Amélie Elie, dite Casque d'or, roman
EAN13
9782702129937
ISBN
978-2-7021-2993-7
Éditeur
Calmann-Lévy
Date de publication
Collection
BIOGRAPHIES, AU
Dimensions
21 x 14 x 2 cm
Poids
327 g
Langue
français

Amélie Elie, dite Casque d'or

roman

De

Calmann-Lévy

Biographies, Au

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1?>C'ÉTAIT UN LUNDI SOIR, vers dix heures. Le mois de décembre 1901 se terminait et il faisait un froid humide. Amélie Élie, pendue au bras de Dominique Leca, savourait son nouveau bonheur. Trois jours déjà qu'ils s'aimaient. Elle l'avait croisé dans un café du boulevard Voltaire et, si cette première rencontre n'avait pas vraiment été un coup de foudre, il avait su la séduire. Tout naturellement, les deux jeunes gens avaient installé leur amour tout neuf dans un meublé de la rue Godefroy-Cavaignac.Ce soir-là, quelques amis les accompagnaient, des jeunes gens entre seize et vingt-deux ans, à l'allure délurée, coiffés de casquettes à pont et chaussés de bottines à boutons plus ou moins éculées. Ils habitaient le même quartier et, surtout, appartenaient à la même bande de jeunes voyous, celle de la rue des Orteaux. La joyeuse troupe descendait la rue Popincourt dans la direction du boulevard Voltaire. Tous riaient haut, se vantant de leurs derniers exploits, des pantes qu'ils avaient bousculés l'après-midi même, des michets dont ils avaient vidé les poches, de la rousse à qui ils avaient encore réussi à échapper. Les garçons tenaient les filles par la taille et ils étaient en route pour l'un de leurs cafés habituels. Sûr, ils allaient s'amuser jusque tard dans la nuit.À la hauteur de la rue du Chemin-Vert, ils ne prirent pas garde aux deux individus, la casquette baissée sur les yeux, qui marchaient à leur rencontre. Aucun d'entre eux ne vit arriver l'attaque. Au moment où ils se croisèrent, l'un des deux hommes, un couteau à la main, se jeta sur Dominique Leca, le blessant à la tête. Un coup de feu claqua tandis que les deux malfaiteurs prenaient la fuite. Cela ne prit pas plus de deux minutes. Des gardiens de la paix, alertés par le coup de revolver, prirent les deux agresseurs en chasse. La vague d'attentats anarchistes et l'insécurité qui régnait alors dans les quartiers périphériques de la capitale avaient mené le préfet Lépine à renforcer la surveillance policière. Si le quadrillage généralisé des quartiers difficiles de Paris mettait les policiers à la vue de tous, il n'en rendait pas pour autant leur tâche plus aisée, cantonnés qu'ils étaient, en fait, dans un rôle de figuration face aux apaches.Le calme revenu, la bande des Orteaux se regroupa autour de son chef. Leca saignait abondamment. Amélie et ses amis le conduisirent dans une pharmacie proche où on le pansa.- C'est Manda, cria-t-il, je l'ai reconnu.Erbs tenta de le calmer mais il continuait à répéter :- C'est Manda, ce dégoûtant.Amélie aussi avait reconnu Manda, son ancien amant, dans l'un des deux hommes, et elle tremblait encore de la peur qu'elle avait eue en le voyant surgir et sauter sur Leca.La soirée était fichue et, le pansement terminé, la bande des Orteaux raccompagna son chef et sa nouvelle compagne jusqu'à la porte de leur garni.Pendant ce temps-là, les deux agresseurs tentaient d'échapper aux gardiens de la paix qui les poursuivaient toujours. Manda et César Heil, dit le Boulanger, ou la Boulange, couraient, et le pavé glissant défilait sous leurs bottines pointues. Sans se concerter, le souffle court, ils se séparèrent, toujours courant, Manda vers le boulevard Voltaire tandis que la Boulange remontait la rue du Chemin-Vert. Espérant échapper à ses poursuivants, ce dernier pénétra dans un débit de vins. Hors d'haleine - son embonpoint le gênait pour ce genre d'exercice -, Heil gagna l'escalier en colimaçon qui conduisait à l'appartement du commerçant et entra précipitamment dans la pièce du premier étage. Avisant un lit, il se glissa vivement sous l'édredon. Quelques minutes plus tard, quatre mains tiraient vigoureusement la couverture qu'il tentait vainement de retenir au-dessus de sa tête. Deux agents appréhendèrent le jeune homme et le conduisirent au commissariat.Le Boulanger avait repris son souffle, mais aussi ses esprits. Arrivé devant le commissaire de police, M. Bottolier-Lasquin, Heil retrouva Manda, le chef de la bande de la Courtille, qui, lui aussi, s'était fait capturer. L'interrogatoire commença aussitôt.