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Grandir, les étapes de la construction de l'enfant, le rôle des parents
EAN13
9782213643199
ISBN
978-2-213-64319-9
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
338
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
534 g
Langue
français
Code dewey
155.4

Grandir

les étapes de la construction de l'enfant, le rôle des parents

De

Fayard

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Chapitre premier?>La naissance et la « castration ombilicale »?>La vie de l'enfant n'a donc rien d'un « long fleuve tranquille » qui pourrait en toute sérénité couler sans obstacles de sa source à son embouchure. Elle est faite tout au contraire d'une succession d'étapes qu'il lui faut franchir l'une après l'autre, au prix de renoncements à chaque fois douloureux.Françoise Dolto ne s'est pas contentée de donner de ce parcours une vision abstraite. Elle montre très précisément comment il se déroule. Comment les « castrations » scandent le développement du « petit d'homme » ; posant qu'elles commencent avec sa vie même, puisque la première d'entre elles a lieu, dit-elle, au moment de sa venue au monde.Françoise Dolto confère en effet à la naissance le statut de première castration et s'en explique : « La naissance, sans doute, est d'abord apparemment le fait de la nature ; mais son rôle symbolique pour le nouveau-né est indélébile et marque de modalités émotionnelles premières sa venue au monde en tant qu'être humain, homme ou femme, accueilli selon le sexe dont son corps témoigne pour la première fois et selon la façon dont il est accepté tel qu'il est, frustrant ou gratifiant pour le narcissisme de chacun des parents1. » Cette castration, dit-elle, a lieu au moment où l'accoucheur coupe le cordon qui relie l'enfant au corps de sa mère. La vie naît de cette première séparation. Mais celle-ci est source pour le nouveau-né de bouleversements intenses2 dont on sous-estime généralement à la fois la violence et l'importance.La naissance fait en effet, aujourd'hui encore, l'objet d'un double malentendu.On la considère d'abord, le plus souvent, comme un fait « normal », « naturel », qui n'affecterait pour l'essentiel que le corps du nourrisson, et que, sauf cas exceptionnels, il pourrait vivre sans en être véritablement conscient. Or, il n'en est rien. Le « petit d'homme » vit sa naissance avec tout son être. La mémoire de l'événement s'inscrit au plus profond de lui. Sa vie entière en portera la marque.Mais le malentendu ne s'arrête pas là, car la naissance n'est, de surcroît, envisagée que sous le seul angle d'une séparation mère-enfant. Or, elle est bien plus que cela.En opérant une partition définitive entre son corps, les enveloppes et le placenta qui lui étaient nécessaires in utero, la césure du cordon ombilical fait effectivement du nourrisson un être à part entière. Elle signe l'avènement de ses propres limites : celles de sa peau. Mais, ce faisant, elle n'a pas seulement pour effet de le disjoindre du corps maternel. Elle le coupe également d'une partie de lui-même. Elle le sépare de ce qu'il était auparavant.Le nourrisson – on n'en tient pas suffisamment compte – existe en effet avant sa naissance. Il vient au monde nanti déjà d'un vécu important dont certaines analyses – d'enfants ou d'adultes – permettent de retrouver la trace. La naissance inaugure son existence « aé rienne ». Mais elle marque aussi l'abandon de la vie intra-utérine, riche et intense, qui l'a précédée. Épreuve pour son corps, elle en est donc une aussi pour sa sensibilité, puisqu'elle abolit, d'un coup, les repères qui furent ceux de cette première vie.Brutalement (et sans moyen de comprendre ce qui lui arrive si on ne le lui explique pas), le bébé est arraché à la chaleur, à la lumière, aux rythmes et aux perceptions qui constituaient jusque-là son univers3. Ses sens sont violentés de toutes parts. L'audition assourdie, propre à la cavité intra-utérine, est subitement remplacée par le tintamarre du monde. Ses yeux sont agressés par la lumière. Sa peau, sensibilisée par la traversée du corps maternel, devient l'objet de mains auxquelles la douceur fait parfois défaut. Des sensations nouvelles l'assaillent. Elles proviennent de la masse de son corps, qu'il sent pour la première fois ; de ses intestins, qui émettent le méconium. L'olfaction, jusque-là inconnue de lui, entre en jeu. Elle sera son premier repérage par rapport au corps de sa mère. C'est désormais à son odeur qu'il la reconnaîtra. Mais, surtout – et cela constitue sans doute l'essentiel de l'épreuve –, sa vie « se greffe4 » sur l'air.
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