Caroline P.

Le courage qu'il faut aux rivières / roman
par (Fontaine Auteuil)
28 septembre 2017

Manushe est une « vierge jurée », femme qui, selon la tradition de certaines régions albanaises, refusant le mari qu'on impose aux jeunes filles, doit endosser l'identité d'homme et s'abstenir de toute relation intime. Acceptant cette coutume, elle devient néanmoins une figure respectée de sa communauté villageoise perdue dans les montagnes. Un jour un étranger arrive dans le village et bouleverse l'équilibre savant et paisible qui s'était instauré au fil d'années de renoncement.
Emmanuelle Favier suit ses personnages pris entre les injonctions de traditions archaïques et le désir de vivre pleinement : ce faisant et malgré eux, ils expérimentent la marge autant que la liberté. La force de ce roman réside dans la beauté et la rudesse des paysages et des hommes. L'écriture d'E. Favier invente un roman fait de chair et de destins inattendus, là où on aurait pu trouver un récit simplement exotique ou une fiction idéologique sur le genre. Un premier roman à découvrir.

L'Histoire de mes dents
par (Fontaine Auteuil)
28 septembre 2017

Grandroute, le héros de cet étrange roman est une sorte d'usurpateur génial : issu du petit peuple mexicain, il fait fortune sur le tard en devenant par hasard mais avec détermination, commissaire-priseur et parmi les meilleurs. Ce qui fait de lui un être exceptionnel, c'est  sa discrétion et son incroyable faconde. Mais rien n'est simple et notre compère a commis malgré toute son intelligence et sa prudence quelques erreurs qui viennent emmêler les fils de son existence.
L'Histoire de mes dents est donc un roman contemporain qui joue sur la forme du discours avec brio mais qui ne néglige pas pour autant de nous embarquer dans une ou plutôt une multitude d'histoires. Valeria Luisella a choisi d'écrire, et brillamment, en anglais américain mais elle porte un univers nourri d'un imaginaire bien mexicain. Ce roman hybride a la force de nous dépayser et de nous ravir par ses détournements incessants de la culture dite classique. L'auteur nous entraîne dans une histoire loufoque autant que sur les chemins de la rhétorique avec un humour irrésistible. À lire pour le plaisir et l'originalité !

Dans ce jardin qu'on aimait
par (Fontaine Auteuil)
19 mai 2017

Geneseo, état de New York au XIXème siècle. Le révérend Pease perd sa femme bien-aimée alors qu'elle met au monde leur enfant, Rosemund. Son unique vocation sera désormais, solitaire et imperturbable, d'entretenir le jardin de la disparue et surtout de le/la célébrer en une partition musicale inédite, celle des bruissements de la nature et du jardin, du chant des oiseaux.
Sa vie durant il cherchera en vain à faire publier son étrange et botanique traité de musique.
Dans cette épiphanie quotidienne le révérend manifeste au grand dam de ceux qui l'entourent, le triomphe de l'amour des êtres et des choses terrestres sur l'amour divin.
L'écriture de Quignard en forme de récitatif poétique s'accorde à ce chant de la présence, à une oraison qui n'est plus funèbre. On retrouve ici une langue limpide pour dire l'amour et l'abandon, la joie et le sacrifice. L'auteur nous joue une variation de Tous les matins du monde pour un grand plaisir, calme et attentif.

La mort du deuxième chien
par (Fontaine Auteuil)
16 mai 2017

A Tel-Aviv dans les années 50 un acteur et un écrivain ratés accumulent les menus larcins pour vivre. Ils tentent un dernier coup, celui qui doit les mettre à l'abri du besoin pour un certain temps : séduire une riche veuve américaine en villégiature sur la côte israélienne. Entre jeu et rivalité, ils montent un scénario au cordeau, riche de leur fréquentation des existences troublées. L'écriture d'une grande simplicité met en scène des rencontres multiples, cocasses parfois violentes, drôles. Ce récit est aussi un hommage permanent au théâtre, à la tragi-comédie insaisissable de la vie. Avec ces perdants magnifiques, Hlasko s'inscrit dans les réflexions de son temps, celui d'un Camus ou des écrivains de la beat-generation.

La danse de l’araignée
par (Fontaine Auteuil)
10 janvier 2017

Dans la suite de son précédent roman, Laura Alcoba porte témoignage de sa vie nouvelle loin du régime de Pinochet. A l'orée de l'adolescence elle s'installe à Bagnolet avec en ligne de mire les deux drôles de tours jumelles de cette banlieue aux portes de Paris.
Son quotidien fait de retours d'école dans ce nouveau paysage urbain, de ses camarades de classe, de la vie en écho de l'Argentine à travers sa mère mais surtout sa tante, venue avec elle en France...
Tout cela raconté avec sensibilité et humour gravite autour des lettres qu'elle reçoit de son père, prisonnier politique et veilleur attentif des lectures de sa fille. Un roman simple et touchant.