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Jean T.

https://lecturesdereves.wordpress.com/

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par (Le Pain des Rêves)
6 avril 2022

On est en juillet 1973 , à Philadelphie quand Amy, "treize et demi" qui s’ennuie de sa sœur Bonnie, décide de la rejoindre au Manoir Playboy, à Los Angeles. Elle quitte des parents à qui elle ne manquera pas beaucoup, avec "Douze dollars et quarante-huit cents" en poche, jette quelques affaires dans un gros sac et prend un bus qui l’emmène à Pittsburgh. Puis elle fait du stop pour se rendre à Columbus avec un camionneur, à Springfield avec un couple de petits truands en cavale, à Oklahoma City avec des motards, à Budville (Nouveau-Mexique) avec une femme et ses enfants. Elle les quitte pour partir sur la Route 66 avec une bande de garçons et filles qui accompagnent Bruce Springsteen à un rendez-vous avec son agent à Los Angelès.
Va-t-elle retrouver Bonnie dans la Mansion ?

Au long de plusieurs milliers de kilomètres, cette fille débrouillarde fait plein de rencontres, s’inventant un nom et un âge différents à chaque fois, dont des personnes connues dans les années 70, découvre des pans inconnus de son pays, chante du rock avec la bande de jeunes. Avec Amy, le lecteur s’immerge dans la culture américaine de ces années, la musique, les films, la politique de Nixon et le scandale du Watergate. On croise des personnages comme "Cher ! De Sonny and Cher ! De The Sonny & Cher Comedy Hour !", Hugh Hefner, le créateur de Play Boy dont on visite un peu le manoir. Elle lit "Tess d’Urberville" qu’elle abandonne à un réalisateur nommé Roman, l’acteur Ryan O’Neal dont elle est amoureuse...
Bien sûr, l’histoire qui se déroule presque sans accroc est hautement improbable, mais on s’attache à cette gamine ingénue, fine, courageuse, que ceux qu’elle croise trouve attachante et admirable.. Elle est animée par la volonté de voir sa sœur et accompagnée par le souvenir vivace de sa meilleure amie décédée récemment dans un accident. Son voyage est initiatique, un apprentissage qui la fait réfléchir, mûrir, choisir la personne qu’elle décide d’être.
Comme elle écoute le conseil de Liza, "C’est ma grand-mère qui me disait toujours “Va là où tu es aimée”, la chute est imprévisible...
Ce road-trip est une lecture sympathique, reposante, teintée d’humour. On voyage avec elle et c’est bien agréable...

par (Le Pain des Rêves)
3 avril 2022

Quand Ambre reçoit l’appel de Rosalie, elle n’hésite pas. Elle prend un congé, laisse son compagnon à Lyon et part pour Arvieux, le village des Hautes-Alpes où elle avait fait une saison, cinq ans plus tôt. Elle craint ces retrouvailles parce qu’elle n’a donné aucune nouvelle durant ces années, même pas Anton après son accident de ski. Parce qu’il va lui falloir retrouver Anton à qui elle avait piqué Tim, son petit ami. Parce que depuis, Rosalie, la patronne du restaurant, a donné naissance à une petite Sophie qu’elle ne connaît pas. Parce qu’elle ne sait pas où est passé Gabriel, le mari de Rosalie. Parce qu’il y a des choses pas réglées, pas finies de vivre, des rancœurs à calmer, des liens à recréer, des douleurs qui vont ressurgir. Ambre vit avec Marc, un prof qui n’en finit pas d’achever sa thèse et qui ne sait rien de sa vie à Arvieux, ni de sa liaison amoureuse avec Tim, à Frontignan. Ambre a essayé d’oublier tout cela, sans succès, car à Arvieux, lui revient tout ce qu’elle regrette. Elle sait qu’il va falloir réparer.

