Laurence G.

Hôtel du Grand Cerf
par (Au moulin des Lettres)
18 juillet 2017

Une plume remarquable et des dialogues ciselés pour un excellent roman noir

La couverture est noire et l'intrigue de ce roman l'est tout autant mais sur le mode « on va rire cinq minutes». Tout démarre grâce à un producteur de documentaires qui tombe par hasard sur des chutes de films datant des années 50. L'actrice principale qu'il découvre dans ces bouts d'essai est alors au faîte de sa gloire mais meurt noyée dans la baignoire de sa chambre d'hôtel lors du tournage de ce qui restera un film inachevé. Il lance sur les traces de cette femme fatale un journaliste désoeuvré devenu son homme à tout faire, car il est persuadé qu 'elle a été assassinée. Mû par un instinct qui l'a déjà servi à accomplir sa mission de producteur, il veut tirer tout cela au clair et en faire un film. Nous voilà donc projeté dans les Ardennes – frontière franco belge- à Reugny, sur la scène du dit crime, à l'hôtel du Grand Cerf, au fin fond d'une campagne boisée, alcoolisée et endormie.
Nicolas, notre journaliste, est projeté au milieu d'une nouvelle affaire alors qu'il découvre les lieux et leurs habitants car on vient de découvrir à quelques kilomètres de là le cadavre d'un douanier décapité. Entre-temps, la fille de la patronne de l'hôtel disparaît sans laisser de traces , seul son vélomoteur émerge d'une mare où un second corps sera également trouvé.
Bref, des cadavres vous en avez non seulement dans les baignoires mais aussi dans les bois et les mares. Et qui dit cadavres dit inspecteur. Intervient alors un nouveau personnage affublé d'un nom totalement saugrenu, Vertigo Kulbertus, obèse et à 15 jours de la retraite. Fulminant, il se rend quand même, bien obligé, à Reugny. Le personnage et ses méthodes d'investigation sont à l'exact opposé de celles de Sherlock Holmes : vulgaire pour choquer et pousser les présumés coupables dans leurs retranchements, amateur de bière sans mousse, il est excessif en tout y compris dans son amour pour lui-même.
Le style inimitable de Bartelt, superbe et pince sans rire, donne droit à des dialogues hilarants. Plongez avec bonheur dans un livre qui, ayant tout du roman policier, se paye aussi le luxe d'être une comédie sociale teintée d'amertume et d'humour

Quand sort la recluse
Neuf 21,00
Neuf à prix réduit 21,00
par (Au moulin des Lettres)
11 mai 2017

Un nouvel épisode à savourer

Une construction narrative à tiroirs, des dialogues savoureux, des règlements de compte au sein de la brigade, des recluses en chair et en pattes et notre Adamsberg perdu dans les brumes du Moyen-Age: tout cela mis ensemble fait un excellent Fred Vargas!

Marx et la poupée
18,00
par (Au moulin des Lettres)
2 mars 2017

Un premier roman autobiographique plein de poésie, émouvant et drôle

Composé de très courts chapitres et structuré en 3 parties, les trois naissances de la narratrice, ce roman fortement autobiographique nous entraîne dans un double voyage, celui du pays de l'enfance, l'Iran, et celui du déracinement, la France. Aujourd'hui et hier se bousculent et se chevauchent pour raconter l'histoire d'une petite fille qui naît au début de l'ère Khomeiny et des manifestations qui feront basculer Téhéran dans une répression d'une extrême violence. A travers des portraits de proches et des images de lieux qui ont marqué fortement sa vie, Maryam Madjidi tisse un canevas fait de la mémoire familiale qui renvoie à celle d'un peuple tout entier: opposition politique, militantisme, résistance, emprisonnement, exil, repères à reconstruire de zéro...
Le parcours de ce "je" narrateur, toujours accompagné de la figure tutélaire de la grand-mère bienveillante, la "grande protectrice", nous est offert dans une langue imagée et poétique, souvent bouleversante, drôle aussi. Un livre qui est aussi un petit bijou...

Le dimanche des mères
par (Au moulin des Lettres)
15 février 2017

Un roman anglais remarquablement construit, tout en finesse

S'attardant tout particulièrement sur une journée de mars 1924, Graham Swift nous fait découvrir le quotidien et les pensées les plus intimes d'une jeune femme de 21 ans, orpheline « née indigente », et « placée » comme bonne très jeune dans une maison d'aristocrates anglais.
Après avoir retrouvé son amant, Paul Sheringham, fils de bonne famille, Jane se retrouve seule dans la demeure de celui-ci. Il lui a laissé en partant la clé de la maison et est parti retrouver la jeune femme qu'il doit épouser selon un mariage arrangé par leurs parents respectifs. Ce jour très particulier durant lequel Jane peut jouir exceptionnellement d'une liberté totale est en effet le « dimanche des mères », une tradition laissant aux domestiques une journée libre par an pour aller voir leur mère. Cette journée de retrouvailles avec son amant - dernière journée avant le mariage de celui-ci - puis la déambulation dans la maison, le retour à bicyclette dans la maison de ses patrons, et le drame qui va suivre, laisseront des traces indélébiles en Jane.
Grâce au récit du narrateur relatant par bribes la vie de ce très beau personnage, ce sont deux Jane qui cohabitent en fait durant tout ce court roman, en un subtil va et vient dans le temps: la jeune bonne audacieuse et, fait peu courant alors, dévoreuse de livres, et la femme âgée qui va dévoiler peu à peu au lecteur ses pensées, ses souvenirs et une fracture intime jamais révélée. Fouillant la mémoire de Jane, le narrateur va ouvrir au lecteur les portes intimes de celle-ci demeurées closes durant toute sa longue vie. Derrière ces portes, un amour interdit, des « livres pour garçons » empruntés dans la bibliothèque d'un maître bienveillant et dévorés avec passion, des pièces chargées de portraits de famille ou de bienfaiteurs, une bicyclette, le souvenir de fils perdus pour toujours pendant la Grande Guerre....
Le souvenir, le secret, le poids des traditions, le mystère que peut recéler un individu, tous ces thèmes parcourent ce roman admirablement écrit, tout en nuances et en finesse.

Article 353 du Code Pénal
par (Au moulin des Lettres)
14 février 2017

Une construction et une langue éblouissantes

Dense, parfaitement construit, voici le roman d’un drame intimiste et social. Le narrateur dévoile au juge qui l'a convoqué, dans un monologue savamment construit, le mobile d’un crime dont il est accusé et les rouages d’une arnaque dont est victime une petite commune bretonne. Le sort que la justice va réserver à ce pauvre hère, sa confession ainsi que la langue travaillée comme un bijou font du roman et de sa chute un éblouissement…