Souper mortel aux étuves, roman noir et gastronomique à Paris au Moyen âge
Format
Poche
EAN13
9782253125150
ISBN
978-2-253-12515-0
Éditeur
Le Livre de poche
Date de publication
Collection
Le Livre de poche (31343)
Nombre de pages
344
Dimensions
18 x 11 x 0 cm
Poids
180 g
Langue
français
Code dewey
849

Souper mortel aux étuves

roman noir et gastronomique à Paris au Moyen âge

De

Le Livre de poche

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Membre du conseil scientifique de Slowfood France (mouvement pour la sauvegarde du patrimoine culinaire mondial), Michèle Barrière fait partie de l'association de Honnesta Voluptate, fondée sur les travaux de Jean-Louis Flandrin. Journaliste culinaire, elle est l'auteur pour ARTE de la série Histoire en cuisine.AVERTISSEMENT

Cette histoire purement imaginaire fait apparaître des personnages qui ont bel et bien existé dans la France tourmentée de la fin du XIVe siècle : Valentine Visconti, Louis d'Orléans, Philippe le Hardi, Charles VI, Eustache Deschamps, Jean de Montaigu, Dino Rapondi, Guillaume Tirel dit Taillevent.

À la rue Cauchois

À la rue Constance1

6 janvier

« Si le soir du jour des Rois,

Beaucoup d'étoiles tu vois,

Auras sécheresse en été,

Et beaucoup d'œufs au poulailler. »

Des bûches crépitaient dans la cheminée, procurant à la petite pièce une bienfaisante chaleur. Il faut dire qu'en cette fin d'après-midi du 6 janvier 1393, jour de l'Épiphanie, il faisait un temps de chien. Une tempête de neige avait fait rage toute la matinée, transformant les rues de Paris en un bourbier glacé. Cela n'avait pas refroidi les ardeurs des fêtards qui avaient envahi les rues, masqués et déguisés. Il gelait à pierre fendre et, pourtant, on entendait encore les cris et les rires de groupes venus fêter leur roi dans les tavernes voisines de la rue Tirechappe.

Sur un coffre de bois aux lourdes ferrures gisaient les reliefs d'une galette dorée et de rissoles au fromage qu'un gros chat roux s'empressait de faire disparaître. Habilement, le matou cherchait la farce et délaissait la croûte.

Dans un cuveau de bois, un homme, la gorge tranchée, baignait dans une eau rouge de son sang.

Le chat, lassé de la galette, bondit sur le rebord du cuveau, trempa une patte prudente dans l'eau et, ne la trouvant pas à son goût, repartit d'un saut léger vers la porte entrouverte.

– Maudit chat roux ! Encore en train de voler ! Disparais avant que je ne t'étripe.

Le cri de colère de la jeune femme qui venait d'entrer se transforma en un long hurlement d'horreur. La main sur la bouche, elle ne pouvait détacher ses yeux du spectacle grotesque qu'offrait cet homme, le visage barbouillé de sang et la tête ceinte d'une couronne de papier argenté, toute de guingois.

– Messire Jehan, êtes-vous en vie ? Sainte Vierge et tous les saints du paradis, aidez-nous, parvint-elle à balbutier.

Messire Jehan, qui devait, au moment même, frapper à la porte du Grand saint Pierre, ne put lui donner satisfaction. Marion la Dentue prit la mesure du drame, referma doucement la porte et se précipita vers l'escalier où elle s'effondra dans les bras de sa patronne, descendue de l'étage en toute hâte.

– Qu'est-ce qui te prend à crier comme un putois ? lui demanda Isabelle d'un ton courroucé.

– C'est le chat roux, il a assassiné Messire Jehan, sanglota Marion, se tordant frénétiquement les mains.

– Pauvre folle ! Vas-tu cesser avec tes stupides histoires d'animaux ! Je t'ai dit mille fois que nous sommes dans une maison respectable et que tu dois faire preuve d'un peu de retenue.

– Je vous jure, maîtresse, Messire Jehan est mort, il est couvert de sang, il a une couronne des rois sur la tête, et le chat roux grimaçait comme s'il était Satan en personne.

Isabelle écarta Marion d'un geste brusque et se précipita vers la chambre où le cadavre couronné l'accueillit, les yeux grands ouverts. Elle s'empara d'un bougeoir, examina la blessure béante à la gorge, l'eau écarlate du bain et se laissa choir sur le lit qui jouxtait la cheminée. Elle défit les premiers lacets de sa cotte qui comprimait son opulente poitrine, s'éventa d'une main et se mit à rugir :

– La Dentue, tu vas tout me raconter et en détail.

– Oui, oui, lui répondit Marion. Pour une fois, Messire Jehan n'avait pas voulu se joindre aux autres et avait demandé à ce que ce soit moi qui lui prépare son bain. J'étais bien contente de m'occuper de cet important seigneur et si gentil avec ça, moi qui ne suis pas très belle. Je pensais qu'il choisirait plutôt Blanche ou la Grande Margaux qui ont de si jolies figures.

