La nuit des bêtes, et autres histoires fantastiques d'animaux
Format
Poche
EAN13
9782013215824
ISBN
978-2-01-321582-4
Éditeur
Le Livre de poche jeunesse
Date de publication
Collection
Livre de Poche Jeunesse (637)
Dimensions
17 x 11 x 0 cm
Poids
69 g
Langue
français

La nuit des bêtes

et autres histoires fantastiques d'animaux

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Le Livre de poche jeunesse

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1?>La nuit des bêtes?>L'alerte atomique fut déclenchée un 19 septembre, à cinq heures de l'après-midi.Une alerte atomique, ça voulait dire que des fusées atomiques avaient été lancées quelque part sur la planète, et qu'elles allaient bientôt retomber autre part sur la planète, mais on ne savait pas où.Elles allaient retomber sur la tête de millions de gens innocents et elles exploseraient dans une lumière si vive que le soleil à côté paraîtrait une allumette qui flambe... Elles exploseraient avec un bruit si gigantesque qu'une pile d'assiettes se brisant dans la cuvette de l'évier semblerait un soupir en comparaison... Elles exploseraient avec une chaleur si forte que tout brûlerait, tout fondrait, comme neige au soleil !Là où les bombes tomberaient, tout le monde mourrait.C'est pour prévenir les gens, pour qu'ils aient le temps de se mettre à l'abri et aient une petite chance de ne pas mourir, que l'alerte avait été déclenchée dans tous les pays du monde, dans toutes les villes de France. Et, parmi celles-ci, dans la ville où habitait Clo.Clo s'appelait en réalité Clotilde, mais elle tenait à ce qu'on l'appelât Clo. Clo avait neuf ans. Elle était grande pour son âge, mince, elle avait les cheveux châtains, longs dans le dos, avec une frange sur le front qui lui mordait les yeux. Les yeux de Clo étaient très noirs et se posaient avec sérieux sur toutes les choses du monde.Lorsque les sirènes sonnèrent, Clo était seule chez elle. L'école finissait à quatre heures et demie. L'alerte ayant été déclenchée à cinq heures, elle avait eu tout le temps de rentrer : elle passait par la rue Longue (qui est en réalité très courte), la rue Mercadière, avec ses acacias plantés dans le trottoir, le square des Rosiers enfin, où il n'y avait pas de roses mais des balançoires et un toboggan. Après le square, c'était la rue Jolie-Madame (un nom qu'elle aimait), la rue où Clo habitait, au numéro 27, deuxième étage droite.Clo était seule chez elle à cinq heures parce que sa maman travaillait et que son papa était mort des siècles auparavant, quand elle avait six ans.Clo se souvenait encore d'un grand homme brun qui sentait le tabac à pipe, riait fort et, parfois, mais pas assez souvent, la soulevait dans ses bras et lui écrasait les joues de baisers piquants. Clo se souvenait aussi être allée voir papa à l'hôpital, une seule fois. Posé sur le lit blanc, sa tête sur l'oreiller blanc, papa ne paraissait plus si grand et ne riait plus. Il avait seulement souri et, en caressant la joue de Clo, il lui avait dit :« Il faut me promettre d'être toujours une gentille petite fille avec maman. »Clo avait promis, sans comprendre. Ensuite papa était mort et Clo avait compris.?>2?>Depuis son deuxième étage sans balcon, elle vit dans la rue des gens courir, avec des valises et des balluchons à bout de bras, elle entendit des gens parler, crier, pleurer. Une fois, à la campagne, dans une forêt, elle avait observé des fourmis courir en tout sens parce que maman avait dérangé avec un bâton une grosse maison de fourmis, faite d'aiguilles de pin.La sirène mugissait toujours, ouinnnnnhonnnn... ouinnnnhonnnnn..., la rue s'était peu à peu vidée de ses fourmis, mais Clo regardait encore, attendant elle ne savait quoi. Au début, elle avait été un peu effrayée. Maintenant, elle était seulement intriguée, presque amusée. Elle ne savait pas ce que c'était qu'une alerte atomique. Elle ne savait pas ce que c'était qu'une bombe atomique. Elle ne savait pas que quelque part dans le monde, il y a des fous qui...Elle ne le savait pas car, chez elle, maman ne parlait pas de ces choses-là.Dans la rue déserte, une grosse voiture noire passa lentement, avec un haut-parleur qui aboyait :
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