Mélissa Da Costa sait construire des personnages plausibles, prendre son temps pour installer les situations, pour définir le cadre. Elle sait compliquer l’intrigue, ménager le suspense pour créer des émotions, le tout avec une belle écriture.
Mais autant j’avais aimé « Je revenais des autres », autant j’ai été un peu déçu par celui-ci. Le thème du retour après une fuite, des situations de vie non résolues et de leur réparation est intéressant. Raccrocher cette histoire à la précédente n’a pas été évident, d’autant qu’il n’est pas indiqué clairement que c’est une suite. Le roman souffre de quelques longueurs à force de vouloir bien poser le décor. Et surtout, environ à la moitié du roman, on devine quelle fin souhaite l’autrice à ses personnages !
Ceci dit, que les inconditionnels de l’autrice soient rassurés, la lecture de « les douleurs fantômes » reste agréable, sans doute parce que Mélissa Da Costa comment s’y prendre pour que le lecteur s’attache à ses personnages.

16,00
par (Le Pain des Rêves)
3 avril 2022

Après avoir travaillé dans des centres d’appel et parce qu’elle a besoin d’argent, Kayleigh s’est fait embaucher pour être "modérateur de contenus" chez Hexia, le sous-traitant d’un "géant technologique puissant". Sous cette appellation, le job semble socialement normal alors qu’il s’agit de nettoyer le web de tout ce que la plateforme estime ne pas devoir être vu. Kayleigh est soumise à des conditions de travail indignes, aux directives changeantes de la plateforme, à une obligation de "traiter cinq cents tickets par jour". Comme ses collègues, elle n’a pas d’accompagnement psychologique pour l’aider à supporter et évacuer les vidéos terrifiantes qu’elle visionne.

"Mais qu’a-t-elle vu ?" se demande-t-on. À cette question normale, "on attend une réponse macabre ». En voici un exemple : "J’ai vu une fille se taillader le bras en direct au moyen d’un canif bien trop émoussé, elle a dû appuyer fort avant de parvenir à saigner un peu. J’ai vu un homme donner à son berger allemand un coup de pied si brutal que la bête s’est écrasée en couinant contre le réfrigérateur. J’ai vu des enfants se mettre au défi d’avaler d’un coup une quantité aberrante de cannelle. J’ai vu des gens vanter par écrit les qualités de Hitler à leurs voisins, leurs collègues ou à de vagues connaissances, comme ça, au vu et au su de tous, y compris de potentiels partenaires ou employeurs : « Hitler aurait dû finir le boulot », à côté d’une photo de migrants dans une embarcation de fortune." On ne citera pas le reste…
Le récit de Kayleigh est adressé à un avocat qui voudrait qu’elle se joigne à une action de groupe contre la société qui l’a employée, ce qu’elle refuse. Elle lui dit " Je me souviens de toutes les règles’" et comment elle continue de les appliquer dans la banalité de la vie quotidienne. Elle a noué une liaison amoureuse avec Sigrid, une collègue. Mais comment vivre une belle histoire d’amour quand on doit, des heures durant, visionner des vidéos horribles, absolument glauques ? Quand on voit la violence nue ? Quand on erre dans un monde où la désinformation est la règle.
Ce que montre Hanna Bervoets, c’est l’impossibilité de rester « normal", de ne pas sombrer dans la "dépression, anxiété et pensées paranoïaques". Subir à haute dose la violence d’images choquantes et la pression de l’employeur ne peut laisser le modérateur indemne. La déraison et la folie de ceux qui postent ces contenus atteignent ceux qui les évacuent du web, comme « Robert [qui]dormait à présent avec son Taser, par crainte que des terroristes ne viennent le chercher la nuit", comme ceux qui "se recroquevillent dès qu’ils sentent arriver quelqu’un derrière eux au supermarché".
Hanna Bervoets écrit son court roman de façon clinique, sans pathos, sans juger. Elle raconte froidement l’histoire d’amour de Kayleigh avec Sigrid, du début jusqu’à la fin marquée par l’effondrement de la rationalité de Sigrid.
À la fin du livre, même la raison de Kayleigh, qui semble pourtant la plus solide de ses collègues, cède et s’égare. Et ça laisse au lecteur une sensation amère, très amère.

Littérature & autres curiosités

Alain Emery, Claire Béchec, Thierry Beinstingel, Gisèle Bienne, Jacqueline Banton, Hervé Carn, Alain Dantinne, Alain Emery, Fabienne Juhel, Mérédith Le Dez, Christophe Mahy, Arnaud Pagnier, Dominique Pagnier, Fanch Rebours, Remi Rousselot, Brigitte Tis...

