisirs. Une réussite quand même.

A signaler enfin : la très belle couverture façon nabi de Stéphanie Blake.


Liber et Maud
10,00
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

La jeune fille dans la nuit

Maud est devenue aveugle suite à un accident. Adolescente populaire dans son lycée, elle refuse maintenant tout contact avec le monde extérieur et reste cloitrée dans sa chambre. Seul Liber, un garçon de sa classe pour lequel elle n’a eu jusqu’à présent qu’indifférence, a l’audace de forcer cette barrière et de s’instituer nouveau compagnon de la jeune infirme.

Nadia Marfaing pose d’emblée les pieds sur un terrain glissant, nous imposant une histoire qui pourrait être à priori l’argument d’un épisode de Joséphine ange gardien. Les premières pages du roman racontent comment Liber réussit à s’introduire dans la chambre de Maud : d’abord sceptique, on est très vite saisi par la justesse de la situation et conquis par le culot, l’énergie de Liber. Manifestement attachée à décrire toute l’ambiguïté des démarches du garçon, l’auteur démêle petit à petit les liens étroits entre la pureté et la manipulation, entre la générosité et le désir de domination. Liber est un beau personnage, solaire, tourné vers l’action, capable de recevoir les coups sans faillir. Ce qui le pousse vers Maud repose sur une volonté au bout du compte admirable qui dépasse largement la question sexuelle (la fameuse première fois). Mais c’est Maud qui nous intéresse. Tour à tour touchante et insupportable, elle est portée malgré elle par un instinct destructeur qui donne à la dernière partie du roman un tour passionnant, une indécision follement romanesque.


15,50
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

Cornichons au chocolat et brown sugar

Dans un futur proche, la ville de Paris est scindée en deux : la Ville Haute des privilégiés et la Ville Basse des déclassés. Clara Muller a 16 ans et est élève d’un lycée réputé où règnent les enfants des classes supérieures. Clara est une FFO (une fille frappée d’opprobe) et subit leurs persécutions quotidiennes. Elle rumine son mal-être dans un journal intime et s’évade en vertue d’un pouvoir psychique vers la Ville Basse. Elle se passionne pour le blog du journaliste gonzo, Charles Fuzzati ; suit les exactions de Pharoah Sanders, le plus gros importateur de drogue de la capitale ; s’interroge sur l’identité du Vengeur Toxique et sur le pouvoir de Marvin Scribe, "l’ado qui assassine avec les mots". "Bizarre, étrange, fêlée", Clara va bientôt trouver en Karin, une nouvelle lycéenne venue de la ville basse, une compagne d’infortune.

Page 90 du curieux roman qu’est Le "journal infirme" de Clara Muller, il y a une recette : celle du "spécial Milk-Shake goût Ville Basse". Je laisse au lecteur le soin d’en découvrir la composition. Juste dire qu’elle résume d’une certaine manière le roman de Karim Madani : un mélange improbable de genres faisant peu de cas du bon goût, invoquant de multiples références littéraires, cinématographiques, télévisuelles et musicales. Le journal de Clara avec sa forme hybride compilant dessins, fausses captures d’écrans, rapports de police est un objet mi pop mi trash, comme peuvent l’être les teen movies de Greg Araki. Karim Madani ne se contente pas lui aussi de flirter résolument avec le grand n’importe quoi, il propose un vrai portrait de fille perdue dans une société qui n’est qu’une extrapolation de la nôtre. Clara avec sa colère et son égocentrisme n’est pas à proprement parler un personnage sympathique ni complètement fiable mais elle suscite malgré tout l’empathie. Sa peine et son expression la font rejoindre d’autres figures d’adolescents sacrifiés quelque part entre le Caufield de l’Attrape-coeurs et le Martial de Je ne mourrai pas gibier. Le "journal infirme" de Clara Muller ne cherche pas à se mesurer ou à dissimuler son issue attendue ("Quand vous aurez ce journal en main, je serai déjà morte"), mais il réussi très bien à surprendre, à agacer et à impressionner dans l’exercice désinvolte de la langue et du pouvoir des mots.

"Comme un bouclier de phonèmes. J’ai l’atroce impression que Marvin déglutit. Il ravale les mots. Les mots ne demandent qu’à jaillir et produire leur lot de souffrance mais Marvin les contient. Les retient. Le haïku libérateur et vengeur se transforme soudain en poème ulcère, acide puissant destiné à ronger les entrailles, poème suicide. Poème suicide. Alors que les mots commencent à lui ronger tripes et cervelle, il a ce petit regard, plein d’empathie, ce sourire qui suggère délivrance plutôt qu’affres et afflictions. C’est la dernière fois que vous verrez le gamin tuer avec des mots. Il a craché son amour pour l’humanité dans un flot de sang et prononcé ses dernières paroles. D’une voix extraordinairement douce et apaisante."