Carole A.

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par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un roman intimiste dans les grands espaces d'Asie

Samuel est un adolescent en perdition, en butte avec ses parents et leur divorce dont il a l'impression de payer les pots cassés. Un soir, il va tellement loin que sa mère, Sibylle,comprend qu'il faut réagir. Elle vend tout et les voilà partis tous les deux pour une randonnée à cheval (leur passion commune, la dernière) de plusieurs mois au Kirghizstan. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et Samuel s'enferme dans son mal-être tandis que Sibylle s'enfonce peu à peu dans cette dépression larvée qu'elle traîne depuis presque vingt ans... jusqu'au drame !
Laurent Mauvignier nous livre ici un roman intimiste dans les grands espaces d'Asie : fort et attachant.

L'opticien de Lampedusa
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Ce livre va bien au-delà de toute imagination

L'Opticien de Lampedusa a d'abord été un documentaire radiophonique de la BBC ayant reçu le prestigieux prix Bayeux.

Ce livre est un documentaire, de la non-fiction writing. Comment pourrait-il être de la fiction ? Il va bien au-delà de toute imagination.
L'opticien de Lampedusa est un homme ordinaire, un homme d'habitudes. Il part tous les ans en compagnie d'amis pour un week-end en mer, pour se détendre en bonne compagnie, avant que chacun ne retourne à sa vie jusqu'à la prochaine saison.

Il se réveille de bon matin et entend des cris, nombreux. Non, ce ne sont pas des mouettes, c'est autre chose qu'il ne reconnaît pas. Le groupe d'ami décide de s'approcher de ces cris et découvre des formes sombres, innombrables, à perte de vue. Ces formes sont des humains, des migrants ayant fait naufrage. Comment faire pour sauver toutes ces personnes avec un simple bateau pouvant accueillir 8 personnes ? Commence alors un travail acharné, comme une transe pour repêcher le maximum de vivants. Des heures à naviguer entre les corps en attendant les secours. Et la dépossession de son acte, brutale, par les autorités.

Ce texte nous sert les tripes, d'autant plus que tout ce qui est narré est la plus stricte vérité. Lampedusa est un cimetière marin, les autorités sont débordées par le travail comme par d'absurdes textes de loi. Ce livre n'est pas un roman, il est témoignage de l'état de notre Europe. Et un puissant appel citoyen. Moi j'appelle, je hurle : lisez ce document !

Cartographie de l'oubli
Neuf 20,00
Occasion 10,00
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

le XXème siècle allemand a commencé en Afrique

Fin XIXème siècle : l'Allemagne met sous son protectorat le sud-ouest africain. L'Empereur allemand commence avec quelques hommes, dont Jakob soldat envoyé avant tout loin de l'Allemagne, et de modestes ambitions : faire vivre quelques colonies et établir des accords avec les peuples autochtones (à l'avantage de l'Allemagne tout de même...). Peu à peu les ambitions colonialistes de l'Allemagne se feront plus pressantes, les ressources minérales se révélant fort intéressantes. Pour que le projet soit économiquement intéressant, il va falloir faire plus que dominer le peuple africain : il va falloir l'asservir. Jakob va vivre cette sinistre épopée depuis le premier jour et glisser au diapason du pouvoir allemand vers cette soif de domination, quitte à perpétrer et justifier des actes abominables.

Année 2004 : un jeune métis namibien vient assister à la cérémonie de commémoration du massacre de Herreros. Il s'interroge sur cette culture perdue, ses origines allemandes et cette position de métis, peut-être plus enviable que celle de noir sous l'apartheid, s'il est préférable de n'appartenir à aucun peuple.

Il faut être doué pour réussir un premier roman avec ce degré de maîtrise entre Histoire, histoire et progression des personnages. Niels Labuzan nous fait aussi comprendre une chose : le XXème siècle allemand a commencé en Afrique, laboratoire de théories raciales largement diffusées par la suite.

Comme si j'étais seul
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un nécessaire coup de point

Le rentrée littéraire nous offre un tel panel d'expériences et de sentiments. Et parfois, la rentrée littéraire nous impose des romans. Des textes nécessaires dont fait assurément partie Comme si j'étais seul.

Marco Magini a construit un texte en trois voix : un jeune père Yougoslave enrôlé dans l'armée serbe, un jeune père hollandais casque bleu de l'ONU, et un juge espagnol au crépuscule de sa carrière. Ce roman se situe entre l'ex-Yougoslavie et le tribunal de la Haye. Ces trois voix vont l'une après l'autre construire le drame du génocide de Srebenica : entre un militaire enrôlé avant tout pour survivre et protéger sa famille, un casque bleu indifférent au conflit notamment car les décisions de son commandement lui sont inaudibles, et enfin un juge carriériste devant juger des crimes de guerre au sein d'un tribunal balbutiant.

Marco Magini cherche à comprendre comment un homme réfractaire aux théories de pureté de race peut se retrouver à abattre à la chaîne des civils. Il cherche à comprendre comment une force de paix internationale peut être aussi inefficace, voire aux confins du grotesque. Enfin il interroge chacun d'entre nous sur la responsabilité d'un simple soldat lors d'un génocide.

Marco Magini a su saisir magistralement la duplicité de la nature humaine. Ce texte est profondément troublant, je l'ai lu comme on prend un coup dans le ventre : entre sidération, dégoût et révolte. Ce n'est pas un énième récit de guerre, c'est un appel à nous tous : essayons de comprendre comment des haines fabriquées mènent à des actes on ne peut plus dramatiquement réels.

The girls

Quai Voltaire

21,00
par (L'Autre Monde)
26 août 2016

Un roman fort, puissant et tendre

Nous sommes en 1969, en Californie. Evie a quatorze ans et vit avec sa mère. Depuis la séparation de ses parents, la mère d'Evie tente de nouvelles choses comme devenir végétarienne sur un coup de tête ! Evie a pour meilleure amie Connie. Mais une dispute les sépare et rapidement Evie se retrouve fascinée par un groupe de filles des plus marginales. Et plus particulièrement l'une d'entre elles : Suzanne. Rapidement elle intègre ce nouveau groupe et se rend dans l’étrange lieu de retranchement de ses nouvelles amies. Elle y découvre Russel, personnage charismatique, qui agit tel un gourou sur ses élèves. Evie, toujours hypnotisée par Suzanne, est prête à tout pour faire partie de cette secte. Mais les choses tournent mal.

L’histoire nous est racontée par une Evie adulte, qui analyse et prend du recul sur ses actes sans jamais les justifier.

Emma Cline nous offre un roman fort, puissant et tendre : une belle réussite et une excellente surprise de la rentrée littéraire. Foncez.