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Eric R.

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Dopage, Ma guerre contre les tricheurs

Ma guerre contre les tricheurs

Arthaud

Neuf 19,90
Occasion 18,90
par (Librairie La Grande Ourse)
15 mai 2021

Edifiant

C’est un livre qui donne le frisson, la nausée même. Un passionné de sport sait que la tricherie fait partie intégrante de sa passion depuis les origines mêmes. Pourtant quand le concept abstrait devient récit, faits concrets, la joie, la passion se fissurent, pareilles à la découverte d’un Père Noël fictif. Le jouet est cassé ou pour le moins fissuré. Ces mensonges, Jean-Pierre Verdy a préféré les regarder en face et même les traquer pour les dénoncer. Entraineur de l’équipe de France de pentathlon moderne à Atlanta, il est viré pour absence de résultats. Très rapidement il se reconvertit et devient un acteur principal de la lutte antidopage en fondant le département des contrôles de l’AFLD (Agence française de la lutte contre le dopage).

Beaucoup d’ouvrages concernant le dopage s’attache à un fait divers, une confession personnelle, une enquête ciblée qui pourrait être l’objet d’un simple article de presse mais que l’on complète, romance pour en faire un livre. L’intérêt majeur du témoignage de JP Verdy, réside dans un combat mené de l’intérieur, collectivement, contre des tricheurs mais aussi contre des institutions censées être les garantes de leur sport. C’est contre Armstrong, Vinoukourov, ou Fouad Chouki que l’AFLD se bat bien entendu mais encore plus contre des pouvoirs. Le milieu du foot semble ainsi intouchable et non concerné par le dopage alors que toutes les analyses des phanères (poils, cheveux, ongles) démontrent le contraire. Edifiants ces cris effarouchés de présidents de clubs, de fédérations qui refusent même l’idée de contrôles. Comme ceux de la fédération internationale de tennis qui privilégie les fondements financiers d’une activité lucrative à l’éthique. Bien entendu le cyclisme est au coeur de cette lutte institutionnelle avec les obstacles menés par l’Union Cycliste internationale (l’UCI), organisme protecteur de Lance Armstrong, le coureur américain, étant le centre de la lutte menée par l’AFLD, celui qui donne des cauchemars à des centaines de contrôleurs, par son arrogance, sa manière de défier les autorités. Sa protection politique, dont celle de Nicolas Sarkosy, est ici clairement exposée. La figure du vainqueur du Tour plane sur toutes les pages du livre, exemple « parfait » d’un athlète dont la tricherie était découverte dès 1999, par un contrôle positif, absous par une ordonnance antidatée. Un simple courage politique aurait dès son origine éteint ce qui allait devenir le plus grand scandale du dopage organisé.

On ressent l’usure provoquer par cette lutte quand vous savez détenir la vérité et ne pouvoir pour des raisons juridiques, politiques, médiatiques, la dévoiler. On devine la passion de la justice chez Jan-Pierre Verdy comme chez tous ses collègues auxquels il rend un hommage appuyé, la passion mais aussi l’incompréhension, voire la colère, quand on se retrouve soi même auditionné par les gendarmes par un écoeurant retournement de situation.

Ces luttes institutionnelles détaillées sont aussi complétées de l’évocation de certains noms qui ont peu défrayé la chronique, tant leurs cas dérangeaient. La Juventus de Turin, l’équipe de France 98 et un Didier Deschamps au taux d’hématocrite qui l’aurait empêché de prendre le départ du Tour de France, « Mme Longo » qui refusa toujours de se géolocaliser empêchant ainsi des contrôles inopinés en raison de son allergie aux ondes mais aussi, et ce n’est pas le moins intéressant de l’ouvrage, l’évocation du dopage chez les amateurs, ceux trop nombreux pour être contrôlés, qui se « chargent » pour gagner correctement leurs vies dans des compétitions de deuxième niveau ou même simplement pour battre les copains à la sortie du dimanche.
Verdy conclue en précisant que le combat continue pour « préserver ce qui fait la beauté du sport et la raison de son succès, son principe essentiel: l’égalité entre les Hommes ». Nul doute qu’il ne s’achèvera jamais.

Eric