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Laurence G.

Ovibos, le survivant de l'Arctique

Robert Gessain, Rémy Marion - préface de Vincent Munier

Actes Sud

22,00
par (Au moulin des Lettres)
24 janvier 2021

Un essai passionnant qui nous plonge dans les grands froids !

Le « bœuf » musqué (qui s’apparente plus au mouton qu’au bison !) fascine, curiosité surgie de la préhistoire, à l’impressionnante adaptation aux quasi-déserts glacés. Rémy Marion, après Robert Gessain dont il reprend l’oeuvre, a arpenté le Haut Actique pour rencontrer les Inuits et « l’animal dont la fourrure est comme une barbe ». C’est donc un texte à deux voix, deux générations d’aventuriers.
On suit ici sur 500 000 ans les migrations et évolutions parallèles des ancêtres d’Ovibos moscatus et des nôtres, puis tant la cohabitation que le compagnonnage entre Inuits et hardes d’Omingmak, peuple animal qui impose le respect. Puis la quasi-extinction en lien avec les essais d’implantation de vaches, le commerce transatlantique, la mode du trophée facile, quand même les bonnes intentions sont redoutables : pour prélever 3 veaux à destination d’un élevage on n’hésite pas à abattre la trentaine d’adultes qui les protègent ! Et on découvre enfin les avatars tardifs de la conservation entre protection et exploitation.
Cette lecture apporte quelques éléments de réponse à une question lancinante : comment ces grands mammifères ont-ils pu survivre aux mammouths et autres géants des espaces périglaciaires, que l’homme a si bien décimés ?
Les auteurs nous plongent dans un monde si beau qu’on ne peut que ressentir l’urgence de reconsidérer la place de notre espèce.
Un essai qui est paru cet automne dans l'excellente collection "Mondes sauvages" chez Actes Sud.

Lëd

Les Arènes

22,90
par (Au moulin des Lettres)
20 janvier 2021

Coup de coeur de Mathieu : un polar sibérien glaçant !

Une ville parmi les plus froides, polluées, isolées de Russie; un ancien goulag soumis à la toute-puissance des intérêts miniers et à la corruption; une population à l'avenir noyé dans le blizzard sibérien : difficile de trouver plus hyperbolique que Norilsk comme décor pour le nouveau polar social, ultra documenté et nourri d'impressions de voyages dont Férey a l'habitude. Lëd, comme la glace, ne ménage personne mais rend justice aux vrais héros de ce lieu que sont ses habitants. À lire d'une traite !

La fièvre, Roman

Roman

Albin Michel

19,90
par (Au moulin des Lettres)
19 janvier 2021

Coup de coeur de Clémentine : Fièvre jaune et racisme, deux fléaux à Memphis au XIXe siècle

En 1878, une épidémie de fièvre jaune s'empare de la ville de Memphis. Mais cette dernière est également en proie à un autre fléau : un racisme profondément ancré, qui perdure malgré l'abolition de l'esclavage.
Sébastien Spitzer met en scène des personnages variés (la tenancière d'un bordel de luxe, une jeune métisse défavorisée, un rédacteur en chef membre du Ku Klux Klan) et dessine, en même temps que leur histoire individuelle, celle d'une société en transition, stoppée nette dans son activité par l'effroyable épidémie qui frappe la ville. Celle-ci est terrifiante, car incontrôlée et incontrôlable (on ne connaît pas encore les causes de la maladie) et détruit la ville en la vidant de ses habitants, qui, s'ils ne meurent pas, fuient.
Difficile de ne pas faire le lien avec la pandémie actuelle, bien que l'auteur ait commencé à écrire avant l'arrivée de la Covid-19. Un tel sujet pourrait sembler pesant en cette période, pourtant ce parallèle n'a nullement nuit à ma lecture. Malgré les événements tragiques qu'il rapporte, le roman reste positif et très instructif, et l'écriture vivante de Spitzer en fait une lecture des plus agréables.

Autre lecture intéressante sur le sujet du racisme aux États-Unis : la BD Blanc Autour de Stéphane Fert et Wilfrid Lupano publiée chez Dargaud.

