Les grandes vies
EAN13
9782246425212
ISBN
978-2-246-42521-2
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
Bibliothèque Grasset
Nombre de pages
1242
Dimensions
20 x 14 x 0 cm
Poids
934 g
Langue
français
Langue d'origine
allemand
Code dewey
920.02
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Fouché?>Traduit de l'allemand
par
Alzir Hellaet Olivier Bournac?>L'édition originale de cet ouvrage a été publiée par Insel-Verlag, en 1929, sous le titre :
FOUCHÉ
© WIlliams Verlag, Zürich et Atrium Press, Londres, 1976.© Éditions Grasset & Fasquelle, 1969, pour la traduction française.?>Il est vrai, comme l'écrivait Stefan Zweig en 1929, que Joseph Fouché (1759-1820) « a trouvé peu d'amour auprès de ses contemporains et encore moins de justice auprès de la postérité », mais il ne se souciait guère de l'amour et de la justice. De la fidélité, encore moins. Il s'est glissé dans tous les partis ; s'il a servi la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Monarchie, il s'en est surtout servi. Acharné à travailler dans l'ombre, contrôlant le moindre de ses nerfs, psychologue sagace et cruel, il endossa la dissimulation, le reniement, la trahison comme une seconde peau. Ce « demi-prêtre » passa des Oratoriens à la Révolution et de la Révolution au pillage d'églises. Conventionnel modéré, il vota la mort du roi le lendemain du jour où il s'était prononcé pour sa grâce. Il cambriola l'ambassade que le Directoire lui avait confiée à Dresde. Ministre de la Police, flanqué d'une armée de mouchards, il tint presque Bonaparte dans sa main. Aux affaires de l'Etat, cet ancien communisant mêla les siennes et devint le « plus grand propriétaire foncier du pays ».Zweig ne juge pas, ne diabolise pas Fouché. Il ne se laisse pas davantage fasciner par son essence négative, son « manque complet de convictions ». Il considère sa force amorale, analyse sa « biologie » machiavélique. Il ouvre au « secret » de son pouvoir et sonde ce que Balzac appelait, dans Une ténébreuse affaire, son « singulier génie ». Comme il le fera pour Marie Stuart et Marie-Antoinette, l'auteur de La Pitié dangereuse se penche sur le cas Fouché avec sa loupe de psychologue. Il saisit ses profils fuyants. Ses dons de narrateur lui permettent d'écrire l'histoire au fil d'un caractère. Cette passionnante entreprise nous renseigne aussi sur des cœurs de l'entre-deux guerres. Que nous dit Zweig ? Que la politique est très rarement le domaine du bien, mais plutôt celui de la trahison et du crime orchestrés par des diplomates « aux mains prestes, aux mots vides et aux nerfs glacés ». Aujourd'hui encore, aux jeux de dupes de la diplomatie, les crédules et les innocents n'en finissent pas de perdre.?>A Arthur Schnitzler,en hommage affectueux.?>Préface?>Joseph Fouché, l'un des hommes les plus puissants de son époque et l'un des plus remarquables de tous les temps, a trouvé peu d'amour auprès de ses contemporains et encore moins de justice auprès de la postérité. Napoléon, à Sainte-Hélène, Robespierre, parmi les Jacobins, Carnot, Barras, Talleyrand dans leurs Mémoires, et tous les écrivains français, royalistes, républicains ou bonapartistes, trempent leur plume dans du fiel dès qu'ils doivent écrire son nom. Traître-né, misérable intrigant, nature de reptile, transfuge professionnel, âme basse de policier, pitoyable immoraliste, aucune injure ne lui a été épargnée ; et ni Lamartine, ni Michelet, ni Louis Blanc n'essaient sérieusement d'étudier son caractère, – ou plutôt son absence admirablement constante de caractère. Pour la première fois ses traits nous sont présentés sous leur véritable aspect dans la monumentale biographie de Louis Madelin (à laquelle la présente étude psychologique, comme toute autre, doit la plus grande partie de ses matériaux) ; à cette exception près, l'histoire a relégué silencieusement au dernier rang des figurants insignifiants cet homme qui, à un tournant du monde, a dirigé tous les partis et a été le seul à leur survivre, et qui, dans un duel d'ordre psychologique, a vaincu un Napoléon et un Robespierre ; de temps en temps sa silhouette encore traverse une pièce ou une opérette sur Napoléon mais, le plus souvent, sous la forme de charge schématique et banale d'un astucieux ministre de la Police, d'un ancêtre de