Grégoire C.

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A la tête de la belle librairie Obliques depuis 2011.

La Servante et le catcheur
10,00
par (Librairie Obliques)
8 septembre 2015

Compte à rebours

Castellanos Moya assène un roman mené à 100 à l’heure, en apnée, secoué d’explosions et inondé de gaz lacrymogène, au cœur de la guerre civile où la mort rôde à chaque coin de rue. Le rythme est haletant, les événements s’enchaînent dans une ambiance tendue à l’extrême et un réalisme étonnant.

C’est bouleversant, c’est sans pitié, c’est souvent terrible mais l’écriture lapidaire et la construction dramatique implacable parviennent à capturer le lecteur pour le jeter aux côtés de Maria Elena, superbe personnage de femme, petite servante qui s’avère plus courageuse et digne que tous les combattants sauvages que le chaos a engendré. Si elle n’avait pas été là pour nous accompagner dans les rues martyrisées de cette ville, pas sûr que nous aurions eu les tripes de nous y aventurer seuls. Un livre dur et cinglant sur la folie d’un peuple en lutte contre lui-même.

C'EST MON CRONCRON
par (Librairie Obliques)
7 septembre 2015

Touche pas à mon croncron !

On est sur une planète bizarre. C'est zinzin, c'est foufou, c'est totalement dingo alors on ne s'étonne pas de voir des mots un peu tordus.
Et puis Pouick se fait voler son croncron, et alors là, ça ne va plus du tout.
Un album coloré comme un trucmuche pour jouer avec l'imagination et aussi apprendre à quitter son croncron... mais pas trop longtemps.

Deux drôles de bêtes dans la forêt
par (Librairie Obliques)
7 septembre 2015

Subjectivité

Un album malin où la même histoire est racontée successivement du point de vue des deux protagonistes. Une bonne occasion pour discuter avec les enfants de la subjectivité, de la communication et de ce qu'on croit être la bonne chose à faire.
Et puis ça ne fait jamais de mal de se mettre à la place de l'autre avant de décider de ce qui est mieux pour lui, non ?

Une forêt d'arbres creux
par (Librairie Obliques)
3 septembre 2015

Choplin à son meilleur

Pied mesuré. Verbe serré. L'empreinte d'Antoine Choplin se pose aujourd'hui dans la neige de Terezin, ghetto froid où une demi-vie s'organise en attendant pire. Un livre noir ? Non, il est blanc, étincelant, et plein de couleurs, celles qu'appliquent clandestinement les compagnons d'infortune de Bedrich sur des toiles interdites, au nez et à la barbe des nazis.
Les obsessions de l'auteur sont là : l'art, la peinture, la petite histoire qui entre en collision avec la grande. Et le style se déploie avec minutie, sûr de son fait, chaque mot pesé pour dire précisément ce qui pèse, la pression des silences et des regards échangés, la peur. Sensible.
Antoine Choplin a atteint une maîtrise qui force le respect et tous ceux qui ont aimé "Le héron de Guernica" et "La nuit tombée" retrouveront ici le même souffle, la même étonnante précision à dire ces émotions qu'on pensait trop fortes pour être écrites.

Le Paris sur l'avenir
par (Librairie Obliques)
27 août 2015

La science du désastre

Voici probablement le livre le plus juste sur l'état d'esprit américain de l'après-11 septembre. Paranoïaque à l'extrême, à la fois vindicatif et mélancolique, “Paris sur l’avenir” nimbe dans un humour subtil une fable sur notre peur la catastrophe.

Au début de l'histoire, le héros Mitchell Zukor est de ces névrosés qui voient leur mort à tous les coins de rue. Et comme il excelle en mathématiques statistiques, son profil intéresse rapidement FutureWorld, une compagnie d'assurances d'un nouveau genre qui propose à ses clients de les protéger contre l'impossible. Pluie de météorites ? Volcan caché ? Trou noir ? Ces gens-là ont une assurance pour vous. Commence alors la première partie rocambolesque du livre, aussi crédible que surréaliste, où l'on finit par se prendre nous aussi à chercher le meilleur moyen d'éviter statistiquement la mort.
Mais toute catastrophe, même si elle n'est que peu probable, reste possible, et le pire est toujours à venir...
Parfaitement tenu, surprenant de bout en bout, ce roman ne tombe dans aucun piège et s'avère être une réflexion très fine sur l'avenir que cherche à s'inventer l'Amérique et peut-être même l'ensemble du monde occidental aujourd'hui. S'agit-il de vivre dans la peur de tout, tout le temps, et d'en faire le commerce ? Ou bien d'arrêter la machine à panique et de faire le point une bonne fois pour toutes ?