Il est des hommes qui se perdront toujours
par (Au moulin des Lettres)
8 janvier 2021

Un roman bouleversant et solaire sur l'enfance saccagée

Les années 90 constituent la bande-son de ce roman magnifique et la ville de Marseille son décor, pas le Panier ou le Vieux-Port, non, c’est entre les tours dégradées et taguées du quartier dénommé « Arthaud », quartier à la périphérie de tout, et dans le quartier gitan tout proche, dénommé « passage 50 », que va se dérouler l’essentiel de l’histoire de Karel, le narrateur. Il forme avec Hendricka, sa sœur cadette, et Mohand, le benjamin, une fratrie fracassée par un père violent, méprisant, alcoolique et drogué, et une mère soumise et névrosée. C’est le roman de l’enfance meurtrie mais c’est aussi le roman de l’amour qui va permettre aux trois enfants de dépasser leurs meurtrissures.
Si Karel et Hendricka sont deux enfants à la beauté solaire et insolente, Mohand est né affublé de diverses maladies et handicaps qui vont en faire le bouc émissaire de la frustration éternelle du père. Karel va essayer de s’interposer mais ne faisant que redoubler la colère du père et incapable de défendre Mohand, obligé de se terrer dans un coin de l’appartement et d’assister à cette impitoyable curée, il va développer année après année un sentiment de honte et de dégoût de lui-même. Son échappatoire, il va la trouver dans l’amitié qu’il va nouer avec un jeune gitan, Rudy, copain de classe depuis toujours et frère adoptif. Rudy va l’introduire dans sa famille, son monde et sa culture et ce refuge de caravanes va bientôt accueillir de la même façon Hendricka, puis Mohand un peu plus tard…
Ce roman est aussi délicat qu’il est dur, brut et dramatique ; il nous fait tanguer entre la violence de cette famille dysfonctionnelle et la vie de Karel en-dehors de cet enfer familial faite de moments de bonheur intense échappant au fatalisme. Karel ne goûte pas la vie, il l’arrache à pleine dents. En quelques pages, l’auteure nous entraîne dans le sillage de son personnage et on ne peut lâcher le livre qu’à la dernière page, épuisé, bouleversé.

Justice indienne

Wanbli Weiden, David Heska

Éditions Gallmeister

24,20
par (Au moulin des Lettres)
7 janvier 2021

Un très beau roman sur le sort des Amérindiens aujourd'hui

Ce premier roman de Heska Wanbli Weiden nous ouvre tout grand les portes de la réserve indienne du Dakota du Sud, Rosebud, où vivent les Indiens Lakotas, véritable nom des Sioux. Entre pauvreté, chômage et alcoolisme, les hommes de la réserve ne sont pas au meilleur de leur forme. Parmi eux, Virgil Wounded Horse essaye de s’en sortir en proposant ses services comme « homme de main » : il s’occupe de venger des familles volées ou des femmes battues. Son maigre salaire arrive à les faire vivre lui et son neveu de 14 ans, Nathan, dont il est le tuteur depuis la mort tragique de la mère du garçon.
Aux côtés de Virgil on découvre d’autres personnages bien campés qui tentent de faire changer les mentalités et les habitudes, ainsi Marie, ex petite amie de Virgil, est-elle d’une honnêteté sans faille. Elle essaye également de maintenir les traditions de leur peuple vivaces et se bat pour que les familles les plus démunies aient accès à une nourriture correcte.
Quand un cartel mexicain essaye d’introduire de l’héroïne presque pure auprès des jeunes lycéens de la réserve, Nathan en étant l’une des victimes, Virgil se lance sur la piste de celui qui a introduit le cartel dans la réserve et lui promet un sale quart d’heure. Mais ceux qui tirent les ficelles ne sont pas toujours ceux que l’on croit...
Heska Wanbli Weiden réalise une plongée dans le quotidien des Indiens de la réserve, qui entre modernité et traditions, cherchent à survivre et à conserver leur dignité avec le peu qu’ils leur restent. Les rituels sont dépeints le plus justement possible afin de nous faire découvrir cet aspect de leur vie. Si l’intrigue semble assez banale, les personnages sont vraisemblables et les descriptions de leurs conditions de vie réalistes. Le suspens est fort bien mené pour ce roman qui frise le noir et la tension finale est totalement réussie. Si j’émets un petit bémol pour la traduction, « Justice indienne » reste un excellent roman et un beau coup de coeur pour bien commencer l’année !