Conseils de lecture

LE DEVASTATEUR

Auda Rolland

Sarbacane

16,50
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

L’âge des tsunamis est revenu

Le premier chapitre du Dévastateur immerge brutalement le lecteur dans le roman : "Je m’appelle Diego. J’ai 12 ans. Je vis dans la rue. Et je t’emmerde." Une fois ceci posé avec clarté, il faudra se coltiner quelques pages en "ouinche" et accepter cette forme de baptême romanesque pour suivre Diego à bord d’un bus destination les faubourgs de La Faute. Nous sommes "quelques années plus tard" et le monde a manifestement mal tourné. La description de ce futur proche postapocalyptique sera prise en charge par différents narrateurs avec chacun sa langue, son histoire et ses secrets ; le tout sur un rythme sans temps morts.

Tâchons de résumer l’intrigue... D’un côté l’équipe du Sincère (le journal local) : sous les ordres d’André, le patron obèse et mélomane, toujours flanqué de son hérisson domestique, nous avons d’abord Ed dit "Baby Dol", pigiste bisexuel accro à l’oxygène et ensuite la toute nouvelle recrue, la mystérieuse et féline Anémia. De l’autre nous avons en vrac une floppée d’affreux, de psychopathes, de politiciens pourris et de flics pas nets. Au centre - incarnation masquée (façon catch) de la justice divine - Julius alias Le Dévastateur, passé maître en exécutions diverses et très variées, bien décidé à remettre de l’ordre dans les faubourgs de La faute.

Ca part dans tous les sens et retombe toujours parfaitement sur ses pattes, pique à tous les râteliers mais toujours avec panache. Ca chahute à tout va dans un déluge de sang et de trippes en veux-tu en voilà. C’est pas propre-propre tout ça mais c’est tellement bien qu’on en viendrait presque au final à s’incrire spontanément à des cours de ouinche le soir.

Rolland Auda fait très bien le malin. Il y a effectivement chez lui cette révérence aux aînés qu’on trouve chez Tarantino, dans ce soin maniaque accordé aux réglages d’un combat au sabre ou dans l’ajustement d’une tenue de scène (en l’occurrence le collant et la cape). Mais l’attention, la surprise et la jubilation que l’on met à suivre les aventures de son Dévastateur témoignent davantage que d’un savoir faire de pasticheur : sous son masque de catch, Laurent Auda transpire le talent.


L'échange des princesses
Neuf 20,00
Occasion 4,46
par (Fontaine Kléber)
14 août 2013

C'est en relisant les mémoires de Saint-Simon que Chantal Thomas a découvert un passage de l'Histoire de France passé jusque là inaperçu . Nous sommes en 1721 et pour consolider des relations alors tumultueuses avec l'Espagne, Philippe d'Orléans décide de marier l'Infante d'Espagne, Maria Anna Victoire âgée de 4 ans avec le roi Louis XV âgé de 11 ans. En échange, il offre sa fille Mademoiselle de Montpensier au futur roi d'Espagne. Chacune va donc rejoindre son fiancé de l'autre côté de la frontière et découvrir un pays, une cour qui leur sont totalement étrangers. Elles vont être traitées comme des reines et pourtant elles ne sont que des pions dans une partie de jeu qu'elles ne maîtrisent pas.
Roman remarquablement écrit.


LES VERS DE TERRE MANGENT DES CACAHUETES
18,00
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

Le goût de la cacahuète

Avant d'être une nourriture prisée des chimpanzés, Elisa GEHIN nous apprend que les cacahuètes faisait partie intégrante du régime alimentaire des vers de terre. De nature sensible aux injustices sociales, ces derniers (qui en fait étaient les premiers dans la fameuse chaîne alimentaire) s'offusquaient que personne ne mangeât les chats (ceux-là même qui mangeaient les oiseaux qui eux mangeaient les premiers). Vous me suivez ? Certaines injustices peuvent être à l'origine de révolutions : "Un jour, un ver-de-terre-très-très- énervé mangea un chat." Vous imaginez à peine les conséquences...

Elisa GEHIN est l'auteur d'une série de cartonnés à destination des plus petits publiés en 2009 chez Milan (maintenant inexplicablement indisponibles) mettant en scène un loup pas si méchant dans l'univers des contes traditionnels. Ces quatre albums irrésistibles (ma préférence allait à "Mère-grand que fais-tu ?") formaient un tout cohérent et donnaient à voir une vraie personnalité, moderne et pimpante. Son sens de la mise en page et du motif l'approchaient parfois des frontières de l'abstraction tout en restant accessible aux plus petits (cf. illustration ci-dessous).

A peu près en même temps sortait chez Thierry Magnier "Il était plusieurs fois une forêt", très belle fable sur le pouvoir destinée à de plus grands lecteurs. On y retrouvait ces jolis oiseaux qui sont un peu devenus une marque de fabrique

C'est aujourd'hui également chez Thierry Magnier qu'est publié le malicieux "Les vers de terre mangent des cacahuètes". Des oiseaux il y en a encore bien sûr mais ils partagent la vedette avec des cacahuètes, des vers de terre et des chats, ce qui est largement suffisant pour raconter une histoire passionnante, le tout avec un sens très sûr de la répétition (images et texte) dans une hystérie faussement incontrôlée.


