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François-Régis SIRJACQ (Libraire)

Article 353 du Code Pénal
30 janvier 2017

Année 90 : présentation un village dans le Finistère Nord ; Martial Kermeur, ancien ouvrier de l’arsenal de Brest dont il a été licencié ; il a été embarqué dans une arnaque immobilière par Antoine Lazenec. Martial a beaucoup perdu dans cette succession de situation : sa femme, l’admiration de son fils, son vieil ami, sa prime de licenciement.
Le roman commence par une promenade en bateau au cours de laquelle Kermeur jette à l’eau Antoine et le laisse couler. De retour au port, il marchera jusqu’à chez lui sans remords. Mais la découverte très rapide du corps entraîne tout au aussi rapidement son arrestation. Et là le roman se transforme un dialogue sous forme de confession entre Martial et le juge : on saura qui était Lazenec, un escroc qui va détruire la vie de plusieurs personnes, faire la ruine d’un village. On devinera cette Bretagne maritime, celle des petites gens, celle des taiseux. On comprendra la non-communication avec le fils.
Drame social et humain, ce roman, très fort, est porté par la voix d’un homme à bout, la voix de ce monde ouvrier qui se délite.

Tout ce dont on rêvait
30 janvier 2017

1993 : comme beaucoup de femmes de son époque, Justine, 25 ans, rêve d’une belle histoire, elle dont toute sa jeunesse s’est passée dans une maison où le père, autoritaire et méprisant, a étouffé sa fille. Lors d’une soirée bien arrosée, elle rencontre Alex et Nicolas, deux frères : elle tombera amoureuse d’Alex, mais, en 2013, on la retrouve mariée avec Nicolas, lui directeur financier dans un palace, elle travaillant dans le service addictologie d’un hôpital parisien. Ils ont 2 enfants, Adèle et Hector, et sont heureux. Jusqu’au jour où Nicolas perd son travail, tout se dérègle et commence alors une descente aux enfers.
Dans la lignée de son précédent roman (le bonheur national brut où il décrivait la génération Mitterrand) François Roux, autour de personnages forts ou semblant l’être, dresse un portrait hyper réaliste de la société actuelle ; le chômage, les addictions, l’échec, les peurs, les doutes ; le récit est fascinant car tout est disséqué, ciselé par l’écriture de l’auteur.

L'enterrement d'un Juif Hongrois
Neuf 25,00
Occasion 10,00
30 janvier 2017

Lui et elle : lui, juif Hongrois né en 1922 à Budapest où il connaîtra les malheurs du nazisme. Miraculé de la Shoah, il s’exilera en 1946 à Paris. Elle, française de vieille souche, née en 1926 à Aulaines dans la Sarthe. Ils se sont rencontrés à Paris et ne se sont plus quittés pendant plus de 30 ans. Ce roman, c’est l’histoire de cette union qui a su, entre autre, triompher des différences culturelles et des grands traumatismes du XX° siècle. Car tout opposait ces 2 personnages, ils n’étaient pas vraiment programmés pour se rencontrer et s’aimer jusqu’au bout. Et pourtant ?
Catherine Paysan, du haut de ses 90 ans écrit, d’une très belle plume énergique, au fil de sa mémoire. Suivant le récit des années du couple, et telle une magicienne, elle nous emporte dans son monde… Une petite merveille. Et surtout attardez-vous sur ce passage, cette image superbe ; celle ou Emil et Annie font les démarches pour se marier à l’église après 12 ans de mariage civil… très drôle.

Le bureau des jardins et des étangs
23 janvier 2017

Jusqu’à sa mort Katsuro pêchait les plus belles carpes dans la rivière Kusagama. Tout son village de Schimae l’admirait : en livrant ses superbes carpes au bureau des jardins et des étangs à Heiyainkyo, il faisait rejaillir sur le village un grand honneur. Sa veuve, Miyuki, décide d’honorer sa dernière commande et d’aller livrer elle-même les plus belles dernières carpes. Didier Decoin nous entraîne alors dans un superbe voyage à travers un Japon très folklorique, où, au gré des pages, on croise des moines, des pirates, des grues voraces. En parallèle on découvre Miyuki et ses souvenirs, sa relation amoureuse et fusionnelle avec son mari. Jeune et jolie paysanne, elle tente d’accomplir son devoir malgré le lourd poids des nacelles de poissons posées en équilibre sur ses épaules ; elle cherchera à éviter les embûches, les convoitises des pirates. Jusqu’au bout, elle s’efforce d’accomplir sa mission.
Ce roman très documenté (et là on retrouve tout le talent de Didier Decoin) est un conte charnel très dépaysant à travers ce Japon de l’époque Heien.

Et si tu n'existais pas
23 janvier 2017

Dans les années 40, la narratrice a 6 ans : elle coule des jours heureux dans un hameau de la Creuse, ou YAYA, sa nourrice lui donne tous les ingrédients de l’amour et de la tendresse. Et puis, brusquement, lors d’un Dimanche de Juillet, sa mère, qu’elle n’a jamais vue, arrive dans une belle Citröen noire et l’embarque en 10 minutes, sans au revoir : derrière un nuage de poussière, la nourrice court désespérément après la voiture pendant que la petite fille pleure. Arrachée brutalement à sa YAYA, la narratrice vivra un retour compliqué dans son foyer parisien et bourgeois, en pensant toujours à ces mois de bonheur unique. Sa vie s’écoulera, entourée de son père, sa mère, ses aïeux ; elle connaîtra même la pension au couvent des oiseaux et ce pendant 10 ans. Conformément à la promesse qu’elle s’était faite ce fameux Dimanche de Juillet, elle ne cessera, une fois adulte, de chercher à retrouver celle qui sut lui offrir tous ces sentiments fondamentaux. Cette histoire pourrait paraître banale : bien au contraire, car en fait la trame du livre c’est ce sentiment de mystère constant où il est question des parents, du passé apparemment simple mais de plus en plus trouble lorsqu’on devient adulte. Des secrets de famille (mais qui est donc cet évêque si présent..) se nichent derrière les mots.