La 37ème heure, roman
EAN13
9782848930428
ISBN
978-2-84893-042-8
Éditeur
Deux terres
Date de publication
Collection
EDITIONS DES DE
Nombre de pages
320
Dimensions
24 x 15 x 2 cm
Poids
467 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
849

La 37ème heure

roman

De

Traduit par

Deux terres

Editions Des De

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Titre original :
The 37th Hour
Éditeur original :
Delacorte Press, Random House, New York
© original: Jodi Compton, 2004
ISBN original: 978-0-38533-713-7
Pour la traduction française :
© Éditions des Deux Terres, mars 2007

ISBN : 978-2-84893-162-3

TRADUIT DE L'ANGLAIS (ÉTATS-UNIS)

PAR JEAN ESCH

CHAPITRE 1

N'importe quel flic peut vous raconter comment, un jour, la chance lui a souri dans son boulot. Ça arrive assez souvent. Alors qu'il est dans la rue, en service ou de repos, un agent voit soudain deux types coiffés de casquettes de base-ball, avec des lunettes noires, sortir d'une banque en cavalant. Coup de chance, il y a un policier sur place avant même que le Central reçoive l'appel.

En ce qui concerne les affaires de personnes disparues, c'est un peu différent. Généralement, les individus que vous cherchez sont déjà morts, ou bien ils ont quitté la ville ou l'État, ou alors ils se cachent. En tout cas, ils ne sont pas bien en évidence quelque part, à attendre que vous tombiez dessus par hasard. Ellie Bernhardt, quatorze ans, serait l'exception qui confirme la règle.

La veille, la sœur d'Ellie était venue me voir ; elle avait fait tout le trajet jusqu'à Minneapolis, de Bemidji dans le nord-ouest du Minnesota. Ainsley Carter avait vingt et un ans, vingt-deux au maximum. C'était une fille mince, avec ce genre de beauté timide et nerveuse qui semble n'appartenir qu'aux blondes, mais ce jour-là, comme presque tous les autres jours sans doute, elle avait décidé de ne pas mettre en valeur son physique, se contentant d'un peu de mascara marron foncé et d'une touche d'anti-cernes qui ne parvenait pas à masquer les traces d'une nuit sans sommeil. Elle portait un jean et un de ces T-shirts de base-ball bicolores, blanc avec des manches longues bleues en l'occurrence. Une simple bague en argent ornait sa main droite et un petit solitaire brillait à son annulaire gauche.

– Je pense que ma sœur est ici, quelque part en ville, dit-elle dès que je l'eus fait asseoir devant mon bureau avec une tasse de café. Elle n'est pas rentrée de l'école depuis avant-hier.

– Vous avez contacté la police de Bemidji ?

– Thief River Falls, rectifia-t-elle. Ellie vit encore là-bas, avec notre père. Mon mari et moi, on a déménagé après notre mariage. Ils ont dit qu'ils s'en occupaient, mais, à mon avis, elle est ici. Je pense qu'elle a fait une fugue.

– Est-ce qu'une valise ou un sac a disparu ?

Ainsley pencha la tête sur le côté ; elle réfléchissait.

– Non. Mais son cartable est très gros et, en fouillant dans ses affaires, il m'a semblé qu'il manquait des choses. Des choses qu'elle n'emporterait pas à l'école, mais qu'elle prendrait certainement avec elle si elle avait décidé de quitter la maison.

– Quel genre de choses ?

– Eh bien, elle avait une photo de notre mère. Maman est morte il y a six ans environ. Puis je me suis mariée, et je suis partie m'installer ailleurs avec Joe. Ellie vivait seule avec papa.

Je sentais qu'une histoire prenait forme à partir de ce qui n'était au départ que de simples informations factuelles. Je ne dis rien, j'attendais la suite.

– Jusqu'à présent, Ellie avait des copines comme tout le monde, bien qu'elle soit un peu timide. Mais depuis un an environ... papa a l'impression qu'elles sont en froid. Peut-être parce que Ellie est devenue très jolie. Tout à coup, en l'espace de quelques mois, elle a grandi, elle a pris des formes et elle a un visage magnifique. En même temps, elle est entrée au lycée, c'est un sacré changement. Je me dis que les autres filles ont commencé à la regarder différemment, comme les garçons.

– Les garçons ?

– Depuis qu'Ellie a treize ans, les garçons lui tournent autour. La plupart sont plus âgés qu'elle, d'après papa. Et ça l'inquiète.

– Votre sœur fréquentait quelqu'un de plus âgé, quelqu'un qui n'inspirait pas confiance à votre père ?

