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Lara C.

J'ai vu naître le monstre - Twitter va-t-il tuer la #démocratie ?
par (Librairie L'Armitière)
22 mars 2021

Comment 140 caractères peuvent changer le monde voire mettre en péril la démocratie ?Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et certains l'ont bien compris.

A l'origine, il y a la volonté de révolutionner les échanges interpersonnels via une plateforme numérique permettant des échanges courts, mais percutants.  Et aujourd'hui, qu'en est-il ?

De la naissance de Twitter à ses dérives, Samuel Laurent, ancien chef du service des Décodeurs du site Le Monde, victime lui-même de harcèlement sur ce réseau social du fait de sa profession et de ses missions de décryptage des intox, brosse le portrait d'une impitoyable machine à penser (unilatéralement). 

Depuis la ligue du LOL, au phénomène #metoo et #BlackLivesMatters, à la récupération politique par les extrêmes, aux tweets de Trump, Samuel Laurent décrypte les us et les coutumes de la plateforme Twitter et en brosse le portrait des évolutions depuis la dernière décennie : de quelle façon certains Tweets ont permis de faire émerger des problèmes sociétaux et de libérer la parole et de quelle façon, à l'inverse, d'autres verrouillent la pensée et enracinent les tensions sociétales, raciales, inter voire intra-générationnelles. 

Quand la réaction prime sur la réflexion, que le buzz (surtout mauvais) compte plus que la véracité des faits et que les algorithmes dictent nos comportements, comment ne pas tomber dans les travers de la pensée immédiate ? Ce monstre que décrit Samuel Laurent, est nourri de nos écrits. Plus nous écrivons, plus il grossit, plus il grossit, plus il est difficile à contenir.

A travers cet essai, Samuel Laurent revient sur tout un pan de sa carrière, en prenant du recul sur les propres écueils de son expérience en tant qu'utilisateur et nous offre une vision éclairante des possibilités et des limites des applications dites sociales (Facebook, Twitter, Instagram et consœurs).

Aussi fascinant qu'effrayant cet essai est à lire de toute urgence pour prendre du recul sur nos usages et nos propres comportements sur les réseaux sociaux, mais aussi pour garder l'esprit clair sur les pièges que renferment ces dernières sur notre façon de penser et sur la société en général. 

Et si vous pensiez pouvoir vous affranchir de cette lecture, trois simples questions : avez-vous déjà débattu, sur un réseau social, avec une personne que vous ne connaissiez absolument pas, sur un sujet le plus généralement brûlant, de façon complètement stérile, chacun campant sur ses positions en étant convaincu qu'il avait raison (vous, plus que l'autre) ? Avez-vous déjà relayé une information sur le coup de l'émotion, peut-être parfois sans avoir lu/vu jusqu'au bout le contenu de cette dernière et sans en vérifier la source ? Enfin, avez-vous l'impression que de plus en plus les autres pensent comme vous ?

Si vous avez répondu "Oui" à l'une ou l'autre de ces questions, vous ne pouvez pas passer à côté de cette lecture. Et si vous avez répondu "Oui" à l'ensemble de ces questions, vous devez lire "J'ai vu naître le monstre : Twitter va-t-il tuer la #démocratie ?".

En somme, et en moins de 140 caractères : "lisez cet essai".

Trois jours dans la vie d'un yakuza
19,00
par (Librairie L'Armitière)
9 mars 2021

Junpei est un chien fou : ivre de colère, fier comme un coq, ayant des choses à (se) prouver, il a réalisé son rêve en intégrant un clan de Yakuza il y a près d'un an. Sous l'égide de son mentor, il multiplie les tâches ingrates en espérant gravir les échelons et devenir quelqu'un. C'est alors que le Chef de son client lui confie une mission: éliminer le Chef d'un clan rival. 
Pour Junpei, cette mission est inespérée et il compte bien se montrer à la hauteur de la tâche. S'il échoue, il meurt; s'il se retire c'est le déshonneur; s'il réussit, il devra se rendre à la police et passer les dix prochaines années derrière les barreaux. 

Face à son destin, Junpei a dès lors carte blanche pendant 72h. Muni d'une belle enveloppe financière, la ville va lui appartenir et il compte bien profiter de ces derniers jours en tant qu'homme libre. De rencontres en rencontres, toute une galerie de personnages va s'inquiéter de son sort. Lui qui se pensait seul, un paria, se découvre soudainement très entouré. Ces rencontres feront-elles basculer sa détermination ? 

"Trois jours dans la vie d'un Yakuza" est un roman à la plume très vivante et qui dépeint la fascination que suscitent toujours les Yakuzas dans le Japon contemporain sur une certaine frange de la jeunesse et leur main mise sur le quotidien encore aujourd'hui. 

Hideo Okuda nous plonge sans fard au sein du quartier Kabukichô à Tokyo et nous faire suivre les pérégrinations de Junpei. 

On pourrait croire ce roman sombre et pourtant, malgré son sujet, c'est une éclatante vision de la jeunesse tokyoïte qui s'offre au lecteur,lequel sera jusqu'au bout tenu en haleine en cherchant à connaître le choix de Junpei.

Baiser ou faire des films
Neuf 22,50
Occasion 21,38
par (Librairie L'Armitière)
8 février 2021

Parce qu'il doit tourner un film sur le sexe et non pas - je cite - "un film à la con sur les nazis", Jonas Rosen, jeune étudiant berlinois en cinéma se retrouve fraîchement débarqué à New-York. De rencontres en rencontres, il devra se rendre à l'évidence : les choses pourraient ne pas se passer comme prévu (et comme Jonas n'avait rien de particulièrement prévu, finalement, cela fait sens).

