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Sabine D.

SUZURAN
15,00
par (Fontaine Luberon)
13 septembre 2020

A l'os des sentiments et des lieux

On retrouve avec bonheur le style délicat, sobre et épuré de l'auteure qui va à l'os des sentiments et des lieux en 163 pages. Anzu, la trentaine se trouve à un moment de sa vie, où, divorcée, élevant quasi seule son fils de 9 ans , elle se demande si elle n'est pas passée à côté du grand amour de sa vie. Jusque là, elle a tracé son sillon, vivant de son art, la poterie, à force de conviction et de volonté. Elle est entourée de parents aimants et d'amis bienveillants. Elle va bientôt découvrir combien elle s'était trompée sur sa soeur aînée. Il faut toute la subtilité de Aki Shimazaki pour nous transporter, en un clin d'oeil, au coeur de la société japonaise.

Radical

Connan, Tom

Albin Michel

19,90
par (Fontaine Luberon)
13 septembre 2020

A découvrir sans a priori !

Glaçant et saisissant le roman de ce jeune auteur nous plonge dans une ambiance houellebecquienne. Nicolas, 22 ans, étudiant à Science Po rencontre Harry, 18 ans, activiste dans un groupuscule d'extrême-droite : de cette rencontre charnelle va naître une passion toxique et galvanisante, mais aussi un attrait pour la radicalisation politique. Tous les deux sont mus par le dégoût de l'individualisme et de la culture marchande et animés par la volonté d'accomplir un grand dessein. L'intention de l'auteur est fine : en témoignant d'une certaine jeunesse française contemporaine, née avec le chômage de masse et les attentats du 11 septembre, il s'inscrit dans une démarche de roman social et politique, détaillant la notion de conscience sociale et l'attrait pour la radicalité, entre fougue identitaire et déraison juvénile. Ce roman brutal, cash et trash dissèque la mécanique de l'extrémisme (en amour et en politique), porté par une vision sombre de la société très violente qui n'invite pas à l'optimisme.

Sous le ciel des hommes

Sabine Wespieser Éditeur

22,00
par (Fontaine Luberon)
13 septembre 2020

Dans le Grand-duché d'Épône, calfeutré dans ses frontières, pays où la finance décide de la marche du monde, plaque-tournante de l'Europe où se jouent les réorientations, nous suivons des binômes, mal assortis à la recherche de sens : un grand reporter désabusé qui n'arrive plus à faire du monde une fiction et qui se voit proposer par son éditeur d'héberger un réfugié politique pour relancer son inspiration ; un universitaire, membre d'un groupe de jeunes intellectuels plongés dans la rédaction d'un pamphlet anticapitalisme, est englué dans une relation adultère avec une cheffe de projet dans la mode ; un demandeur d'asile, errant en attente de régularisation de ses papiers tombe amoureux d'une jeune femme qui fait des ménages chez les riches...

L'auteure décrit avec talent ce microcosme lié par des interactions sociales, personnelles et économiques. C'est aussi l'occasion de dénoncer l'hypocrisie des relations humaines, engluées dans la fatalité d'un système pervers n'obéissant qu'à sa propre perpétuation et la question migratoire comme rejet de l'autre comme de soi-même dans un monde dématérialisé. Ce récit est si dense en abordant tant de questions essentielles qui animent notre quotidien qu'il est resté dans mon esprit longtemps après sa lecture. Bon signe !

Les Enfiévrés

Mercure de France

23,80
par (Fontaine Luberon)
13 septembre 2020

Quand une épidémie rebat les cartes

Dans le genre post-apocalyptique, ce roman interroge l'évolution de nos sociétés alors que tout s'effondre avec l'arrivée de la fièvre Shen. A travers le parcours de vie personnelle et professionnelle de Candace Chen, nous sommes plongés au coeur de l'american way of life où tout est possible à condition de se fondre dans le moule, de reproduire à l'identique le modèle de réussite à l'américaine. La mondialisation y est décrite comme source de dangers dont l'aboutissement et la Fin, ruine irréversible du modèle, avec cependant un espoir d'une autre vie à imaginer. Dans un contexte de vies vides de sens, l'apparition de la fièvre de Shen piège indéfiniment les enfiévrés dans leurs souvenirs et les contraints à un mode répétitif des gestes de la vie quotidienne. Le récit alterne intelligemment entre la période précédent d'une année cette épidémie et l'actuelle où un groupe de 8 survivants s'organise. Cette jeune auteure a le talent de restituer l'état de nos sociétés à travers la parabole d'une épidémie qui rebat les cartes. Belle découverte !

L'historiographe du royaume
par (Fontaine Luberon)
13 septembre 2020

Le récit de celui qui, placé à l'âge 15 ans au Collège Royal dans la classe de l'ainé des princes du royaume marocain (futur Hassan II), en devient l'historiographe. Avec un vrai talent de conteur, l'auteur retrace les vicissitudes de l'historiographe, balloté entre grâces et disgrâces et à qui l'on confie des charges lointaines et mortellement vides. Fort heureusement, la vacuité l'incite à écrire, à réfléchir et à rêver. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'il n'est pas maître de son destin , de ses ambitions et de ses velléités. L'intérêt de ce roman réside aussi dans la multitude de détails sur le Maroc de l'époque des années 50 (fin du protectorat) jusqu'à la tentative d'assassinat du roi Hassan II début des années 70. Instructif en nous plongeant dans les arcanes de la monarchie marocaine, ce roman est également très bien construit.