Pour les beaux yeux de Manon, Opération Luabo
Format
Poche
EAN13
9782012001169
ISBN
978-2-01-200116-9
Éditeur
Hachette
Date de publication
Collection
Bibliothèque verte (1407)
Dimensions
18 x 11 x 0 cm
Poids
109 g
Langue
français

Pour les beaux yeux de Manon

Opération Luabo

De

Hachette

Bibliothèque verte

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e9782012032293_cover.jpge9782012032293_pagetitre01.jpgTABLE1. Il me faut un miracle
Catherine MissonnierCatherine Missonnier a toujours raconté des histoires, à n'importe qui voulait bien l'écouter. Elle n'avait jamais pensé les écrire, ça aurait pris trop de temps. Et puis un jour, elle a regretté tous ces récits perdus, dont personne ne se souvenait, pas même elle. Elle s'est acheté un grand cahier et s'est dit que le prochain, au moins, ne disparaîtrait pas sitôt conté.À l'époque sa fille Laure avait huit ans, un caractère aventureux et une bande de copains aussi fidèles et rigolos que ceux du petit Nicolas. Elle en fit les héros de Superman contre CE2, sa première histoire écrite.Depuis elle a publié treize autres romans, certains farfelus, d'autres plus inquiétants, mais c'est la première fois qu'elle se lance dans un roman d'amour. D'ailleurs, au départ, elle ne s'en est pas rendue compte. Elle pensait raconter les déboires de Victor, seulement au cœur de ces déboires, il y avait Manon.
Couverture illustrée par Virginie Fréchuret et François MartinPour Thierry, Gilda et les trois« monstrinhos ».© Hachette Livre, 1999.43, quai de Grenelle, 75015 Paris.978-2-012-03229-31IL ME FAUT UN MIRACLEComme dit mon unique copain Valentin :« Autant te pendre tout de suite au porche du lycée. Là, elle devrait te remarquer et peut-être apporter des fleurs à ton enterrement. Mais c'est pas sûr. »Me pendre serait certainement le meilleur moyen de ne plus penser à Manon, et, qui sait, d'attirer enfin son attention.Nous habitons pourtant le même immeuble et, depuis septembre, nous fréquentons le même lycée. Nous ne sommes pas dans la même classe de seconde, mais on se croise bien trois fois par jour dans les escaliers ou les couloirs. Or, je n'ai jamais pu lui dire autre chose que « Salut... » – et encore, à « lut » elle est déjà trop loin pour entendre. Manon est une fusée, un courant d'air. Elle ne marche pas, elle court ; elle ne monte pas les escaliers, elle vole. Quelqu'un ou quelque chose de bien plus passionnant que moi l'attend toujours ailleurs, là où je ne suis pas.Et où j'ai peu de chance de me trouver. Manon a le don de s'emballer pour des trucs dont je n'ai jamais entendu parler : des groupes de percussionnistes intellos barbares au nom imprononçable, des films turcs ou iraniens en version originale qui ne passent que dans des salles de cinéma introuvables, des spectacles de clowns-mimes-acrobates qui se produisent pour une seule soirée au gymnase de Garges-lès-Gonesse. Si j'essayais même de m'informer, j'arriverais de toute façon trop tard, elle se serait entichée d'un chanteur tsigane à la voix de scie musicale ou d'un danseur masaï peint en guerre. Elle a toujours une longueur d'avance sur vous. Et puis, pour la rejoindre, il faudrait aussi écarter les cinq ou six copains chevelus qui sont collés à elle comme des berniques sur leur rocher. Manon est inapprochable.Si elle était moche, stupide et prétentieuse, ce serait sans importance ; mais, pour mon malheur, il est difficile de trouver plus attirant que Manon : des taches de rousseur sur un petit nez impertinent, des yeux gris profonds comme un lac écossais, et une silhouette... Valentin affirme que la chute de reins de Manon ranimerait un car de paraplégiques en route pour Lourdes.Valentin ne fait pas dans la demi-mesure, pas plus dans ses jugements que dans ses actes. Il ne sait pas résister à l'attrait du risque ou de la gloire, même s'ils le conduisent droit à la catastrophe. Parfois je lui sers de garde-fou. Depuis la sixième, je révise les contrôles de maths pour lui et sa longue carcasse dégingandée désorganise joyeusement mon existence trop raisonnable.Valentin méprise le souci du lendemain.« De toute façon, assène-t-il, on se retrouve dans un trou à la fin. »Seulement, avant d'en arriver là, j'aimerais bien voir d'autres aspects de Manon que son dos qui s'enfuit, même si elle a un joli dos, et humer d'elle autre chose que les effluves de son eau de toilette. Mais, pour ça, il faudrait pour le moins une révolution ou un tremblement de terre, un de ces événements qui se chargerait de bouleverser la vie trop remplie de Manon et m'y propulserait au premier rang. Un miracle, quoi !
