Léo Ferré, comme si je vous disais, comme si j'vous disais
EAN13
9782809800302
ISBN
978-2-8098-0030-2
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ARTS ET SPECTAC
Nombre de pages
261
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
354 g
Langue
français
Code dewey
782.421

Léo Ferré, comme si je vous disais

comme si j'vous disais

De

Préface de

Archipel

Arts Et Spectac

Indisponible
DU MÊME AUTEUR

Le Roi des rats (préface de Léo Ferré), Gallimard, 1965.

Nibergue, Gallimard, 1969.

Le Vide-ordures (avec Paul Castanier), Éditions P.-J. Oswald, 1975.

Trois plus une (collectif), Azergues, 1975.

Le Dernier Mandrin (avec Jean-Baptiste Buisson), Grasset, 1977.

Le Tombeaux des jaloux, Fil d'Ariane éditeur, 2000.

La première édition de cet ouvrage a paru
en 2001 chez Fil d'Ariane Éditeur
sous le titre Je n'suis pas Léo Ferré.

www.editionsarchipel.com

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eISBN 978-2-8098-1104-9

Copyright © L'Archipel, 2008.

Il y eut le mal-aimé
Il y a la Non-Nommée
À qui ces pages sont dédiées...

... dédiées aussi
ça va de soi,
à Angie-Ariane

Préface

Il y a sur un coin de ma bibliothèque une photo de Maurice Frot, de profil, l'air pensif, soupesant de loin, de haut, sa ville, Decazeville. À côté j'ai mis une carte postale proclamant, en rouge sur fond noir, « ni Dieu ni maître ». Tout un programme, le sien. Ses racines d'une part, qu'il a rageusement réduites en pièces à la hache, dans ses écrits de bûcheron, ses choix d'autre part. Il est sur cette photo comme je l'ai connu pendant plus de trente ans, massif : un roc. Un roc qui a fini par se déliter. Près de la mort qu'il sentait venir et espérait peut-être, il travaillait à la réédition de ce livre. Dans son repaire du boulevard Sébastopol, nous en discutions souvent, à chacune de mes visites et jusqu'à quelques jours avant la fin. Et j'ai sous les yeux vingt-et-une pages manuscrites, de son écriture ronde et que j'aime, vingt-et-une pages que j'ai scrupuleusement respectées. Il avait tout relu, tout prévu, et j'ai simplement ajusté quelques passages dans lesquels l'insertion de ce qui était, dans la première édition, en note, créait quelques répétitions. Voilà donc pour le texte. Il est corrigé, amendé, mais j'ai en toutes choses respecté ce que l'auteur avait prévu. J'y ai même laissé une erreur que je rectifie ici. Au chapitre 18, Maurice raconte que c'est moi qui l'avait branché sur Krivine, que nous habitions dans le même immeuble du XIVe arrondissement, etc. Les choses se sont passées de façon un peu différente. J'habitais bien dans le XIVe mais je ne sais absolument pas où vivait Krivine. En revanche, contacté par Maurice qui avait des problèmes de service d'ordre pour les galas de Léo, j'avais trouvé le lien avec la Ligue Communiste, et Krivine avait arrangé les choses. Quant à mon divorce, il ne s'est pas tout à fait passé comme il le raconte, mais cela importe peu.

Le dernier des vingt et un feuillets qu'il a laissés, le seul que je n'ai pas pu intégrer dans le texte, se présente ainsi :

N'ayant pas trouvé où les placer, je propose donc ici au lecteur ces « additifs », dans leur graphie originale.

Venons-en à ce livre.

Lorsqu'en 1956 Maurice pénètre dans l'univers de Léo, il travaille dans une boîte de contreplaqué, commercial non fanatique et anarchiste dans l'âme, la révolte chevillée au corps. Parmi les rares notes de ce livre qu'il avait prévu de « sucrer », on trouve celle-ci :

Je passe une journée à Albi avec mon amie de cœur Nathalie Sayous afin de préparer (au pastis !) notre soirée « Rencontre avec... » au Théâtre de la Croix Blanche que dirige son compagnon Richard Massoutier, soirée qui sera montée sur son initiative le 1eravril 1999 – l'année-omelette pleine de n'œufs !

Celle qui, sur scène, sera ma tortionnaire a potassé l'énorme dossier que lui a confié notre ami commun Denys-Paul Bouloc, archiviste de l'Association des Écrivains du Rouergue. C'est lui qui nous a présentés aux précédentes Journées Poésie de Rodez – où je donnais dans l'angoisse une matinée « Thank you Ferré » –, et sur l'instant entre elle et moi : flash !