Sherlock Holmes ; une description sans profondeur confond toujours un rôle caché avec un rôle secondaire.Seul, Balzac a vu de la grandeur dans cette figure originale, justement parce que lui-même était grand parmi les grands. Ce haut esprit, plein de pénétration, qui fouillait non seulement la scène mais encore les coulisses du temps, a reconnu sans réserve dans Fouché le caractère psychologiquement le plus intéressant de son siècle. Habitué à considérer, dans sa chimie des sentiments, toutes les passions, celles qu'on nomme héroïques aussi bien que celles qualifiées de basses, comme des éléments de même valeur absolue, habitué à admirer un malfaiteur consommé, un Vautrin, autant qu'un génie spiritualiste, un Louis Lambert, ne faisant jamais de différence entre ce qui est moral et ce qui ne l'est pas et se bornant exclusivement à toujours mesurer l'énergie d'un homme et l'intensité de sa passion, Balzac a précisément fait sortir de l'ombre où il s'était complu cet homme qui fut le plus méprisé et le plus honni de la Révolution et de l'Empire. Il l'appelle« ce singulier génie »,« le seul ministre que Napoléon ait jamais eu », puis« la plus forte tête que je connaisse » et ailleurs« l'un de ces personnages qui ont tant de faces et tant de profondeur sous chaque face, qu'ils sont impénétrables au moment où ils jouent et qu'ils ne peuvent être expliqués que longtemps après la partie ». – Voilà une opinion bien différente de celle, méprisante, des moralistes. Et dans son roman Une ténébreuse affaire il consacre à cet« esprit sombre, profond, extraordinaire, qui est peu connu », une page spéciale :« Ce singulier génie, écrit-il, qui frappa Napoléon d'une sorte de terreur, ne se déclara pas tout à coup chez Fouché. Cet obscur Conventionnel, l'un des hommes les plus extraordinaires et les plus mal jugés de ce temps, se forma dans les tempêtes. Il s'éleva, sous le Directoire, à la hauteur d'où les hommes profonds savent voir l'avenir en jugeant le passé ; puis tout à coup, comme certains acteurs médiocres éclairés par une lueur soudaine deviennent excellents, il donna des preuves de dextérité pendant la rapide révolution du 18 Brumaire. Cet homme au pâle visage élevé dans les dissimulations monastiques, qui possédait les secrets des Montagnards auxquels il appartint, et ceux des royalistes auxquels il finit par appartenir, avait lentement et silencieusement étudié les hommes, les choses ; les intérêts de la scène politique ; il pénétra les secrets de Bonaparte, lui donna d'utiles conseils et des renseignements précieux. A ce moment, ni ses anciens ni ses nouveaux collègues ne soupçonnaient l'ampleur de son génie purement ministériel, essentiellement gouvernemental, juste dans toutes ses prévisions, et d'une incroyable sagacité. »Ainsi s'exprime Balzac. Son hommage avait d'abord attiré mon attention sur Fouché, et depuis des années mon regard suivait à l'occasion cet homme dont Balzac a dit qu'il a« possédé plus de puissance sur les hommes que Napoléon lui-même ». Mais Fouché a su, comme il faisait de son vivant, demeurer dans l'histoire une figure cachée : il n'aime montrer ni son visage, ni ses cartes. Presque toujours il reste dissimulé au sein des événements, à l'intérieur des partis, derrière le voile anonyme de ses fonctions ; son action est invisible comme celle des rouages d'une montre ; et on réussit très rarement à saisir son profil fuyant dans le tumulte des faits et dans les courbes les plus accusées de sa carrière. Chose plus singulière encore, au premier coup d'œil, aucun des profils de Fouché ainsi fugitivement saisis ne concorde avec les autres. Il faut faire un certain effort pour se représenter le même homme de chair et d'os, en 1790, professeur ecclésiastique et dès 1792 pilleur d'églises, en 1793 communiste, et à peine cinq ans après plusieurs fois millionnaire, enfin, dix ans plus tard duc d'Otrante. Mais plus ses changements étaient hardis et plus devenait intéressant pour moi le caractère, ou plutôt l'absence de caractère, du plus parfait des disciples modernes de Machiavel ; plus sa vie politique tout entière passée dans les coulisses et dans les ténèbres devenait pour moi captivante et plus sa figure prenait à mes yeux une allur...
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