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Conseils de lecture

Le Rideau, Essai en sept parties

Essai en sept parties

Gallimard

17,15
par (Librairie Dialogues)
10 mars 2007

Milan kundera n'est pas seulement un grand romancier contemporain, un romancier majeur de langue française. Il a tiré de sa qualité d'enseignant à l'université l'art de la pédagogie. "Le rideau", essai en sept parties, est un magistral cours de littérature sur l'art du roman, lequel est, pour lui, un art à part entière, ayant comme tel sa spécificité propre. "En inventant son roman, le romancier découvre un aspect jusqu'alors inconnu, caché, de la "nature humaine"; une invention romanesque est donc un acte de connaissance que Fielding définit comme "une rapide et sagace pénétration de l'essence véritable de tout ce qui fait l'objet de notre contemplation" Et Kundera poursuit "les personnages romanesques ne demandent pas qu'on les admire pour leurs vertus.

Ils demandent qu'on les comprenne, et c'est quelque chose de tout à fait différent. Les héros d'épopée vainquent, ou s'ils sont vaincus, gardent jusqu'au dernier souffle leur grandeur. Don Quichotte est vaincu. Et sans aucune grandeur. Car d'emblée tout est clair : la vie humaine en tant que telle est une défaite. La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est là la raison d'être de l'art du roman."Comme tout art le roman est un art universel, et Kundera le montre bien qui convoque au soutien de sa brillante démonstration Rabelais et Fielding, Cervantes et Gombrowicz, Broch et Musil... et nous montre combien Kafka n'est pas un écrivain pragois. Comme tout art le roman a sa spécificité et son domaine propre ne se confond pas avec celui de la poésie ou celui de la philosophie. "les arts ne sont pas tous pareils; c'est par une porte différente que chacun d'eux accède au monde. Parmi ces portes l'une d'elles est réservée en exclusivité au roman" et Kundera poursuit " Herman Broch l'a dit : la seule morale du roman est la connaissance" ou encore citant Flaubert " je me suis toujours efforcé d'aller dans l'âme des choses". et Proust n'écrivait pas autre chose, Kundera nous le montre ""...chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que , sans ce livre, il n'eût peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci..."Ces phrases de Proust, ajoute Kundera, ne définissent pas que le sens du roman proustien; elles définissent le sens de l'art du roman tout court"Il faut lire "Le Rideau", c'est un grand livre, un livre essentiel à tous ceux qui veulent comprendre ce qu'est l'art du roman, à tous ceux qui veulent dépasser les querelles du nouveau roman, à tous les passionnés de littérature.


Histoire d'un Allemand / souvenirs 1914-1933, souvenirs 1914-1933
Neuf 9,70
Occasion 4,00
par (Librairie Dialogues)
10 mars 2007

De communiqué de victoire (affiché dans la cour de l'école) en communiqué de victoire le jeune Sebastian Haffner nous fait vivre la défaite de l'armée et du peuple allemands à travers les yeux de l'écolier qu'il fut durant la guerre de 14-18. La défaite, l'effondrement et "le sentiment de l'humiliation nationale" qu'il faut effacer et qui fait "taire les fatigues et les déceptions amoncelées". "A la fin de 1922, les prix étaient de dix à cent fois plus élevés qu'avant la guerre".

Tout cela a été dit, écrit par les historiens. Tout cela qui explique la lente montée de l'exaspération et puis, pour finir, du nazisme. Mais Sebastian Haffner le montre de l'intérieur, au quotidien. Il met à nu le mécanisme de l'absence de réaction du peuple happé par son quotidien. Pas après pas, petite dérive après petite dérive, petite exaction après petite exaction les nationaux-socialistes cadenassent la société, grignotent les libertés, d'abord celles des autres, les juifs, puis celles de tout un chacun. Peu à peu, et puis avec de plus en plus de force, et puis sans vergogne, sans rencontrer la moindre résistance d'une population qui vaque à ses occupations, écoute de la musique, va au concert. Insidieusement l'inacceptable est accepté par chacun, pénétre tout et tous. Terrifiant. édifiant.


Les naufragés du Batavia / Prosper
20,90
par (Librairie Dialogues)
6 mars 2007

Passez sur "les Naufragés du Batavia" qui fait le titre principal du livre et allez directement à "Prosper" un court récit qui dit tout de la mer, de la rude condition des marins aux derniers temps de la pêche quand la marine était à voile, des marins rudes, taiseux, héroïques. 40 pages pour faire un grand livre. Il y faut le talent de Simon Leys.


DES LARMES INVISIBLES AU MONDE, nouvelles

nouvelles

Éditions des Syrtes

Neuf 19,00
Occasion 13,99
par (Librairie Dialogues)
28 février 2007

"Le chemin de l'écrivain est, de bout en bout, semé d'épines, de clous et d'orties, c'est pourquoi tout homme sensé doit, par tous les moyens, se garder d'écrire". Fort heureusement Tchekhov s'est gardé de suivre ce conseil qu'il prodigue dans l'une de ses nouvelles du recueil publié aux éditions des Syrtes sous le titre "Des larmes invisibles au monde". J'ai lu, je ne sais où, que Tchekhov n'avait pas envisagé que les textes réunis ici figurent dans le recueil de ses oeuvres complètes. Si c'est vrai il avait bien tort car ces nouvelles, grinçantes, sont de grande qualité.


DES LARMES INVISIBLES AU MONDE, nouvelles

nouvelles

Éditions des Syrtes

Neuf 19,00
Occasion 13,99
par (Librairie Dialogues)
27 février 2007

Il faut être attentif à la littérature étrangère aux éditions des Syrtes. Et tout particulièrement aux littératures de l'Est. "Des larmes invisibles au monde" est un recueil de 25 nouvelles inédites en français d'Anton Tchekhov. 25 petits bijoux que Tchekhov, volontiers pince sans rire, drôle, ironique, cisèle avec le sens du mot juste, celui qui touche, celui qui fait mouche et saisit le ridicule, le bouffon, le mesquin qui sommeille en chacun de ses contemporains, en chacun de nous. Car, ne nous y trompons pas : les hommes de la société russe que dépeint Tchekhov, celle de la fin du XIX ème, singulière par sa composition sociale (moujiks, hobereaux, fonctionnaires d'un empire que le servage imprégnait encore) sont nos cousins en veulerie, en lâcheté, en vanité. Le rire de Tchekhov, celui qu'il nous arrache est un rire de désespoir, proche de larmes silencieuses, "invisibles au monde". Lisez, vous m'en direz des nouvelles.