Elle a devant elle un bloc avec une liste de dix mille questions. Tout y passe : et ma jeunesse et l'Indochine et Ferré et mes fêtes politiques et Le Printemps de Bourges et mes Spectacles en prison, bref ma vie, mon œuvre, mes joies et mes emmerdes !

Bien entendu, on finit par en arriver à l'incontournable anarchie – dont elle n'a jamais autant entendu parler, dit-elle, en m'avouant n'y connaître que lape.

Alors j'y vais de mes Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Pouget, Louise Michel... mais j'suis pas prof de sociologie, moi ! Si je l'ai vécue à ma façon, l'anarchie, j'en ai jamais fait un fromage.

Ferré, lui, du plus fond de ses tripes, il y baignait. Sans même le connaître il avait fait sien le vieux slogan libertaire « Vivre et jouir sans entrave » – et ce sera sa ligne de conduite.

L'anarchie, qu'il a dit le mec, et écrit et proclamé, est la plus haute définition de l'autre – l'anarchie il en a dit tant et plus, toujours avec justesse, avec sa grâce inimitable. On est toujours du bon côté quand on est avec ceux qui souffrent la persécution et l'injustice... Si, dans l'Histoire, il n'y avait pas eu quelques gusses, très peu, pour dire non, on en serait encore à gambader dans les arbres... Divine anarchie, adorable anarchie, tu n'es pas un système, un parti, une référence, mais un état d'âme. Tu es la seule invention de l'homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l'avoine du poète.

Après ces quelques références à ton idole, pour en finir, Natalia mia, je te le répète : sache que pour ma part je ne me suis jamais posé en anarchiste – mot qui contient en germe, même légitimes, agressivité et violence.

Pour l'inconditionnel Macoute, le libertaire individualiste qu'il a été toute sa putain de vie est d'abord un altruiste. Un optimiste (la pensée positive ! n'oublie jamais) qui s'entête à croire à l'amour universel, à la richesse intérieure, à ne vouloir regarder qu'au-dessous de la surface des choses – c'est-à-dire au-dessus.

Tout est dit. Deux libertaires se rencontrent donc en 1956. L'un sait déjà qu'il est musicien et poète, que sa voie est dans sa voix, l'autre se croit poète et dessinateur et ne sait pas encore quel remarquable prosateur il sera, romancier parfois difficile à lire, intransigeant avec la langue. S'ensuivront dix-sept années de collaboration fraternelle, dont ce livre rend compte à sa façon, dans cette langue inimitable grâce à laquelle j'entends la voix de Maurice chaque fois que je le lis. Une voix de conteur, la voix d'un homme qui aimait faire partager ce qu'il savait, ses expériences de la Résistance, de la guerre d'Indochine, une recette de cuisine, la construction des cathédrales, la pêche à la morue... Car il en savait des choses, Maurice, et en particulier sur Léo. D'où l'aspect irremplaçable de cet ouvrage, qui nous livre tout chaud, parfois tout cru, son témoignage de premi ère main sur les frangins et les frangines comme il disait, Léo, Popaul, Richard, le Kid, la Comtesse, d'autres encore...

Je suis pour ma part arrivé beaucoup plus tard dans cette fine équipe. En octobre 1971. Macoute en raconte les circonstances, La Cause du peuple, « Le conditionnel de variétés », la distribution du journal dans la salle de Bobino : « Demandez La Cause du peuple ! »... Je l'ai aussi raconté, en d'autres termes :

« Je téléphone à Bobino. Je tombe sur Félix Vitry, le propriétaire des lieux, lui expose mon projet, il me dit qu'il ne peut rien faire, qu'il faudrait rappeler le soir, demander Maurice Frot. Lui, je connaissais son nom, j'avais lu son premier roman, Le Roi des rats, parce qu'il était préfacé par Ferré, justement, et j'avais aimé cette écriture forcenée, ce verbe du désespoir, et ce spectre de l'Indochine, moi qui avais milité contre la guerre d'Algérie... Frot, donc, que j'appelle et qui, sans s'émouvoir outre mesure ni me demander d'où je sors, me donne rendez-vous le lendemain : “Tu passes par la porte qui donne sur la cour, tu arrives aux loges...” J'y arrive, donc. Il y avait là Maurice, Popaul, Léo et le Kid, autrement dite Geneviève, la copine de Maurice à l'époque, qui était photographe, j'y reviendrai. Léo, à qui j'entreprends donc de vendre ma salade [...]. Léo, donc, me dit : “D...
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