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Laurence G.

Libraire à Epinal depuis 2013.

Il est des hommes qui se perdront toujours
par (Au moulin des Lettres)
8 janvier 2021

Un roman bouleversant et solaire sur l'enfance saccagée

Les années 90 constituent la bande-son de ce roman magnifique et la ville de Marseille son décor, pas le Panier ou le Vieux-Port, non, c’est entre les tours dégradées et taguées du quartier dénommé « Arthaud », quartier à la périphérie de tout, et dans le quartier gitan tout proche, dénommé « passage 50 », que va se dérouler l’essentiel de l’histoire de Karel, le narrateur. Il forme avec Hendricka, sa sœur cadette, et Mohand, le benjamin, une fratrie fracassée par un père violent, méprisant, alcoolique et drogué, et une mère soumise et névrosée. C’est le roman de l’enfance meurtrie mais c’est aussi le roman de l’amour qui va permettre aux trois enfants de dépasser leurs meurtrissures.
Si Karel et Hendricka sont deux enfants à la beauté solaire et insolente, Mohand est né affublé de diverses maladies et handicaps qui vont en faire le bouc émissaire de la frustration éternelle du père. Karel va essayer de s’interposer mais ne faisant que redoubler la colère du père et incapable de défendre Mohand, obligé de se terrer dans un coin de l’appartement et d’assister à cette impitoyable curée, il va développer année après année un sentiment de honte et de dégoût de lui-même. Son échappatoire, il va la trouver dans l’amitié qu’il va nouer avec un jeune gitan, Rudy, copain de classe depuis toujours et frère adoptif. Rudy va l’introduire dans sa famille, son monde et sa culture et ce refuge de caravanes va bientôt accueillir de la même façon Hendricka, puis Mohand un peu plus tard…
Ce roman est aussi délicat qu’il est dur, brut et dramatique ; il nous fait tanguer entre la violence de cette famille dysfonctionnelle et la vie de Karel en-dehors de cet enfer familial faite de moments de bonheur intense échappant au fatalisme. Karel ne goûte pas la vie, il l’arrache à pleine dents. En quelques pages, l’auteure nous entraîne dans le sillage de son personnage et on ne peut lâcher le livre qu’à la dernière page, épuisé, bouleversé.

Justice indienne

David Heska Wanbli Weiden

Éditions Gallmeister

24,20
par (Au moulin des Lettres)
7 janvier 2021

Un très beau roman sur le sort des Amérindiens aujourd'hui

Ce premier roman de Heska Wanbli Weiden nous ouvre tout grand les portes de la réserve indienne du Dakota du Sud, Rosebud, où vivent les Indiens Lakotas, véritable nom des Sioux. Entre pauvreté, chômage et alcoolisme, les hommes de la réserve ne sont pas au meilleur de leur forme. Parmi eux, Virgil Wounded Horse essaye de s’en sortir en proposant ses services comme « homme de main » : il s’occupe de venger des familles volées ou des femmes battues. Son maigre salaire arrive à les faire vivre lui et son neveu de 14 ans, Nathan, dont il est le tuteur depuis la mort tragique de la mère du garçon.
Aux côtés de Virgil on découvre d’autres personnages bien campés qui tentent de faire changer les mentalités et les habitudes, ainsi Marie, ex petite amie de Virgil, est-elle d’une honnêteté sans faille. Elle essaye également de maintenir les traditions de leur peuple vivaces et se bat pour que les familles les plus démunies aient accès à une nourriture correcte.
Quand un cartel mexicain essaye d’introduire de l’héroïne presque pure auprès des jeunes lycéens de la réserve, Nathan en étant l’une des victimes, Virgil se lance sur la piste de celui qui a introduit le cartel dans la réserve et lui promet un sale quart d’heure. Mais ceux qui tirent les ficelles ne sont pas toujours ceux que l’on croit...
Heska Wanbli Weiden réalise une plongée dans le quotidien des Indiens de la réserve, qui entre modernité et traditions, cherchent à survivre et à conserver leur dignité avec le peu qu’ils leur restent. Les rituels sont dépeints le plus justement possible afin de nous faire découvrir cet aspect de leur vie. Si l’intrigue semble assez banale, les personnages sont vraisemblables et les descriptions de leurs conditions de vie réalistes. Le suspens est fort bien mené pour ce roman qui frise le noir et la tension finale est totalement réussie. Si j’émets un petit bémol pour la traduction, « Justice indienne » reste un excellent roman et un beau coup de coeur pour bien commencer l’année !

4, Les 5 terres, cycle 1, Angleon, La même férocité

La même férocité

4

Delcourt

14,95
par (Au moulin des Lettres)
1 décembre 2020

UNE TRES BELLE SERIE A DECOUVRIR AVEC LES 4 TOMES DEJA PARUS

La réalisation des " 5 Terres "est menée tambour battant puisque les auteurs nous ont déjà offert les 4 premiers tomes en 14 mois !
L'univers créé est peuplé d'animaux anthropomorphes qui luttent pour obtenir le pouvoir (ou rester en vie), une histoire vieille comme le monde mais fort bien racontée, avec des rebondissements et des planches superbes.
A lire de 12 à 99 ans...

Les Oxenberg & les Bernstein

Les Éditions Noir sur Blanc

22,00
par (Au moulin des Lettres)
19 novembre 2020

Coup de coeur de Mathieu : un roman historique et contemporain fascinant

Ce livre offre la vision entrecroisée de la Roumanie à l'aube du grand pogrom de Iasi et des Etats-Unis d'Amérique, terre de diaspora où une jeune émigrante Roumaine ambitieuse trace une "success story" hollywoodienne après avoir épousé le rejeton d'une riche famille juive industrieuse.
A la fois roman historique précis et roman contemporain à l'humour grinçant, la plume parfois provocante de Catalin Mihuleac nous plonge dans une exploration de la vision de l'autre, de l'identité, de l'exil et de la façon dont l'humain se construit. Le final, habile et plaisant fait se rencontrer les deux histoires, celle des Oxenberg et des Bernstein pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le musée des redditions sans condition
par (Au moulin des Lettres)
17 novembre 2020

Un roman nostalgique et doux-amer sur l'exil

Le livre commence par l'inventaire de l'estomac d'un éléphant de mer du zoo de Berlin décédé depuis peu.
Inventaire bariolé et dépareillé, à l'instar des souvenirs et des photos sépias de la narratrice, romancière ex-Yougoslave exilée de par le monde.
A travers l'évocation de son passé, de son quotidien et de ses réflexions sur l'avenir, ce sont les questions de l'identité, de la nostalgie et de l'exil qui sont traitées ici par cette orpheline de sa patrie disparue.

Coup de coeur de Mathieu