Sous forme de carnets posthumes publiés par la fille du narrateur, "Baiser ou faire des films" est un roman féroce(ment) drôle, et pourtant son sujet pourrait ne pas l'être: on y parle maladie, on y parle Shoah, on y parle choix de vie,... De personnages improbables en situations ubuesques, ces tribulations new-yorkaises dans les années 90 sont un hommage à la génération Beatnik autant qu'une plongée truculente dans les déboires de Jonas Rosen.

Au fait, saviez-vous qu'à New-York vivent des sirènes ? Jonas, lui, oui. Même qu'elles portent un nom : Nele, et qu'elles peuvent changer le cours d'une vie.

Ce livre n'est pas ce qu'on attend de lui, et c'est précisément ce qui en fait toute la saveur. A lire sans modération aucune.

L'étrange vallée

Wiener anna

Globe

Neuf 22,00
Occasion 21,00
par (Librairie L'Armitière)
8 février 2021

Lorsqu'elle met un pied dans l'industrie de la Tech', Anna Wiener a 25 ans, elle réside à New-York et vivote de son métier-passion dans l'édition. De part son métier et sa personnalité, elle est sensible à l'Art, aux arts, et présente un certain goût pour l'auto-humiliation (qui se traduit chez elle par un manque d'ambition). C'est tout du moins ainsi qu'Anne Wiener se présente dans son récit.

Un peu par hasard, un peu par appât du gain et aussi mue par la curiosité, elle postule un jour dans ce qui sera son premier travail dans les industries des nouvelles technologies.

Direction San Francisco, ville de tous les possibles, où l'on parle capital-risque comme on discuterait de la pluie et du beau temps, où travailler dans des open space que l'on parcourt en wave-board est la norme, où les licornes existent vraiment (et ne se réfèrent pas à ce que l'on croit), où gagner un salaire à six chiffres pour travailler depuis chez soi en pyjama ne semble pas bien compliqué,...Trop beau pour être vrai ?

Et quel est le revers de la médaille ? Course effrénée pour gagner toujours plus, être racheté par plus gros, devenir millionnaire avant la trentaine, rester dans l'entre-soi tout en influençant le reste du monde : quand tout est rendu possible par l'argent, que reste-t-il de la valeur humaine ?

Dans ce récit, nous est également fait le pendant de la réflexion sur la mixité au sein de la vallée de la Tech, l'essentiel des personnes qui en sont les plus grands acteurs étant des hommes blancs qui restent dans l'entre soi, mais aussi la question du traitement de l'information (et de l'accaparement de nos données par ce qu'on appelle la Big Data), de l'influence de ces start up sur la sphère politique et médiatique, de l'impact social et urbanistique de ces dernières sur la ville même de San Francisco.

Bien sûr, il ne s'agit pas d'un essai, donc cela reste l'expérience sensible d'Anna Wiener. Même si l'on peut noter un certain manque de cohérence parfois entre les chapitres, ce récit vaut la lecture parce qu'il est éclaire la montée en puissance des industries des nouvelles technologies de la Silicon Valley, juste avant l'arrivée de Trump au pouvoir. Il nous dépeint des hommes et des femmes pétris d'ambition, d'idéaux, d'objectifs chiffrés, d'un "way of life" (mode de vie) qui bousculent tous les standards d'Anna Wiener, et très certainement, de la grande majorité de la population mondiale.

Il permet également de réfléchir à cette dichotomie apparente entre le monde ultra-connecté et aseptisé des "apps" face à celui sensible des arts.

A l'heure où le monde de la culture est en souffrance, ce regard porté au travers de "L'étrange vallée", même s'il est antérieur à cette crise sanitaire, n'en reste pas moins des plus intéressants et entre en résonnance avec ce que l'on vit.

La Pâqueline, Ou les mémoires d'une mère monstrueuse

Ou les mémoires d'une mère monstrueuse

La Martinière

21,50
par (Librairie L'Armitière)
5 février 2021

Quel roman irrévérencieux ! Et quel plaisir à le lire !

Sous la plume - magnifique et envolée - d'Isabelle Duquesnoy, la narration est tour à tour crue, jubilatoire, cruelle, touchante, archi documentée, décalée,...

En plein Paris, ce cloaque infect et pestilentiel à l'époque du Directoire, Pâqueline est colère : faut dire aussi qu'elle est pointée du doigt par la rumeur publique, car elle est la mère de Victor, l'Embaumeur, celui-là même qui est jeté en prison pour acte de nécrophilie.

Comble de la malchance, Pâqueline découvre à son retour du procès que sa maison a brûlé, ne lui laissant, de fait, qu'un paon à moitié plumé qui va devenir son compagnon d'infortune et qu'elle appellera P'tit Bécu.

Ni une, ni deux, sans le sous et sans un toit, Pâqueline décide de s'installer chez son fils (après tout, le logement est désormais vacant). Et alors là...! Sa colère déjà grande décuple avec la découverte de tout le luxe et l'argent dans lesquels Victor se vautrait.
C'en est trop pour Pâqueline : vengeresse, elle décide de faire main basse sur ses biens, détourne son commerce, maltraite son employé, manipule son entourage, et décide de refaire la décoration de son logement en rédigeant ses mémoires à même les murs de ce dernier, pièce après pièce.

Et de pièce en pièce, du passé au présent, Pâqueline se raconte, narre sa vie, et entre deux bassesses ou vilainies, elle se livre.

Et si finalement sa revanche n'était pas celle menée sur son fils mais sur son propre passé ? Entre capitale et Normandie, ce roman foisonne de détails et fait preuve d'une grande finesse derrière la rudesse apparente de l'histoire.

Un vrai bonheur à lire !

Pour celles et ceux qui découvrent Isabelle Duquesnoy, ce roman fait suite à l'Embaumeur, mais peut tout à fait se lire indépendamment de ce dernier.