TOUTES LES MAISONS SONT DANS LA NATURE
14,90
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

C'est pas compliqué, tu vas voir !

Didier CORNILLE a déjà sorti chez Hélium deux petits livres épatants "Mini Maxi" en 2009 et "Bon Voyage" en 2010. Ces deux petits formats au charme délicieusement rétro avaient attiré notre attention sur ce nouveau venu dans le monde de l'édition jeunesse. Et c'est ainsi que nous avons découvert que le monsieur en question enseignait à L'école des Beaux Arts du Mans.

Hélium publie aujourd'hui "Toutes les maisons sont dans la nature", un documentaire passionnant qui nous donne une idée plus précise et plus juste du talent de son auteur. L'ouvrage présente chronologiquement 10 maisons d'architectes illustres avec pour ambition d'en expliquer simplement la conception et l'esprit. Et dans cet excercice, le style de Didier CORNILLE fait merveille. Il n'a pas son pareil pour rendre accessible aux enfants le geste de l'architecte avec un vrai sens pratique. Après une série de notices biographiques synthétiques (petits portraits bicolores impeccables), les étapes des constructions de chaque maison aboutissent à une présentation plus large d'autres bâtiments.

Tout l'art de l'auteur peut se résumer dans la page 59 qui explique à la façon d'un jeu d'enfant l'idée de Frank GEHRY dans la conception de La maison de Santa Monica. Ce côté ludique est très souvent présent dans le dessin de Didier CORNILLE qui est aussi designer et concepteur de mobilier. Le lecteur se trouve ainsi comme convoqué à une excitante partie de Lego (cf. la gamme Lego Architecture).

Le principe un peu systématique de "Toutes les maisons sont dans la nature" peut parfois sembler étriqué et on serait en droit de demander un peu plus d'anecdotes, qu'on nous raconte vraiment une histoire. Mais il y a là tant de simplicité et d'élégance qu'il serait malvenu de bouder son plaisir. L'édition jeunesse a rarement rendu aussi bien justice à l'art majeur de l'architecture.


Elle est si gentille
9,70
par (Librairie Récréalivres)
14 août 2013

La voix de Concha Buika

Clarisse est une jeune fille d'aujourd'hui. Elle vit avec son père depuis que sa mère a quitté le domicile conjugal. Le jour de sa rentrée en première, elle et sa meilleure amie Elsa font la connaissance de Julien. Ce n'est pas un garçon comme les autres. Il est même assez agaçant quand on y pense. Il aime le jazz et la littérature. Et puis il est très sûr de lui. Notamment de son amour immédiat pour Clarisse. Elle n'y est pas insensible mais le problème c'est qu'Elsa s'est elle aussi entichée du garçon. Clarisse, "si gentille", ne voulant pas reproduire la trahison maternelle, décide de renoncer à son amour. C'est sans compter sur la persévérance de Julien.

"Elle est si gentille" est l'histoire d'un triangle amoureux et d'un sacrifice. Clarisse est un personnage qui détonne par rapport aux jeunes filles que l'on à l'habitude de croiser dans la littérature ado. Elle a tout pour être heureuse mais choisi la renonciation pour, elle l'imagine du moins, rester digne, en accord avec une histoire familiale compliquée.

Ce qui rend d'ailleurs si attachant le roman d'Isabelle ROSSIGNOL, c'est justement cette façon de camper des personnages ordinaires, des adolescents saisis (non sans une certaine cruauté) dans la pose ou le ridicule des émotions incomprises. Julien par exemple se donne des airs d'esthète et il faut gratter un peu pour découvrir l'honnêteté de ses sentiments. Il semble si préoccupé d'afficher avec élégance ses bons goûts et ses bonnes manières ! Il paraît tout droit sorti d'un film de ROHMER et effectivement "Elle est si gentille" évoque souvent l'univers du cinéaste. Comme lui, l'auteure écrit sur des adolescents d'aujourd'hui, mais leurs relations amicales et amoureuses ont autant à voir avec celles décrites dans les romans d'amour courtois qu'avec les séries télévisées de l'ère du portable et de facebook.

Le succès du roman d'amour étant principalement basé sur l'identification de l'héroïne et le pouvoir de séduction du garçon, on comprendra donc que toutes les lectrices ne trouveront pas leur compte ici. Julien ne ressemble absolument pas à Robert Pattinson et on pourrait difficilement le soupçonner d'être secrètement un vampire.

Mais qu'importe tout le monde ne souhaite pas se faire mordre.

Et la lecture du roman d'Isabelle ROSSIGNOL peut être l'excellente occasion de découvrir la voix magnifique de Concha BUIKA (qui ressemblerait selon Julien à celle de Clarisse)...