« Quelle guigne ! »Je me demande si j'entendrai un jour mon père pousser un véritable juron. Il en a exclu l'usage, comme de tout ce qui pourrait le faire remarquer : vêtements trop voyants, opinions trop tranchées, voiture trop rapide. Mon père est comme l'eau dans les manuels de physique : incolore, inodore et insipide. Sa « guigne » est la traduction de sa mauvaise humeur pour la panne d'électricité qui le prive de son émission favorite sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.« C'est une panne de secteur, affirme ma mère en se penchant à la fenêtre. Il n'y a plus de lumière dans la rue, ni dans l'immeuble d'en face.— Je vais chercher les bougies », s'empresse ma petite sœur Ophélie, ravie.Le jour de la distribution des chromosomes familiaux, j'ai dû rafler tous ceux qui empoisonnent la vie : la timidité, la crainte de mal faire, la maladresse, l'absence de légèreté... Ophélie a eu de la chance que je passe avant elle. Je lui ai laissé la gaieté, l'insouciance, et une bonne dose de charme qui me rendrait parfois service. Je n'en veux pas à Ophélie, bien sûr. Elle n'a que dix ans et n'est pas responsable de la répartition des gènes, mais certains jours je me dis que le hasard est un peu injuste.L'éclat des bougies change l'ambiance de l'appartement. La cuisine et la vaisselle sale se sont évanouies, les chambres se sont éloignées, la vie se concentre autour de la lumière. Maman range son grand cahier de rendez-vous et la pile de papiers médicaux que nécessite son travail d'infirmière ; papa quitte le canapé, arpente le salon, puis se dirige vers la table de la salle à manger, attiré par les chandeliers qu'Ophélie y a placés.« C'est joli, non ? »Ophélie sourit aux petites flammes dansantes, papa pose les mains sur ses épaules, la même lueur heureuse dans les yeux. La lassitude s'efface du visage de maman quand elle s'assoit en face d'eux.« Si on faisait un Scrabble ? »Merveille de la panne de courant ! Maman oublie un moment les vieilles dames qu'elle va soigner chaque matin, papa laisse enfin tomber ses émissions historiques qui me tapent sur les nerfs et Ophélie obtient qu'on consacre toute une soirée à son jeu favori.Même les bruits de la rue ont changé de registre. On les dirait plus discrets, plus étouffés, comme si l'absence d'éclairage ralentissait les voitures et assourdissait les voix.Ce soir, pendant une heure, les vitres du salon nous ont renvoyé le reflet tremblotant et doré d'une famille unie et joyeuse. Ça ne pouvait pas durer, la panne allait cesser.Mais non. À dix heures, le courant n'était pas encore revenu.« Ophélie, il est temps d'aller dormir. Victor, tu pourrais descendre la poubelle ? »Aucune panne n'empêchera maman d'enclencher, vers dix heures, le rituel du coucher. La vie de maman ne tient que par une organisation d'acier : depuis son réveil à six heures et demie jusqu'à son coucher à onze heures, chaque quart d'heure est planifié et rempli à ras bord. Par nous, puis par ses malades, puis par nous, puis par ses papiers. Comment être drôle, imprévisible, fantaisiste, avec une mère aussi terriblement prisonnière de son emploi du temps et un père qui passe sa vie à contrôler les finances des autres ? Même si Manon daigne un jour s'arrêter de courir pour m'écouter, que pourrais-je bien lui dire ? Que Mme Sénéchal, la plus vieille patiente de maman, souffre un peu moins ces jours-ci, ou que la société Lefourneau, dont mon père vient d'étudier le bilan, ferait bien de changer de gérant si elle veut survivre. Passionnant.Je rumine ces pensées joyeuses en levant ma bougie assez haut pour distinguer plus de deux marches d'escalier à la fois et éviter de m'étaler avec mon sac rempli d'ordures qui se ferait un plaisir de crever sous mon poids, quand j'entends soudain quelque chose comme une musique céleste :« Victor, attends-moi. »Manon ! Qui m'appelle par mon nom ! J'ai eu une hallucination, c'est sûr. Mais non, la voix poursuit :« J'y vois rien et j'ai un gros sac-poubelle à des...
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