Correspondance, (1944-1959)

(1944-1959)

Gallimard

32,50
13 juin 2018

coup de coeur

Cet échange nous prouve que dans une correspondance, ce n'est pas toujours l'écrivain qui écrit le mieux mais nous y reviendrons. Malgré tout, quelques phrases de Camus m'ont marquée:
On dit quelquefois qu'on choisit tel ou tel être. Toi, je ne t'ai pas choisie. Tu es entrée, par hasard, dans une vie dont je n'étais pas fier, et de ce jour-là, quelque chose a commencé de changer, malgré moi, malgré toi aussi qui était alors lointaine...
Je sais cela maintenant et le besoin que j'ai de toi n'est rien d'autre que le besoin que j'ai de moi. C'est le besoin d'être et de ne pas mourir sans avoir été.
(1956) Ne t'excuse pas d'avoir parlé d'amitié. Je suis aussi ton ami et à un certain degré de chaleur mutuelle, les cœurs fondent ensemble dans quelque chose qui n'a plus de nom, où les limites disparaissent...
Il y a bien longtemps que je ne lutte plus contre toi et que je sais que, quoi qu'il arrive, nous vivrons et mourrons ensemble.
Comme je l'ai noté, la fin de la correspondance est plus sereine, Camus a d'autres relations et on le sent même si ce n'est jamais clairement dit, mais l'intensité des sentiments de Camus envers Casares perce toujours, à travers une certaine gravité:
Tu es ma douce, ma tendresse, ma savoureuse aussi, et mon unique. Nous plaisantons souvent sur nos flirts et nos sorties. Mais un temps vient, de loin en loin, où il faut cesser de plaisanter peut-être. Auprès de toi, le monde entier n'est pour moi qu'une ombre décolorée. Exception faite pour mes enfants, il pourrait s'évanouir sans que rien ne change. Toi seule est fixe, toi seule m'emplit.
L'intérêt de cette correspondance dépasse évidemment la relation amoureuse. Camus y évoque les pièces qu'il monte, les essais qu'il écrit, le roman qu'il ne finira jamais, ses doutes quand à l'écriture et la réception de son oeuvre, la dépression qui suit la fin du processus d'écriture :
"Les Justes" ne sont pas un succès (mes œuvres d'ailleurs ne sont jamais des succès. C'est mon oeuvre qui en est un, provisoirement, et Dieu sait pourquoi).
J'ai aussi appris qu'il arrivait à Camus d'endosser un rôle pour quelques représentations.
Camus a beau être pour moi le symbole de la tolérance, il peut tomber dans les clichés, ce qui est drôle:
... j'ai cueilli un anglais sur la route de Grasse. Il allait de Rome à Londres, en auto-stop. Mais il n'était pas très causant et même plutôt pesant et emmerdeur comme beaucoup des fils de Shakespeare.
On apprend aussi que Camus aimait les corridas dont il se sortait vidé comme s'il avait "fait six fois l'amour", et qu'il aimait le foot puisque Casares s'excuse de lui faire rater un France- Suisse. On découvre en Camus un père aimant mais parfois agacé, déçu que ses enfants ne lui aient pas souhaité la fête des pères (en 1956).

L'adoption, Tome 2 : La garua
14,90
29 mai 2018

Difficile de vraiment parler de cette BD sans trop en dévoiler et je ne veux surtout pas dévoiler ce qui se passe, parce que la surprise a été un facteur essentiel dans mon plaisir de lecture. Disons que j'ai tout aimé de cette BD, les quelques bons sentiments qui heureusement, permettent de supporter le reste parce qu'au final, contrairement à ce que les dessins le laissent supposer, c'est bien noir. J'ai été émue par les liens familiaux, par l'amitié masculine des trois Gégés, ces trois retraités qui s'épaulent. Ce sont surtout les personnages d'hommes qui sont importants ici sauf une femme et j'ai aimé que les auteurs évitent les clichés : c'est la politicienne (de l'opposition quand-même) qui fait preuve de la plus profonde tolérance et sagesse. J'ai versé ma petite larme mais j'ai aussi vraiment ri. Alors, comme tous les autres, je vous conseille fortement cette BD en deux volumes.

