L'affaire Dreyfus / les événements fondateurs, les événements fondateurs
EAN13
9782200244163
ISBN
978-2-200-24416-3
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
COLLECTION U
Nombre de pages
343
Dimensions
2 x 1 x 0 cm
Poids
480 g
Langue
français
Code dewey
944.081

L'affaire Dreyfus / les événements fondateurs

les événements fondateurs

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Armand Colin

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Introduction?>par Vincent Duclert
Cet ouvrage expose l'histoire d'un événement fondateur du XXe siècle, à l'échelle française comme internationale, l'affaire Dreyfus. Pour justifier de cette dimension fondatrice, les auteurs des différents chapitres, tous spécialistes du sujet et de ses problématiques, ont confronté leur étude aux cinq données constitutives, selon nous, d'un tel événement pour l'âge contemporain. Au-delà de l'affaire Dreyfus, c'est bien la catégorie même de « l'événement fondateur » qui est approchée ici, dans un ouvrage qui se veut inaugural d'une collection dédiée à cette figure historique.1. La dimension fondatrice de l'affaire Dreyfus se prouve en premier lieu dans la réalisation même de l'événement. Dans sa durée, dans son intensité. Dans ce qui fait la qualité d'événement. L'Affaire est fondatrice de l'événement lui-même1. Car celui-ci fut, pour son époque et hormis les temps de guerre, exceptionnel à la fois par sa durée, par son intensité, par son universalité enfin. Surgie dans les premiers jours du mois de novembre 1894, l'affaire Dreyfus s'acheva, du moins judiciairement, le 12 juillet 1906, soit près de douze années après son déclenchement, ou la durée de la Révolution française à laquelle on la compare parfois2. L'intensité de l'événement fut certes inégale, mais elle polarisa littéralement le pays, ses institutions, sa société, son opinion, entre l'automne 1894 et le printemps 1895, puis de manière plus forte encore de l'automne 1897 à la fin de l'été 1899.Durant ces deux années, les journaux furent capables de consacrer près de la moitié de leur espace rédactionnel à l'Affaire, les grands procès se multiplièrent jusqu'à celui de Rennes à l'été 1899, la République parut vaciller sur ses bases, plusieurs gouvernements échouèrent pour leur incapacité à résou-dre la crise, l'armée défia le pouvoir civil, un coup d'État fut tenté à Paris, le nationalisme se greffa à l'antisémitisme et à l'antirépublicanisme, des citoyens proclamèrent leur pleine souveraineté en des pouvoirs organisés, les intellectuels apparurent, s'organisèrent et se firent les porte-parole des droits de l'homme retrouvés, la société se reconfigura sur les valeurs politiques de la démocratie et de la nation. Le monde, et pas seulement la France, se passionna pour cette grande bataille et pour le sort de l'officier juif qui affrontait la raison d'État et la haine des foules.Après le terme provisoire de l'événement à l'automne 1899, acquis par la grâce accordée à Alfred Dreyfus en lieu et place de la justice qu'il avait pourtant réclamée, et rendu possible par le sursaut de la République incarné par le gouvernement dit de « défense républicaine » de Pierre Waldeck-Rousseau , la perspective d'une « relance » de l'Affaire fut systématiquement combattue par les antidreyfusards au nom du danger que l'événement signifiait pour la nation. Au contraire, proclamèrent ceux des dreyfusards qui étaient restés mobilisés, la lutte contre le nationalisme et l'antisémitisme – responsables de la grande crise politique et morale qu'avait traversée le pays – exigeait que justice et vérité soient rendues au capitaine Dreyfus. À l'issue d'un discours décisif du socialiste Jean Jaurès en avril 1903, et avec le soutien du gouvernement dit du « Bloc des Gauches » qui avait succédé à la « Défense républicaine », la marche de la justice put reprendre son cours avec une seconde révision instruite par la Cour de cassation, laquelle rendit le 12 juillet 1906 un arrêt proclamant la pleine et entière innocence du condamné de 1894 et 1899.Au total, on peut affirmer que l'affaire Dreyfus, qui dura près de douze années, domina la France durant trois années pleines, y affectant toutes les dimensions de la vie publique et largement la vie privée des personnes. Des déchirures dans les familles, des ruptures entre amis, mais aussi des amitiés nouvelles, des mariages célébrés, des naissances honorées de prénoms tels Lucie (Dreyfus) ou Georges (Picquart), tous ces indices éminents de l'intensité de l'événement furent produits par l'affaire Dreyfus. Même l'activité économique fut touchée puisqu'à l'issue de la nouvelle condamnation du capitaine Dreyfus au procès de Rennes le 9 septembre 1899, un appel au boycott de l'Exposition universelle qui devait ouvrir à Paris l'année suivante se répandit dans les opinions publiques étrangères. Cette menace accéléra la détermination du président du Conseil Waldeck-Rousseau d'obtenir du président de la République Émile Loubet la grâce immédiate du condamné.
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