Cassandre D.

Chambrot Eve

Envolume

14,00
25 août 2016

Angoissant

La fuite est un roman particulièrement prenant et dur.
Nous faisons la rencontre de notre protagoniste alors qu’il commence à nous narrer son histoire. C’est un homme intelligent, habile, entreprenant. Il a crée sa société, prospère en premier lieu et se réjouit du rêve américain qu’il pense pouvoir atteindre incessamment. Seulement voilà, les chiffres chutent, sa vie conjugale est médiocre, ses enfants ne sont pas ceux qu’il aurait aimé avoir, rien ne va plus. Tout doucement, se dessine alors un avenir incertain, tragique, au fil des pensées de plus en plus morbides de cet homme imprévisible.
J’ai été happée dès les premières pages par ce récit qui ressemble peu à ce que j’ai pu lire jusqu’à présent. La narration double, l’une à la première personne du point de vue du protagoniste, l’autre à la troisième omnisciente est un véritable atout dans l’histoire. Elle permet la création d’une atmosphère à double tranchant, inquiétante. Alors que l’on perçoit les réflexions les plus honnêtes et pesantes du personnage principal, l’autre narration nous confirme par les sensations de l’entourage que les choses vont de plus en plus mal. L’ambiance devient de plus en plus angoissante, et l’on se sent de plus en plus oppressé à mesure que l’on constate la déliquescence de la vie du protagoniste. Tout au long de la lecture, la sensation d’une drame imminent nous prend à la gorge de manière insidieuse.
C’est une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui au premier abord. Cette sensation de médiocrité constante, cette impression d’avoir raté sa vie alors que l’on pourrait prétendre à beaucoup mieux. Un mariage raté, sans passion, une vie d’envie, des adultères. Tout pourrait au final être banal et ennuyeux alors qu’il s’agit de tout le contraire. L’auteur rend les choses immédiatement passionnantes par son écriture sèche, distante et pourtant gonflée de sentiments. De ressentiments surtout. Chaque page nous percute d’émotions vives et âpres dégagées par le personnage principal que l’on sent s’étioler pour devenir quelqu’un de moins vivant, moins humain. L’on se surprend à avoir peur pour son entourage, à compatir pour sa femme, devenue victime au milieu d’un mariage bouffi d’amertume. Ce roman traite d’un bout à l’autre de l’avilissement d’une vie de manière époustouflante.
La fuite est véritablement un roman obsédant comme le qualifie la quatrième de couverture et je suis vraiment ravie de l’avoir découvert. C’est un roman marquant, terrible que je conseille à tous sans modération.

Sansonnets, Un cygne à l'envers
10 juin 2015

Pour l'amour de la langue

Je commence de plus en plus à aimer la poésie et Sansonnets, un cygne à l’envers n’a fait que me convaincre un peu plus. Ce recueil de cent sonnets pourrait très bien être votre livre de chevet. Je pourrais également vous prescrire un ou deux de ces sonnets avant d’aller dormir pour faire de beaux rêves ou deux ou trois de ceux-ci avant de démarrer la journée, pour vous mettre en joie.


Alors certes, ces sonnets ne sont pas vraiment « classiques » a proprement parler, les formes ne s’apparentant ni au sonnet italien, ni au français (en raison du choix des rimes même s’il y a bien deux quatrains et un sizain). Mais ça n’est vraiment pas grave, surtout lorsque l’on se plonge dans la postface explicative après avoir savouré le dernier sonnet. On nous y apprend beaucoup de choses de manière ludique, je retrouve ici le côté didactique que j’avais apprécié dans Ramsès au pays des points-virgules. On apprend entre autres que René Rapin (Renatus Rapinus si vous préférez) a écrit que les sonnets sont des « espèces de poèmes imparfaits ».
J’ai aimé toutes les références aux figures littéraires françaises comme le grand Clément Marot ou Boileau (que l’on peut remercier, après Malherbe pour ses règles classiques à ne surtout pas enfreindre !), mais… Où est le « Prince des poètes » du XVIème, Ronsard ?
A la fin du livre, Pierre Thiry nous a concocté une recette très sympathique, drôle, qui plairait à tout amoureux des lettres et que je vous invite à découvrir.
On sent l’amour de la langue à travers ces cent sonnets. Les jeux de mots sont fréquents, présents jusque dans les titres (même sur la couverture, regardez-bien !!). « Fleuve et mots passants » est un sonnet fort en sens, sous forme d’acrostiche, que j’ai bien aimé (comme tant d’autres).
On retrouve la langue dans tous ses états, sous forme de jeu à toutes les pages, on s’en amuse, on la redécouvre. Si certains poèmes sont simples par le choix d’un vocabulaire limité, on prend tout de même plaisir à attraper la polysémie des mots et leur ambiguïté. A coups de rimes équivoquées, riches ou pauvres, le plaisir et l’amour de la langue française se frayent un chemin jusqu’à notre esprit de lecteur.
A travers ce recueil, une véritable transmission de joie et de passion s’effectue. Entremetteur entre l’auteur et le lecteur, il véhicule une affection sincère de la langue. La force de ce livre est que beaucoup de ces sonnets peuvent être partagés entre petits et grands, pour le plus grand plaisir de tous. Sansonnets, un cygne à l’envers : A lire et à relire sans modération !

