Jean T.

http://www.lepaindesreves.fr/

Face au vent

Éditions Gallmeister

23,20
par (Le Pain des Rêves)
19 janvier 2018

Tout au long du roman, c’est Josh, le narrateur, qui est le personnage central, toujours présent, toujours fidèle et attaché à sa famille et au chantier. Il préfère réparer les bateaux plutôt que les construire, et répondre aux nombreuses demandes de services de ses voisins peu soucieux de la santé financière de son chantier. Josh ne fera pas fortune, ni dans la vie courante, ni en amour.
Si Ruby fascine par son don, par sa capacité à mener les voiliers même quand il n’y a pas de vent, c’est l’humble fidélité de Josh que j’ai apprécié. C’est un loser attachant, patient, mélancolique qui ne se laisse pas désespérer. C’est autour de lui que se reforme la famille après la décision de Ruby de s’éloigner du monde de la voile.
J’ai aimé l’écriture de Jim Lynch, son ironie [« les plaisanciers sont des pigeons… »], sa façon de nous introduire dans la vie de cette famille, de nous isoler dans le monde de la voile, de la mer et du vent, de nous emprisonner dans la passion de ces gens.

Oui, on peut trouver la voile trop présente, mais cette famille est originale, ses rêves sont beaux, son destin est dramatique, est c’est ce qui rend le lecteur avide de connaître la fin de l’histoire.

Dans la Google du loup
par (Le Pain des Rêves)
3 janvier 2018

Très inquiétant...

On peut aimer se faire peur et pour cela, il y a de nombreux et excellents thrillers. Et il y a "Dans la Google du loup" qui nous raconte -en partie sous forme de fiction- le monde que Google nous prépare, en appuyant son récit par une documentation citée en bibliographie.
Nous savons tous ce que Google fait de notre vie privée quand il scanne la correspondance qui transite par son service de messagerie. Peut-être ignorons-nous sa philosophie, comment il conçoit la vie privée et comment il justifie la surveillance de chacun.
Christine Kerdellant démontre, preuves à l'appui, que Google exerce un pouvoir totalitaire sur ses concurrents et sur la population humaine, sur les orientations de notre société, sur l'avenir de l'humanité.
Par exemple, si on ne peut voir que des avantages à la voiture autonome qui fera disparaître la quasi-totalité des accidents de circulation, il faut avoir conscience que celui qui en détiendra le contrôle via l'informatique, aura le pouvoir sur nos déplacements, la connaissance de nos trajets et, in fine, saura beaucoup de notre vie privée. Il pourra même nous interdire tout déplacement...
Au début de l'ouvrage , on peut trouver plaisant de critiquer Google et sa capacité à prévoir nos comportements, nos choix consuméristes, mais plus on avance dans la lecture, plus on sera choqué, scandalisé, horrifié par la puissance de ce géant du web.
Google est favorable au transhumanisme, à l'homme augmenté jusqu'à ce qu'il devienne immortel, sans se poser la question des conséquences que cela aurait sur une immense partie de l'humanité qui n'aura pas les moyens de se faire réparer ou augmenter
Google possède une connaissance et une pratique avancée de l'intelligence artificielle. Mais il n'a aucune réflexion éthique qui pourrait prévenir du danger d'une IA forte, accédant à sa propre conscience, qui finirait par trouver l'homme inutile et gênant et provoquerait sa disparition.
Le livre fermé, nous ne pourrons que convenir avec Bruce Schneier que "nous sommes devenus les serfs des géants du web", et particulièrement de Google.
Es-il encore temps de le contrôler ?

Sirius
Neuf 16,50
Neuf à prix réduit 16,50
par (Le Pain des Rêves)
4 décembre 2017

Encore un roman post-apocalyptique, direz-vous ! Oui, mais celui-ci est tourné vers l'avenir, vers une renaissance avec ses chapitres numérotés de 69 à zéro, puis à un pour le dernier.
Au début, la situation est gravissime. Il y a eu des guerres qui ont décimé la population, un virus qui a rendu stériles les espèces animales, des explosions de centrales nucléaires qui ont vitrifié tout leur alentour, des humains ont dû s'exiler, certains ont gagné les villes et s'y sont emmurés. Les rivières sont polluées. Il n'y a plus d'électricité, plus rien à manger sauf dans les "capsules".
Avril est une jeune fille qui fuit Darius, le meneur d'un groupe violent dont elle a fait partie. Elle fuit avec Kid, un jeune garçon qu'elle protège et veut gagner la Montagne, un endroit où ils devraient retrouver Sirius, un animal. La montagne est un endroit où ils ont connu le bonheur. Ils comptent y retrouver la vie d'avant, le calme, la sérénité.
Le roman de Stéphane Servant nous alerte sur ce qui pourrait être notre avenir si nous n'y prenons garde et continuons de ne pas respecter la nature. Elle a subi la folie ravageuse des hommes et c'est elle qui est mise en avant dans ce roman, ainsi que les animaux qu'Avril et Kid rencontrent, qui les aident à se sortir de situations difficiles et qui les accompagnent vers la Montagne.
Roman d'aventures aux nombreuses péripéties, ce texte est aussi un roman de sagesse comme en témoignent les nombreuses courtes réflexions à portée philosophiques. Il prône l'interdépendance de tout ce qui est sur terre, végétaux et animaux -dont l'homme qui est aussi un animal. Il suggère ainsi que l'homme a beaucoup à apprendre des animaux.
Ce roman poétique et rude, très bien écrit, est destiné aux adolescents et jeunes adultes. Il serait cependant dommage qu'il ne soit pas connu d'un lectorat plus étendu, tant nous avons besoin de prendre la mesure de la réalité de notre humanité !

