L'affaire du Toon tueur
Format
Poche
EAN13
9782012004764
ISBN
978-2-01-200476-4
Éditeur
Hachette
Date de publication
Collection
Bibliothèque verte (837)
Dimensions
18 x 11 x 1 cm
Poids
129 g
Langue
français
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1?>LA NOYÉE DU 31 AOÛT?>Le brigadier Lebon était heureux. L'été s'en allait, enfin ! Plus il approchait de la retraite, plus Lebon redoutait la déferlante de touristes sur les plages de Sainte-Zénobie1. Hors saison, ce n'était qu'un gros bourg assoupi auprès de l'océan, douillettement niché entre ses dunes blondes et la fraîcheur de ses marais. Un vent du diable en automne, brouillard et pluie l'hiver, sans plus d'histoires qu'il n'en fallait, n'en déplaise à l'adjudant-chef qui rêvait toujours de démêler l'affaire du siècle. Mais il ne se passait jamais rien à Sainte-Zénobie. Surtout pendant la morte-saison. Les commerçants de la côte fignolaient les pièges à touristes et, dans l'arrière-pays, les fermiers écoutaient pousser leurs choux et leurs mogettes2... Au début, Lebon s'était méfié de ces gens qui causent bizarrement entre eux. On l'avait rassuré : dans le marais, vivent les maraîchins et les maraîchins parlent la langue maraîchine, normal non ?Donc septembre pointait le museau et, renonçant à la folie estivale, Sainte-Zénobie redevenait la Belle au bois dormant, à la satisfaction de Lebon qui aimait les choses simples. Comme ce rapport qu'il rédigeait d'une frappe maladroite. C'était un accident, une noyade — « Bain de minuit tragique de la dernière nuit d'août », titrait le journal local. Un pêcheur matinal avait aperçu le corps flottant sous les piliers du ponton. Les pompiers et le médecin légiste étaient d'accord : un cas évident d'hydrocution. Quant à l'identité de la victime, pas de mystère : on avait retrouvé ses papiers dans le sac resté sur la plage.Lebon s'appliqua à écrire le nom bien français. Marilyne Lavallée, Canadienne selon le passeport. Vingt-cinq ans. Le brigadier recopiait le signalement — cheveux blonds, yeux bleus — quand des voix lui parvinrent. La porte s'entrouvrit. Le collègue — un jeunot préposé à l'accueil — demanda quand l'adjudant-chef serait de retour.« Demain ! grogna Lebon. C'est pourquoi ? ajouta-t-il, conscient qu'en l'absence du chef, le chef, c'était lui.— Pour la noyée. C'est un jeune témoin. Il parle de meurtre. »Lebon se leva, passa la tête par l'entrebâillement. Et explosa...« Un témoin, hein ? Je le connais votre témoin ! Frédo la Vanne ! Fichez-moi ça dehors illico ! J'ai pas de temps à perdre pour écouter les salades de ce galopin !— Mais il dit que...— Je devine ce qu'il raconte ! Qu'il s'occupe de son cartable ! C'est la rentrée du collège ce matin ! Et qu'il ne remette plus les pieds ici ou je le fiche au trou ! »Impressionné, le jeune gendarme regagna l'accueil. « Frédo la Vanne ! » avait hurlé le chef comme s'il annonçait Jack l'Éventreur... Pourtant le garçon — treize ans peut-être — n'avait rien de bien terrible malgré sa tignasse ébouriffée.« Vous fatiguez pas, j'ai entendu, fit l'adolescent. De toute manière c'est pas lui que je voulais voir. Bon ! Sans rancune ! »La porte se referma sur le garçon. De l'autre côté de la cloison, le brigadier vociférait toujours :« Frédo la Vanne ! Une fois ça va, j'ai flairé le piège, sinon j'aurais arrêté M. le curé pour tapage nocturne. Passe encore pour le coup de l'ovni dans le champ du père Boulleau. Mais la troisième fois, c'était très grave !— Si grave que ça, chef ? »Lebon sursauta. Il n'avait pas entendu revenir le jeunot. Ses gros sourcils gris formèrent une barre menaçante et sa moustache se hérissa :« Tellement que je préfère pas en parler ! »Et il se remit à son rapport. L'autre reprit son poste. Frédo la Vanne, un surnom transparent. Pourtant il aurait juré que le gamin ne venait pas faire une blague. Sans avoir une longue expérience, on peut lire bien des choses dans un regard. Et, malgré une attitude désinvolte, c'était la peur qu'exprimait celui de l'adolescent.Le jeune gendarme fut frôlé d'un horrible soupçon : un chef, est-ce que ça peut se tromper ?1. Zénobie, reine de Palmyre, fut loin d'être une sainte et aucune localité ne porte ce nom. Alors, des lieux de pure invention ? Voire ! Et les personnages ? Seuls les bons ont un modèle vivant, déclare l'auteur, prudent.2. Les mogettes sont de gros haricots blancs à peau fine. La langue maraîchine (ou parlanjhe ) est issue principalement de la langue d'oïl médiévale.?