Ramsès au pays des points-virgules, petite fiction fantaisiste pour lecteurs de dix à cent-dix ans

petite fiction fantaisiste pour lecteurs de dix à cent-dix ans

Books on demand

13,00
16 avril 2015

Loufoque, génial!

Il n’y a qu’un mot pour décrire ce livre : Loufoque ! Je l’ai adoré !

Ramsès au pays des points-virgules s’apparente à un conte sous forme de parcours initiatique. Et on peut dire une chose, c’est qu’il porte bien son sous-titre de « Fiction pour tous les lecteurs de dix à cent-dix ans » ! Cela m’a complètement transportée dans un autre monde, un monde de l’enfance où il a été agréable de demeurer le temps de quelques heures pour s’échapper de la monotonie du quotidien.

Ce récit vivifiant est ponctué d’humour, d’action et d’espièglerie. On sent le plaisir de l’auteur à narrer cette histoire et on est immédiatement embarqué dans cette espèce d’univers onirique. Et cela dès le départ, alors même que le début est censé se dérouler dans le même monde que nous, on ressent une aura fantaisiste transpercer le récit. Les personnages reflètent tous des êtres extraordinaires. On les a déjà presque tous rencontrés au moins une fois dans notre vie sous d’autres traits et c’est un vrai bonheur de les retrouver ici, tous plus farfelus les uns que les autres. Ramsès II en personnage principal de conte, il fallait y penser !

Le monde qui nous est offert a beau avoir des apparences féériques il attise également parfois notre peur. On peut passer du côté du rêve à celui du cauchemar en un instant et j’ai réellement eu l’impression de retomber en enfance avec ces transitions. Les monstres terrifiants qui peuplent les nuits de notre enfance prennent les traits de Walton Watson ici (bien que sa description soit également très comique !) ou ceux du fameux Lord Cyklopp. D’autres parts, qui aurait pensé à donner un rôle de personnages à des points-virgules ? C’est complètement fou mais tellement génial !

L’écriture est formidable et révèle une grande culture, une joie du maniement de la langue. Toute la narration est rythmée par des assonances, allitérations et rimes farfelues, des fables, des chansons, des jeux de mots très drôles. Que de références culturelles dans ce conte ! Et quelle excellente idée d’investir le lecteur jusqu’à l’écriture du conte en lui-même. J’ai trouvé ça particulièrement ingénieux de communiquer avec le lecteur dans des notes et l’inciter à compléter des paroles de chansons ou à les « améliorer ». C’est très drôle et très ludique ! Aucune chance de s’ennuyer !

La fin est réellement excellente. Les deux derniers chapitres m’ont réellement convaincue du plaisir que prend l’auteur à partager, à offrir à son lecteur. Je n’avais jamais vu cela auparavant. Le lecteur a réellement une place immense dans ce conte, une place à part entière et c’est plaisant de se sentir aussi impliqué !

J’ai passé un excellent moment par cette lecture, j’étais émerveillée tout au long du récit avec l’impression de retourner en enfance, d’oublier tous les tracas du quotidien et de rêver de manière éveillée. C’est un sentiment très agréable, très divertissant ! En trois mots : J’ai adoré !