Olivier C.

Le Ghetto intérieur
par (Fontaine Sèvres)
17 septembre 2019

Vivre l'enfer, ce n'est pas souffrir soi-même, c'est voir souffrir ceux que l'on aime le plus sans pouvoir ne rien faire pour les aider. Santiago Amigorena raconte ce type d'enfer dans ce roman, celui qu'a vécu son grand-père.
Durant l'entre-deux -guerres , Buenos Aires était un ville florissante , élégante et accueillante pour un jeune dandy , réfugié juif polonais, Vincente Rosenberg. Une femme, deux filles, un petit garçon, des amis exilés comme lui vont s'ajouter à son bonheur modeste.Une ombre va pourtant tourmenter cette quiétude; Vincente est venu seul en Argentine, laissant à Varsovie son frère, sa soeur, sa mère. Et en 1940 la capitale polonaise va sombrer dans la guerre et la tourmente nazie. La honte, la culpabilité d'avoir la-bas abandonné ses proches vont alors hanter Vincente dans sa chair. Au fil des nouvelles alarmantes venues d'Europe, la rumination va laisser place au chagrin, à la rage sourde, aux idées morbides, à une souffrance intérieure violente et impénétrable. Un lent détachement au monde par le mutisme sera le seul remède. Avec pudeur, émotion, retenue ce magnifique roman met les mots sur ce silence.

La Mer à l'envers
par (Fontaine Sèvres)
22 août 2019

Dans " La mer à l'envers " l'héroïne, Rose , part pour une croisière en Méditerranée , accompagnée de ses deux enfants. Une nuit , lors d'un sauvetage de migrants , elle aide naturellement un jeune nigérien. Cette rencontre fortuite va bouleverser sa vie.
Le lecteur foncièrement rigolard , savoure le naufrage à l'avance et s'attend au pire... Las , Marie Darrieussecq , évite tous les écueils et nous offre un roman magnifique d'intelligence , de simplicité , de retenue.
Ainsi l'auteur décrit avec d'infinies nuances le cheminement psychologique de Rose , tourmentée par cette intrusion dans sa vie jusqu'alors paisible ; l'attachement à son mari se questionne , l'amour pour ses enfants se raisonne ,son regard sur son entourage se durcit.
Ce personnage féminin , et ce roman qui en est le souffle , nous émeut par ce qu'il n'est pas ; moralisateur , larmoyant, cynique ou malin. La cause est juste , cela suffit.

Augustus
23,00
par (Fontaine Sèvres)
28 mai 2019

Lire ce roman, c'est plonger au coeur de l'histoire vivante du règne d'Auguste, premier empereur romain.
Par une construction virtuose et fluide, alternant pseudo-journaux intimes et mémoires, lettres personnelles et courrier administratif, John Williams s'empare de la Grande Histoire : depuis la mort de César, l'aventure égyptienne de Marc-Antoine, et jusqu'à l'ascension patiente et implacable de Tibère... Il touche aussi à la vie privée de ceux qui autour de l'empereur approchent le pouvoir, la richesse et la gloire : Mécène et Agrippa, Livie et Octavie mais surtout Julie fille unique d'Auguste, scandaleuse et impudique... avec Horace, Virgile et Ovide en témoins privilégiés et critiques .Par son style et son érudition ce roman évoque " Moi Claude empereur " de Robert Graves et démontre l'air de rien, que les romains de l'Antiquité nous enseignent toujours une profondeur et une grandeur inégalées, teintées souvent de cruauté mais aussi d'une modernité qui aujourd'hui nous sidère encore.

L'île aux enfants
par (Fontaine Sèvres)
16 avril 2019

" L'Ile aux enfants " est le témoignage romanesque d'un épisode oublié de l'histoire coloniale française. Au début des années 60 , originaires de l'Ile de la Réunion , des petits orphelins et des enfants retirés à leurs parents, ont été envoyés en métropole , notamment dans le Massif Central afin d'être adoptés par de nouvelles familles et repeupler ces régions désertes... A travers le destin de deux fillettes , Ariane Bois décrit ce déracinement brutal , parfois sordide pour ces enfants. Avec émotion mais sans pathos , avec un constant souci de vérité historique l'auteure révèle aussi parfois le déni, le secret, la honte cachée pour certains une fois devenus adultes. Ce roman raconte surtout que si de nombreux enfants ont été bien accueillis en France, bien élevés et aimés par leurs parents adoptifs , tous ont souffert de la séparation, et quelques uns considérés comme de simples domestiques ont vécu une détresse totale. A leur évocation, on pense à la phrase d'Albert Einstein " Ne me parlez pas de progrès, tant qu'il y aura des enfants malheureux ".

Kiosque, roman

roman

Grasset

19,00
par (Fontaine Sèvres)
20 février 2019

Un vendeur n'est pas nécessairement un vulgaire boutiquier : un écrivain peut toujours se dissimuler sous l'habit d'un kiosquier. Jean Rouaud, prix Goncourt 1990, fût durant sept années marchand de journaux à Paris. Ce boulot sans qualification n'était pas une punition, un obstacle à son désir d'écrire, mais plutôt une étape, un travail préparatoire en quelque sorte... Au kiosque s'invite le monde et son théâtre. Là, la comédie humaine déploie ses beautés et ses naufrages, sa routine comme ses excès. Jean Rouaud raconte les clients, les habitués, ses collègues et ses anciens patrons avec un talent, une distance pleine de finesse et d'ironie. Son sérieux, sa sagesse, sa sociabilité lui permettent un courageux regard bienveillant sur ses lointaines ouailles. Aujourd'hui, quand s'effacent peu à peu les kiosques, ce récit provoque une profonde nostalgie teintée d'amertume. Plus que jamais, lire les journaux demeure la dernière élégance.