Ame au diable

18,00
par (Le Pain des Rêves)
1 avril 2022

“L’âme au diable” est une nouvelle revue littéraire née à Saint-Brieuc en ce début de printemps 2022.
Seize autrices et auteurs y ont déposé leurs textes qui narrent des événements curieux, plus ou moins irrationnels, dont ils laissent entendre, parfois subtilement, qu’ils sont l’œuvre du diable. Vous n’y croyez pas (au diable) ? En urgence, il vous faut lire ces nouvelles qui vous feront changer d’avis !
L’initiateur de cette parution, Stéphane Balcerowiak, y publie un avant-propos joliment écrit et finement humoristique. Les autres textes ont la noirceur qui convient, certains sont centrés sur le domaine littéraire.
L’ouvrage comporte une bonne vingtaine d’illustrations en rapport avec les textes et − faut-il s’en étonner ? − en noir et blanc
Malgré la puissance maléfique du diable et quoi qu’il fasse, c’est un agréable et fort plaisant moment de lecture.

Roman

Gallimard

17,00
par (Le Pain des Rêves)
19 mars 2022

Lire "Antarctique" est l’occasion de se plonger dans le monde absurde de la volonté des Russes d’occuper un territoire. Car quel besoin y a-t-il de faire vivre, sur cette base de Daleko, un botaniste, un géologue, un glaciologue, un chauffeur-mécanicien et un tractoriste alors qu’aucun humain ou animal ne peut vivre à cet endroit ?

Cette histoire est un thriller qui se déroule dans un huis-clos. Dès le début, on est fixé. Alors qu’ils jouent aux échecs, le tractoriste Vadim tue Nikolaï d’un coup de hache parce qu’il a triché. "C’était une première historique. Le premier meurtre jamais enregistré sur une station polaire, le premier assassinat perpétré en Antarctique ! Et, qui plus est, une première soviétique, bien qu’elle n’eût pas l’éclat de premier vol habité dans l’espace".
Ne voulant pas vivre dans la même pièce que le cadavre, ils le déplacent dans "le cellier grand froid" où il va se conserver congelé. Quant au criminel, il est envoyé dans "dans le second, calfeutré avec soin, [où il régnait] un douillet moins quinze degrés". La vie de Vadim ne va être possible que s’il se goinfre de nourriture et de vodka. Et celle du chef, Anton, compliquée par le problème de conscience d’envoyer Vadim à la mort de cette façon. Surtout qu’Anton, en accord avec les deux autres, Igor et Dimitri, rédige un long rapport qu’il compte transmettre aux autorités quand la radio marchera. Car la base isolée semble oubliée par leur hiérarchie qui semble aussi avoir oublié de leur donner une mission précise, sauf faire chaque jour "la toilette du buste en plastique de Vladimir Ilitch Lénine qui coiffait la station, ses petits yeux inquisiteurs tournés vers le nord-­est, à 22,5° précisément, dans la direction de la mère‑patrie". Bien au chaud dans leur baraquement, les trois hommes s’ennuient, regardent par le hublot ce fou de Vadim qui se promène dans la base, portant accroché à son cou une icône de sainte Olga de Kiev, agaçant ses collègues par quelques excentricités, et se mettant à dégeler "un engin colossal : l’autochenille de trente-­cinq tonnes, longue de 8,5 mètres, large de 3,5, qui avait remorqué le bâtiment principal de la station depuis la mer de Davis". On le voit, Vadim fait preuve d’un puissant instinct de survie. Où cela va-t-il le mener ?
Olivier Bleys n’a pas voulu que l’on s’ennuie à lire son roman, ni qu’on prenne froid. L’atmosphère aurait pu être lourde et sombre, déprimante, et même glauque. L’auteur décrit la situation avec un humour noir, un tantinet déjanté. A-t-il voulu montrer que les rapports humains sont complexes ? Où que les hommes sont cruels ? Où a-t-il voulu montrer à quoi mène la volonté de gloire et de puissance de la Russie qui marque ainsi son territoire ? Chaque lecteur choisira.
Il y a une intrigue qui mène à une fin absolument immorale. Ce qui est plutôt réjouissant !