Après l'année du crabe, En attendant la récidive

En attendant la récidive

Vraoum

16,00
par (Le Pain des Rêves)
4 décembre 2017

À 19 ans, Alice a été atteinte par un cancer. Pendant une année, elle a vécu avec son « Jean-Pierre », les examens nombreux, la chimiothérapie, la fatigue. Être malade d’un cancer est une occupation à plein temps qu’elle a bien décrit dans L’Année du crabe ».

Mais Alice a gagné sur son crabe, elle est guérie. Enfin pas tout à fait, car elle craint la récidive, et même plus : elle vit avec la peur d’une récidive.
Comment se réadapter à une vie normale ? À reprendre des études, à chercher un emploi, à ne pas introduire le cancer dans toutes les conversations ? Comment ne plus se vivre comme une personne malade est un défi auquel sont confrontés tous ceux qui ont eu un cancer, qui sont dans la période de rémission ou qui, dix ans plus tard, sont déclarés guéris.

Alice Baguet raconte sa vie d’après avec tout autant de dynamisme et d’auto-dérision que dans le précédent opus. La mise en page et la mise en couleur sont toniques. Si le propos est décalé, plein d’humour, très second degré, il n’en est pas moins informatif sur ce qui se passe dans la tête et dans le corps d’une personne ayant eu un cancer : comment faire face au vide qui se crée dès le début de la période de rémission?
Alice Baguet a fini par couper les ponts avec son « Jean-Pierre », elle est redevenue une jeune femme normale, une auteure de bande dessinée. Pour notre plus grand plaisir -et le sien, bien évidemment !

Les Bourgeois

Alice Ferney

Éditions Actes Sud

16,99
par (Le Pain des Rêves)
24 novembre 2017

Les Bourgeois sont une famille de huit frères et sœurs qui sont nés à Paris entre 1920 et 1940 où ils grandissent. Ils vont occuper des places importantes dans la marine, l'armée, la justice, la médecine, les affaires. Leur vie est en cohérence avec leur milieu et leur niveau professionnel, une situation matérielle qui les met à l'abri du besoin, des logements confortables et situés dans les beaux quartiers, des relations. Ils connaissent une large époque d'évolutions sociales et historiques. Ils sont et fréquentent la bonne société, la bourgeoisie à laquelle ils appartiennent.

Alice Ferney raconte merveilleusement bien la saga de cette vaste famille et le siècle dans lequel elle a vécu. La narratrice s'attache à faire vivre chacun des personnages dans leur époque, que ce soit la crise de 1929, les guerres, le bouleversement de mai 1968, les nouvelles technologies. Elle permet au lecteur de comprendre comment cette élite bourgeoise s'adapte à son époque tout en conservant sa droiture morale, en restant fidèle à ses valeurs, à sa façon de vivre.
J'ai été frappé que ces "héritiers" qui briguent et occupent des postes importants ne le fassent pas pour le pouvoir -même s'ils en ont- ou pour l'argent. Il s'agit pour ce hommes de servir la France, de perpétuer le clan et le monde qui est le leur.
J'ai aussi été frappé par la place de la mort dans ce roman. Les frères et les sœurs de cette famille se marient et les naissances sont nombreuses et joyeusement célébrées. J'ai eu l'impression que les décès étaient plus marquants, plus importants et émouvants.
Même si les personnages sont nombreux, on ne s'égare pas trop dans cette fresque discontinue, grâce à la limpidité et la fluidité de l'écriture très classique d'Alice Ferney. On pourrait admirer ou se moquer de cette famille bourgeoise, l'auteure ne le fait pas, reste à distance et se garde d'émettre le moindre jugement. En décrivant avec précision et justesse, elle nous permet d'éviter les caricatures, de comprendre ce qui meut cette élite, comment dure ces familles.
Une très belle lecture.