– Non, dit Ainsley. À sa connaissance, Ellie ne fréquente aucun garçon. Mais j'avoue que je ne sais pas grand-chose de sa vie. (Elle marqua une pause.) Voyez-vous, papa a presque soixante-dix ans. Ma sœur et moi, on ne lui a jamais raconté nos histoires de filles. Ce n'est pas lui qui peut me renseigner sur la vie intime d'Ellie. Plusieurs fois j'ai essayé de la questionner au téléphone, mais ce n'est pas pareil. Je crois qu'elle n'a personne à qui se confier.

– Ainsley, dis-je en marchant sur des œufs, quand vous parlez à Ellie, quand vous retournez chez vous, avez-vous le sentiment qu'il y a quelque chose de bizarre entre elle et votre père ?

Elle comprit immédiatement le sens de ma question.

– Mon Dieu, non ! s'exclama-t-elle sur un ton qui ne laissait aucune place au doute.

Elle prit sa tasse de café ; ses yeux bleus indiquaient qu'elle attendait une autre question.

Songeuse, je promenai ma langue sur mes dents en tapotant sur mon bloc-notes avec mon stylo.

– Si je comprends bien, vous vous faites du souci parce que votre sœur n'a pas d'amie ni de parente proche à qui se confier. C'est triste, en effet, mais je ne crois pas que cela l'ait poussée à faire une fugue. Vous ne voyez pas une autre raison ?

– J'ai parlé à ses amies. Ses camarades de classe, plus exactement.

– Et alors, que vous ont-elles dit ?

– Pas grand-chose. Elles semblaient gênées, peut-être même qu'elles se sentaient un peu coupables. Ellie a fait une fugue et je suis sa grande sœur, elles pensaient sans doute que je venais les accuser de ne pas avoir été plus gentilles avec elle, de ne pas l'avoir soutenue.

– Elles vous ont appris quelque chose d'intéressant ?

– Eh bien... une des filles a fait allusion à des rumeurs.

– Quel genre ?

– Comme quoi Ellie avait des relations sexuelles, si j'ai bien compris. J'ai essayé d'en savoir plus, mais les deux autres sont intervenues : « Ce ne sont que des racontars, vous savez ce que c'est. » Impossible d'en tirer autre chose.

Je hochai la tête.

– Vous disiez que votre sœur ne fréquentait personne. Autrement dit, il n'y a rien qui puisse étayer ces rumeurs.

– Papa la laissait aller dormir chez des amies, parfois. (Ainsley reprit sa tasse, mais sans la porter à ses lèvres.) Il pensait que c'étaient des soirées entre filles, mais je me pose des questions. On entend tellement de choses sur ce que font les enfants maintenant, de plus en plus jeunes...

Sa voix mourut, comme si elle n'osait pas dire les choses pénibles.

– OK, fis-je. Tout cela n'a peut-être aucun rapport avec sa fugue éventuelle.

Ainsley continuait à dérouler le fil de ses pensées :

– J'aurais voulu qu'elle vienne vivre avec nous. J'en ai parlé à Joe, mais il dit qu'on manque de place.

Elle faisait tourner sa bague en diamant autour de son doigt.

– Pourquoi pensez-vous qu'elle est ici, dans les Twin Cities ? demandai-je.

– Elle aime cette ville.

C'était une bonne réponse. Très souvent, les enfants fugueurs se rendaient dans la métropole la plus proche. Les grandes villes semblaient promettre une vie meilleure.

– Avez-vous une photo d'Ellie à me confier ?

– Oui, bien sûr. J'en ai apporté une exprès.

La photo montrait une jolie fille aux cheveux blonds, un peu plus foncés que ceux de sa sœur, avec des yeux verts, alors que ceux d'Ainsley étaient bleus. Son visage, constellé de taches de rousseur enfantines, était éclatant, mais il paraissait... vide, comme souvent sur les photos de classe.

– Elle date de l'année dernière, précisa Ainsley. Son lycée m'a dit que les nouvelles photos de classe ne seraient prêtes que dans une dizaine de jours.

Nous étions au début du mois d'octobre.

– Avez-vous une autre photo, pour vous ? demandai-je.

– Pour moi ?

– Je suis surchargée d'affaires. Vous, en revanche, vous avez le temps de chercher votre sœur. Vous devriez continuer.

– Je croyais que...

Ainsley semblait déçue.

– Je ferai tout mon possible, dis-je pour la rassurer. Mais, dans l'immédiat, vous êtes la meilleure alliée d'Ellie. Montrez sa photo à tout le monde. Aux réceptionnistes dans les hôtels, aux sans-abri, aux prêtres et aux pasteurs qui gèrent des centres d'accueil... tous ceux qui sont susceptibles d'avoir vu votre sœur. Faites des photocopies couleur de cette photo, avec son signalement, et accrochez-les partout où vous le pouvez. Il faut que ça devien...
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