Ponant

LA MAISON DE MES PERES (NE), roman
9 juillet 2018

Ouvrir ce roman, c'est prendre un billet pour un voyage pittoresque en Arctique, au nord du cercle polaire, en compagnie de cinq hommes rudes mais attachants. Ils vivent ensemble en compagnie de leurs chiens, d'une vieille femme et d'un enfant, souvenir d'un passage féminin dans leur cabane.
Ces hommes ne sont pas des autochtones, ils viennent des quatre coins du monde et se retrouvent réunis par le hasard, liés par une solide amitié. Grands amateurs de gnole et de bonnes histoires, ils nous entraînent à la rencontre de leurs voisins trappeurs et bouilleurs de cru comme eux ou des chasseurs inuits du village d'à côté que Friel appelle "eskimos" (terme tombé en désuétude car considéré comme offensant par les intéressés).
On découvre une communauté solidaire, joyeuse et fort hospitalière dans laquelle on se laisse entraîner sans peine. Suivre les aventures de cette galerie de personnages atypiques et un peu fous a de quoi dégeler les humeurs les plus moroses.

Cette édition réunit Un récit qui donne un beau visage , Le piège à renards du seigneur et La fête du premier de tout qui avaient tout d'abord été publiés séparément. Il me plus semble intéressant de découvrir l'ensemble d'un coup car prises une par une ces histoires ne paraissent pas suffisamment consistantes pour satisfaire l'appétit d'un lecteur avide, lui aussi, de bonnes histoires.

Manger l'autre, roman
18,00
23 juin 2018

Manger l'autre est l'histoire terrifiante d'une jeune fille hors norme qui se livre sans tabou devant l'oeil avide d'internet. Elle raconte comment depuis sa naissance elle ne cesse de grossir, poussée par un appétit gigantesque qui la pousse à manger sans fin et sans faim et l'enferme dans un corps de presque 200 kg lui interdisant de vivre normalement. Abandonnée par sa mère, gavée par un père à la fois protecteur et bourreau, raillée par les autres, elle est piégée dans une immense solitude. Jusqu'à ce qu'on lui offre la possibilité de porter un autre regard sur elle même. Mais cela suffira-t-il à la délivrer du poids de sa souffrance ?
Ce roman qui dénonce "le gonflement grotesque de l'inutile" et la tyrannie du regard de l'autre qui pousse à la fois à s'exposer et en devenir prisonnier, est une véritable lecture coup de poing. Elle risque de heurter les âmes les plus sensibles par la violence de son propos mais son écriture sensuelle et poétique la rend totalement addictive.
Je l'ai dévoré d'une traite et ne peux que vous conseiller de faire de même. C'est tout simplement éblouissant !

Délicieuse

Neuser Marie

Fleuve éditions

Neuf 20,90
Neuf, précommande 20,90
4 juin 2018

Martha est d'une femme profondément blessée. Sans crier gare, après vingt de mariage heureux, son mari lui annonce qu'il aime une autre femme. Qu'il la quitte…
De l'anéantissement à l'envie de vengeance, en passant par le désir de reconquête, elle ne parvient pas à faire face au sentiment d'abandon suscité par cette rupture.
Martha imagine alors un stratagème pour s'approcher de sa rivale afin de lui empoisonner la vie.
Marie Neuser, offre avec ce roman une variation sur le thème de la femme abandonnée qui transforme une banale histoire d'échec conjugal en un thriller psychologique particulièrement bavard et pervers.

Un Mariage anglais
4 mai 2018

Un homme regarde par la fenêtre du premier étage d'une librairie et voit sa femme morte, debout sur le trottoir en face….
C'est d'une façon fort intrigante que s'ouvre ce roman . Il nous raconte l'histoire étrange d'une femme qui écrit des lettres à son mari mais elle ne les envoie pas. Elle les cache dans les livres de son énorme bibliothèque. Après avoir rédigé sa dernière lettre elle disparait d'une plage du Dorset. On la croyait noyée mais qu'en est-il réellement ?
Dans ce roman, Claire Fuller tisse une intrigue subtile et convaincante qui livre le portrait d'une femme piégée par le mariage. A travers ses lettres, elle en évoque la dynamique complexe, entre amour et frustration, trahison et secrets.
Une ambiance très anglaise et littéraire pour décrire de manière émouvante les décisions difficiles qu'une mère doit prendre et les effets compliqués à long terme du chagrin et de la culpabilité.

Donne-moi encore cinq minutes
29 avril 2018

Avec pour toile de fond le problème brûlant de l'implantation de la population juive en territoire palestinien, Yonatan Berg brosse le portrait de deux trentenaires juifs israéliens , Bnaya et Yoav. Ils sont amis depuis l'enfance mais leurs chemins se sont séparés depuis plusieurs années. Tous deux sont arrivés à un tournant de leur vie où ils comprennent qu'ils ne peuvent plus continuer sur leur route familière et qu'il est temps pour eux de s’extirper de la zone d’ombre où ils sont restés coincés depuis trop longtemps
Derrière le portrait croisé de ces deux hommes, se dessine celui d'une réalité israélienne toute en contraste, où le laïc et le religieux se côtoient, s'opposent, se mélangent.. Yonatan Berg ne prend pas parti, ne dénonce rien ouvertement mais restitue avec finesse et objectivé toutes les nuances de ce tableau complexe, riche en couleurs dissonantes.
Dans ce premier roman porté par une belle écriture, parfois très poétique, ce qui est tout particulièrement intéressant c'est que l'auteur a grandi près de Ramallah, dans une de ces colonies religieuses qu'il connaît donc bien et dont il nous fait découvrir le quotidien.
J'imagine que l'on retrouve beaucoup de Yoan Berg dans ses deux personnages. Comme Yoav, il a tourné le dos à la religion et quitté la colonie quand il était adolescent. Bnaya doit probablement incarner celui qu'il serait devenu s'il n'était pas parti...
J'ai trouvé cette lecture aussi passionnante qu'enrichissante !