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Laurence G.

Libraire à Epinal depuis 2013.

par (Au moulin des Lettres)
3 septembre 2021

Gros coup de coeur pour ce nouveau roman admirable de Del Arbol sur les enfants soldats .

Victor Del Arbol est un auteur que nous adorons à la librairie et une fois encore il nous séduit totalement avec ce nouveau roman. L'auteur catalan campe toujours magnifiquement ses personnages dans des reconstitutions virtuoses de l’Histoire d’un pays et son dernier roman en atteste.
Isaïe naît et grandit dans un village de l’Ouganda alors que le pays est déstabilisé par des rebelles qui kidnappent les enfants, les conditionnent et enfin les arment. Réfugié à Barcelone, échappé de l'enfer, il va devoir pourtant se confronter à ce passé qu’il voulait oublier à tout prix.
Le souffle puissant de la narration et l’alternance dynamique des chapitres entre récit de l’enfance d’Isaïe et récit de sa vie en Espagne en font un roman incontournable de cette rentrée littéraire 2021 !
Une mention à son traducteur, Claude Bleton !

Neuf 10,70
Occasion 10,70
par (Au moulin des Lettres)
22 août 2021

S'il est un auteur qu'il ne faut pas rater dans le domaine du polar et du roman noir, c'est bien James Lee Burke. C'est pourtant ce que j'avais fait jusqu'à cet été... Bien m'en a pris d'embarquer NEW IBERIA BLUES dans mon sac de voyage car Burke fait partie depuis de mon panthéon personnel d'auteurs cultes (auteur déjà culte pour des milliers de lecteurs français par ailleurs...).
James Lee Burke, texan de Houston pas né de la dernière pluie puisqu'il est de 36, a vécu longtemps entre le Montana et la Louisiane où il a fait ses études.
Il a créé divers personnages dont les aventures se sont poursuivies au sein de séries qu'il leur a dédiées mais aussi des nouvelles et des romans qui n'en font pas partie. Au total, un ensemble conséquent de 82 titres (voir son site personnel pour l'intégralité de son oeuvre: https://www.jamesleeburke.com/ ).
Une pléthore de Prix littéraires divers et variés ont accompagné la sortie de ses romans.
La série autour du shérif-adjoint Dave Robicheaux compte 22 titres et c'est de l'avant-dernier dont je vous parle (publié en 2019 en France par les Éditions Rivages comme toute son oeuvre, et paru en poche cet été, traduit par Christophe Mercier).
Dave a vieilli tout au long de ces années et il est devenu shérif-adjoint dans la ville de New Iberia en Louisiane. Il est veuf de trois épouses successives et a une fille, Alafair, qui vit avec lui et est un personnage à part entière dans "New Iberia Blues".
Dave est un sacré bonhomme qui se débat avec le fantôme de ses trois femmes et qui combat encore l'alcoolisme au jour le jour, séquelle de son retour de la guerre au Vietnam qui l'a marqué à vie.
L'enquête débute avec la découverte du cadavre d'une femme clouée sur une croix. Elle est la 1ère d'une série de meurtres qui semblent tous avoir un lien avec la symbolique du jeu de tarot ; Robicheaux est persuadé qu'un réalisateur hollywoodien revenu dans sa région natale est mêlé à ces meurtres.
Si l'enchaînement de l'enquête reste classique dans son déroulement narratif (découverte, accumulation, impasse, complications, résolution), le style de Burke et le récit de Robicheaux font que l'on s'attache tout de suite à ce shérif aux valeurs humanistes évidentes et à ses proches, sa fille, son vieux camarade Clete Purcel, les femmes qu'il côtoie... Hanté par son passé, Robicheaux n'est pas un homme des plus faciles, il a vécu des traumatismes qui lui mènent la vie rude et se traduisent notamment par des cauchemars récurrents . Il côtoie la dépression depuis de longues années mais continue malgré tout à s'accrocher à la vie. Sa région, la Louisiane - côté pays cajun- , ses amitiés et son boulot font partie de ce qui le constitue. Il aborde la vie sans illusions mais reste convaincu par la nécessité de son travail de policier; les considérations qu'il fait sur la vie, le passé, le présent, son boulot créent aussi une texture épaisse qui permettent de mieux appréhender ce très beau personnage.
La Louisiane, le bayou et sa nature exubérante forment un personnage indissociable du personnage du shérif. Les descriptions de cet environnement vous transportent dans cette région unique en soi des Etats-Unis et c'est aussi cela qui fait le charme de ce roman envoûtant.

Neuf 22,50
Occasion 17,73
par (Au moulin des Lettres)
9 août 2021

Un roman noir espagnol où l'on règle ses comptes avec le passé...

