L’empire de la littérature, Penser l’indiscipline francophone avec Laurent Dubreuil
Format
Broché
Éditeur
Presses universitaires de Rennes
Date de publication
Nombre de pages
230
Langue
français

L’empire de la littérature

Penser l’indiscipline francophone avec Laurent Dubreuil

Presses universitaires de Rennes

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  • Vendu par Leslibraires.fr
    AideEAN13 : 9782753550759
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Extrait

Parcours critiques
Lectures (autour de L'Empire du langage)
Inédits
La littérature est hégémonique, dans sa propension à englober dans son orbe des savoirs que d'autres discours ou disciplines – la philosophie, l'histoire, et les diverses sciences humaines – aimeraient à distinguer clairement d'elle. Elle est aussi démonique, dans l'emprise qu'elle exerce sur nos esprits.
Les travaux de Laurent Dubreuil ont montré comment l'écriture et la lecture avaient, dans la modernité occidentale, constitué un des ultimes refuges pour l'expérience de la possession. Mais ils ont aussi exposé comment la domination coloniale s'était elle-même déployée à travers une « phrase de possession » dont les échos continuent de résonner fortement dans les productions langagières et littéraires les plus contemporaines.
« L'empire de la littérature » dit ainsi trois phénomènes imbriqués : un domaine, une puissance, et la possibilité toujours renouvelée, pour l'un et l'autre, de renaître de leurs propres faillites. Comment s'est littérairement édicté l'empire, comment peut-on s'en sortir, la littérature peut-elle échapper à la politique et la parole esquiver ainsi la parlure ? Ce sont ces questions qui, en 2012 et 2013, ont réuni plusieurs chercheurs – littéraires, historiens, philosophes – autour de Laurent Dubreuil à l'occasion de trois journées d'études consacrées à ses travaux. Le volume qui suit est le fruit de ces multiples rencontres, et il se construit donc en trois temps et selon deux modes.
Une première partie, « Parcours critiques », expose les grandes lignes de la pensée de Laurent Dubreuil, à partir d'un commentaire mais aussi d'une mise en regard de ses publications avec divers travaux contemporains. Par-delà ces analyses, elle inclut également des transcriptions d'entretiens et de débats qui offrent, de façon sans doute moins formelle mais plus interactive, une intéressante synthèse des réflexions du critique sur les contours de la littérature, son rapport aux disciplines et notamment à l'histoire. Sont particulièrement discutées les études postcoloniales, ainsi que les démarches critiques menées conjointement dans ses ouvrages et dans la revue Labyrinthe, dont Laurent Dubreuil fut membre puis co-directeur avant de devenir, en 2012, le rédacteur en chef de la célèbre revue américaine diacritics.
La seconde partie, « Autour de L'Empire du langage », engage alors un dialogue avec cet ouvrage de 2008 (traduction anglaise de 2013) qui a renouvelé les études francophones en proposant une double critique – des pouvoirs coloniaux du langage au langage des pouvoirs coloniaux. Selon Dubreuil, en effet, « la parlure » quotidienne et le « jargon » social influencent constamment – et négativement – nos rapports aux autres. Il faut donc rigoureusement analyser « les mobilisations de la parole, de l'usage et des discours dans la formation de ce type de domination coloniale » que constitue un empire. « L'empire du langage » s'entend ainsi en un double sens, et pour l'auteur, on ne saurait s'en défaire sans explorer, d'une part, les conventions prescriptives de la « parole ordinaire » et, d'autre part, les « résiliences discursives des tours et du lexique coloniaux » dans les discours contemporains.
En confrontant des « registres hétérogènes » (textes de loi, relations de voyage, théâtre, poèmes, récits anthropologiques, paroles volantes, discours politiques, essais, romans, etc.), l'essayiste met au jour un étonnant fil conducteur, du premier au second empire colonial français. On découvre avec lui comment fut en effet constamment mobilisée une « phrase de possession » qui, en glissant sur le sens sans craindre les contradictions, justifia généralement « la possession par la possession ». De même que « dans la littérature, le déchaînement des Lumières s'est accompagné d'une spectaculaire réapparition des spectres, des génies, des sorcières », l'expansion coloniale ne fut sans doute pas tant le triomphe de la clarté sur les ténèbres, qu'« un moment de grand exorcisme rationnel » où « la littérature se trouve en quelque sorte chargée de dire la possession, qui s'enfuit de plus en plus de la description de la société européenne ».
Dubreuil montre ensuite combien et comment la littérature peut s'avérer rebelle aux usages ordinaires d'une parole policée, et laisser ainsi advenir de l'inouï dans l'ordre du discours colonial lorsqu'elle revient sur « l'histoire d'une coprésence ». Son livre prend donc au sérieux la francophonie, cette « opération qui consiste, pour qui parle, de se désigner comme colonisé(e) tout en transperçant la convention prescriptive ».
Les quatre essais rassemblés dans cette seconde partie s'inscrivent de fait dans le droit fil de ces réflexions.
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