Recommandations estivales de l'Académie Goncourt

Recommandations estivales de l'Académie Goncourt

Farniente : (subst. masc.) : douce oisiveté, état d'heureuse inaction.
L'Académie Goncourt vous a sélectionné pour votre été et vos week-ends à Rome, dix œuvres à consommer sans modération. Parmi elles, les lauréats du Goncourt de la poésie, de la nouvelle et du premier roman.

Villa Taylor

Canesi, Michel

Anne Carrière

19,00

Diane, jeune « executive woman » au caractère bien trempé, dirige avec succès une banque d'affaires parisienne. Son ascension professionnelle fulgurante est aux antipodes de sa vie personnelle, qui se résume à un mot : désert. Un désert dont l'aridité résulte des zones d'ombre de son enfance.
Survient la mort de sa grand-mère, qui lui laisse en héritage la mythique Villa Taylor de Marrakech. Ce lieu a accueilli quelques-unes des plus grandes figures du xxe siècle : Theodore Roosevelt, Winston Churchill, Charlie Chaplin. Churchill y a fait plusieurs séjours et y a peint durant la Seconde Guerre mondiale l’unique tableau de sa main. Cette demeure renferme aussi toutes les clés du passé de Diane, clés que lui a scrupuleusement dissimulées sa famille.
La première idée de Diane est de vendre la maison, mais ce lieu mystérieux, protégé du monde par la luxuriance de son parc, va entrer en résistance. Revient alors l’envie chez Diane de retrouver la trace de sa mère, qu’elle n’a pas connue.
Les derniers habitants de la Villa Taylor : Halima, la gouvernante, Ahmed, le jardinier aveugle, Agathe, l’amie de sa grand-mère, vont l’aider à lever le voile sur ces énigmes.
Tout est prêt, il ne manque qu'un amour violent et étrange, aussi ténébreux que les sous-bois du parc. Il attend, chargé d'un enivrant parfum de menthe, et va bientôt emporter Diane, enfin prête à vivre.


Retourner à la mer
17,50

Un colosse, vigile dans les salles de concert, et une strip-teaseuse, au ventre couturé de cicatrices, partagent une histoire d’amour… L’employé d’un abattoir sauve un veau de la mort et le laisse seul dans l’usine fermée pour le week-end. À sa sortie de l'hôpital, un homme part se reposer dans le Sud avec sa vieille maman. Trois adolescents livrés à eux-mêmes entendent un bruit inconnu qui pourrait bien être celui de la fin du monde. Tous ces personnages prennent vie en quelques phrases, suivent leur pente et se consument. Il suffit d’un contact, peau contre peau, d’un regard, d’une caresse, pour racheter l’humanité. Raphaël Haroche nous décrit dans un style fin et épuré les états d’âme d’êtres malmenés. Les questions qu’il pose au lecteur sont profondes, inattendues, parfois drôles ; elles sont toutefois traitées de telle manière que l’étrangeté ou le tragique touchent au poétique, au sensoriel.


Chaos

Mercure de France

14,20

«Ce qui va se mettre à crier de l'enfan- Ce n'a pas de nom où Jean sans Peur S'est trouvé nu, la peau arrachée, en Lambeaux, ma vie est celle-là Vie Du chaos d'avant la naissance du mon- De je me souviens de chaque fol & Pas un découpé vif, pas un pendu dont Le Nom ait pu m'échapper Je marche Dans le désordre de l'existence tentant De calmer l'enfant en moi l'enfant De- La douleur-première Celui qui plusieurs Fois déjà m'a tué & portant son nom à la Bouche J'entends crier le soldat de nuit.» Franck Venaille.
«Laissez-moi une fois encore proférer / Mes injures mes cris de gorge Laissez- / Moi improviser avant que ne débute / Mon Thrène (en langue allemande) ô / Laissez-moi vous marmonner, Psaumes [...]»



Ça

Mercure de France

15,00

Un grand livre de la nuit. La nuit des corps, la nuit ferroviaire, la nuit de l’Histoire, tout cela interprété par une voix singulière, harmonieuse et rauque à la fois. Le territoire de la maladie et la recherche du salut sont ici revisités par un bâtisseur du langage, arpenteur des terres intimes, une sorte de soldat (ils sont d’ailleurs nombreux ici) combattant à découvert. Les poèmes de Ça témoignent de ces affrontements mais également d’un accord avec le monde, la langue, les paysages, les êtres humains. Plus encore peut-être que dans Chaos, le ton est apaisé, souvent amusé, drôle face à la mort. Il relate, à sa manière à la fois lyrique et froidement objective, quelques-uns des voyages (vécus ou rêvés) du narrateur, écrivain du Nord, qui «descend» chercher sa vérité à Assise. En chemin il croise, parmi bien d’autres, le petit pauvre - François, les moineaux s’installent en cercle pour t’écouter - le docteur Grosdèque, médecin légiste qui chante en ouvrant les crânes, le Malin lui-même. Toutes ces découvertes, ces amitiés, l’amour avec «Mon-amour-blond» s’expriment par des formes poétiques libres. Mêlées, mixées, elles imposent une écriture dont les recherches formelles, au service de l’indispensable lisibilité du livre, se placent résolument du côté de celles et ceux qui croient à la communication par la poésie. Fait de rythmes différents, d’une ponctuation rageuse, Ça conjugue sexe et violence, mythologie et réalisme, larmes, ricanements et tendresse.
L’œuvre de Franck Venaille (né à Paris en 1936) se détache désormais avec évidence parmi les aventures poétiques les plus intenses de notre temps et s’affirme de livre en livre comme l’une des voix majeures de la poésie contemporaine.