>2?>LES COLÈRES DE JIHELJY?>SAINTE-ZÉNOBIE 5 KM. La plaque émerge du brouillard matinal qui rampe sur la route tracée au scalpel à travers le marais. Une départementale déserte en ce début septembre.Jean-Luc Jallien accélère. Le moteur émet un hoquet de protestation. Le même que celui de l'assureur à l'évocation du contrôle technique pas-encore-fait-mais-qu'il-ferait-incessamment-sous-peu... L'essentiel, c'est d'avoir effectué sans problème le trajet depuis la capitale. Il a roulé de nuit, il sera à l'heure au rendez-vous. Pour une fois ! s'écrie dans sa mémoire la voix de Mélie. Est-ce par cette remarque que leur dispute stupide a commencé ? Mélie (Anne-Mélanie Delorne, informaticienne de choc chez Logi-Technase) est une vraie mécanique de précision. La preuve, il la porte au poignet : une montre sophistiquée et apte à des plongées abyssales qu'elle lui a offerte la veille, au dîner-anniversaire de leur première rencontre, un 1er septembre, un an déjà ! Comme ça tu seras jamais en retard, mon Bizounours ! Un commentaire de trop. Comme s'il ignorait que du matin au soir il court après un Temps qui le devance sans pitié. M'appelle pas comme ça ! avait-il jeté agacé. La riposte avait fusé, chargée de T.N.T. Vrai, tu fais plutôt ours mal léché !Après dîner, il s'était replongé dans le dossier que le boss classait prioritaire. Et il stressait. Dur d'être le jeune Monsieur Idée-Géniale de la dynamique agence Pub-Promo, spécialisée dans les cartoons publicitaires. Surtout que son dernier coup d'éclat — le spot pour les produits vétérinaires Klebby-Kan — venait de propulser Pub-Promo au top des boîtes dans le vent. Un succès foudroyant grâce aux toons imaginés par Jallien. Didier Longuet l'admettait. De quoi les rendre nerveux tous deux pour des raisons inverses. Ah le « team » Longuet-Jallien, les jeunes créatifs de Pub-Promo ! Le premier concepteur rédacteur, le second directeur artistique. L'un chargé des mots, l'autre des images. Et en commun les mêmes angoisses, séquelles d'un métier angoissant. Jallien est le plus calme. Sans doute grâce à un puissant dérivatif, une passion secrète qui remonte loin : quand je serai grand, je serai dessinateur !Je suis dessinateur, se répète-t-il quand, oubliant ses planches de pub, il laisse son crayon tracer des mondes fabuleux. Encore perdu entre deux galaxies, se moque souvent Mélie devant les vignettes. Ah son crayon, son ami, son frère ! Au diable le graphisme par ordinateur ! Mélie, chargée du suivi des logiciels chez Pub-Promo entre autres, a renoncé à le convertir aux séductions informatiques... Et ce soir-là, tandis qu'il peaufinait le story-board1 d'un nouveau projet, il s'est exaspéré de l'entendre baragouiner sur son téléphone mobile en langage d'initié. E-mail, web, giga-octets, tout lui a paru autant d'injures cyber-nétiques... Il a osé grogner contre ce jargon. Mélie l'a mal pris.« Mieux que les wouahm et les splash de tes bédébilités !— Tu n'y connais rien en B.D. ! a-t-il jeté, outré de ce coup de poignard perfide au cœur de ses rêves.— J'ai d'autres lectures...— Frimeuse !— Crétin ! »Duel verbal poursuivi avec un crescendo du plus bel effet, et achevé sur le vlam ! sonore d'une porte protestataire. Exit Mélie. Non sans avoir hurlé qu'elle ne voulait jamais plus le revoir, ni dans cette vie ni dans les réincarnations à suivre ! Une rupture qui l'a secoué. Le lendemain, c'est un Jallien à cran qui arrivait chez Pub-Promo.« Salut, E.T. ! a lancé Didier avec son humour délicat censé définir le collègue jamais-les-pieds-sur-terre... Tu tombes bien ! Le boss nous demande. »Là, le débat s'est enflammé. Le patron voulait retarder le projet en cours. Il venait d'être contacté par un certain Cézaire Servier, directeur du marketing de la société Belgatto, spécialisée dans l'alimentation pour chats.« Ils nous veulent, c'est les retombées du succès Klebby-Kan. Vous partez les voir. Deux jours au max ! »En proie à la fièvre créatrice, Longuet avait renâclé. Pourquoi partir ? ...
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