— C'est une erreur, monsieur le commissaire, s'indigna Manda, c'est nous qu'avons été attaqués et on s'est enfuis pour éviter les coups de feu.- Mettez-vous à notre place, ajouta Heil avec un sourire railleur, c'est la peur, monsieur, qui nous faisait courir, et c'est aussi la peur qui m'a jeté dans le lit du marchand de vins.Les agents n'ayant trouvé sur les lieux de l'agression ni cadavre, ni blessé, pas même un plaignant, on fut bien obligé d'admettre la version des deux compères. Faute de preuves, le commissaire les remit en liberté.?>2?>PLACE DE LA RÉPUBLIQUE, la valse des chevaux de bois donnait le tournis aux passants et les orgues de Barbarie jouaient à tout va. À chaque coin de rue, musiciens et chanteurs vendaient aux badauds les chansons du jour. La foule se pressait autour des camelots qui ne ménageaient pas leurs boniments et les marchands de jouets avaient les honneurs de la journée. Les baraques foraines s'étalaient le long du boulevard. Éclats de rire, visages épanouis malgré le temps maussade, le flot joyeux des Parisiens défilait en cette fin d'après-midi : tous fêtaient le 1er janvier, et ce siècle avait deux ans.Insensible à l'allégresse générale, Amélie serra un peu plus son châle sur ses épaules. Depuis quelque temps déjà, la nuit était tombée. Et toujours cette pluie fine et pénétrante, sous un ciel sans étoile. La tristesse la gagnait. Elle n'était pas en veine et aucun bourgeois ne s'était laissé tenter de tout l'après-midi. Bien sûr, la plupart étaient en famille mais, de son côté, le cœur n'y était pas. Elle pressa le pas et, empruntant le boulevard Voltaire, se dirigea vers la rue Godefroy-Cavaignac où son homme blessé l'attendait.Pourquoi l'avait-elle laissé seul ? Elle savait qu'il lui en voudrait de s'en faire, mais c'était plus fort qu'elle. Ça la prenait là, au ventre, et chaque fois qu'elle y pensait, elle revivait la bagarre avec le même affolement et la même haine. Plus que la blessure de Leca, c'était de savoir Manda en liberté qui l'inquiétait. Il voulait se venger et il recommencerait. La prochaine fois peut-être... Elle frissonna sous la pluie.Amélie marchait de plus en plus vite. Arrivée à la hauteur de la rue de la Roquette, elle quitta le boulevard Voltaire et s'engagea dans la rue Godefroy-Cavaignac. Elle pénétra sous un porche arrondi en enjambant les flaques laissées par l'eau qui ruisselait entre les pavés disjoints. Dès qu'elle fut engagée dans l'escalier, si étroit que deux personnes ne pouvaient s'y croiser, elle secoua sa jupe alourdie par la pluie.Elle grelottait sous son châle trempé tout en gravissant l'escalier aux marches en bois usées en leur milieu. Une ouverture large et peu haute éclairait faiblement l'intérieur et elle se guidait grâce à une balustrade à claire-voie qui servait de rampe. Des odeurs écœurantes de repas refroidis s'échappaient des fenêtres percées dans les réduits qui servaient de cuisines et donnaient directement sur l'escalier. Après la première porte qui s'ouvrait, entre deux marches, avant le palier, elle s'arrêta au premier étage. Un couloir, étroit et obscur, desservait les chambres. Elle poussa la porte.La jeune femme resta stupéfaite en découvrant son amant debout, habillé, et paraissant en assez bonne forme. Il s'étonna de sa mine défaite et de son inquiétude. L'attrapant par la taille, il s'écria d'un air joyeux :- Et si je t'emmenais boire une mominette, tu me ferais une autre goule que celle que je vois ?- Oh toi alors ! Qu'est-ce que tu peux être gosse !- Dépêche-toi de te sécher. Regarde un peu l'allure que t'as ! Aucun michet ne voudrait de toi, même gratis.Amélie se planta devant la glace accrochée au-dessus de la petite table de toilette, laissa tomber ses cheveux sur ses épaules puis, attrapant l'unique serviette qui pendait à côté du broc d'eau et de la cuvette émaillée, les frotta vigoureusement. D'un geste sûr et gracieux, elle releva sa chevelure claire qu'elle ramassa en un chignon retombant sur le devant du crâne.Amélie était plutôt jolie. Elle avait cette joliesse des filles simples dont la vie difficile se charge rapidement de défaire ce que...
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