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La constellation Rimbaud
Éditeur
Grasset
Date de publication
Langue
français

La constellation Rimbaud

Grasset

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  • AideEAN13 : 9782246826606
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Comment peut-on, adolescent, faire la démonstration d’un talent inouï au point
de devenir une sorte de bête de foire dans les milieux littéraires parisiens,
et à vingt ans, renoncer brutalement à la poésie pour partir vendre du café et
des casseroles en Afrique  ? C’est ce qu’on a l’habitude d’appeler le mystère
Rimbaud. Cette répudiation lui a valu anathème (André Breton) et
incompréhension (Etiemble), certains comme René Char se montrant plus
compatissants («  tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud  »). Mais aucun ne
s’est demandé si ce n’était pas plutôt la poésie qui l’avait lâché, inapte
désormais à rendre compte de la modernité qui, sous la bannière du progrès,
rendait obsolète le vieux monde de l’alexandrin et du sonnet.
Or le jeune Rimbaud fut en première ligne dans ce changement à vue. Il fut
hébergé par Charles Cros, poète et inventeur du phonographe, fréquenta Paul
Demeny dont le frère Georges est un des pionniers du cinéma, usa abondamment
des trains et des vapeurs, posa pour Carjat, le photographe des «  people  »,
assista à la construction du premier métro du monde, celui de Londres, et il
connaissait au moins par Castaner les discussions enflammées du café Guerbois
où Monet, Manet, Cézanne, procédait au dynamitage de l’académisme.
«  Il faut être absolument moderne  », lâche-t-il dans _Une saison en enfer_ ,
établissant bien moins sa feuille de route que reprenant un mantra du temps.
Et la poésie dans tout ça  ? «  Ne va-t-il pas être bientôt temps de supprimer
l’alexandrin  ?  » glissa-t-il à Banville, alors grand maitre du Parnasse. Il
s’en chargea dans _Une Saison en enfer_ et dans les _Illuminations_.
Pour nous aider à percer le mystère, restent heureusement les témoins. Et dans
cette constellation, les étoiles de première grandeur  : Ernest Delahaye,
l’ami du collège, Georges Izambard, le professeur à peine plus âgé que son
élève, Isabelle qui accompagna avec un dévouement amoureux l’agonie de son
frère, et Alfred Bardey qu’on ne peut soupçonner d’avoir été influencé par un
passé dont il ignorait tout quand il engagea à Aden pour surveiller ses
entrepôts de café un jeune Français trainant dans les ports de la Mer Rouge.
Mais tous s’entendent pour confirmer la prophétie du vieux professeur du
collège de Charleville  que fixait derrière son pupitre le regard pervenche :
«  Rien de banal ne germera dans cette tête.  »
Jean Rouaud
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