Librairie Gargan'Mots

La Muette
18,90
par (Librairie Gargan'Mots)
13 octobre 2017

Ce livre est le récit croisé de deux personnages qui ont en commun d’avoir vécu dans un même endroit maudit par l’Histoire, à plus d’un demi-siècle d’intervalle.

La femme y a été internée en 1943, à 23 ans, après une rafle des juifs de Lyon, en attendant d’être déportée dans un camp de concentration. Ces HLM en construction mais non terminés s’appelaient alors le camp de Drancy. Le jeune homme, au même âge mais 70 ans après, est en garde à vue au commissariat pour des faits que l’on n’apprend qu’à la fin. Il a toujours vécu dans ces immeubles, recyclés en logements sociaux, que l’on appelle maintenant « La Muette ». Tout indique qu’il ne connaît pas bien l’histoire de ces lieux.

L’auteur entrelace les récits avec vivacité et cela introduit la légèreté nécessaire pour respirer entre certaines parties qui seraient autrement difficilement soutenables. Bien sûr, le lecteur est incité à penser que les cités du "9-3" sont organisées, de façon moins évidemment brutale, pour parquer une partie considérée comme indésirable de notre société, mais on peut lire ce livre sans partager cette réflexion.
Je pense que je ne serai pas le seul à en apprécier la lecture.

Denis Picot - Gargan'Lecteur

Gabriële
par (Librairie Gargan'Mots)
27 septembre 2017

Ce portrait de Gabriële Buffet, l’épouse de Francis Picabia, pendant les dix ans de leur vie commune, est écrit avec tact, érudition, pédagogie et sans complaisance par deux de ses arrières petites filles, trente ans après sa mort.
On y apprend (moi, du moins) qu’elle a permis à Picabia de trouver sa voie dans les courants artistiques qui animaient cette période, en relais de la peinture impressionniste qui l’avait rendu célèbre mais dont il estimait avoir trouvé les limites. Grâce à elle, il osera se libérer de tout académisme et sera l’un des premiers peintres abstraits. L’influence de cette femme, artiste elle-même qui a sacrifié son destin personnel pour mettre son talent au service de celui de son mari, aura transformé l’expression artistique de Picabia. Avec leurs amis, en particulier le peintre Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire, ils formeront une sorte de brigade qui imposera de nouvelles expressions artistiques. La liberté de penser, de vivre, de créer, de jouir, ils l’exercent sans limites, dans une vie de fêtes, d’alcool, de drogues (dures !), d’argent, d’aventures amoureuses et de coucheries sans lendemain, comme autant d’ingrédients nécessaires à la création artistique. Au nom de l’art, tout est permis, surtout ce qui est interdit. Ils fuient les contraintes, éludent les difficultés, confient leurs enfants à des nourrices, en Suisse, font le tour du monde pendant la Grande Guerre pour n’avoir pas à en subir l’ennui. Tel qu’il est décrit, ce couple est un laboratoire de création artistique, les innombrables maitresses de Picabia et les quelques amants de Gabriële n’empêchent pas une certaine forme de fidélité, fondée sur l’admiration mutuelle et la complémentarité de leurs talents.
L’écriture est fluide, force l’intérêt, explique les situations avant que l'on en juge trop rapidement. C’est au passage une élégante leçon d’histoire de l’art. On aime le juste équilibre trouvé par Claire et Anne Berest entre l’admiration légitime et le dépit muet de n’avoir pas connu leur aïeule Gabriële, peu soucieuse de garder de liens

Denis Picot - Gargan'Lecteur

Ils vont tuer Robert Kennedy
Neuf 22,50
Neuf à prix réduit 22,50
par (Librairie Gargan'Mots)
21 septembre 2017

Le narrateur entrelace la thèse d'un complot destiné à « effacer » les Kennedy de la scène politique, avec une enquête sur la mort de ses parents. C'est évidemment très habile, comme nous y a habitué l'auteur.
Mais pourvu que ce ne soit pas vrai et que la vie politique des USA et des pays occidentaux ne soit pas à ce point dirigée par les officines de renseignement et la Mafia états-uniennes, toujours omniprésente, d’après l’auteur ! Est-ce un roman dans lequel le plausible aide à bâtir l'argument de l'intrigue ou une enquête déguisée en fiction ?

Denis Picot - Gargan'Lecteur

Sanglier

Rameau, Dominique

José Corti

Neuf 14,00
Neuf à prix réduit 7,00
par (Librairie Gargan'Mots)
21 septembre 2017

Balade bucolique d'une jeune femme citadine dans un coin isolé du Morvan, quelque part au Sud de Château-Chinon. Par Google maps, on suit même ses promenades et on devine les paysages qu'elle décrit. C'est agréable, bien écrit, parfois précieux (j'ignore ce qu'est une dryade, je ne connais pas la Sybille Ibatu, j'ai cherché dans Google ce que voulait dire vimalaponser, je l’ai trouvé, sans bien comprendre d'ailleurs). Les oiseaux ont des cris, reproduits de manière phonétique (tru trtu tru - trrü, ti-u ti-u tiu ; tiu-llu tiullu, fi-ta fi-tatata fi-tatata…) sans les nommer. D'autres sons, herbe froissée, beuglements, fuites d’animaux sont rendus tout au long de ses promenades ; on peut prendre cela pour une maladresse mais quel citadin reconnaît le chant du rossignol de celui du pinson et quelle importance si on a du plaisir à l’entendre. La lecture de ce livre incite à ralentir pour en goûter la saveur originale.
(Il faut tout de même mettre l’héroïne en garde contre les tiques auxquelles elle s’expose ; la maladie de Lyme existe vraiment !).

Denis Picot - Gargan'Lecteur

La Fiancée massaï

Crompton, Richard

Points

7,70
par (Librairie Gargan'Mots)
21 septembre 2017

Ce livre est un vrai polar, bâti avec une intrigue et des personnages complexes mais crédibles. Surtout, l'histoire se passe en Afrique, entre un lac et un parc national, dans une région du Kénia où les tensions interethniques habituelles, les rancunes ancestrales, transforment les camps des réfugiés des récentes guerres voisines en bidonvilles durables, tissent une société instable, inégalitaire et pauvre. Petite et grande délinquances se côtoient et alimentent l’économie. Les institutions ne donnent pas l’impression de protéger les citoyens, la corruption est leur moteur obligé, la Police se méfie de la Justice pour faire respecter le Droit. Aussi, le policier Mollel, d’origine Massaï, une peuplade méprisée, dans son enquête bien difficile à mener, doit se méfier de tous, à tout moment, à tort ou à raison, au gré d’alliances circonstancielles pour que le Droit triomphe et que Justice soit faite. L’auteur connaît bien le Kénia où il habite. Il se dit se dit admirateur de Simenon et on lui reconnaît la volonté de décrire le quotidien des gens, les habitudes sociales, les relations humaines, les différences ethniques dont nous, Européens, avons beaucoup à apprendre pour comprendre un peu mieux l’Afrique.
Un roman policier étonnant !

Denis Picot - Gargan'Lecteur