– Ça suffit, l'interrompit Isabelle. Dis-moi précisément ce qui s'est passé.

– Eh bien, j'ai fait chauffer de l'eau, j'ai préparé les serviettes de lin que j'ai mises à chauffer devant la cheminée pour quand Messire Jehan sortirait du cuveau...

– D'accord, s'impatienta Isabelle, ce sont les préparatifs habituels d'un bain. Lui, que faisait-il, que disait-il ?

Marion jeta alors un coup d'œil au cadavre et s'écroula sur le sol en pleurant.

– Il m'a dit que j'étais une bien intéressante personne, hoqueta-t-elle. Personne ne me l'avait jamais dit. Il m'a dit qu'il aimerait mieux me connaître et qu'il voulait que je lui raconte ma vie. Personne ne s'est jamais intéressé à ma vie.

– Bon, bon, dit Isabelle qui craignait que Marion ne se perde en lamentations sur son triste sort. Et qu'est-ce qu'il faisait ?

– Oh ! C'était un homme bien honnête. Il ne s'est pas jeté sur moi. Au contraire, il gardait une bonne distance. Ce n'est pas comme avec tous ces hommes qu'on dirait munis de trois douzaines de mains et qui n'arrêtent pas de vous pétrir les fesses et tirailler les tétons.

Isabelle soupira.

– Marion, hâte-toi dans ton récit. Je connais les hommes et ce qu'ils viennent chercher ici.

– Oui, mais lui, il voulait parler. Pendant que je préparais le mélange de saponaire et d'huile d'amande pour qu'il ait la peau douce et propre, il m'a demandé où j'avais vécu, avec qui, ce que j'avais fait...

– C'est bizarre. Nos clients attendent des filles qu'elles leur ouvrent les cuisses, pas qu'elles racontent leur vie. Que s'est-il passé ensuite ?

Isabelle lissait machinalement la couverture de fourrure, un pli d'inquiétude lui barrant le front.

– Il s'est déshabillé. Il n'a pas voulu que je l'aide. J'ai soigneusement plié ses effets. Que du beau et du cher ! Il a grimpé dans le cuveau, l'eau était chaude à souhait. Il a poussé un long soupir de contentement, mais je voyais bien qu'il avait l'air préoccupé. Je n'ai pas osé lui en demander la raison. Je l'ai lavé et massé comme vous m'avez appris à le faire. Par moments, il se laissait aller à mes caresses, mais se reprenait aussitôt et me posait de nouvelles questions.

– Lesquelles ? demanda Isabelle.

– J'en étais arrivée à ma vie avec Gauvard et les soucis que me donne ce vaurien.

– Tu n'as rien dévoilé de ses activités, j'espère.

– Non, bien sûr, je ne suis pas si bête. Je lui ai juste parlé des bons côtés et de notre petite Jacquette. Là, il m'a dit que sa femme ne pouvait malheureusement pas enfanter, ce qui les attristait grandement. Je lui ai dit qu'il ne fallait pas perdre espoir et que Jacquette était née miraculeusement après notre pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, Gauvard et moi.

– On t'avait pourtant dit de ne jamais parler de ça, gronda Isabelle qui bondit sur ses pieds, empoigna Marion et la secoua comme un prunier.

Marion éclata de nouveau en sanglots et, montrant du doigt le cuveau, dit :

– Ce n'est pas grave. Il est mort maintenant. Il n'en dira rien à personne.

Isabelle se rassit sur le lit et fit signe à Marion de continuer son récit.

– Euh... Quand il est sorti de son bain, je l'ai bien étrillé puis je l'ai enveloppé dans de chaudes serviettes. J'ai bien vu à la bosse entre ses jambes qu'il n'était pas insensible à mes soins. Il bandait dru, mais ne faisait pas un geste vers moi. Je l'ai conduit vers le lit sans qu'il dise mot. J'ai délacé ma cotte et gentiment caressé son vit avec mes seins. Ça lui a bien plu.

– Ça va, Marion, je connais la musique, grogna Isabelle. Continue !

– Quand on a eu fini, on a mangé la galette qu'il avait apportée. Il a dit qu'il avait encore faim et il m'a donné des sous pour aller acheter des petits pâtés. Je me suis habillée et lui, il a replongé dans le cuveau. Je lui ai demandé s'il voulait que je lui fasse chauffer de l'eau. Il m'a répondu que non, qu'il voulait juste effacer les traces de son péché. Je me suis dépêchée d'aller chez Enguerrand le Gros, rue Béthisy, acheter des petits pâtés à la moelle. Il y avait du monde avec tous ces gens qui ripaillent, j'ai dû attendre mon tour et quand je...
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Commentaires des lecteurs

8 décembre 2018

Paris, janvier 1393. Mort et nu, tel est retrouvé Messire Jehan, tout près de la Grande Boucherie. Mais avant d'être déposé là parmi les ordures, le vieil homme avait passé la soirée aux étuves de la rue Tirechappe, chez Isabelle ...

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