Bakhita - Livre Audio
24,90
19 mai 2018

On ne présente plus ce roman primé à la rentrée de septembre et que je n'avais aucune envie de lire. Bakhita est une histoire vraie, ce que je n'avais pas encore compris, celle d'une esclave enlevée au Soudan qui finit sa vie en Italie et fut canonisée.
On me l'avait toujours présenté en me disant qu'il était une succession de malheurs, tous plus lourds à porter les uns les autres. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est pas du tout ce que j'en retiens. J'ai eu l'impression de suivre un parcours qui se découpe en deux grandes parties, la succession d'événements liés à sa condition d'esclave, puis sa vie une fois qu'elle entre dans un institut religieux, même si la deuxième partie est plus courte que la première. J'ai craint, au début, que Véronique Olmi ne mette son personnage dans toutes les situations possibles pour nous montrer ce qu'étaient les diverses conditions d'esclave en Afrique. C'était évidemment avant de découvrir que l'auteure n'inventait pas ce qui était arrivé. Mais au fur et à mesure de mes sorties, je me suis attachée à la voix de Véronique Olmi, à sa façon de nous raconter cette histoire tout en douceur. Peut-être d'ailleurs est-ce cette voix qui a gommé, pour moi, la noirceur du texte. Je suis presque persuadée qu'en version papier, j'aurais abandonné ce livre mais j'ai pris ici plaisir à retrouver l'histoire au fil de mes sorties footing. J'ai nettement préféré la seconde partie, pour sa critique de la société européenne mais aussi et surtout, pour le fait que si Bakhita trouve son salut dans la religion, elle est utilisée par les membres du clergé pour vanter les mérites de l'évangélisation de l'Afrique.

L'Amant
12 mai 2018

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire et à mes souvenirs peut-être erronées du film, ce roman ne se centre pas uniquement sur la relation qui a lié la narratrice (et l'auteure me semble-t'il) à un jeune chinois de vingt-sept issu d'une famille fortunée alors qu'elle-même n'en avait que quinze. C'est ça, bien sûr mais aussi, et de plus en plus au fur que le roman avance, c'est sur sa famille qu'elle écrit, cette mère qui ne s'est pas remise d'avoir acheté une concession qui ne rapporte pas et qui mise sur sa fille pour qu'elle passe l'agrégation de mathématiques et ses deux frères, le "bon" et le "méchant", car il n'y a pas de nuances de gris dans la description de ces deux-là. On retrouve dans L'Amant de nombreux thèmes, personnages, intrigues d' Un Barrage contre le Pacifique mais en plus épuré et en plus construit, même si on passe souvent d'une idée à une autre, sans lien apparent. Mais ça, quand c'est bien fait et c'est le cas, c'est un aspect que je peux aimer dans la littérature. C'est donc un roman que j'ai aimé, moins sensuel et surtout moins polémique que ce à quoi je m'attendais, sans doute parce que l'histoire est racontée par la narratrice adulte qui n'est pas traumatisée par cette expérience mais au contraire, se réjouit d'avoir été initiée par un connaisseur du corps et du plaisir féminins.

Ceux qui restent
19,99
12 mai 2018

Ben disparaît un jour de sa chambre, ne laissant aucun indice derrière lui. Les médias s'intéressent à son cas, les parents sont entendus, plaints mais aussi, comme toujours, soupçonnés. Quelques mois plus tard, Ben réapparaît, persuadé de n'être parti que quelques jours. Il raconte les combats qu'il a dû mener contre les monstres, il est clair qu'il ne rêve qu'à un prochain départ. Deux membres de l'AEP prennent contact avec ses parents. Eux le savent, Ben va à nouveau disparaître et quand ce moment viendra, il faudra que les parents soient bien entourés.
Moi qui n'aime pas le fantastique en littérature, cet aspect ne m'a pas dérangée. Parce que sous couvert d'une histoire invraisemblable, les auteurs abordent deux grands thèmes réalistes : le sort qui est fait aux parents de jeunes disparus et le syndrome de Peter Pan, cette envie de ne pas grandir qui dévore, il me semble que c'est le terme approprié, certaines personnes. Et le scénario est sur ce point réussi. Ce qui m'a dérangée, c'est la faiblesse des dialogues. Tentez de les lire à voir haute, parfois, ça sonne vraiment faux. C'est malgré tout une BD que je recommande et si j'ai été un peu frustrée, c'est parce que justement, le scénario est réussi. Les dessins correspondent très bien au thème.