Aujourd'hui on vous conseille TERRA ALTA de Javier Cercas, paru chez Actes Sud en mai dernier, un roman qui se passe dans la Catalogne intérieure, bien éloignée des villes côtières fébriles et des plages touristiques.
Si les premières pages démarrent bien par la description d'une scène de crime, ce roman se trouve à mi-chemin entre le polar, le roman noir et le roman psychologique.
Melchor, le personnage principal, est arrivé 4 ans auparavant dans cette bourgade jusque-là tranquille. Il va être confronté à un crime affreux et, nommé enquêteur principal sur cette affaire, n'aura de cesse d'avoir trouvé ses auteurs, quitte à y laisser bien plus que des plumes...
Si Cercas nous entraîne à notre tour sur la piste du -ou des- tueur.s, il nous révèle aussi peu à peu la complexité de Melchor qui a un passé on ne peut plus torturé.
Un très bon roman qui fait découvrir un coin méconnu de l'Espagne d'aujourd'hui et de celle d'hier et le portrait d'un personnage ambigu et meurtri.

22,00
par (Au moulin des Lettres)
16 juillet 2021

Un très bon roman noir croate et un auteur à découvrir !

Chaque découverte d’un(e) nouvel(le) auteur(e) est un plaisir qui s’ajoute à celui de la lecture. On se dit que si ce premier roman est bon, alors d’autres livres certainement suivront et on s’en réjouit à l’avance.
C’est le cas avec « L’eau rouge » de Jurica Pavičič, publié pour la première fois en France par les éditions Agullo, maison d’édition qui plonge dans les eaux profondes de l’Europe et nous offre ainsi
de sacrés trésors.
C’est du côté noir qu’on classera « L’eau rouge » car le roman commence dès les premières pages par la disparition d’une jeune fille de 19 ans, Silva Vela, dans un petit bourg de la côte dalmate, un soir de septembre 1989. Sortie pour aller danser à la fête du bourg, elle disparaît vers 1h 00 du matin et ne refait plus surface.
Au coeur du roman, la disparition de Silva va devenir une obsession pour sa famille une fois le dossier classé sans suite par la police, incapable de trouver le moindre indice : fuite ou assassinat, rien n’est sûr, rien n’est prouvé. Pour le frère jumeau de Silva, Mate, va alors commencer une recherche sans fin de traces éventuelles de sa sœur, autour de Split puis de plus en plus loin car la police pense que la jeune fille s’est enfuie par le train et ne veut plus donner de nouvelles.
Si l’on suit les affres d’une famille déchirée par un drame intime, l’histoire de l’ex-Yougoslavie puis du nouvel Etat qui va naître à la fin de la guerre, la Croatie, va composer la toile de fond du roman, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. L’auteur ne va pas se contenter de raconter le déroulé de la disparition et de la recherche de la jeune fille, il va utiliser l’histoire de son pays pour en enrichir le propos et dépeindre ainsi les 30 années qui suivent la disparition de Silva et les conséquences des bouleversements politiques sur la vie de la famille de la jeune fille et du peuple croate: la chute du régime communiste, la proclamation de l’indépendance de la Croatie et la guerre qui va suivre entre 1991 et 1995, puis l’ouverture au capitalisme et l’arrivée de spéculateurs immobiliers … Si Mate est l’un des personnages pivots, d’autres vont aussi avoir un rôle déterminant. Le commissaire Gorki Šain va ainsi prendre vie dès le premier chapitre puisque c’est lui qui va être en charge de l’enquête. L’indépendance et la guerre vont l’évincer de son poste mais il va réapparaître des années plus tard, taraudé par ce dossier qu’il n’a jamais pu refermer.
Entremêlant enquête policière, enquête familiale et histoire de son pays, Pavičič réussit à composer un roman habilement construit et que vous ne lâcherez pas avant le mot de la fin !

19,00
par (Au moulin des Lettres)
6 juillet 2021

"Le roman de Jim" qui explore les liens qui unissent les êtres humains est un roman plein de délicatesse.

Le narrateur, Aymeric, jurassien pur jus, va élever comme le sien l'enfant de sa compagne jusqu'au jour où le père biologique va réapparaître. Peut-on balayer de sa vie un petit bonhomme que l'on a vu grandir pendant 7 années ? Et qu'en est-il de l'enfant ?
Pierric Bailly, avec une écriture sans apprêt, campe des personnages proches de nous, des gens simples avec des histoires cependant complexes, comme la vie, et parfois trop lourdes à porter.
Il construit de livre en livre un tableau peuplé de personnages qui n'ont rien d'héroïque; ils n'élèvent pas la voix, ils sont modestes et ne commettent aucune action retentissante mais leur récit, leur solitude, leur douleur font écho en nous.
Pierric Bailly et Nicolas Mathieu sont deux auteurs de la même génération qui regardent autour d'eux les vies brinquebalantes, souvent cabossées, de leurs congénères, dans un environnement social qui est toujours prégnant. Ils sont de la même veine, de ces auteurs qui prêtent attention aux sans grade et aux anti-héros, Mathieu dans un registre plus noir, Bailly avec une empathie énorme pour ses personnages, mais assurément avec une sacrée plume l'un et l'autre !