Guillaume C.

Eroica, roman - collection Le Courage dirigée par Charles Dantzig

roman - collection Le Courage dirigée par Charles Dantzig

Grasset

19,00
par (Fontaine Victor Hugo)
15 mai 2015

Un destin hors du commun

A la fin des années 70, New-York est une gigantesque métropole urbanisée à outrance, insécurité et pauvreté imprègnent chaque centimètre carré de bitume. Mais « Big Apple » est aussi un fantastique creuset culturel. En quelques années, elle accouche coup sur coup du punk rock, du hip-hop et des graffitis. C’est sur ce terreau d’une fertilité exceptionnelle que va s’épanouir la carrière météorique de Jean-Michel Basquiat, appelé ici Jay. A travers cette folle épopée, l’auteur retranscrit à merveille la destinée exceptionnelle de Basquiat, passé de minable vendeur de cartes postales au statut d’artiste révolutionnaire en moins de temps qu’il n’en faut pour écouter « Blitzkrieg Bop » des Ramones (c’est dire). Il faut dire que la vie de Basquiat est un roman à elle seule : banni très tôt du domicile parental, le jeune Basquiat vivote de squat en squat en exerçant ses talents de grapheurs ; une fois connu, il multiplia les excès en tout genre jusqu’au crash final dans une débauche de cocaïne. Le plus remarquable dans cette biographie est d’observer l’effet dévastateur de Basquiat dans le milieu de l’art contemporain. Jugé comme un moins que rien par les critiques d’art, ne comprenant rien à cette peinture agressive et primitive, Basquiat persiste dans son jusqu’au-boutisme et suit ce que lui dicte son inspiration tel un phare dans la nuit noire de son âme. Les révolutionnaires sont toujours incompris par leurs pairs.

Toutes les vagues de l'océan
par (Fontaine Victor Hugo)
23 avril 2015

Un polar hors compétition

Gonzalo Gil, avocat barcelonais sans relief, apprend le suicide de sa sœur avec qui il n’avait plus de contacts. L’homme de loi décide d’enquêter sur les circonstances de cet acte, il va ainsi se replonger dans sa propre histoire familiale pour comprendre l’attitude de sa sœur.
Autant le dire tout de suite, ce livre est un chef-d’œuvre. Rarement un roman policier a atteint une telle amplitude, a abordé tellement de thèmes avec justesse. Del Arbol nous conduit à travers certaines périodes les plus noires du XXème siècle, des goulags sibériens en passant par la guerre d’Espagne. De tous ces événements tragiques, l’auteur nous dépeint en filigrane la destinée d’un homme brisé qui par égoïsme, va détruire sa propre famille pour parvenir à ses fins. Cette terrible fresque nous entraîne dans les tréfonds de l’âme humaine et pose la question suivante : jusqu’où un homme est capable d’aller pour assouvir sa vengeance ? A quel prix ? Cette histoire à couper le souffle tirée d’une histoire vraie charrie énormément d’émotions et laisse son lecteur pantois devant la maestria de Del Arbol qui a réussi à mêler une intrigue policière à cette formidable histoire. Sans nul doute, un des meilleurs polars de ce début d’année.

Rock, Peter

Rue Fromentin

18,00
par (Fontaine Victor Hugo)
29 mars 2015

Une expérience énigmatique

Dans une petite ville des Etats-Unis, une fillette vient de disparaître mystérieusement. La police et les habitants regroupent leurs efforts pour la retrouver. Une de ces voisines, Francine suit ces événements de loin puisque qu’elle attend son premier enfant. Un soir alors qu’elle dine tranquillement avec son mari, un inconnu sonne à sa porte. Ce dernier ne lui est finalement pas si inconnu que ça, il s’agit de Colville, son meilleur ami d’enfance avec qui elle a vécu au sein d’une secte. Cette rencontre a priori anodine va tout bouleverser dans la vie de la jeune femme.
Ce roman est un étrange ovni. Le lecteur a l’impression de patauger dans une fange marécageuse qui l’engloutit peu à peu. Le roman semble commencer comme un roman policier puis penche subrepticement vers une sorte de roman fantastique, le tout rythmé par les mantras hallucinés de La Grande Messagère. Mais ce qui reste le plus impressionnant, c’est le réalisme glaçant avec lequel l’auteur nous décrit les modes de vie d’une secte vue de l’intérieur : son quotidien, la construction d’un immense abri atomique en vue de l’imminence de la fin du monde, les séances de transe collective. Tout au long de ce roman noir, Peter Rock réussit à créer un climat oppressant et malsain qui hypnotise son lecteur jusqu’à la dernière ligne.

Mentir n'est pas trahir
Neuf 21,00
Occasion 3,80
par (Fontaine Victor Hugo)
19 février 2015

un vaudeville divertissant

Gladwyn est ce que l’on peut appeler un homme heureux : Une épouse parfaite, un enfant adorable, un travail épanouissant, un petit train-train quotidien qui convient bien à sa nature pantouflarde. Alors qu’il revient de sa traditionnelle visite hebdomadaire chez sa mère, il tombe sur une jeune femme blessée. Il l’accompagne à l’hôpital et rentre chez lui. Une fois rentré, il se rend compte qu’il n’arrête pas de penser à elle. A partir de ce moment-là, il va entamer une relation avec elle et bouleverser sa vie bien rangée.
Le schéma du triangle amoureux est un schéma usé jusqu’à la corde en littérature sauf qu’avec le talent de l’auteur, on ne s’ennuie pas une seconde. Avec sa plume toute britannique et son ton savoureusement caustique, on prend un réel plaisir à suivre les aventures de Gladwyn, personnage pitoyable mais ô combien attachant, qui s’enfonce dans des mensonges de plus en plus grotesques mais qui réussit toujours à s’en sortir. Au-delà d’une morale assez pessimiste sur l’infidélité, Angela Huth livre une vraie réflexion sur ce que hommes et femmes sont capables de supporter par amour

Fin de mission

Phil Klay

Éditions Gallmeister

Neuf 23,80
Occasion 3,80
par (Fontaine Victor Hugo)
10 février 2015

La guerre d'Irak comme vous ne l'avez jamais vu

Fin de mission se présente comme un recueil de nouvelles ayant en commun des histoires de soldats américains partis sur le front irakien ou bien des soldats revenus sur le territoire américain mettant en exergue l’absurdité, la terreur permanente, les traumatismes liés à cette guerre et à l’occupation du pays… Nous y retrouvons pêle-mêle un soldat s’amusant à abattre des chiens sur le front et qui hésite à tuer son chien mourant de retour chez lui, un autre parle de son meilleur ami défiguré à jamais par une explosion, un autre assumant l’exécution d’un jeune garçon par son coéquipier…
Fin de mission est un véritable uppercut. Ce qui ressort de ce recueil de nouvelles bouleversantes, c’est le réalisme, la vérité sans fards, la vraie vie de ces soldats sans aucun misérabilisme. L’auteur a réussi a déployé une palette d’émotions incroyables et pourtant très simples avec très peu d’artifices. Au fur et à mesure, nous croisons des hommes qui luttent de toutes leurs forces pour ne pas sombrer dans la folie de la guerre (tandis que d’autres qui y cèdent totalement sans s’en rendre compte), certains de retour au pays, essayent non sans mal de se réadapter à la vie civile, de réapprendre à vivre simplement … Avec Fin de mission, Phil Klay nous brosse des portraits d’hommes d’autant plus magnifiques qu’ils sont empreints d’une profonde humanité.