www.leslibraires.fr

Sabine D.

Mike, récit

récit

Gallimard

20,00
par (Fontaine Luberon)
10 janvier 2021

Un récit puissant d’humanisme !

Le dessinateur, Emmanuel Guibert rend un hommage émouvant à l’amitié qui le liait à Mike, architecte américain, décédé d’un cancer dans la soixantaine. Il entretenait avec lui une relation en miroir : Mike lui a enseigné sa maladie, en bon pédagogue qu’il était avec ses étudiants en dessin. Il est celui qui a mené leur amitié depuis leur rencontre en 2007. Emmanuel est celui qui lui a donné des forces pour composer avec la maladie et faire un livre. En 2012, alors que Mike entre dans la phase terminale de la maladie, Emmanuel se décide à le rejoindre à Santa Fe pour qu’ils dessinent ensemble à la même table. Mike s’inflige une épreuve de force ultime : le dessin d’observation, en compagnie de son ami, afin qu’il prenne congé du dessin. Ce récit est une touchante et bouleversante confession sur l’importance du détail, de la compassion et de l’empathie. Emaillé de réflexions sur le temps, l’espace, les lieux investis, habités, les déplacements et les dépaysements, il nous apprend le métier de dessinateur, fait de rencontres, de recherche, et les connivences avec le métier d’architecte. Le dessin apparaît comme une tentative herculéenne de rester conscient en vie : dessiner toute sa vie pour préserver, capter l’instant, le réel à travers ses yeux et sa sensibilité. Magnifique leçon de vie de dessinateurs qui dessinent pour vivre le moment où ils dessinent. Un récit puissant d’humanisme !

L'ami, Roman

Roman

Sabine Wespieser Éditeur

21,00
par (Fontaine Luberon)
10 janvier 2021

Des voisins bien sous tous rapports

Thierry et Elisabeth vivent, tous les deux seuls à la campagne, dans un endroit isolé, depuis le départ de leur fils Marc au Vietnam. Ils ont sympathisé avec un couple de voisins, Guy et Chantal, jusqu’au jour où le GIGN débarque chez ces derniers pour procéder à leur arrestation. Thierry et Elisabeth sont sous le choc d’une vague qui va les mettre à rude épreuve, en questionnant leurs certitudes : ils n’ont rien vu, rien décelé. Guy, un type bien et serviable, Chantal, une femme discrète, un peu dépressive. Le récit progresse suivant les différentes phases de ce qui les submerge : sidération et pétrification, incompréhension, colère, ressentiment, action et réaction. Thierry veut comprendre et participer à l’enquête. Elisabeth veut quitter les lieux. Les conséquences sont implacables sur ce couple, trahi, berné, se sentant complice, sur leur vie sociale, professionnelle et leur entourage. Dans une première partie, il faut composer avec la médiatisation de l’affaire, subir la meute journalistique et la mécanique judiciaire. Dans une deuxième partie, Thierry se lance dans une introspection dont l’enjeu dépasse l’effet du voisin meurtrier. L’intelligence du récit se conjugue avec le style narratif, incisif et efficace.

La maison des Hollandais
par (Fontaine Luberon)
10 janvier 2021

Une touchante saga familiale américaine

Ce roman relate une saga familiale américaine qui débute dans une maison de banlieue à Philadelphie, acquise en 1943 par le père dont le foyer est rapidement déserté par la mère, livrant aux nurses leurs deux jeunes enfants, Maeve et Danny. Plus tard, cette maison est investie par une femme, devenant l’épouse du père et poussant progressivement ses enfants dehors. Devenus adultes, la soeur et le frère reviennent régulièrement se poster devant la maison de leur enfance dont ils ont été dépossédés à la mort de leur père. Ils sont devenus deux natures fortes construites contre une personne qui a bousculé leur vie. C’est une histoire très touchante et subtile de résilience d’une enfance amputée d’une mère, d’une adolescence entravée par une belle-mère et d’une vie d’adulte à construire sans parents, sans héritage moral et matériel et sans mémoire familiale. La force du récit qui progresse par de subtiles touches, révélant les faits antéchronologiques, réside dans la place centrale qu’occupe cette maison sans âme, mais avec des fantômes persistants, symbole de l’enfance perdue, de l’adolescence torturée et de la reconquête à effectuer.

Antoine des Gommiers, Roman
18,00
par (Fontaine Luberon)
10 janvier 2021

Un monde où tout s'écrit recto verso

Franky et Ti Tony, deux frères, vivent dans le Corridor, un quartier pauvre de Port au Prince en Haïti. Ils sont apparentés avec Antoine des Gommiers, dit le Grand Devin, mythifié par les haïtiens. Franky s’est mis en tête d’écrire sur cet ancêtre, cherchant à cerner le mystère qui plane sur sa personnalité, petit notable authentique, charlatan ou génie doté d’une sagesse présocratique. Ti Tony, le narrateur, nous fait partager le quotidien du petit peuple du Corridor, sans intimité, où tout s’entrelace, se répand et se répond. Danilo, le bon copain, Antoinette, la doyenne, Moïse, le banquier, Maître Cantave, l’instituteur, Pepe, le caïd et Triangle, son bras droit, Sauveur, le bouquiniste, chacun est dépeint dans un style truculent : profusion de couleurs, d’odeurs, de sons et d’images avec pour seul horizon, le fourmillement et les effluves de la pauvreté. Entre réalité du quotidien, décrite avec le langage de la rue de Ti Tony et reconstitution du passé, relaté avec exaltation par Franky, la question de l’essence de la vie est posée. Le talent de Lyonel Trouillot réside non seulement dans la construction d’un récit à la fois historique, mémoriel et sociologique mais aussi dans son style unique et généreux, qui nous emporte dans un monde où tout s’écrit recto verso.

Le métier de mourir, roman
par (Fontaine Luberon)
17 décembre 2020

Une très belle histoire de transmission du sens de l’adversité du combat mais aussi de la vie !

Au milieu des années 80, à la frontière libano-israëlienne, le colonel Belleface, 58 ans, retraité de l’armée de Tsahal et volontaire pour surveiller l’enclave qui sépare les deux pays, depuis un avant-poste, fait la connaissance de Favrier, un jeune français de 22 ans, venu combattre pour une cause qui lui semble juste et découvrir la Terre Sainte. Ce dernier que Belleface intrigue, lui pose des questions, désireux d’apprendre son parcours et ses habiletés de soldat. Cette rencontre lumineuse pour l’un, Belleface et instructive pour l’autre, Favrier se déroule crescendo, dans un respect mutuel pour leur engagement réciproque, les nombreux sujets de connivence et une réelle complicité. L’auteur nous fait partager ce double miroir entre un guerrier qui a connu plusieurs vies et a les yeux de ceux qui ont vu la mort de trop près et un jeune homme à la recherche d’un idéal dans l’engagement militaire. En nous plaçant au cœur de cette rencontre qui se déroule sur quelques jours, l’auteur réussit à nous attacher l’un et l’autre, en nous laissant le temps d’apprécier le lien qui se tisse entre eux. Une très belle histoire de transmission du sens de l’adversité du combat mais aussi de la vie !