Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

Ici ça va

Thomas Vinau

Alma Editeur

5,99
par (Librairie Obliques)
16 octobre 2015

A petits pas

Planter ses mains dans la vase, entendre craquer l’herbe sèche du mois d’août, avoir les mains noires à force de ramasser des noix... Le second roman de Thomas Vinau est plein de ces gestes premiers et de ces pensées pleines. En une succession de tableaux impressionnistes, il brosse le quotidien infime et apaisé d’un jeune couple qui réapprend à vivre au rythme des saisons avec, en filigrane, le murmure lancinant d’un passé douloureux.

On ne sait pas exactement comment l’auteur réussit ce tour de force, mais de ces touches légèrement brossées et de ces événements minuscules, il parvient à extraire, comme un alchimiste son élixir, une fabuleuse odyssée microscopique, un magnifique voyage vers l’essentiel dont la charge émotionnelle finit par prendre à la gorge.

La petite communiste qui ne souriait jamais
par (Librairie Obliques)
16 octobre 2015

Corps de femme

En se servant de l’histoire de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, Lola Lafon construit un roman passionnant sur l’instrumentalisation des (jeunes) femmes. Son entraîneur l’appelait son "petit écureuil," les médias du monde entier la trouvaient à la fois attendrissante et impressionnante, et chacune de ses apparitions étaient disséquée dans le moindre détail. Comment vivre normalement alors qu’on n’a que 12 ans et que tous les yeux du monde sont braqués sur soi ?

C’est l’histoire d’un monde qui refusait que les petites filles deviennent des femmes, l’histoire d’un pays qui avait trouvé la plus indiscutable de ses ambassadrices, l’histoire d’un corps que tout un régime politique s’acharnait à modeler à son image. C’est un grand livre sur la condition de la femme, autrefois, mais aussi maintenant, parce que notre époque, comme le dit Nadia, n’est pas beaucoup plus vertueuse que l’ère soviétique. On attend toujours beaucoup du corps des femmes, on s’en sert toujours pour vendre d’autres produits, mais qu’est-ce qui a vraiment changé ?

Fiançailles
Neuf 7,50
Occasion 4,00
par (Librairie Obliques)
16 octobre 2015

Huis clos vénéneux

Dans un couple, personne ne vit la même histoire. Et le décalage de point de vue entre la vision de l’un et l’impression de l’autre peut mener à des malentendus, voire à des catastrophes.

Dans ce troisième roman vénéneux de l’Australienne Chloe Hooper, les apparences sont peut-être trompeuses, mais peut-être pas. Et puisque nous n’aurons droit qu’à la seule version de Liese, alors il conviendra au lecteur de décider qui est la victime et qui est le bourreau dans ce jeu de masques et de dupes.

Que se passe-t-il vraiment dans ce manoir perdu au milieu du bush ? Quelles sont les réelles intentions de l’énigmatique amant de Liese ? Le talent de Chloe Hooper consiste ici à ménager une incertitude totale entre des situations aussi extrêmes que le kidnapping pur et simple et ces fiançailles qu’on nous annonce sur la couverture. Érotique, inquiétant, envoûtant, parcouru d’une tension permanente, ce roman est à l’image de toutes les histoires de passion totale : infiniment beau et terriblement paranoïaque.

L'homme qui savait la langue des serpents
par (Librairie Obliques)
16 octobre 2015

Merveille estonienne

Autrefois, tout le monde parlait la langue des serpents, chevauchait des loups et contrôlait les animaux. Mais ce savoir s’est perdu et bien peu comprennent désormais ce que sifflent les vipères. En ouvrant ce livre, vous n’imaginez pas l’aventure que vous allez vivre. Chronique de la fin d’un monde, quête initiatique du dernier de son espèce, satire comique et anticléricale, "L’homme qui savait la langue des serpents" est une merveille unique en son genre.

On y rencontre Leemet, enfant au début du roman, héros brut de décoffrage profondément attachant et narrateur de ce qui s’avère être une véritable saga décalée dont chaque épisode fourmille d’inventions surprenantes et tellement bien vues.

Mais à vrai dire, tout dans ce roman est bien vu et se déroule avec la plus grande fluidité, sans aucun temps mort ni aucune longueur, une gageure pour un ouvrage aussi dense. L’histoire elle-même, parfaitement construite, parvient sans peine à jouer sur tous les registres, entre épique et burlesque, aussi bien capable d’émouvoir à l’extrême que d’arracher un sourire carnassier quand notre héros coupe une oreille au vieux cinglé qui énervait tout le monde.

Drôle, touchant, philosophique, magique, parfois mélancolique, parfois tragique, ni purement écologiste, ni vraiment nostalgique, le périple de Leemet nous met surtout face à la somme d’absurdités qui composent nos sociétés soit disant avancées. Mais rassurez-vous, car tout n’est pas perdu, et si nous sommes suffisamment nombreux à siffler, peut-être que la mythique Salamandre s’élèvera à nouveau dans les airs pour anéantir nos ennemis. Nous, on siffle déjà !

La Ballade d'Hester Day
par (Librairie Obliques)
16 octobre 2015

Pour l'ado qui sommeille en vous

Il y a un moment de la vie où votre vie s’accélère, où vos choix deviennent cruciaux, où le moindre mouvement dans un sens ou dans l’autre risque d’orienter toute votre existence. Devant vous, un gouffre obscur vers lequel il faut pourtant foncer à toute allure. Voilà ce qu’est l’adolescence et Hester Day, bientôt 18 ans, l’a très bien compris.

Cynique, lucide, désinvolte, Hester renonce à embrasser le garçon qu’il faut au sempiternel bal de fin d’année, tire un trait sur l’avenir de neurochirurgienne que lui préparait sa mère et va demander en mariage un poète déglingué dans les rayons de la bibliothèque. Ils ne se connaissent pas ? Et alors ? Leur ballade désopilante sur les routes des USA est un bijou de liberté et d’émotion. Accompagnée du petit cousin d’Hester (qu’ils ont malencontreusement kidnappé en partant) et d’un illuminé évangéliste portant sa croix de deux mètres de haut, cette famille improbable va vivre une expérience qui va changer leur vie.

Drôle, sensible et mené sur les chapeaux de roue, ce roman est tout à la fois attachant et émouvant puisque finalement, Hester, c’est cette ado délurée qu’on a tous été, ou plutôt qu’on a tous rêvé d’être.